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 there was a feeling of inevitability when i met you ϟ hiro

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     Lun 25 Sep - 8:38
there was a feeling of inevitability.

Ça a pas changé.
Shuya ne savait pas vraiment ce qui l'avait poussé à se rendre à l'académie d'Eita, ce soir là. Cela faisait plusieurs jours qu'il était revenu au Japon et jusque là, il avait passé tout son temps à ruminer et à chercher une once de courage pour venir et affronter quelques reproches qu'il savait inévitables. Ses yeux fixaient les bâtisses en pierre avec une pointe de tristesse dans le regard. Le souvenir de son avenir fracturé, sans doute. Et celui d'un au revoir non formulé. Un tas de questions lui effleuraient l'esprit et il les fit taire dans une secousse semblable à un frisson imperceptible sous ses vêtements trop grands. Il avait maigri, Shuya. Il était déjà fin mais depuis son départ, il semblait que son visage avait perdu ses rondeurs pour des joues plus creuses et une mâchoire plus dessinée. Surlignées de larges auréoles mauves, il avait l'air malade. Enfin, il l'était. Mais ça se voyait. À travers cette beauté presque translucide et glaciale, on pouvait lire sur les traits fatigués de son visage que ces derniers mois n'avaient pas été des plus faciles pour lui. Pourtant, son air sévère et la lueur déterminée dans ses yeux noirs ne s'étaient pas éteints, toujours aussi authentiques et semblables que celles qu'il avait le jour de son envol.
Il avait beau avoir changé au premier coup d'œil, Shuya restait toujours le même.

Une énième sonnerie retentit et il glissa un regard à son téléphone. 19 heures et plus aucun élève ne sortait. Mais il savait qu'il était encore dans l'enceinte du bâtiment. Lui aussi était persuadé qu'il n'avait pas changé. Il l'imaginait encore en train de danser dans cette pièce, au fond du couloir. Cette même pièce où il l'avait surpris une fois, défiant les lois de la gravité avec une dextérité prodigieuse, son corps se pliant dans une souplesse sans égal et sans jamais se lasser de ses échecs. Il pouvait le revoir clairement dans sa tête, recommencer à chaque erreur même infime. Et il espérait qu'un an plus tard, ça soit toujours le cas.

Fatigué de rester debout, son corps lui hurlait de s'allonger à même le sol et de ne plus se relever. Il se contenta simplement de s'adosser contre le mur, juste à côté du grand portail, une main sur le cœur. Ses doigts tâtaient sa cicatrice à travers le tissu de son haut distraitement tandis qu'il réfléchissait à comment il réagirait. Il tentait d'anticiper vainement mais, torturé par ses pensées intrusives, il finit par abandonner les nombreuses hypothèses qui avaient pris place dans son esprit et qui ne faisait qu'accroître les palpitations dans sa poitrine douloureuse.

Il ne se justifierait pas. Voilà. ça semblait être la meilleure des solutions. Il ne se justifierait pas sauf si il insistait. Mais le mieux était de ne pas en parler. Ce n'était, de toute façon, pas un sujet qui l'emballait et il se voyait mal lui raconter tout ce qu'il s'était passé.

Quand on parle du diable, on en voit la queue.
Une silhouette passa furtivement par l'entrée principale, juste à côté de Shuya qui était toujours accolé à son mur, les reliefs de celui-ci imprimé dans sa peau. Il se redressa alors soudainement. Sans même avoir vu son visage, il lui semblait que cette démarche lui était familière, tout comme l'odeur qu'il avait laissé derrière lui. Lui non plus, ne l'avait pas vu, absorbé par je ne sais quoi. Comme d'habitude. Un maigre sourire naquit sur les lèvres fines du coréen mais il s'effaça rapidement, semblable à un battement d'aile ou un clignement d'yeux. Il ne fallait pas réfléchir, encore moins fuir. Les mains moites et le corps crispé, il se décolla de la paroi, fit un pas en avant et marqua une pause.

« Takagi. »

Il n'était pas sûr que celui-ci l'ait entendu pourtant il se figea à son tour. Nouveau pas. Un, deux, trois.

« Hiro. »
Hey, gamin. C'est moi.

Il attendit que celui-ci se retourne avant d'esquisser un nouveau sourire. Celui-ci dura plus longtemps, semblait moins triste également. Lentement, il pencha sa tête sur son épaule et souffla dans un japonais peu audible et maladroit.

« Modottekita yo. »



☆☆☆ Beerus
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     Lun 25 Sep - 15:21




SHUYA & HIRO
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p l a y | Deux jours.
Ca ne faisait que deux jours et tu avais déjà le sentiment que tu perdais la tête.
Les lignes du parquet du studio se déformaient sous tes pieds, se courbant, s’étirant sous la force de plusieurs paires de semelle. Le large miroir s’éloignait, se brouillait, distordant avec lui les figures fluides et dynamiques de tes camarades. Tu te percevais, reflet lent et hasardeux, tremblant et haletant. Le rouge de tes joues jurait avec le blafard de ta peau, le noir creusé sous tes yeux, ta lèvre fendue. Ton sweat pendait sur tes épaules comme une veste sur un cintre osseux, trop maigre et transpirant. Un instant de plus et tu devais t’arrêter, le souffle coupé, percevant vaguement les complaintes des autres garçons qui se trouvaient contraint de rompre la formation. Quelques pas et ta main te soutenait contre le miroir, ta figure toujours aussi floue, secouée par une violente quinte de toux. Les autres derrière ne le verraient probablement pas, mais de si près tu pouvais deviner les quelques gouttes carmin dans la paume de la main qui avait couvert ta bouche.
Il y eu quelques chuchotements inquiets, des piaillements insupportables que tu fis taire d’un revers de main. « J’ai besoin d’arrêter pour aujourd’hui. » Cette fois, personne ne protesta.

Ce n’était pas comme si tu étais étranger à ces symptômes, cela faisait des semaines que tu essayais, sans réussir, forcer par la nécessité à retenter ta chance, même si ton corps te suppliait d’arrêter. A ce rythme, tu ne tiendrais pas trois jours, et tu avais beau te dire « on n’essaye pas, on fait », cela ne restait que des tentatives et cette nature, désireuse de reprendre ses droits, était bien plus forte que toi.
Tu ne pouvais pas non plus te permettre de demander de l’aide, tu devais te demerder. Seul. T’avais l’habitude. C’était juste plus dur que d’habitude, parce que ton corps ne te soutenait pas, et que le moral ne suffisait pas.
Sorti de la salle, même hors de portée des regards de ceux restés pour s’entraîner, il te fallait plus que de la volonté pour ne pas te jeter sur la boîte, cachée au fond de ton sac. Au lieu de ça, tu pris une profonde inspiration, espérant que le trajet jusqu’au dortoir ne te paraitrait pas plus long.

L’air frais du dehors n’eut aucun effet sur ta peau fiévreuse, au pire il ne te fit que frissonner davantage. Il ne faisait pas si froid pourtant, c’était les douces températures de l’automne, la brise fraîche et le soleil qui s’effaçait à l’horizon. D’habituel, il faisait déjà nuit lorsque tu sortais avec les autres, les locaux vidés des autres trainees et enseignants. Cette fois tu pouvais les voir sortir, croisant leurs routes, percevant des bribes de leurs conversations, te donnant un peu plus envie de fuir les lieux, avant que ta tête n’explose.
Ça te rendait malade, les rires te rendaient malade, chaque parole malicieuse te donnait le sentiment qu’elle t’était adressée personnellement. Tu crus entendre ton nom, glissant entre deux moqueries, le mot « pute » et le mot « cri. » Et crier, t’en avais envie, mais ton crâne était à deux doigts d’éclater et tu commençais à sentir les fourmis. Le bruit ne se calma pas lorsque tu t’éloignas de la foule, vers le portail, à l’opposé de ta destination ; tu crus encore entendre ton nom, ton prénom, tu tournes la tête pour lui demander de se taire mais tes mots se perdent avant même que tu ne les aies trouvé. On croirait à une biche, prise par surprise devant les  phares d’une voiture ; ou un malheureux mortel dont le chemin aurait croisé celui d’un fantôme.

« Shuya-san…? »

Il te parlait, tu crois, mais le martellement assourdissant dans ta poitrine t’empêchait d’entendre ce que ses lèvres étaient en train d’articuler. Toi, de toute façon, t’étais trop occupé à te demander si t’avais pas définitivement perdu l’esprit. C’est impossible. C’est un putain de fantôme ; même si ton apparence se rapprochait plus du spectre que la sienne.
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     Lun 25 Sep - 19:56
there was a feeling of inevitability.
Qu'est-ce que je fous là ?
C'était ce que se demandait fugacement Shuya quand il vit l'autre garçon lui faire face. Sur le moment, il aurait voulu fuir à toutes jambes mais celles-ci refusaient de bouger, comme ancrées sur le bitume un peu sale du sol. Mais l'idée de partir en courant fut bien vite remplacée par la stupéfaction quand, enfin, ses yeux se posèrent sur le visage — extrêmement fatigué — de Hiro. Le plus vieux se figea un peu plus en constatant ce faciès qui était resté si intact et beau dans ses souvenirs. Ce n'était pas le Hiro qu'il avait laissé presque un an plus tôt devant ce même portail. Ce n'était pas le Hiro plein de vie à la gueule d'ange, la peau légèrement halée et le haut des joues vermeilles. Ce qu'il avait devant lui était un spectre blafard, las et sans aucune énergie. Sans cette joie dont il avait été habitué dans ce sourire si radieux et éclatant, toutes dents dehors. Ce sourire qui avait charmé bien des hommes et des femmes. Ce sourire qui avait presque réussi à faire fondre le cœur enrobé de glace de Shuya. Ce sourire qui avait disparu. Il n'était plus cette beauté vivante et chaleureuse d'autrefois, ce garçon maladroit et plein d'entrain. Il était cette beauté froide, si blanche qu'elle semblait irréelle ou ne pas appartenir à ce monde. Cette beauté malade et frêle qui semblait menacer de se briser à tout moment pour se répandre en mille morceaux sur le sol.
Un pincement le pris dans la poitrine et le plus vieux s'avança pour poser une main sur l'épaule de Takagi. La sensation de ses os très distincte sous la pulpe de ses doigts. Caché derrière ses vêtements trop grands, ce ne fut qu'en le touchant qu'il remarqua à quel point il avait maigri. Qu'est-ce que t'as foutu, gamin ?

« C'est moi. »

Bien sûr que c'est toi, idiot. L'ombre d'un sourire vint se peindre sur ses lèvres blêmes et il exerça une petite pression réconfortante avec sa main. Celle-ci remonta ensuite pour venir se poser sur les cheveux du japonais. Ses doigts filèrent entre les mèches éparses qui retombaient sur son front et il les ébouriffa doucement, d'une délicatesse qu'il ne se connaissait pas. Mais voir son ami dans cet état l'affectait plus qu'il n'y paraissait.

« Ça fait longtemps. »

Un peu trop même. Tant qu'ils avaient du mal à se reconnaitre et à réaliser que celui qu'ils avaient en face d'eux était le reflet décharné de cette amitié qu'ils avaient laissé. Ou plutôt que Shuya avait abandonné. Le coréen se mordit la lèvre à cette pensée et baissa les yeux vers les dalles du sol qu'il se mis à compter distraitement. S'il s'en voulait ? Beaucoup. Mais il avait mis du temps à le réaliser. Il s'en était rendu compte que ce soir là, devant l'écran de télé qui lui renvoyait l'image de Takagi chantant sa chanson. Sans l'avoir traduite en japonais, il s'était montré en spectacle en chantant dans un coréen étonnamment bon, le même avec lequel Shuya avait écrit cette litanie. Il lui avait montré que lui, ne l'avait pas oublié, à contrario de Shuya qui ne lui avait plus envoyé aucun message. Il était aussi égoïste que son père et avait réitéré son erreur sans même s'en rendre compte. Finalement, ce nom lui sciait parfaitement.
45. Il arrêta de compter les dalles à 45. Ses iris noires retrouvèrent leurs homologues et il tenta de rompre ce silence devenu pesant.

« J'ai réservé pour deux dans la pizzeria à côté. Ça te dit ? »

On a du temps à rattraper et des choses à s'dire, gamin.
Un nouveau rictus naquit sur ses lippes et il verrouilla fermement ses doigts autour du poignet - un peu trop - fin de Hiro, ne lui laissant pas d'autres choix que de le suivre. Le soleil commençait à se coucher, maculant le ciel de quelques striures aux couleurs roses et ocres et il lui semblait qu'il était parti hier seulement.



☆☆☆ Beerus
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     Lun 25 Sep - 21:06




SHUYA & HIRO
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579 jours plus tôt, Hiro était en chemin pour  le Tokyo Unit Club, étrangement sobre, étrangement serein, heureux de voir que le soleil n’était pas encore allé se coucher sur l’horizon. Il avait alors le sentiment que le monde lui appartenait ; la nuit était un royaume qui n’attendait qu’à être conquis et non une immonde décharge où il tentait de récupérer un semblant de volonté, des débris de rêves et de ce qu’il avait pu être autrefois.
La suite, il ne veut pas se la rappeler ; elle consiste à s’élever haut, très haut, pour mieux tomber.
Etrangement, voir Shuya aujourd’hui te donnait le sentiment qu’on précipitait un peu plus ta chute. Le sol paraissait si proche, tu savais tes battements d’ailes vains. Tu ne remontrais pas, tu pouvais te débattre, regarder en haut plutôt qu’en bas, tu ne pouvais que repousser l’inévitable. Ça te n’avait jamais paru si proche ; la fin.
Sa main sur ton épaule te tira de la torpeur dans laquelle le choc t’avait plongé. Inconsciemment, tu reculas d’un pas. C’était la confirmation qu’il était bien là, bien présent, et pas le fruit d’un imaginaire qui aimait se jouer de toi ces derniers-temps. Tu avais pensé à ces retrouvailles de nombreuses fois mais la joie que tu pensais ressentir n’était pas là. Au lieu de ça, tes mains tremblaient toujours et ta mâchoire s’était crispée. Au lieu de ça, tu voulais tourner les talons et rentrer, seul. « Ça fait longtemps. » Qu’il disait. Crier fut une option qui t’effleura vaguement l’esprit mais ta gorge sèche, assoiffée, peinait déjà à articuler quelques mots.
Tu étais tellement fatigué. Tes pas restèrent ancrés au béton froid et tes yeux, incapable de se concentrer sur un point, naviguaient entre Shuya et la dalle au sol qui semblait tant le fasciner. Son regard vint ensuite retrouver le tien, un drôle de sourire sur le bord de ses lèvres. « J'ai réservé pour deux dans la pizzeria à côté. Ça te dit ? » Non. Je veux rentrer. Mais on ne te donna pas le choix, ton corps délogé du point où il s’était décidé à prendre racines. Sa main entoura délicatement ton poignet –celui attaché à ta main maculée de sang -. Il était déjà parti, t’entraînant dans sa course. Tu ne pus que jeter un regard en arrière, vers les dortoirs, ton estomac se serrant douloureusement à l’idée que le remède à ton mal s’éloignait un peu plus à chaque difficile pas que tu prenais.
Tu ne cherchas pas à combler le silence. Tu ne cherchas pas à lutter contre le regard noir et humide que tu jetais à l’arrière de son crâne.
Tu ne compris qu’après quelques minutes de marche que ton corps n’était pas le seul à plier face à la douleur du manque. Ton cœur le faisait depuis un an déjà et, bizarrement, avoir ta dose ne te faisait souffrir que davantage.
Tu aimerais avoir la force de lui en vouloir et de lui dire que tu as mal, que tu veux juste qu’on te laisse parce que t’as d’autres problèmes, beaucoup trop d’autres problèmes et que tu ne veux pas que Kim Shuya en redevienne un. Tu aimerais lui dire d’aller se faire foutre avec ses pizzas, parce que rien que de penser à manger ça te retourne l’estomac et que t’en as assez d’être pitoyable, surtout en face de lui.
Tu aimerais retourner 579 jours en arrière.
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     Mar 26 Sep - 0:47
there was a feeling of inevitability.
Les rues de la métropole gagnaient en obscurité alors que la voute céleste, maculée par l'astre occident et ses stigmates oxydés, enrobait la capitale dans une bulle d'osmose aux nuances de roses. Au loin, le soleil flirtait avec la ligne circulaire de l'horizon où coïncidaient terre et ciel et semblait fondre sous les yeux de Shuya qui s'était plongé dans un mutisme hermétique, oubliant un instant la personne dont il tenait toujours le poignet. Ses yeux cernés contemplaient la rue qui s'allongeait toute droite dans le crépuscule et il crut un instant se jeter dans une coulée de lave. Tout son corps le brûlait étrangement et son cœur lui-même semblait en fusion, embrasant ses artères jusqu'à atteindre ses poumons qui le faisaient souffrir. Il savait que ce n'était pas seulement à cause de la maladie. Il savait qu'il y avait une part de Hiro aussi qui affluait en lui, inéluctable, et qui battait dans ses tempes avec frénésie. En revanche, il ignorait si c'était de le voir dans cet état ou le fait qu'il semblait s'en battre complètement les couilles de lui. Dans tous les cas, c'était douloureux. Plus qu'il ne s'était autorisé à imaginer. Il avait anticipé sa colère, même une gifle ou quelques insultes. Tout, mais pas ça. Ce silence dérangeant, cette absence qui perpétuait finalement même en sa présence. Il avait cette envie de l'attraper, de le secouer et de lui crier : Enerve toi ! Frappe ! Mais dis quelque chose, bordel ! Mais ça ne vint pas. À la place, il se contenta de le pousser à l'intérieur du bâtiment d'où s'échappait une odeur de pâte en train de cuir au four et l'invita à prendre place à une table. La plus isolée possible.

« Hiro. »

Le coréen s'était affalé lourdement sur la banquette tout en soufflant le nom de son ami. Mais il ne su quoi dire après. Tout se mélangeait dans sa tête. Un cocktail explosif de remords, d'excuses et de regrets saupoudré par une once de colère. Parle moi. Il déglutit à la place et commanda une carafe d'eau alors que le serveur leur glissait une carte entre les mains. Son regard navigua entre les divers noms de pizzas écrits sur le papier plastifié et sur le visage, toujours aussi fermé, de Takagi.

« Tu n'es pas content de me voir, hein. »

Il avait susurré avec un goût amer sur la langue et un ton semblable à une raillerie. Davantage pour lui-même que pour Hiro. Et ça se sentait, toute cette culpabilité dans le timbre de sa voix qui avait manqué de se briser. Comme un ouais, je comprends que tu sois pas content. Il se tu à nouveau, ses dents mordillant nerveusement sa lèvre alors que ses mains se crispaient sur la carte, froissant celle-ci. Il finit par la laisser retomber à plat sur la table et entrelaça ses doigts devant lui, coudes posés sur la surface en bois, cachant le bas de son visage. Son regard noir, tout aussi vide et sévère à la fois, se releva vers celui de Hiro. Il ancra ses iris dans les siennes, se noyant dans les remous sombres qu'il semblait percevoir à travers.

« Je suis désolé. Il s'est passé beaucoup de chose, tu sais. »

Ce n'était pas une excuse valable, hein. Du moins, ça l'étonnerait si elle l'était aux yeux de Takagi. Pourtant il y avait du vrai. Entre sa mère souffrante, ses séjours à l'hôpital, les dettes à régler et l'acceptation que son rêve n'était qu'une illusion qui n'aboutirait jamais. Que son rêve était bel et bien mort. Il avait préféré se morfondre en espérant que son cœur le foudroie tout en se laissant engloutir par l'anxiété et le contenu de quelques bouteilles d'alcool. Si seulement ça avait été le cas.

« Je te raconterai tout un jour. Mais pas maintenant, plus tard. »

Pas maintenant alors qu'il crevait d'envie d'entendre un son s'échapper entre les lippes abimées du blond. Juste de les voir s'entrouvrir pour lui dire n'importe quoi. Même une insulte lui suffirait.

« Parle moi, Hiro. »



☆☆☆ Beerus
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     Mar 26 Sep - 1:40




SHUYA & HIRO
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La pizzeria était une nouvelle épreuve en soi, différente de la rue, différente du studio. Il y faisait une chaleur étouffante, le genre qui te donnait le sentiment de suffoquer, un poisson avec un fond de verre pour subsister. Le brouhaha était insupportable, chaque conversation était amplifiée, le bouton volume tourné à fond. L’effluve de pate fraichement sortie du four allait probablement avoir raison de ton estomac qui s’accrochait fermement à ton jogging, à t’en faire blanchir les jointures. Shuya, en face de toi, n’avait plus la rue pour le distraire et espérait bien tirer quelques paroles de cette conversation.
Tu n’étais pas sûr de préférer cette épreuve aux autres ; mais au moins tu étais assis, confortablement calé contre la banquette, le monde semblait moins bancal, moins flou. Le serveur, silencieuse et agile figure, déposa deux cartes puis, un peu après, un pichet d’eau sur la table. Tu ne perdis pas cette occasion pour boire, étancher cette soif interminable qui ne semblait pas vouloir te lâcher. L’eau sembla calmer la fièvre qui te brûler la peau et l’esprit, un peu.
« Tu n'es pas content de me voir, hein. » Tu te posais toi-même la question. La conversation s’annonçait longue, éprouvante, et tu n’étais pas certain d’être physiquement et psychologiquement apte à l’assumer maintenant. Pourtant, ton salut était là, à portée de bras, caché dans ton sac. Mais tu n’étais que trop conscient du cadre qui vous entourez. Tu ne délirais pas encore assez pour ne pas savoir qu’il s’agissait d’une très mauvaise idée, surtout ici.
« Je suis désolé. Il s'est passé beaucoup de chose, tu sais. » Tu l’écoutais, aussi attentivement que tu le pouvais. Tu cherchais quoi dire, ou plutôt ce qui serait bon de dire. Ton esprit était plein de questions qui n’attendaient que leurs réponses. Certaines que tu oserais probablement poser, d’autres non. Pourquoi ? Pourquoi tu ne voulais plus me parler ? Pourquoi est-ce que tu es revenu ? Tu as fini par te rendre compte de ce que j’étais et ça t’a dégoûté, c’est ça ? Tu étais tellement perdu dans tes pensées que tu n’entendis pas le début de sa phrase, juste la fin. « Parle-moi, Hiro. » Est-ce que tu vas repartir ? Qu’est-ce que tu veux ? « Est-ce que… Est-ce que c’est ma faute ? » Tu ne t’étais même pas rendu compte que tu l’avais pensé à haute voix, ce morceau-là.
Mais c’était peut-être ce qui résumait le mieux comment tu avais ressenti ces longs mois de silence, de messages sans réponse, de ce départ sans au revoir.
Tu n’avais même pas la force d’avoir honte de ta voix, brisée par l’entraînement et la fatigue. Lorsque tu rouvris la bouche, ce fut le tremblement dû à quelques larmes que tu peinas à dissimuler.  « Tu serais pas le premier que je fais fuir. Je… J’arrive même pas être en colère. » Tu soupiras, longuement, venant masser tes tempes avant d’essuyer tes yeux. « Je suis fatigué. J‘sais pas pourquoi t’es revenu mais… Mais t’aurais peut-être mieux fait de rester là-bas. »
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     Mar 26 Sep - 2:58
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L'intérieur de la bâtisse était bien moins agréable que la rue et la fraîcheur de la brise du soir. Déjà parce qu'il n'y avait plus aucune vue qui donnait sur le coucher de soleil qui l'apaisait tant. Et ensuite, parce que le bruit infernal des cuisines et de la clientèle lui concédaient un mal de crâne terrible en plus d'empiéter sur ce qui devait être leur moment à eux. Un moment que Shuya avait espéré moins pesant et plus calme. Un moment de retrouvailles vous savez comme dans les films un peu eau de rose durant lequel on s'enlace, on se sourit et on ne pense qu'à rattraper le temps perdu. Lui, ne pensait qu'à l'idée de fuir en courant. De prendre ses jambes à son coup et de partir loin, très loin. Pourquoi pas de retourner en Corée et pour y faire le mort une nouvelle fois. Ou mieux, d'y crever pour de bon cette fois.
Shuya baignait dans une marée sombre de pensées intrusives et de regrets amers, s'y noyait presque à force d'y boire la tasse et d'y laisser son souffle. Il luttait pourtant. Un combat acharné où il battait des bras et des jambes pour se forcer à rester à la surface ou du moins la tête parce qu'il n'avait tout simplement pas la force d'en émerger complètement. Pourtant, quand enfin Hiro ouvrit la bouche, il se surpris à penser qu'il ferait mieux de se laisser couler une bonne fois pour toute. Il aurait préféré se prendre un flot sempiternel de reproches et d'insultes plutôt que de voir cette expression sur le visage de Hiro ou d'entendre ses mots qui semblaient faire tout autant mal que des coups de poignard dans le dos. Et bien qu'il n'avait jamais fait les frais d'une telle expérience, Shuya était intimement convaincu que finalement, même la lame la plus aiguisée ne pouvait pas lui causer autant de mal. Est-ce que c'est de ma faute ? C'était déchirant. Le plus âgé manqua de se lever pour contourner la table afin de le faire taire d'une étreinte qui se voulait rassurante mes les mots qui suivirent le fit se rassoir aussitôt. Le choc et la puissance de ces derniers lui avaient littéralement coupé les jambes. Mais t'aurais peut-être mieux fait de rester là-bas. Pardon ? Mais t'aurais peut-être mieux de rester là-bas. De. Rester. Là-bas.

« ... Hein ? »

Qu'est-ce que tu as dit, Hiro ?
Il n'était pas certain d'avoir bien entendu. Ou plutôt, il espérait que ça ne soit pas le cas. Ses yeux, légèrement écarquillés par la stupeur, ne voulaient se détacher du japonais. Et de ces quelques gouttes cristallines dévalant ses joues. Et il lui fallut bien une minute afin de sortir de sa torpeur, clignant rapidement des yeux tout en jetant un regard perdu à ce qui l'entourait. Dites moi que j'ai mal entendu. Mais aux vues des larmes et des lèvres tremblantes du plus jeune, le coréen réalisa qu'il n'y avait plus aucun doute. Et si la culpabilité et le remord l'avait longtemps rongé, ils venaient désormais de le tuer. Hiro s'en était emparé comme une arme pour lui porter le coup fatal.

« Non... » C'est tout ce qu'il arriva à souffler dans son agonie silencieuse avant de reprendre.

« Non. Bien sûr que non, ce n'est pas de ta faute. »

Comment ça pourrait l'être alors que tu étais la seule personne pour qui je portais un peu soit tant d'affection dans cette foutue ville ? C'était absurde. Si absurde qu'il se demanda comment le plus jeune en était venu à penser ceci.

« Si je suis revenu c'est en parti pour toi, Hiro. »

Ses mains agrippaient le bord de la table si fort qu'il pouvait voir ses phalanges blanchir sous sa peau déjà blafarde. Son regard balaya un instant la pièce avant de se reporter à nouveau sur Hiro. Ça devenait de plus en plus difficile d'affronter son regard humide. D'affronter sa culpabilité et toute cette insécurité qui émanait de lui. Une aura palpable qui le plongeait dans un profond malaise.

« Tu sais. Je t'ai vu à la télé. C'est ça qui m'a donné envie de revenir. Je voulais te remercier et j'sais pas. Continuer d'écrire pour toi, sûrement. »

Ce fut seulement à ce moment qu'il réalisa qu'il s'était mis à trembler, quand il remarqua les légers remous dans son verre d'eau. Alors, presque précipitamment, il se leva, les mains plaquées sur la surface de la table et l'échine courbée en direction de Takagi. Ses yeux essayèrent de capter les siens, de trouver son regard et quand enfin il réussi à se planter fermement dedans, il prit une profonde inspiration.

« T'as raison. J'aurais peut-être mieux fait de rester là-bas. Je voulais simplement te voir. »

Sa voix était devenue si glaciale qu'il en frissonna lui-même. Il était en colère. Pas contre Hiro, non. Contre lui-même. Parce que c'était de sa faute, qu'il ne supportait pas de voir son ami dans cet état par sa putain de faute.

« Désolé. J'aurais pas dû venir. Commande ce que tu veux, je paye ta part et je me casse. »

Shuya se redressa tout à fait cette fois et glissa ses doigts dans la poche de son jean pour en tirer un billet qu'il déposa sur la table, juste sous la main de Hiro. Un dernier regard et il tenta de s'extirper maladroitement de son siège, dans la quête inespérée de rejoindre la sortie et de se barrer loin d'ici.


☆☆☆ Beerus
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     Mar 26 Sep - 18:19




SHUYA & HIRO
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La dernière année n’avait pas été la plus simple pour ton carnet relationnel. Tu avais fait quelques rencontres, certes, mais tu n’étais pas certain d’avoir gagné au change.
Perdre Momo fut peut-être le chapitre le plus difficile ; on ne se remet pas simplement du sentiment d’être trahi, abandonné, pas quand on sait les dégâts profonds et irréversibles. Ça avait été brutal, comme perdre une jambe, la douleur subsistait encore, mais ce n’était rien comparé à ce que tu avais pu ressentir sur le coup. Shuya avait été une affaire différente ; vous aviez gardé contact quelques temps, avant que les messages ne se fassent plus rares, plus impersonnels puis qu’il n’y en ait plus du tout. Ça t’avait fait l’effet d’une tumeur, une gêne au départ qui s’était transformé en handicap, en un point douloureux que tu avais eu de plus en plus de mal à ignorer. Contrairement à la jambe cassée, tu ne savais pas d’où pouvait venir ce mal étrange. Alors, à défaut d’explications raisonnées, tu avais fini par te dire que tu étais peut-être celui qui l’avait causé.
& même si Shuya, à cet instant devant toi, ne semblait pas t’en tenir rigueur, c’était un esprit incapacité par une douleur lente et sinueuse qui était en train de s’exprimer. Un esprit qui n’avait d’abord pas été certain de vouloir confronter ce reste de tumeur qu’il n’avait pu enlever mais qui, faute d’échappatoire, était maintenant résolu à confirmer ses craintes ou à les voir réfuter pour de bon. « Non... » Tu expiras doucement, sans même réaliser que tu avais retenu ton souffle après avoir fini de parler.  « Non. Bien sûr que non, ce n'est pas de ta faute. » Tu ne t’attendais pas à cette réponse, mais tu ne pouvais pas dire que tu avais le cœur de la contredire. Si ce n’était pas ta faute, c’était une bonne chose, une très bonne chose, tu étais soulagé, défait d’un poids dont tu avais oublié l’existence jusque-là. Au lieu de sourire, les larmes semblaient juste plus difficiles à retenir.
« Si je suis revenu c'est en parti pour toi, Hiro. » Avec tes manches, tu essayais de dissimuler un peu de ton visage, tes yeux humides surtout, et ton nez qui s’était mis à couler. Ses mots n’aidaient pas, même si les entendre ne t’affligeaient pas, le mal que tu avais gardé enfermé si longtemps avait juste besoin de sortir. « Tu sais. Je t'ai vu à la télé. C'est ça qui m'a donné envie de revenir. Je voulais te remercier et j'sais pas. Continuer d'écrire pour toi, sûrement. » Oui. S’il te plait. Les mots restèrent cloitrer au fond de ton gosier, retenu par quelques doutes que même les paroles les plus avenantes ne feraient pas disparaitre comme ça. Ce n’est pas parce que Shuya ne t’en voulait pas que tu méritais tout cela. Tu avais conscience que tu avais changé en une année, un retour malheureux aux années où ton frère manipulait encore le peu de choix que tu avais dans la vie. Il paraissait loin, le Hiro que Shuya avait connu, si loin que tu te demandais si le plus vieux n’avait pas l’impression d’avoir invité un étranger.
Allez, arrête de chialer Takagi, ça devient pitoyable.

« T'as raison. J'aurais peut-être mieux fait de rester là-bas. Je voulais simplement te voir. » Non. Non, non, non. Tu arrêtas de cacher tes yeux derrière tes manches, maudissant ses paroles. Aussi étrange que cela puisse paraitre, tu aurais préféré qu’il ne les écoute pas, qu’il n’en tienne pas compte. C’était peut-être ce qui était le plus raisonnable de faire ; te laisser, parce qu’il n’y avait rien de bon à tirer d’un être comme toi. Mais, tu voulais être égoïste, lui dire de pas te laisser. Franchement, tu serais pas certain de pouvoir le supporter. « Désolé. J'aurais pas dû venir. Commande ce que tu veux, je paye ta part et je me casse. »
L’ironie, c’est que t’avais même pas faim. T’en voulais pas de son billet, t’en avais rien à carrer de son blé. Ce que tu voulais, c’est qu’il reste. Pitié, pars pas. C’était pas bien de le retenir, c’était pas moral de vouloir le garder. Même ton corps semblait proie à un dilemme intérieur, il eut du mal à se mouvoir pour attraper sa veste. C’était faible, mou, et t’étais peut-être en train de commencer à regretter parce que tu savais que t’étais en train de le souiller, de l’emporter dans ton suicide, avec toi. Mais t’étais tellement fatigué, t’avais pas la force de te battre contre toi-même. « J’ai besoin de toi. » Me laisse pas crever là. « Pars pas. » Je supporterai pas de laisser quelqu’un partir pour le préserver une seconde fois.  « Je suis- » Tu te mis à serrer sa veste, plus fort, incapable de finir ta phrase. Une quinte de toux revenait te tourmenter, plus forte que dans la studio. Tu le savais, t’avais trop parler, et ta gorge irritée te faisait regretter amèrement ce moment d’égoïsme où tu t’étais dit que peut-être, peut-être ce n’était pas si mal de ne pas vouloir être seul. Pour changer.
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     Mar 26 Sep - 23:49
there was a feeling of inevatibility
De mauvaises décisions, des choix devenus regrets, Shuya en avait fait plein dans sa vie. Trop pour tous les énumérer. Et s'il détestait son père plus que quiconque sur cette terre, c'était sûrement de lui qu'il tenait ce côté un peu lâche qu'il n'osait pas admettre, profondément enterré sous ce sarcasme et cette langue acérée qui lui concédait un air faussement courageux. Un air glacial derrière lequel on ne pouvait se douter que se cachait un dégonflé, un putain de trouillard. En réalité, si le coréen donnait l'impression de faire preuve d'un remarquable sang froid et de savoir gérer et affronter chacun de ses problèmes c'était parce qu'il s'y obligeait. Parfois même à s'en rendre malade, à laisser ses anxiétés le bouffer un peu plus. Juste pour ne pas ressembler à son géniteur. Et à force, il ne lui restait plus que la peau sur les os et il les sentait désormais s'attaquer à sa moelle pour le ronger tout entier. Alors, pour une fois, il s'autorisa à fuir afin de les stopper, de calmer leur fièvre et ses afflictions. Et au fond, il savait que c'était le meilleur choix à faire. Ainsi, Hiro ne serait plus blessé. Il n'aurait plus besoin de l'attendre en vain. Plus rien à attendre de sa part. C'était tout bénef.
Shuya hocha la tête, comme pour s'acquiescer lui-même et quitta la table. Mais il ne pu faire qu'un seul pas. Quelque chose le retenait et il se figea sans se retourner. Ce n'était pas lui, ni même un changement d'avis ou une quelconque conviction. C'était la poigne de Hiro, fébrile sur son vêtement qu'il tenait. J'ai besoin de toi. Oh non, crois moi Hiro. Tu n'as jamais eu besoin de moi et tu n'en auras jamais besoin. Ses poings se fermèrent, ses ongles se plantant dans la paume de ses mains pour y laisser de petits arcs de cercle carmins. On pouvait voir ses phalanges blanchir alors qu'il creusait, creusait sa peau sans relâche. Il se sentait tellement mal à ce moment précis qu'il n'osa même pas regarder Hiro qui tenait toujours le pan de sa veste. Pars pas. Pourquoi ? Je suis-. Hiro ?

Le plus jeune s'était brusquement mis à tousser, son corps plié en deux secoué par de violents spasmes. Sa main se referma plus fort sur son vêtement et ce fut à ce moment que Shuya daigna enfin à se retourner. Il posa sa main sur le haut du dos de son ami pour lui frotter doucement et remplit son verre de son autre main. Avec précaution, il s'accroupit à côté de lui, levant le bras pour lui porter le récipient à ses lèvres. L'eau vint humidifier ses lèvres abimées et le plus âgé porta ses doigts dans les cheveux de Hiro dans une caresse qui se voulait apaisante bien qu'un peu maladroite. Il n'était pas doué d'affection mais l'intention était là, pas vraiment perceptible. Mais bien là.

« Tu es ? »

Sa main glissa le long de son visage, effleura sa joue trop pâle et chuta jusqu'à son avant-bras. Ses yeux suivirent le chemin tandis qu'il frôlait le tissu de sa manche. Et il le sentit. La texture avait changé, devenue presque rugueuse et il baissa le regard. Une tâche rouge ornait le vêtement. D'une lenteur calculée, Shuya attrapa son poignet délicatement pour relever sa main. Sa peau parsemée de ce qui semblait être du sang. Il examina son épiderme avec attention, méticuleusement, cherchant vainement une plaie ou une blessure, n'importe quoi qui aurait pu causer cela. Mais rien. Il remonta brusquement sa manche pour vérifier l'intérieur de son bras mais aucune cicatrice ne barrait sa peau aussi blême que du marbre blanc.

« Hiro. C'est quoi ça ? »

L'inquiétude et un semblant de colère accompagnait sa voix sèche. Il refusait l'idée que le plus jeune se fasse du mal comme lui pouvait s'en faire parfois et qu'il cachait merveilleusement bien sous ses vêtements. Il ne voulait même pas l'imaginer. Attrapant une serviette entre ses doigts, il essuya avec précaution sa paume, comme une mère nettoyant les mains sales de son petit garçon tout en le grondant silencieusement de ses yeux ronds. Il vérifia son autre bras pour en être certain et ses traits se radoucirent en constatant que, non, ce n'était pas ça. Mais quoi alors ?



☆☆☆ Beerus
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     Mer 27 Sep - 13:57




SHUYA & HIRO
Saturdays are not the same as they used to be
Saturdays, why do they keep on using me?
They keep on using me

Tu te savais résistant. Des heures à travailler les mêmes pas sur le parquet usé d’une studio de danse, des insomnies à ne même plus vouloir chercher Morphée, des cordes vocales qui n’avaient pas peur de chercher les plus hautes notes, les plus basses, quitte à ne plus pouvoir parler le lendemain. Alors tu pensais que ce serait simple au départ, tu avais même jeté tous tes mauvais démons, jusque-là planqués à l’abri sous ton matelas. Le lendemain, tu commençais déjà à ressentir le manque, léger, gênant comme quelques piqures de moustique qu’on ne ne pourrait s’arrêter de gratter. Puis les autres symptômes, s'accumulant sur une structure déjà peu solide et consistante. Bien plus que ce que tu pouvais supporter.
Tu avais été obligé de retourner au fond du gouffre, conscient que tu devrais recommencer ton ascension la prochaine fois, du départ. Ta seule peur, c'était de tomber un jour, et de ne pas pouvoir te relever ensuite.
Cette fois ne faisait pas exception. Plus de deux jours et ça devenait difficilement supportable.
Tu étais conscient de la fièvre qui semblait décider à te consumer tout entier, rendant ta peau moite et brûlante. Tu savais que les vertiges reprendraient lorsque tu voudrais te lever. Tu te demandais si tu allais finir par recracher un poumon, peut-être les deux, à force de tousser ; ou si la fatigue et la soif allaient avoir raison de toi avant que ça n'arrive.
Tu voyais le fond du gouffre, de ta prise maladroite, quelques mètres plus haut, si tenté de te laisser tomber.
Mais tu ne pouvais pas, pas pour l’instant. Shuya te retenait, il s’était retourné. Il n'était pas parti, il était là, encore là, et ta main n'avait toujours pas lâché sa veste, de peur qu'il en profite pour filer, ou que tu perdes l’équilibre et tombes pour de bon. Tu savais bien qu'il resterait là mais ça ne t'empêchait pas d'avoir peur.
Une petit voix dans ta tête te rappelait qu'il l'avait déjà fait, une fois, alors pourquoi pas deux.

Lorsque la toux sembla se calmer un peu, tu sentis le bord froid de ton verre appuyé contre tes lèvres. Ce n'était pas très agréable, ça piquait, appuyant sur la coupure qui fendait ta lippe en deux, mais tu ne pensais qu'à boire l'eau qu'on te présentait. Les regards curieux, le serveur inquiet, Shuya, en face de toi, tu les oublias le temps de te désaltérer. Tu avais encore soif en terminant le verre, mais ta gorge semblait moins irritée, plus à même de former quelques mots. Tu ferais attention, cette fois. « Hiro, c'est quoi ça ? » Tu le remarquas alors, ce regard inquisiteur oscillant entre tes poignets, tes mains tachées à l'hémoglobine. Agacé, énervé, inquiet, puis rassuré, sans vraiment l'être. Ses mains relevaient tes manches, sans que tu ne saches ce qu’il cherchait à y trouver. Tes poignets n’avaient rien, ils étaient simplement trop creusés, avec trop peu de chair pour cacher les os.  Au bout d'un moment, tu crus comprendre ce qu’il espérait y voir ; des marques, des lignes en file indienne, striant ta peau comme les zébrures d’un tigre. Tu n’en étais pas là. Les seules marques qu’il trouverait sur ton bras, c'étaient des points, un peu plus haut, au niveau de l’artère, dans le creux de ton coude.
Comment est-ce que tu allais justifier ça ? « J'ai trop forcé ces derniers temps... » Ce n'était pas un mensonge. Tu omettais juste les détails, la cause et la raison. Tout ce que Shuya pouvait constater, partiellement seulement, c'était les conséquences. Ce n'était pas le lieu pour lui expliquer dans quelle merde tu t'étais mis, ni de quelle irresponsable manière tu tentais d'en sortir. « T'inquiète, c'est juste.... » Tu toussais, encore. « J'ai juste besoin de mes medocs. »

Tu en étais au point où tu espérais que personne ne verrait la différence. C'était plutôt similaire ; un comprimé blanc, scié au centre pour le rendre aisément sécable. Ça ferait la même chose, ça rendrait la douleur plus supportable, ça t'éviterait de te ridiculiser davantage, bien que tu ne sois plus du genre à te formaliser de ça devant Shuya. Personne ne remarquerait rien. Personne.
Tu replongerais encore, au fond de ton trou, et puis tu trouverais la force de te relever et de remonter.
Tu daignas enfin lâcher le coréen pour attraper ton sac, fouillant fébrilement à l'intérieur, tel un chien affamé creusant à la recherche de son os. Un jogging, des sous-vêtements sales, un chargeur de téléphone. Pas de boîte. Pas de boîte. « Non, non, non. » Il manquait plus que tu te mettes à paniquer. « Elle est où, merde ! »
Le fond ne t’avait jamais paru si proche et lointain à la fois.
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there was a feeling of inevitability when i met you ϟ hiro
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