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 All women are crazy, pick yours ft. Jie

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     Mar 12 Sep - 1:06
All women are crazy, pick yours
YURINA & JIE 


Début août 2017 → Yurina se sentait dans son élément, dans cette voiture luxueuse, confortablement adossée à la banquette soignée, à se faire conduire par un gueux sans avoir à justifier a raison. C’était libérateur, que de retrouver quelqu’un qui partageait son monde, ses règles… d’être aux côtés d’une des rares personnes dont elle ne redoutait pas la trahison, décidément, ce voyage était une bonne idée, elle se sentait déjà plus légère aux côtés de Jie, comme si sa présence lui rappelait qu’elle n’était pas entièrement seule, que sa vie ne s’arrêtait pas à son mariage. Ses lèvres s’étaient étirées en un sourire espiègle, hochant la tête à la confession de son ainé. « Que ta conscience soit en paix, mon cher Jie, je souffre aussi de ce mal…il est ancré en moi comme un mode de survie. » Ou une obligation. Elle détestait perdre le contrôle, que les choses n’aient pas comme elle les avait prévues, quand elle sentait que tout lui échappait, elle devenait nerveuse, paniquée… Mais autant cette totale agonie était abominable, elle était diablement attiré par le chaos… ou du moins, par son incarnation humaine. « Qui sait, cela est peut-être bien un effet secondaire de nos fortunes. Nous imagines-tu, dans vingt ans, trinquer à nos bêtises de jeunesses… À ce temps où nous avons cru avoir une volonté propre et ne pas reproduire des erreurs de nos parents… » Une couche de déni plus tard, elle avait pris un air absent, s’imaginant sans mal que leurs parents avaient dû, à une époque, être aussi optimistes… avant de se retrouver enfoncée plus profond qu’ils n’y avaient cru dans les obligations. Elle avait laissé un rire sans joie lui échapper.

Si elle craignait une chose, c’était de devenir comme ses parents, de suivre leurs traces misérables…. Et le premier pas dans ce gouffre, c’était ces noces à un homme qu’elle méprisait. Et après quoi? Que deviendrait toute cette rancœur, cette haine qu’elle avait pour le psychiatre? Ferait-elle comme son père et blâmerait-elle chacune de ses tristesses sur ses enfants? Voudrait-elle obligatoirement rendre la vie de sa progéniture plus pathétique que son existence pour se consoler… ou alors, serait-elle la poupée silencieuse comme sa mère? Elle n’avait pas une telle soumission. Ses iris sombres avaient détaillé les traits de son ami, elle avait souri tendrement, sans joie, il était d’un optimiste, à lui imaginer une carrière, des choix… une liberté. « C’est un avenir glorieux que tu me dépeint là. J’imagine que comme toute diseuse de bonne aventure, tu n’as pas tort. Viendras un jour où mon père quittera le monde des vivants. Je ne vois hélas, pas comment échapper à son joug d’ici-là. » … Daimon Saito se ferait un plaisir d’intervenir dans chacune des parcelles de son existence. De détruire sa moindre joie… elle le savait. Et probablement, quoi qu’elle n’en dise rien, que lorsqu’il ne serait plus, il l’aurait tellement forgé à son image qu’elle n’aurait plus la force de célébrer sa liberté.

La discussion avait passé du lancement de son groupe, à celui remplis de mâles, les F!GHTERS. Son mentor en faisait partie, ou du moins, il était ce qu’il lui restait. Elle adorait Gabriel, du plus profond de son cœur, elle serait probablement la première devant la scène à hurler son nom lorsque le groupe reprendrait, mais ça, elle ne pouvait le dévoiler à son chinois favori… il avait une certaine aversion pour le plus bel homme du japon et elle en ignorait la raison. Ses iris avaient cherché ceux de son ami. « Ne te réjouis pas trop vite. S’il est vrai que Choi a réussi à faire fuir un groupe entier, les rumeurs vont bon train quant à une seconde génération… » … avec des membres beaucoup plus virils, beaucoup plus beaux, beaucoup plus Nao----------- ne surtout pas penser à ce maudit gueux! Elle avait pris ce ton de confidence, Yurina aimait certainement les potions, des informations VIP, elle adorait également en faire part à son ami. « Au fait, tu savais que leur chorégraphe s’est blessée avant leur hiatus? Elle était mon enseignante, Shiroi Akane… Si je me fie à ce que j’ai pu entendre entre les branches, il n’est pas dit qu’elle pourra se remettre à danser un jour. Une jambe cassée dit-on. Elle se ferait soignée en Chine, tu savais? » Cette danseuse avait été son enseignante – bien sévère et plutôt désespérée par son manque de talent pour la discipline, d’ailleurs. Mais elle n’était pas sans savoir que si elle ne la portait pas à son cœur, c’était différent pour Jie.

Et puis… elle préférait de loin parler de sa professeur de danse que de son futur mari. La simple réalisation qu’elle devrait unir sa vie à la sienne la déprimait, elle avait la nausée à penser partager sa couche… Cette vie à laquelle elle avait tant été préparée lui semblait simplement… dégoutante désormais. Malheureusement pour elle, il n’y avait qu’une seule créature infâme à laquelle elle voulait s’abandonner. Soupirant, elle avait pris un air blasé avant d’ajouter :« … Tu trouves qu’il présente bien? Il a l’air tellement faible, tellement malléable… naïf… avec ses yeux larmoyants. Il pourrait être l’incarnation d’Adonis que je serais aussi répugnée à l’idée d’épouser une telle épave. Je ne vois pas dans quel univers je pourrais avoir le moindre respect pour lui. » il était si pathétique. Elle repassait dans sa tête leur première rencontre, sa confession si facile sur un amour autre…

Pensait-il l’attendrir? La faire faiblir? Quelle était donc cette tactique pour un homme qui soignait les songes? Elle était encore choquée par son manque total de raison. Devait-elle vraiment avoir un minable pareil pour protéger ses arrières? Pour gérer l’empire familial? À la moindre négociation, il allait chialer, supplier… et tout perdre. Si leur engagement était le reflet de ses capacités, elle doutait vraiment de pouvoir, à elle seule, soutenir leur couple. Le rictus de son ami ne lui avait pas échappé. Elle s’était inclinée vers Jie, curieuse, demandant. « Que sais-tu que j’ignore? Je ne compte pas assister à ce cirque les bras croisés. Plus qu’être idiot, il m’a avoué être amoureux d’une autre. Oserais-tu me cacher une information capitale qui m’éviterait de finir ma vie cocue? »

… Parce que cette perspective, plus que tout le reste lui était intolérable! L’humiliation, la honte, il était hors de question qu’elle endure cela. C’était peut-être cette excuse qu’elle se donnait, pour sa faiblesse récente… Frapper avant d’être la victime… ah déni. « Un régime militaire? Assurément, nos familles s’apparentent d’avantage à une dictature, les punitions pour désobéissance sont nettement plus virulentes dans nos rangs…Hélas. » Dans son cas, c’était des coups. Elle ne lui avouerait jamais. Elle avait pouffé à la mention de leur hypothétiques fiançailles, assurément, ça aurait été le meilleur scénario. Libres de vivre leur vie, de nier volontairement leur relations autre… en Jie, elle aurait eu un partenaire, quelqu’un qui aurait non seulement su gérer les situations avec une main de fer, mais elle l’aurait respecté… SI ça lui avait semblé détestable, maintenant, elle aurait tout donné pour que ça soit le cas. En même temps, l’idée de l’épouser était risible, elle ne se voyait pas l’embrasser, même pas pour la forme, il était comme un frère à ses yeux. Son ton était moqueur, comme si c’était vraiment drôle, maintenant, de se moquer de ce qui aurait pu être. « J’ai longtemps cru la même chose tu sais… » … Ou alors, c’était le mensonge qu’elle se racontait pour rendre la certitude d’un mariage arrangé acceptable. Un mari qu’elle n’aimerait pas, mais qu’elle admirerait… Haruto n’était ni l’un ni l’autre. « J’étais quand même un peu déçue, que tu ne figures pas parmi les choix. Ça aurait été un moindre mal, que de combattre un ennemi commun plutôt que de se livrer une guerre à mort. » Elle avait timidement souri à sa confession.

Il savait, comme elle, que ça n’arriverait pas. Qu’il n’y avait rien au monde qu’elle pouvait faire pour ne pas se plier à la volonté de son paternel. Elle épouserait Haruto, elle lui ferait même un enfant aux grandes oreilles… pourquoi ça la dégoutait tant… Elle appréciait que son ami ne tente pas de lui mentir en lui faisant envisager un avenir qu’elle n’aurait jamais. « … De funestes projets j’en ai bien peur. Mais saches que si j’arrive à me débarrasser de Dumbo, je retiendrai ton cv pour un second mariage, ça t’évitera d’avoir à épouser une inconnue sans substance. » elle avait pouffé de rire à cette perspective, ça lui semblait aussi improbable qu’elle, avec un médecin…

Malheureusement pour la bonne humeur, elle fut rapidement dissipée par les confidences de son vis-à-vis. Yurina s’était cramponnée à sa main, sentant le souffle lui manque et son sang se glacer. Les petites pièces d’un puzzle incomplet s’alignaient à présent, elle comprenait tant de subtilités qui lui avaient échappées… « Alors vous étiez ensemble? Tout ce temps… » C’était d’avantage un reproche envers elle-même, pour n’avoir rien vu, pour avoir été indigne de ses confidences, qu’une demande de confirmation. Elle avait hoché la tête, pressant ses doigts entre les siens pour l’encourager. À chaque mot, elle sentait l’angoisse la gagner… et la peur, aussi, elle était diablement inquiète pour lui.« J’ai bien peur que les disputes ne soient le lot des gens comme nous… comment aurais-tu pu voir les signes, quand ton énergie était monopolisée par la tentative désespérée d’associer les souhaits de ton cœur aux exigences de ton rang. » … un dilemme qu’elle ne connaissait que trop bien. Sauf qu’elle chassait des envies purement physique elle, moins noble … c’est ce qu’elle s’entêtait à croire. Ses yeux s’étaient écarquillés, sa bouche s’était figée alors qu’il avouait que sa petite amie, l’idole que Yurina adorait le plus… avait tenté de le tuer.

Ça lui semblait tellement improbable… et pourtant tellement possible. Elle avait dégluti péniblement, sa pompe à sang battait si vite que ça en faisait mal. Elle avait cette envie stupide de défendre la jeune femme, d’expliquer les agissements qu’elle avait eu… comme s’ils étaient acceptables, comme si elle voyait exactement quel maux l’avaient poussé à agir… Elle avait délicatement pris les mains de Jie entre les siennes, tendrement, comme s’il pouvait briser à tout instant. « Ne sois pas si dur avec toi-même. Elle a passé quoi, vingt ans avec un frère fortement éduqué dans tout ce qui touche les maux de l’esprit, et il n’a rien vu. Comment aurais-tu pu, toi, aveuglé par ton affection… » … voilà pourquoi elle ne s’attachait pas, l’amour, cette connerie, ça rendait des hommes comme Jie aussi brisés que des chiots… Sans défense.

Jamais elle ne s’y abaisserait. Et pourtant, les gestes d’Erena … cette tentative de meurtre… n’était-elle pas celle qui avait juré à un gueux qu’elle le tuerait s’il voulait la tuer? Et elle le ferait, elle en était certaine. Qu’il n’en regarde aucune autre qu’elle, qu’il crève en l’admirant, elle ne pouvait le laisser vivre dans un mode ou il lui arracherait l’importance qu’il lui avait donné… elle ne voulait pas vivre dans un monde ou il n’était pas…Au moins Jie avait survécu, sinon, elle ne donnait pas cher de la peau de l’idole. Elle avait soupiré, soudainement affolée d’approuver la tentative de meurtre, parmi toute chose! « … Je n’en sais rien non plus. Mais, loin de moi l’idée de défendre ses motivations qui n’ont rien de raisonnables… seulement… » … sa voix était basse, un murmure, comme si elle craignait qu’il ne la jette hors de la voiture pour avoir pris le mauvais parti dans ce combat-là. « Je me demande. Des gens comme nous, endoctrinés à n’éprouver aucune affection, à envisager un avenir encagé, contrôlé sans la moindre once de tendresse conjugale… N’avons-nous pas deux décennies d’avance pour gérer le détachement, l’agonie de l’abandon? » … son regard s’était perdu sur le paysage. Elle avait été endoctrinée à tourner le dos, à laisser derrière, à ne pas s’accrocher… et paradoxalement, elle ne pouvait tolérer l’idée d’être celle qu’on abandonne. Jamais. Elle préférait un cadavre que la possibilité d’un retour.

… Les gens ne font pas marche arrière, elle ne pouvait s’imaginer la torture qu’était une attente… un espoir. On lui avait arraché tout espoir si jeune… elle avait du lutter, mais jamais autant que ceux qui y avaient pris goût. Quelque part… elle plaignait Erena. Elle avait pivoté vers son ami, serrant toujours ses mains dans les siennes. Elle avait accroché ses prunelles aux siennes. « Et puis dis-moi… si vraiment tu ne peux trouver en ton âme la trace d’une envie de la revoir, de lui pardonner – qui suis-je pour te blâmer, elle a failli de couter la vie… Mais, si ses gestes te semblent tellement odieux et monstrueux… » … sa voix s’était cassé, ses lèvres s’étirant en un sourire. Ils s’étaient promis de la franchise… parfois, être honnête était cruel. « Dis-moi donc pour quelle raison fini tu toi-même le travail à sa place? » …Ne lui laissant pas la chance de fuir, elle avait agrippé plus certainement ses mains dans les siennes. Qu’il le veuille ou non, ou qu’il aille, elle surveillait ses arrières. Elle l’aimait, d’une drôle d’amitié qui frôlait celle d’une sœur pour son frère, avec toute la complicité de partenaire de guerre… elle s’était faite à l’idée, que s’il ne trouvait jamais personne pour le protéger contre vents et marée, elle serait cette personne. Elle avait conclus, d’une voix de confession, sérieuse. « … Mes parents sont également friands de tes moindres faits et gestes… Imagine ma surprise d’apprendre que tu ne danses plus. As-tu donc décidé de d’autodétruire? »

… Elle avait frappe fort, elle le savait. Aussi, elle avait préféré lui donner du temps pour réfléchir, pour se reprendre… pour lui dire ce dont il serait capable de se détacher… « … parlant d’autodestruction je…. » elle était presque prête à lui avouer ses écarts de conduite, espérant compréhension de conseils de sa part, mais la voiture s’était arrêtée et un gueux leur avait indiqué qu’ils étaient arrivés. Déjà? Elle avait emboité le pas de son complice, jetant un regard admiratif sur l’énorme demeure. « D’accord. Mais cette conversation n’est pas terminée. Mais pour l’heure, fais-moi faire le grand tour. Qui sait, en étant assez charmant, je pourrai peut-être convaincre nos pères de surmonter leur intolérance mutuelle… Si j’ai assez de moyens pour financer un médecin, je peux assurément entretenir un artiste. » Elle avait rit, une blague qui n’amusait personne sauf eux.

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     Mer 13 Sep - 23:35
Un mode de survie. Si ces mots arrachèrent un sourire aux lèvres du chinois, qui prenait un grand plaisir à discuter ainsi avec son amie nipponne, ils n’étaient rien de plus que le triste reflet de la réalité dans laquelle ils étaient enlisés jusqu’au cou. C’était leur monde, celui où tout le monde s’épiait, celui où les hommes et les femmes n’étaient rien de plus qu’un objet dont on pouvait se servir pour parvenir à ses fins. L’argent, seule véritable divinité aux yeux des puissants, leur indiquait de tout savoir, de tout demander, d’avoir tout à l’esprit à la fois, même quand ce n’était pas forcément nécessaire. C’est à cause de ce même argent qu’ils étaient là, installés dans cette voiture, à discuter paisiblement. Il était une bénédiction et un malheur à la fois ; il leur offrait des montagnes et creusait des fossés plus profonds que les abîmes insondables d’un océan. Des abîmes qu’il était bon de franchir, quand l’occasion se présentait. « La prédestination. » dit-il sur un ton de lassitude presque amusée. « J’ai bien du mal à l’admettre, mais il doit y avoir une part de vrai dans cette phrase qui dit que la pomme ne tombe jamais loin de l’arbre. Regarde-nous, à discuter comme le font de vieilles personnes, et à refaire notre vie comme si elle était terminée. » Dans la sens, c’était la vérité. Ils menaient une existence si réglée qu’il était presque possible de déterminer quand elle finirait. Chaque seconde s’écoulait avec une régularité presque alarmante, et les événements imprévus qui survenaient à l’occasion n’étaient pas suffisamment important pour venir interférer avec la destinée parfaite, mais si malheureuse qu’on leur réservait. Ils étaient comme les héros d’un film déjà tout tracé, d’un scénario déjà écrit, et auxquels ils n’avaient même pas pu participer. Ce n’était pas leur rôle : ils étaient les enfants, les héritiers, les personnes à qui reviendrait l’argent, une fois que les plus âgés ne seraient plus capables de s’en occuper. Celui qui nommait cela une vie était fou. Mais celui qui se plaignait d’avoir de l’argent et tout ce qu’il désirait l’était sûrement, lui aussi.

Parfois, Jie s’était demandé si la vie d’héritier lui convenait. Souvent, il s’était répondu que non. Il était tombé amoureux de la liberté, une fois qu’il l’avait rencontrée. Hélas, il ne l’avait jamais connue, tenu au cou par une laisse suffisamment longue pour ne pas l’étouffer. Là, tapie dans sa mémoire, restait vivante l’idée qu’il devrait un jour abandonner tout ce qu’il aimait et possédait, afin de retrouver le chemin que ses parents avaient tracés pour lui. Il oublierait la danse, les concerts, la musique. Les amis et relations de sa jeunesse ne seraient plus que de vagues souvenirs, car il lui faudrait faire un tri entre les personnes influentes et les insignifiantes. Son calendrier n’allait plus permettre les deux. Alors, petit à petit, le brillant danseur qu’il était autrefois perdrait de son éclat, verrait ses traits se durcir et son esprit se rigidifier, au point qu’il ne serait peut-être plus très difficile de le confondre avec la statue d’un être disparu depuis longtemps. Car dans les faits, c’était vrai, Zhang Jie n’existerait plus tel que les autres l’avaient connu. Quelle sombre perspective il avait là.

C’est dans ce genre d’occasions qu’il remerciait le ciel d’être né homme. C’était un avantage incroyable, de même qu’une situation difficile. On posait sur ses épaules un poids infini, exigeait de lui une perfection qu’il essayerait d’atteindre toute sa vie, en vain. Cependant, Jie gardait à l’esprit l’idée qu’être une femme, dans leur monde de diamants et de richesse, n’était qu’un fardeau plus lourd encore. Elles étaient offertes en mariages à des hommes dont elles ne savaient généralement rien, et contraintes de suivre leurs maris selon leurs envies, peu importe où ils se rendaient. Il n’était plus alors question d’ambition ou de projet. Elles devenaient responsables de l’héritage, des enfants, et il était facile d’imaginer la honte qui couvrait les familles si l’épouse était incapable d’enfanter ou ne le désirait pas. Il comprenait, malgré une certaine distance bien naturelle, la situation difficile et désagréable dans laquelle se trouvait coincée Yurina. Hélas, il ne pouvait rien y changer. « Qu’importe comment, ce jour viendra. »

C’était un fait dont il voulait se convaincre. Qu’il s’agisse d’un mari capable de lui accorder davantage de liberté ou de la mort – il s’en voulut de le penser, mais ne le fit pas moins – du père de son amie, un jour viendrait où elle n’aurait plus à contrôler ses moindres faits et gestes afin de paraître irréprochable, si elle ne le souhaitait pas. C’était ce genre de propos qu’ils utilisaient pour apaiser leur peine, quand ils songeaient aux responsabilités et difficultés qui pesaient sur leurs épaules un peu plus chaque jour, et que rien ne semblait les aider à s’en sortir. Le luxe et la richesse avaient un prix qu’il était, certains jours, plus difficile à payer que d’autres.

« Une seconde génération ? » demanda-t-il, les yeux élargis par l’idée qu’une nouvelle bande d’idiots puisse voir le jour dans les prochains mois. « Je comprends à peine comment la direction parvient à mettre sur pied un groupe composé de parfaits incapables. Penses-tu qu’ils les fassent passer un examen afin de déterminer qui est le plus bête avant intégration ? » Sans même avoir une idée de la nature de la génération suivante, il pouvait déjà imaginer un escadron de débiles parfaitement incapables de chanter et danser. Le pire, c’est qu’il pouvait également affirmer qu’une bande de jeunes loups écervelés seraient suffisants à déchaîner les passions des fans et à leur faire dépenser une fortune afin d’obtenir ne serait-ce qu’un autographe de leur part. La nature humaine était fascinante, et encore plus l’amour que ces filles avaient pour des hommes qu’elles ne verraient peut-être jamais.

La nouvelle suivante intéressa encore davantage Jie, dont les sourcils se froncèrent légèrement quand il l’entendit. « Shiroi-sensei ? » Un élan de panique sourde le saisit au cœur, alors qu’il se demandait comment son professeur, douée comme elle l’était, avait réussi à se blesser. Était-ce la saison où les fruits les plus mûrs tombaient les uns après les autres ? Et pourquoi n’avait-il pas été mis au courant ? Les propos qu’elle ajouta lui serrèrent le cœur. « J’espère qu’elle aura la chance de danser à nouveau un jour. » répondit-il calmement, avant de pincer les lèvres et de fermer les yeux avec fermeté. « Il faut que j’aille la voir, si c’est le cas. Père m’autorisera sûrement le voyage. Cette femme a joué un grand rôle dans ma propre passion, j’ignore si je te l’ai déjà raconté. »

« Je doute d’être suffisamment… qualifié pour le déterminer. » répondit-il en riant, à la question de son amie, quand ils abordèrent à nouveau le sujet de l’amant maudit de la jeune femme. Ses penchants ne se tournaient guères vers les hommes, et il le savait de longue date. Il n’avait eu à l’esprit qu’Erena pendant des années, et il se trouvait aujourd’hui comme un marin perdu en pleine tempête, les étoiles cachées à sa vue par d’épais nuages, incapable de naviguer. « D’autres que moi te diraient que ce sont le genre de choses auxquelles on s’habitue avec le temps, mais je ne te ferai pas cet affront. Cependant, rien ne t’oblige à l’aimer. Et s’il est aussi répugnant que tu le penses, rien ne te force à le respecter non plus, il n’en dira sûrement rien. » Une soirée ne lui permettait pas d’en savoir suffisamment sur l’aîné des Kamiya, mais la sœur, sous son apparente douceur, avait bien réussi à le tromper. Il se surprit à souhaiter à Yurina que ce ne soit pas le cas pour son frère également. Que ferait-il donc, s’il venait à la perdre ?

Mais face à la curiosité de son amie, il ne put rien dire. « Je ne sais rien, je ne fais que deviner des choses. Et tu sais comme moi que je fais partie de ces personnes qui n’aiment dévoiler des théories avant d’avoir pu les éprouver. » Il le disait sur ce ton qui affirme et qui tranche. Nul moyen de lui faire dire ce qu’il avait à l’esprit, même en essayant fort, car cela n’entrait pas dans le contrat oral qu’ils avaient passés un peu plus tôt. Pour ce qu’il pensait, il le garderait pour lui jusqu’au moment où il en serait sûr, si ce jour venait. De toute façon, cela n’avait aucune importance à ses yeux, voire même un intérêt mineur. La famille Kamiya et lui-même ne devaient plus avoir de contact à l’avenir. Ils étaient trop dangereux.

Yurina n’avait pas le choix, de toute façon, et Jie le savait bien. Elle le confirma en comparant leurs familles à des dictatures, évoquant même des punitions. À cela, en revanche, il avait quelque chose à dire, car sa mémoire ne lui laissait pas de tels souvenirs. « Je ne me rappelle pas, pour ma part, avoir un jour été véritablement puni. » Ses parents l’avaient, au contraire, généralement placé sur un piédestal, et il était si bon élève pour intégrer leurs idées qu’il n’avait pas fallu longtemps pour qu’il perde son enfance et devienne un homme dans l’esprit, bien avant son âge. « La seule occasion est sans doute cette année, quand ils ont pris la sotte décision de me couper les vivres. » Il se rappelait des quelques jours qu’il avait passés à travailler dans un fast-food, parce qu’il se pensait capable de gagner de l’argent lui-même. Comme il avait été stupide ! Il songeait parfois que cette punition valait bien toutes celles qu’il avait manquées au cours de sa vie. « Comme quoi nos parents, malgré leur fortune et leurs privilèges, ne sont pas capables de penser plus loin que le bout de leurs nez. » pensa-t-il à voix haute. Cela aurait été un choix stratégique, pourtant. Ils auraient été à cheval entre deux zones, sur la Chine et le Japon. Une union redoutable pour ceux qui souhaitaient s’opposer à eux, au-delà des conflits qui existaient entre les deux pays. Mais cela semblait avoir échappé à l’esprit pourtant fin de Zhang Guoxiang. Ou était-ce au père de son amie ? Nul ne le saurait jamais.

Mais quand on évoqua à nouveau l’idée d’abandonner son mariage, Jie ne put empêcher un rire amer d’échapper à ses lèvres, face à la réalité dont ils ne discutaient que trop depuis quelques instants. « Si mes parents ne m’ont trouvé personne entre temps. » Ses traits s’étaient déformés en une grimace pensive, les sourcils froncés et la bouche plus courbe. « J’approche déjà de mon vingt-cinquième anniversaire. Je crains que cela ne tarde plus beaucoup. » expliqua-t-il avec dépit. L’idée d’être marié à une riche héritière, chinoise ou étrangère, ne l’enchantait pas plus que cela. Il savait que l’amour qu’il éprouvait à l’égard d’Erena, tout assoupi qu’il était, ne pourrait jamais être remplacé par un autre. Et s’il n’était même pas capable d’éprouver une once d’affection pour la femme-bijou dont on le parerait, il ne se voyait pas l’épouser.

Et le souvenir d’Erena, sa chère ex-petite amie, était coriace et douloureux. « Oui, nous l’étions. » Ses réponses étaient courtes, synthétiques ; il préférait se noyer dans le déni plutôt qu’accepter l’horrible réalité à laquelle il avait été confronté. Combien de fois, depuis les événements, avait-il essayé d’oublier ce qu’il s’était passé ? Il ne pouvait fermer les yeux sur les actes de la chanteuse, et encore moins considérer qu’ils étaient mineurs. Toute sa vie avec elle semblait être un énorme mensonge qu’il n’avait réalisé que trop tard. Comment aurait-il pu, dans de telles conditions, lui faire confiance à nouveau ? La simple idée de revoir son visage lui donnait envie de hurler à la trahison, de fuir à l’autre bout du pays. Pourquoi, de toutes les personnes au monde, ce mal avait-il dû s’emparer d’Erena ? Il garda les yeux fermés et la bouche pincée alors que Yurina essayait de le réconforter. Mais rien n’aurait pu suffire à lui faire oublier la peine qu’il avait ressentie ce jour-là, quand sa petite amie avait imploré son pardon, mais qu’il avait été incapable, profondément, presque viscéralement, de le lui accorder.

C’est pour cette raison qu’il ne pouvait approuver les propos de Yurina, malgré toute l’affection qu’il avait à son égard. Jamais Erena ne serait pardonnée pour ce qu’elle avait pu faire, il en avait la conviction. Elle avait porté le geste de trop, pris une initiative bien dangereuse, et elle méritait désormais la place qu’on lui avait attribuée. S’il était vrai qu’elle avait été internée – ce dont il n’était pas sûr – elle était entourée de personnes chargées de prendre soin d’elle et de ses troubles. « Je doute être un jour capable de la pardonner malgré tout. » dit-il calmement. « Dans une société civilisée, on apprend à ne pas tuer. N’apprend-on pas ce genre de choses au Japon également ? » L’idée lui semblait folle. Mais il n’était pas en colère contre Yurina, qui essayait visiblement de trouver des réponses. C’était contre Erena, et contre elle seule, que se tournait la colère qui l’habitait. Une colère d’autant plus redoutable qu’elle était mêlée à une tristesse au moins aussi grande.

Mais quand son regard rencontra celui de son amie, Jie ne put s’empêcher d’attendre un reproche. Chaque mot pesait un poids supplémentaire qu’il ne pouvait supporter et, quand sa question vint enfin, il pinça les lèvres à nouveau, fermant les yeux dans l’espoir de l’éviter. Ses doigts s’étaient refermés sur ceux de son amie, comme s’ils cherchaient à lui échapper, mais sans y parvenir. « C’est que je n’y arrive plus, Yurina. » soupira-t-il en secouant la tête, blessé par ses propres paroles, avant de relever les yeux vers son amie, puis vers la fenêtre fumée qui laissait désormais entrevoir du quartier où il vivait. « Comme Shiroi-sensei, il n’est pas dit que je puisse à nouveau danser un jour. » confessa-t-il finalement.

Les derniers mots de la jeune femme laissèrent l’héritier sur sa faim, mais il comprit qu’il valait mieux ne pas insister quand elle reprit la parole. Il trouverait un moyen, un endroit où discuter librement serait permis. Pour l’heure, il était temps de quitter la voiture et de rejoindre la grande bâtisse qui servait de résidence à la famille Zhang. « C’est ce que je ferai. » dit-il avec un sourire reconnaissant. Une fois encore, Yurina était une bouffée d’oxygène dans l’air si pollué de Shanghai.

Sans attendre plus longtemps, Jie sortit de la voiture pour rejoindre le hall d’entrée du bâtiment, dans lequel se trouvait déjà ce bravo Meilan, qui avait récupéré les bagages de Yurina. De son petit air supérieur, il toisait le reste du monde, arborant la quantité raisonnable de muscles qu’il possédait comme la plus belle des parures alors qu’il disparaissait dans l’ascenseur afin de déposer son chargement dans la chambre réservée à la jeune femme.

Le tour du propriétaire prit une demi-heure environ, car Jie ne s’attardait pas sur les détails. Il présenta les différentes chambres, les différentes pièces, ainsi que tous les domestiques qui travaillaient là. Ainsi, il présenta Xiao Mei, Hua et Zhifang, d’autres domestiques qui s’occupaient des chambres, des cuisines et des zones réservées aux réunions. La maison Zhang était extrêmement grande, digne d’un riche entrepreneur chinois, et ne manquait de rien. Aussi, le tour du propriétaire terminé, Jie emmena-t-il son amie dans une pièce plus confortable, adaptée à leur époque et à la vie de jeunes gens comme il faut. Elle était lumineuse et sobrement décorée, meublée d’une longue table et de quelques chaises qui lui donnaient un petit air de salle de réunion, si ce n’était pour la machine à café sophistiquée et les hautes bibliothèques qui tapissaient les murs et débordaient de livres en tous genres. « Nous pouvons continuer à parler ici, si tu le veux. » dit-il en s’approchant de la machine à café. « C’est une pièce que je me réserve, à l’écart des domestiques et des parents. » avoua-t-il finalement. Dans une maison aussi riche que la sienne, il n’était pas de trop de posséder une pièce entière qui nous soi dédiée. Ainsi, Jie lui offrait un moment dans sa bibliothèque personnelle. Et si l’on prêtait plus attention à l’endroit en lui-même, on pouvait sans peine constater la porte qui menait à une autre pièce, annexe et insonorisée, sur laquelle figurait en lettrage noir les caractères « salle de danse ».
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     Jeu 14 Sep - 18:26
All women are crazy, pick yours
YURINA & JIE 


Début août 2017 → Devenir comme ses parents, voilà une perspective qui ne l’enchantait guerre, elle la redoutait même. Au fils des ans, elle en était venue à craindre avec une terreur sourde son paternel, cet homme austère, violent qui n’avait à son égard que des reproches et des menaces. Chaque jour, il lui semblait nécessaire de détruire un peu plus les vestiges de son amour propre, de tordre ses résolutions et d’en faire un pantin malléable entre ses mains. Et il avait presque réussi, en lui imposant ses amis, son emploi du temps, son visage, sa carrière … et maintenant, son époux. Peut-être que ça aurait été plus facile d’abdiquer, de se soumettre aux volontés parentales sans jamais lever les yeux du sol, d’accepter tout en bloc en se complaisant de l’illusion que leur fortune valait bien les chaines qui y étaient associées. C’est ce qu’elle avait cru, à tout le moins, pendant des années, elle n’avait jamais cherché à voir le monde en dehors de sa cage, à quoi bon explorer des possibilités que l’on lui refuserait? En toute franchise, elle avait même un brin jugé son ami, le catégorisant comme un masochiste fini, quand il était tombé amoureux de la danse et avait suivi son rêve en plein conscience qu’un jour, il devrait y renoncer. Elle avait souri tristement à sa comparaison… de vieilles personnes, il n’avait pas tort. « … N’est-ce pas un peu le cas tout de même? Les gens de notre monde ont une date de péremption courte, une existence éphémère. Se plier à la volonté des autres, à leurs attentes et abandonner notre goût trop bref de liberté à l’aube de la vingtaine… c’est en soit une forme de mort. » … et maintenant plus que jamais, ça lui semblait bel et bien une condamnation.

Elle qui avait si longtemps échoué à comprendre son ainé, à saisir la passion qui le guidai vers la danse, vers cet univers qui n’était pas le leur, elle s’était fait prendre au même jeu. Yurina s’était cru si forte, si intelligente à se border à ne rien désirer, à n’avoir aucune opinion, à n’être rien de plus qu’une poupée portant le masque qu’on voudrait bien lui donner… pour ne surtout pas s’attacher, ne surtout pas souffrir d’avoir à abandonner quelque chose qui lui était cher… Et puis voilà qu’elle avait pourtant suivi ses traces. Si elle ne pouvait comprendre quelle motivation avaient guidés Jie vers la danse, vers Erena – selon ce qu’en disait les rumeurs – désormais, elle ne le comprenait que trop bien. Pour la prisonnière qu’elle était, le premier contact avec la possibilité de choisir avec été addictif, électrisant. Il n’avait pas fallu des pointes, mais un sourire narquois… elle avait secoué la tête. Il était hors de question qu’elle pense à Naoto, pas maintenant, plus jamais. Cette liberté qu’elle avait trouvé, un bref instant, sous ses doigts, cette flamme de rébellion qu’il avait fait naitre en elle, elle devait y renoncer, abdiquer. Rien ne lui avait jamais semblé aussi difficile. La vie lui semblait tellement fade en comparaison…

Loin d’elle l’envie de déprimer son ainé, aussi, plutôt que de philosopher sur tout ce qu’ils perdraient en échange d’une fortune scandaleuse, elle avait préféré y aller d’un sujet léger, le nouveau groupe de l’Agence, sa propre avancée… Un terrain qu’elle croyait neutre et divertissant. Elle ne pouvait pas donner tort à son ami, la première génération des F!GHTERS était assez pathétique. Enfin, sauf le dieu Choi, son favori, son professeur privé. Lui, il était absolument sublime! « Je t’avouerais ne pas savoir. Cependant, un de mes ainés à l’Agence m’a déjà dit qu’avec un bon éclairage et photoshop, ni le talent, ni la beauté n’étaient des critères pertinents dans le choix d’artistes… » Oui, elle citait Gabriel. Encore heureux pour elle que le danseur l’ignore, il aurait sérieusement remis en question son jugement de caractère… Mais qu’y pouvait-elle quand l’accent amériain du métisse faisait fondre son cœur? Heureusement pour elle, elle n’en dit rien, des plans pour que le riche héritier lui fasse parcourir la ville en habit d’Ève alors qu’il secouerait une cloche en hurlant ‘’Shame, Shame’’ … non, Jie avait vraiment peu de compassion pour les F!GHTERS. « J’estime donc que leur processus de sélection se résume à embaucher les cinq premiers candidats à se présenter aux auditions. » … processus qui se confirmerait quand elle verrait les incapables de la génération 2.0 En même temps… l’Agence faisait son devoir. Forcément, ne voulaient-ils pas uniquement des beaux mecs pour émoustiller des gamines?

Une fois les nouvelles des groupes passées, elle s’était permis de lui transmettre des confidences sur une de leur enseignantes. « Tu m’en avais parlé oui, quand je pestiférais sur ses enseignements dignes d’un régime militaire … » Enfin, ce fut bref dans le cas de Yurina, après tout, lorsqu’elle intégra l’Agence, c’est Xialei qui avait pris le flambeau de ses médiocres capacités… Elle s’était adressée à son ami sur un ton de confidence, appréciant lui donner des informations qu’il ignorait. « Si je me fie aux ragots de couloirs, elle aurait trébuché sur le sac d’un des membres abandonné sur la scène lors d’une répétition… elle aurait simplement perdu pied et serait, somme toute, bien mal tombée. Un accident aussi bête que tragique… » Yurina aimait tout savoir, avoir des scoop sur les gens. Elle observait beaucoup, déterrait des secrets. Une déformation de son milieu il faut croire…dans une famille puissante, les secrets étaient des éléments de négociations. Elle ne le savait que trop bien et elle avait rapidement perfectionné l’art de la collecte d’information. Fronçant les sourcils en narrant la chute de leur enseignante, elle avait rapidement dérivé sur les derniers potins. « Li-sensei a remis sa démission quelques jours plus tard. Ma mère m’a appris qu’ils prévoient se marier. Tu sais bien que ma mère est plutôt proche des Li. Elle était si choquée d’apprendre que leur héritier a rompu ses fiançailles pour épouser une ‘’roturière’’. » … Pas que la chorégraphe ait peu de mérite ou de fortune, seulement, elle était de basse naissance, ne nous mentons pas.

Elle avait eu un petit sourire navré, comme si fréquenter des gueux était la pire chose qui aurait pu arriver à quelqu’un de leur monde… Et ça l’était, un peu. Il suffisait de voir le crétin qu’on lui imposait… elle valait mieux. Yurina avait roulé des yeux, prenant un petit air princier, exaspéré alors que son ami lui refusait des confidences. Autant elle brûlait d’envie de le savoir, autant, elle savait que s’acharner ne mènerait à rien. Jie était têtu. Résigné, elle hocha la tête dans un :« Soit. Mais si cette théorie s’avérait fondée, jures moi de m’en faire part. Ça occupera mes soirées solitaires, que de planifier le déclin de mon pathétique mari… » … un tel venin. Franchement, son esprit était embrouillé ces jours-ci, elle ignorait si sa haine pour le docteur était bien fondée… ou si c’était cette petite voix qui s’insurgeait en elle, de devoir l’épouser alors que c’était un autre visage qui l’obsédait plus qu’elle ne voulait l’avouer. Elle était néanmoins consciente que de rabaisser un tel incapable ne l’aiderait en rien, elle s’y ferait, Jie avait raison. Un sourire avait étiré ses traits, alors qu’elle mettait un point final à ce sujet. « Mais pour l’heure, n’abordons plus ce sujet. J’apprendrai, comme d’autres dans ma situation, à n’avoir que mots doux et adoration pour celui qu’on m’impose. »

… Dans une tentative de ramener la discussion à un point plus jovial, elle avait comparé leur éducation à un régime militaire. C’est avec soulagement qu’elle vit son amis contester la portion punition. Ainsi donc, Jie avait au minimum des parents plus amants que les siens. Yurina avait envie de lui en parler, de l’ambiance chez elle… mais le dire impliquait de rendre réel ses tourments. Elle ne pouvait s’y résigner. Elle avait plutôt sourit, de cet air candide de gamine prise en faute. « Punie. J’ai sans doute usé un terme un peu fort… » Torturée aurait été plus juste. Elle n’en dit rien. « Sanctionnée de reproches aurait été plus exact. Il faut dire que je n’ai jamais eu ton aisance pour rencontrer les attentes de mon père. Je crois qu’il ne m’a jamais pardonné d’être née femme. » ou d’être née tout court. Allez savoir pourquoi, l’idée d’avouer cela à Jie lui faisait tellement honte… comme si elle redoutait que lui aussi, voit en elle une méprisable créature méritant insultes et critiques. Ou une faible, ça peut que tout le reste, elle se le refusait. Son regard s’assombri en entendant son ainé parler d’un potentiel mariage arrangé. Lui aussi, forcément, il n’y échapperait pas. C’était pratiquement une promesse dès leurs premiers souffles. Elle ne l’imaginait pas avec une fille riche et silencieuse, une postiche sans colonne et sans volonté, il aimait beaucoup trop les femmes de caractère… Mais amour et devoir ne font pas bon ménage. « Déprimant. Je me console en me disant que nos parents accordent, somme toute, une importance capitale à leur bonne entente. Nous pourrons au moins souffrir ensemble les époux-bijoux qu’on pendra à nos bras. » … ça valait mieux que des gueux. Elle n’avait aucune intention de finir sa vie à tourner des burgers avec Jie. Ses mains avaient serré les siennes alors qu’il se lançait en confidence…

Les agissements d’Erena la surprenait, elle n’imaginait pas son idole – sa belle-sœur, aussi névrosée. En même temps, elle pouvait comprendre, jusqu’à un certain point, ce qui l’avait poussé là. Regarder l’être aimé vous échapper, vous laisser derrière, plus qu’une blessure au cœur était une blessure à l’égo. Et la fierté était parfois l’unique vestige des misérables. Elle pouvait facilement concevoir que détruire quelqu’un, le réduire en poussière soit préférable à le perdre. Le savoir bel et bien mort était définitif, final, et de loin moins souffrant que l’imaginer dans les bras d’une autre. Est-ce que la chanteuse avait vu en Jie un trésor inestimable, avait-elle chéri la façon dont lui seul al regardait, au point de l’anéantir que de savoir qu’il poserait ce regard-là sur quelqu’un d’autre? « Ça me semble être un fondement de base, oui… Et personne ne te demande de lui pardonner, c’était un geste odieux, il est légitime de nourrir de la rancœur et de la crainte face à un esprit aussi instable… » … et personne ne lui demandait d’accepter. Qu’elle puisse justifier, voir endosser les gestes d’Erena lui faisait peur, elle préféra se vautrer dans le déni.

Ses doigts avaient serrés ceux de son ami, elle sentait bien son désespoir, et ça lui allait droit au cœur. Yurina ne se souciait pas de de grand monde en cet univers. Ses relations était superficielles, fausses … il était son exception. D’ordinaire, elle aurait dit ce que son interlocuteur voulait entendre… là, elle ne pouvait s’y résigner. Elle le respectait trop pour lui mentir. Sa voix n’était qu’un souffle, et elle ne relâchait pas sa prise, de peur qu’il tombe, abdique seul si elle l’abandonnait. Jamais. « Plus que le pardon, ce que tu dois désormais lui accorder, c’est la liberté. Si tu passes le reste de tes jours misérable faute de pouvoir la jeter hors de ton cœur, il ne sert à rien de te torturer de la sorte. La miséricorde et le pardon te seraient moins tortueux que le poids de tels sentiments. » … plus facile à dire qu’à faire, mais il devait la sortir de son cœur, d’une façon ou d’une autre, il devait faire son deuil, oublier… elle n’accepterait pas qu’il ait perdu plus que des plumes dans ce combat. Elle écouta ses confidences… il n’arrivait plus à danser? Lui? Et puis quoi encore. « Pour l’instant. Tu n’y arrives plus pour l’instant. Il n’est pas dit que je te laisse abandonner aussi aisément. » Elle avait pesé chaque mot, refusant qu’il s’avoue vaincu. D’une voix plus tendre, elle poursuivi, une de ses mains quittant la sienne pour doucement se poser sur sa joue. L’instant d’après, elle avait passé ses bras autour de lui en le serrant contre son cœur. Jie était précieux, son bijoux, son meilleur ami. Jamais elle ne l’abandonnerait. « Je serai toujours là, moi, pour veiller sur toi... » son étreinte s’était fait plus forte, elle avait murmuré, loin d’abdiquer. « Je te connais depuis tes premières pointes, si tu n’enchaine plus jamais de pas, alors c’est ton âme qu’elle aura réussi à assassiner. Et il est hors de question que je te laisses abdiquer. Jamais. Sois en certain. »

Heureusement pour le lugubre de leurs confidences, la destination fit son apparition et, plutôt que de lui confesser ses propres erreurs, elle s’était retrouvée à visiter une demeure au moins aussi imposante que la sienne. Ses lèvres s’étaient étirées en un sourire, plus d’une fois, alors qu’elle découvrait chez son ami des éléments que ses parents possédaient aussi. Comme quoi… malgré leurs intolérances, ils se ressemblaient, leurs géniteurs. Ce n’est pourtant qu’à la toute dernière pièce que ses yeux s’écarquillèrent d’émerveillement. « C’est magnifique. L’as-tu décoré toi-même? » elle avait fait un pas dans ce repaire, incertaine, observant chaque élément qui lui rappelait son ami. Puis, l’inscription au fond. Elle avait fait un pas vers la pièce secrète, lui attrapant le bras comme une enfant surexcitée. « Allez, viens. Je veux voir ton sanctuaire. » Oui, quand elle avait une idée en tête, elle n’en démordait pas. Prenant une voix amusée, elle avait quand même insisté pour ne pas trop le brusquer, pour le divertir un brin. « Si tu refuses de danser, accorde mois au moins ton attention pour critiquer mes prouesses. Ça te consolera de voir le niveau minable auquel j’ai plafonné. » … Oui, minable, elle l’était. Elle n’avait jamais eu un grand sens du rythme. Même unijambiste il la surpasserait! Gonflant les joues comme une gamine boudeuse, elle fini par lui tirer un sourire complice, tentant de l’appâter avec un : « Si tu m’accordes ce caprice, je te raconterai la bêtise que j’ai faite… » des confidences… sa meilleure monnaie d’échange avec ce chinois.

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     Dim 17 Sep - 19:35
Ils ressemblaient à deux philosophes qui, sans avoir souffert de la souffrance comme on la dépeint d’ordinaire, se plaignaient de la façon d’être du monde et des gens qui y vivaient. Car c’était vrai, quand on y regardait bien : ils avaient vécu toute leur vie dans un univers coupé du véritable, à écouter les préceptes de leurs parents et à accepter tous les cadeaux qu’ils leur faisaient, comme s’ils avaient été dus d’une manière ou d’une autre. Alors se plaindre comme ils le faisaient aurait pu paraître ironique, hypocrite et faux, mais ils en avaient besoin. Ils en avaient besoin, car étrangers à la souffrance, ils étaient devenus incapables de supporter les moindres désagréments et les plus petites peines. Comme des animaux domestiqués qui n’ont jamais appris à chasser ou à se défendre, et qui se retrouvent vulnérables quand ils sont exposés à la réalité de la vie et à sa cruauté. « Tu es défaitiste. » dit-il en un sourire sans méchanceté ni moquerie. « Tu sais également que dans notre monde, la vie devient ce qu’on en fait, et que tout dépend de notre habileté à prendre les choses en main avant que d’autres ne le fassent pour nous. » affirma-t-il avec une confiance qui lui était propre, bien qu’il sache, au fond de lui-même, que la vérité n’était pas aussi agréable que ce qu’il voulait bien dire. « Je ne compte pas laisser les autres emporter la victoire sur moi, et si j’ai à mener la vie bien rangée que mes parents ont prévue, je le ferai en tant que maître, et non en tant qu’esclave. » Car il était éduqué à la victoire et à la direction, pas à la défaite et à la soumission. Yurina aurait dû, elle aussi, apprendre à dégager une telle confiance. Mais peut-être son amie aspirait-elle bien plus à la liberté qu’il ne le faisait, et encore plus depuis ces derniers mois.

Ce besoin de gagner avait été mis à rude épreuve depuis qu’il s’était blessé. Jie savait que les animaux malades étaient faibles et vulnérables. Il était un lion, un tigre, mais ses pattes étaient atrophiées et l’empêchaient de chasser librement, le réduisant au statut de proie qu’il détestait tant. Jamais, ô non, jamais Zhang Jie, fils de Zhang Guoxiang, ne serait un animal facile à abattre. Même immobilisé par ses blessures, il continuerait à donner des coups et à se défendre, bec et ongles, pour empêcher les autres de prendre sa place. Et si ces autres se révélaient aussi coriaces que lui, il était prêt à rassembler ses dernières forces pour leur faire face, car la seule véritable défaite était, à ses yeux, l’abandon. C’était déraisonnable, idiot, peut-être, mais le fou n’était-il pas capable de mettre en échec ce bon vieux roi ?

Les F!ghters, en tout cas, n’avaient jamais représenté un danger aux yeux de Jie. Quand il avait vu les recrues de ce groupe, tous des garçons du pire acabit, de ce qu’il avait pu en juger, il avait directement compris que cette formation dysfonctionnelle n’allait jamais aller loin. Tous semblaient avoir la parole facile, l’insulte légère et l’esprit mou. Était-il possible que, pour cette seconde génération, la direction ait frappé encore plus bas dans la qualité ? Il craignait le pire pour les fans et les parents qui auraient à les gérer. Et rien qu’à cette idée, Jie s’estimait presque heureux de ne pas avoir à assister à ce désastre trop directement. Le Japon n’était guère menacé par une tempête tropicale ou un tremblement de terre, cette année, mais par l’écroulement prématuré d’un groupe infirme de naissance. « Et puis-je savoir qui est la lumière qui t’a enseigné ces inepties ? » demanda-t-il d’un ton amusé, presque moqueur, à l’égard, non pas de son amie, mais de cet aîné dont elle parlait, qui ne semblait rien avoir dans la tête, si ce n’était de la sciure ou des bulles de savon. « Si tu avais raison, ma chère, ce que je ne souhaite pas, ce serait à n’en point douter la mort de tout ce qu’il y a de beau et respectable dans l’art. » Et de cela, il en était persuadé, même si l’apparition soudaine de certains énergumènes sans talent dans la catégorie des artistes ‘confirmés’ lui donnait peur pour le milieu. Si les sots devaient dominer le monde de la musique et du spectacle, il n’était pas prêt à l’accepter. C’était intolérable et dégradant pour ceux qui se donnaient du mal, même si la direction de l’agence ne devait pas, comme bien d’autres avant elle, se soucier uniquement du bonheur des artistes et de leur compétence. Ce n’était pas le talent qui dominait le monde, mais ce qu’on en tirait. Des pièces et des billes à en faire tinter les caisses, et des zéros sur le compte en banque qui vous faisaient rouler les yeux. Comme partout ailleurs, somme toute. « Si l’agence se résume à de pauvres choix tels que celui-là, alors j’imagine qu’il n’y a pas grand-chose à en tirer. Je ne donne pas cher de leur affaire pour les années à venir. » soupira-t-il finalement, en entendant les propos de son amie qui éclaircissait, théoriquement, la façon dont les nouveaux membres pouvaient avoir été choisi. Un procédé malheureux qu’il n’aurait pu approuver, même s’il y avait été forcé. Les fans n’en diraient pas la même chose, hélas, et c’était bien le plus malheureux. Donnez une couronne et une peau de lion à un âne, et il pourrait sans problème passer pour un roi.

Mais Jie était un roi, et quiconque osait le remettre en question était indigne de son regard ou de sa gratitude. Il avait été éduqué par les meilleurs professeurs particuliers, avait lu les meilleurs livres et obtenu de ses parents tout ce qu’un enfant aurait pu désirer dans sa vie. Et pour cette raison, même s’il aimait le monde et ses richesses, et qu’il parvenait à trouver la beauté dans tous les endroits qu’il avait pu visiter jusqu’alors, il refusait que l’on attribue sa couronne à une bande de baudets. Akane aurait été révoltée d’apprendre que la direction était aussi peu réfléchie dans ses décisions. Elle aurait hurlé au scandale, fait esclandre dans les bureaux, pour décrier l’idée qu’ils avaient eue de permettre un tel massacre de l’art, un sacrifice public à l’esthétisme pure et à la superficialité idiote du monde dans lequel ils vivaient. Mais en apprenant qu’elle s’était méchamment blessée, elle aussi, Jie comprit pourquoi une telle bêtise avait été admise. Personne n’avait été là, sans ses anciens professeurs de danse, pour empêcher que le pire ne se produise.

« Ses enseignements étaient peut-être dignes d’un régime militaire, mais elle était de loin la meilleure danseuse que tu aurais pu trouver sur le continent. » Pour ne pas dire au monde, car il n’en savait rien, même s’il n’en doutait que peu. « C’est une véritable perte pour le groupe et pour l’agence. » expliqua-t-il finalement, blessé de la nouvelle qu’il venait d’apprendre et par les explications que lui donnait Yurina. L’idée qu’il n’avait pas, coupé du monde par les événements qui l’avaient touché, pu entendre parler de cette disparition soudaine l’attristait encore plus. « J’ignore où ils iront trouver un professeur de danse capable de dresser ces idiots, maintenant. » Mais avant même qu’il puisse discuter du professeur Li, sa surprise grandit encore. Parti, lui aussi ? Voilà qui était désolant. « Comme quoi ceux qui le souhaitent peuvent s’en tirer malgré tout, à condition de faire des concessions. » Sur leur fortune, sur leur avenir, et sur le reste. Il n’était pas certain de pouvoir le faire lui-même. Sans études universitaire, où aurait-il pu aller d’autre ? L’entreprise et sa gestion étaient tout ce qu’il connaissait, en dehors de la danse.

Un sourire répondit aux propos de Yurina, quand elle mit un point final à la conversation qu’ils avaient au sujet du mariage arrangé qu’elle avait à subir. Elle semblait déborder, à l’égard de son promis, d’une haine sans limites. Jie comprenait qu’elle soit en colère et il acceptait la vérité telle qu’elle était : le bonheur n’était que secondaire, pour les mariages d’affaire, et il y avait fort à parier que son tour à lui viendrait également. Il fallait juste savoir quand, et il n’était étrangement pas pressé de le découvrir. Tant qu’il n’aurait pas réussi à oublier Erena, ou au moins les sentiments qu’il éprouvait encore à son égard, il lui serait impossible d’aimer à nouveau.

« C’est, en effet, une attente difficile à rencontrer. » dit-il avec un rire qu’il ne se voulait pas moqueur. « Mais ne pense pas que j’ai eu des facilités à combler mes parents. J’ai moi aussi connu quelques passages difficiles avant de parvenir à prendre la place qu’ils attendaient que j’occupe. » Apprendre à se tenir droit, à ne pas marmonner, regarder les autres dans les yeux quand il le fallait, ni trop, ni pas assez. La vie qu’il avait menée jusqu’alors n’était faite que de règles, d’obligations et d’interdictions. Pour se rendre au Japon, il avait dû trouver un prétexte, expliquer ses décisions. Il avait dû promettre qu’une fois le moment venu, il rentrerait en Chine afin de prendre la chaise qui lui revenait, à la tête de l’entreprise familiale, quand bien même cette idée ne lui plaisait pas. « Au moins cela, oui. » soupira-t-il malgré lui, même s’il aurait souhaité que la vérité fût différente.

Mais tant que rien n’était décidé du côté de ses parents, Jie pouvait dormir sur ses deux oreilles. Il n’avait rien entendu de plus que des rouspétances de la part de son père qui, à sa mère, exprimait son mécontentement de savoir la jeune Yurina déjà promise à un époux. Tout ce qu’il pouvait espérer, à partir de là, était que Guoxiang, dans sa colère, ne prenne pas de décision hâtive ou stupide. Dans ce genre de circonstances, il lui arrivait à douter de son propre père. Le tourment et la colère n’auraient pas dû justifier l’illogisme et la stupidité.

Pourtant, c’était bien ce qui était arrivé avec Erena. Le tourment de son esprit et la colère de le voir partir avaient, à en croire Yurina, constitué un cocktail dangereux qui l’avaient poussée à son geste. Mais même en le pensant, Jie ne pouvait accepter cette réalité difficile, et il refusait d’être la personne qui subissait le courroux d’un esprit dérangé. Les sentiments qu’Erena prétendait éprouver à son égard auraient dû être plus forts que son envie malsaine de le savoir six pieds sous terre. Mais peut-être n’était-ce que sa naïveté sélective qui parlait. Il garda les lèvres pincées en entendant son amie lui donner raison. C’était plus facile de cette façon, si elle lui donnait le même conseil que ses parents, même si son cœur semblait partagé entre deux idées totalement opposées.

Lui accorder la liberté était également une belle idée. Ce qu’il aurait aimé pouvoir la réaliser, la concrétiser. Ce qu’il aurait aimé, par sa seule volonté, exclure de son cœur et de son esprit les sentiments qu’il éprouvait à l’égard de la nippone. Mais elle avait pris une place trop grande en lui, si bien que son palpitant semblait pomper dans le vide depuis qu’il était loin d’elle.

Et son cœur n’était pas la seule chose qu’Erena avait réussi à briser. Son talent aussi en avait pris un coup, et Jie peinait à l’accepter plus que tout le reste, en dépit des propos rassurants que son amie avait à son égard. Peut-être n’était-ce que temporaire. Peut-être refusait-elle de le laisser abandonner. Mais les faits étaient là : il était brisé, abîmé par la vie et par celle qu’il aimait, et il se sentait bien incapable de retourner sur scène un jour. Avoir un bras et une jambe cassée, pour un danseur, ce n’était pas comme un rhume ou une sinusite. Ce n’était pas de ces maux qui venaient et s’en allaient. C’était un handicap, une roulette russe qui pouvait déterminer la vie ou la mort de leur art. Et dans le cas du sien, Jie commençait à croire qu’il était mort, quand qu’il voyait la façon dont il ne pouvait se déplacer sans boiter, comme l’une de ces personnes âgées qui ne pouvaient plus trop bien bouger. Il détestait cet état lamentable.

Mais la douceur de Yurina eut au moins le mérite d’apaiser le cœur torturé du danseur privé de ses ailes. Quand il la sentit l’attirer contre lui, il ferma les yeux et profita des quelques secondes de calme, de réconfort que son amie lui offrait. Ce n’était pas le genre de geste que l’on posait souvent, dans la famille Zhang. Les étreintes n’étaient de spirituelles, imaginées, ou verbales. Ce n’étaient que des propos lénifiants que l’on prononçait pour rassurer ou faire oublier, mais ils n’étaient pas aussi efficaces que la réelle chaleur humaine. « Merci, Yurina. Tu es comme une sœur pour moi. » Et c’était un peu la vérité. Être fils unique était une chose bien habituelle, pour les familles riches comme les siennes. Cela évitait les soucis d’héritage, c’était plus confortable qu’avoir dix enfants dont il fallait s’occuper et pour qui il fallait payer une nourrice ou des domestiques. Mais c’était un véritable fléau pour lui, qui souffrait parfois de la solitude que ce statut lui imposait. C’était une solitude dorée, mais elle n’était pas moins facile que les autres.

Une fois arrivés à la dernière salle de la visite, sa bibliothèque personnelle, aménagée par ses soins, Jie se senti apaisé. Ses parents ne seraient de retour que tard dans la soirée, car un rendez-vous urgent requérait leur présence pour la journée. Ce n’était pas plus mal. Il pouvait être tranquille, surveillé néanmoins par les domestiques qui étaient là et qui étaient chargés de veiller à ce que le maître de maison – puisque c’était lui, en l’absence de son père – ne succombait pas à une attaque soudaine, causée par sa faiblesse du moment. Une surveillance pénible que Jie aurait préféré éviter, mais qu’il se contentait d’ignorer. Il savait que ses parents, en demandant à Meilan de se charger de lui, n’avaient pas de mauvaises intentions, et qu’ils faisaient confiance à Yurina autant qu’à leur propre fils. Plus, en tout cas, qu’à l’odieuse personne qui avait failli leur arracher.

Un sourire amusé aux lèvres et une vague étincelle de fierté brillant dans le regard, Jie hocha la tête à la question de son amie. « Merci. C’est effectivement moi qui ait donné l’idée. » répondit-il en souriant, avant de désigner les bibliothèques qui les entouraient d’un vague geste de la main. « Cependant, tu imagines bien que je n’ai pas eu le temps de lire tous les ouvrages que tu vois là. » Une bonne partie seulement, un petit pourcentage qu’il avait exploré lorsqu’il s’ennuyait de trop, dans cette grande bâtisse qui lui servait de maison. Les livres avaient toujours été de merveilleux alliés pour lui, qu’il s’agisse de littérature ou d’essais. La lecture comblait particulièrement bien les moments de solitude qu’il éprouvait parfois, à errer dans cet endroit.

Ce n’est qu’au moment où il sentit son bras attrapé par Yurina et qu’il l’entendit parler que le sourire du chinois se tarit. Brutalement. Subitement. Il aurait presque regretté de l’avoir emmenée dans cet endroit, s’il n’avait pas été en partie occupé à se demander si cette décision n’était pas à moitié consciente. Depuis combien de temps n’avait-il pas remis les pieds dans une salle de danse ? Dans sa salle de danse ? Les mâchoires de Jie se serrèrent alors qu’il emboîtait à contrecœur le pas de son amie, blessé dans l’âme à l’idée de rentrer dans cette pièce si sacrée à ses yeux. Comme le saint des saints d’une église, cette pièce lui était réservée, et ses propres parents n’y entraient jamais. Pourtant, face aux propos de Yurina, sa volonté sembla osciller comme la flamme d’une bougie en proie à un courant d’air, et il ferma les yeux, résigné. « Bien, mais j’espère que tu me donneras tous les détails, dans ce cas. » accepta-t-il finalement, avant de rouvrir les yeux et de chercher, dans l’armoire basse qui se trouvait dans le coin de la pièce, la petite clé argentée qui s’y trouvait. « J’espère que tu réalises l’honneur que cela constitue. » reprit-il en un semblant de rire, alors qu’il tournait la clé dans la serrure pour ouvrir la porte qui les séparait de son antre. Erena et le professeur Shiroi comptaient, depuis son aménagement, parmi les seules personnes qui avaient un jour eu l’occasion d’y mettre les pieds.

La pièce était grande, ridiculement grande, quand on savait qu’il était le seul à l’utiliser. Et si elle était la plupart du temps inutilisée, la salle de danse représentait malgré tout le luxe que s’autorisaient les Zhang. Au fond, on pouvait voir d’immense miroirs si bien assemblés unis qu’il semblait n’y en avoir qu’un. Quand elles étaient allumées, les lampes diffusaient une lumière agréable, et le sol de la pièce brillait comme si les lattes de parquet avaient tout juste été posées. À hauteur des glaces murs latéraux, on retrouvait les barres où Jie se revoyait enfant, à s’étirer et à pratiquer les pointes, le classique étant la base de toutes les autres danses. Il s’imaginait, tant et si bien que l’espace d’un instant, il marqua l’arrêt à l’entrée de cette pièce si emplie de souvenir, sentant son cœur se serrer et le blesser. Comment Erena avait-elle pu détruire tout ce qu’il avait construit ? Il appuya sur l’interrupteur qui côtoyait l’entrée et s’avança finalement dans la pièce, essayant d’oublier ces souvenirs empoisonnés.

« Qu’aimerais-tu danser, mon amie ? » demanda-t-il en s’approchant de son pas boitillant du dispositif de sonorisation de la pièce. Il y possédait un bon nombre de morceaux, y compris de chansons de l’agence qu’il avait rapportées de l’archipel lorsqu’il était rentré. « Je possède tous les disques de l’agence, mais tu peux parfaitement me présenter autre chose, si tu le préfères. » De ses doigts, il parcourut les différents disques métalliques, observant pensivement les facettes qu’il avait sous les yeux. Certains lui rappelaient même l’époque lointaine où il avait, en compagnie d’autres étudiants, fait partie d’une troupe de danseur, avant l’ouverture du label. Cela semblait remonter à si longtemps, désormais. Une nouvelle piqûre de nostalgie dont il n’avait pas besoin, et qui le laissa silencieux pour les secondes qui suivirent, alors qu’il essayait encore de décider ce qu’il allait pouvoir faire danser à Yurina.
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     Mer 20 Sep - 2:32
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Début août 2017 → Yurina n’avait pu s’empêcher de lever les yeux au ciel devant les paroles digne d’un discours de chef d’état que lui servait son ami. Jie et ses bons côtés, Jie et sa certitude qu’il y avait du beau, du fascinant dans l’espèce humaine. Il ne lui apparaitre pas si surprenant, quelques minutes plus tard, quand elle apprendra qu’il avait confondu un esprit malade avec une œuvre d’art. Il était si brillant, si réfléchit… et pourtant parfois si naïf « Et tu es un éternel optimiste ! » Elle appréciait cette certitude qu’il avait, de tirer son épingle du jeu, de mener la danse, elle n’avait pas ce luxe. Son ami semble déterminé à se tailler sa propre place dans l’univers dans lequel il avait toujours vécu, à embrasser les coutumes et les responsabilités qu’on attendait pour lui… Yurina elle… Disons simplement qu’elle avait passé vingt ans à courber l’échine devant son père, à se conditionner à ne vouloir rien de plus, rien de moins que ce que l’on déciderait pour elle. Des opinions, elle n’en avait pas, elle appréciait avoir le dessus, le dernier mot, mais rien ne la passionnait, rien ne lui donnait cette impression d’être… vivante. Puis il y avait eu ce minable, ce rustre… et l’univers auquel elle était certaine d’appartenir lui semblait tellement abjecte, immonde… contrairement à son ami, qui semblait presque heureux de ne pas en déroger, de gagner à ce jeu de semblant, elle aspirait à plus… elle voulait une liberté impossible. Ce genre de secret, elle ne pouvait bien évidement pas lui en faire confidence. Elle s’était contentée de sourire, optant encore une fois pour l’option possible. « Voilà un point sur lequel nous pouvons nous entendre. Il est hors de question que je ne sois qu’une breloque, résignée à la soumission. Quel que soit ce qu’ont prévu mes parents pour moi. » Elle lui avait souri. Non, même si c’était son seul combat, elle ne serait pas une poupée au bras du crétin qu’on la forcerait à épouser. Jamais. Elle espérait que, lorsque son heure serait venue, Jie soit plus chanceux dans ses choix matrimoniaux… Elle en doutait.

La discussion avait rapidement dévié vers Eita, ses débuts, les groupes… et les enseignements douteux qu’elle y recevait. Pouffant légèrement, elle avait haussé les épaules dans un : « Crois-moi, tu préfères l’ignorer. » … il ne devait certainement pas porter le chanteur dans son cœur et, aussi fan soit-elle du dieu vivant qu’était l’américain des F!GHTERS, elle ne voulait quand même pas risquer de s’attirer le mépris de Jie. Pourtant, ayant juré honnêteté, elle lui avait tiré un sourire amusé en confessant, sans laisser trahir sa joie pour la chose. « Pour une raison qui m’échappe, de tous les tuteurs qu’il pouvait me trouver, mon père a choisis Choi Gabriel. » … Quand elle y pensait maintenant, c’était assez ridicule. Il ne savait pas vraiment danser, chantait des chansons de gamins, et son meilleur conseil était d’adopter un cactus… Elle avait froncé les sourcils, se souvenant les paroles de son mentor sur l’acharnement. Comment avait-il dit? S’accrocher jusqu’à ce qu’il ne soit que le seul dans le groupe? « La seule leçon que je souhaite apprendre de cette personne, est l’acharnement quasi-maladif qui l’habite. Ça, c’est impressionnant ! » pour être rendu si loin… Juste l’idée de penser que les nouveaux membres de son groupe chouchou serait des abrutis la déprimait, pourtant, elle avait clos ce sujet sur une note humoristique dans un : « J’imagine que nous aurons tout le loisir de suivre leur profits, lorsque nous seront contraints de passer nos journées à gérer des investissements. »

… Ce que ça pouvait l’ennuyer! Elle espérait qu’Haruto hériterait de cette tâche ingrate de gérer sa fortune, elle se plairait très bien dans les dépenses folles et les écarts de conduite. La discussion avait à nouveau dévié sur l’adoration de son ami pour une enseignante de danse certes, talentueuse, mais tyrannique. « Ce n’est pas faux. Malheureusement, elle n’a pas su faire des miracles avec moi. J’ai souvenir de vous avoir observé, Shiroi-sensei et toi, on vous aurait dit en transe, comme si les mouvements vous possédaient tout entier… Et moi, d’un autre côté, je peinais à mettre un pied devant l’autre. » Jie était tellement beau quand il bougeait, dans le sans platonique de la chose, une véritable œuvre d’art. Elle avait toujours aimé l’observer, voir ce talent brut en pleine montée… Il était son favori, son idole. Et il semblait partager un langage silencieux avec sa professeure, un amour commun pour leur art. C’était tellement abstrait à ses yeux. Souriant doucement, elle avait serré un peu plus les mains du jeune homme dans les siennes.« Je crois que je n’ai jamais vraiment compris ton amour pour la danse. Mais ça m’a toujours fasciné. Encore aujourd’hui, je n’ai un niveau acceptable qu’en ballet, les danses plus modernes m’échappent. » de toute façon, elle préférait le chant…

Une autre chose qu’elle devrait abandonner lorsqu’elle serait résolue à suivre le chemin qu’on avait tracé pour elle. Yurina voyait mal comment elle pourrait continuer sa carrière et suivre son époux. Une autre question qui demeurait sans réponse, parce que l’idée d’envisage sérieusement ce mariage lui levait le cœur. Maigre consolation, son ami ici présent ferait parti de son univers, elle pourrait compter sur lui. Et elle en aurait besoin, parce que les sommets sont solitaires, et elle n’avait pas la froideur et la détermination nécessaire pour faire face toute seule. « Est-ce tes cinq années d’avance ou tes heures acharnés à cuire des burger qui font de toi un homme si sage? » elle avait rit doucement, regrettant de ne pas avoir assister à cet exploit. Il avait été gueux, un moment, mais elle ne doutait pas que même dans cette fâcheuse position, il avait eu plus de classe que le reste des mortels! Et qu’il continuerait à en avoir même si on lui imposait une idiote comme femme. Une greluche maladroite et ricaneuse… elle lui ferait un plaisir, elle la tuerait pour lui! « C’est bien ma seule consolation, de savoir que nous ferons ce plongeon ensemble. Peut-être qu’à deux, ce jeu de pouvoir sera plus facile. » … ou qu’ils pourrons soupirer d’agacement à l’unisson.

Le reste du trajet s’était fait dans de tragiques confidences, des secrets qui torturaient le cœur de notre demoiselle. Et piquaient sa curiosité… Erena… elle devrait lui demander, de vive voix, quels étaient ses motifs dérangés pour faire cela. Pour l’heure, elle avait fait le tour de la maisonnée, arrivant finalement dans le repaire de son complice. Son regard s’était posé sur les bibliothèques, intriguée…. « Fascinant. Savais-tu que mon salon privé est également remplis de livres? Je crois qu’une petite partie de moi les collectionne en prévision des heures d’ennuis à venir… L’idée que mon adorable fiancé transporte les dizaines de boites que cela représente, dans notre future demeure m’amuse. Peut-être que ça le musclera. » … Peut-être que ça lui ferait des muscles. Lui emboitant le pas vers la salle de danse, elle avait senti son cœur se serrer en le voyant se déplacer aussi péniblement. D’une petit voix, elle avait murmuré, flattée de l’honneur d’y entrer. « C’est promis. » puis, elle était entrée. « Tu m’en vois ravie. » … Rien ne pouvait la preparer à une sale aussi somptueuse, énorme, parfaitement équipée. Elle avait fait un pas vers l’avant. « Oh! » puis un autre, remarquant les planchers.« Wow! » et les miroirs… elle manquait de vue pour tout admirer. Excitée, elle avait pivoté vers lui.« C’est énorme! As-tu ton propre groupe et je l’ignorais? » elle avait rit doucement, avant de le rejoindre, histoire de trouver quoi danser.

« Hmmm, voyons voir. » Délicatement, elle lui avait emboité le pas, ne portant pas la moindre attention à la façon dont il se déplaçait, reconnaitre sa blessure, ses limites, ça aurait été comme l’achever, lui donner cette excuse facile pour abdiquer. Et c’était hors de question! Elle ne le laisserait jamais se percevoir comme un animal blessé, un mendiant, même si Yurina n’aimait pas spécialement être la risée de la farce, il n’y avait pas de rôle trop ingrat quand ça impliquait de s’assurer que son ami retrouve la flamme qui l’avait guidé jusqu’ici. Avec des précautions infinies, elle avait commencé à fouiller parmi les disques, avant de trouver celui qui ferait son bonheur. C’est un visage souriant, un brin espiègle qu’elle releva vers son ami. « Swan Lake? » … ils avaient eu la même enseignante. Akane avait toujours jugé pertinent de les voir souffrir pointes après pointe que ça soit, pour leur assurer des bases solides pour le reste, ou, comme le soupçonnait Yurina, pour se divertir de leurs maladresses. « L’Acte II » Parce qu’évidement, elle allait prendre un pas de deux… Sa main s’était posée sur le bras de son ami, comme pour l’empêcher de fuir, comme pour le forcer à affronter des démons qu’il aurait préféré fuir. Pas avec elle, jamais. Elle le suivrait jusqu’en enfer s’il le fallait mais il ne baisserait pas les bras. « Tu danseras bien avec moi ? » Comme si c’était une option. Elle avait plongé ses iris dans les siens, persuadée qu’elle aurait des détails humiliants à lui fournir pour se faire pardonner de l’avoir ainsi piégé. « Tu sais ce qu’elle me disait, Shiroi-sensei, quand je pleurnichais, enfant, après avoir supporté ses cours? Que je devais d’abord tomber en amour avec les pas avant de les maîtriser. » Délicatement, elle avait pris la main du chinois, « Que dirais-tu d’une petite thérapie de couple? » lui laissant faire le premier pas, démarrer la musique avant de la voir tenter de trouver, au fond de son crâne, des pas qu’elle avait pratiqué à contre cœur tant de fois, des années plus tôt.

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     Lun 25 Sep - 23:39
Un optimiste ? Jie ne se serait jamais décrit comme tel. Il se trouvait plutôt réaliste, en vérité, même s’il était vrai qu’il avait une conscience incroyable en ses capacités et en ses accomplissements. Il appartenait à cette classe de vainqueurs qui ne reculaient devant aucun défi et ne craignaient pas d’être défaits. Une approche audacieuse, certes, mais ne fallait-il pas un minimum de confiance pour parvenir à avancer, dans ce monde ? On lui avait appris à croire en ses procédés et ses astuces, à ne reculer devant aucun défi tant qu’il n’était pas certain que la lutte fût vaine. C’était cela, la différence entre les vainqueurs et ceux qui ne faisaient qu’essayer. « Disons plutôt que j’ai confiance en mes décisions. » Et il aurait dû en être de même pour Yurina, il en avait la conviction. Mais il comptait sur elle pour tenir sa parole et être davantage que la parure luxueuse qu’un homme promènerait avec lui. Il n’en attendait pas moins d’elle.

Yurina attira son attention l’instant suivant, éveillant son intérêt en précisant qu’il préférait ne pas le savoir. Bien au contraire, il n’attendait que cela, et il ne put s’empêcher de ricaner à la mention du prénom du terrible, du redoutable Choi Gabriel. Ah ! Ce garçon pathétique ne cesserait jamais de le surprendre. « J’ignore pour quelle raison mystérieuse il a été capable d’arriver là où il est aujourd’hui. » répondit-il, ostensiblement moqueur, en repensant à cet abruti qui avait osé poser les mains sur Erena, fut un temps. « C’est bien la preuve que tout arrive. » Et un jour, il finirait bien par retrouver la place qu’il méritait d’occuper ; celle d’un imbécile, d’un sot incapable d’apprendre le respect et le savoir vivre. Il fallait juste attendre que le public se rende compte de la situation délicate dans laquelle il était avec un homme comme lui sur scène.

La scène, Jie rêvait d’y remonter un jour. Hélas, cela ne resterait peut-être qu’un rêve, et ce pour les années à venir. Après tout, il était blessé ; blessé et convalescent, parce que son ex-petite amie avait eu la merveilleuse idée de lui tendre un piège afin de le faire basculer du haut d’un escalier. De cette façon, elle l’avait brisé, bien plus que physiquement : c’était à son art qu’elle s’était attaquée. Pendant des semaines, il avait été incapable de se mouvoir librement. Maintenant, il n’arrivait plus à danser, à s’élancer sur la piste comme il l’aurait fait autrefois. Tout cela, à cause d’Erena. « Nous avons tous nos forces. » affirma-t-il en riant de bon cœur, juste avant que son amie ne serre ses mains dans les siennes. « Un jour, tu deviendras meilleure. Il faut continuer à t’entraîner. » Practice makes perfect, comme on dit.

Depuis combien de temps pratiquait-il ? Depuis des années, sans doute. Un soupir lui échappa. Il songea à tous les jours qui avaient passé, aux difficultés qu’il avait rencontrées, aux efforts qu’il avait fournis. Cela semblait si loin. Y penser lui inspirait un profond sentiment de fierté, mais aussi la blessure de ne plus être capable de faire la moitié de ce dont il avait été capable auparavant. Comment avait-il pu se laisser avoir aussi facilement ? Comme un débutant ? L’envie de hurler était bien réelle, et il ne pouvait rien faire pour éviter d’y penser. Cependant, laisser gagner Erena en laissant paraître une quelconque frustration, même face à un tiers, n’était pas une solution acceptable. Il était Zhang Jie, un homme qui gardait une bonne composition, même lorsque les choses allaient mal et que les éléments semblaient se liguer contre lui.

« C’est peut-être mon origine qui parle. » répondit-il en plaisantant, conscient que l’on prêtait à des philosophes chinois de nombreuses phrases sages qui servaient de mantra à quelques convaincus. Un sourire, fin et malicieux, se logea aux lèvres de l’héritier. Cette période où il avait tourné des burgers dans un établissement de restauration rapide était bien l’une des pires de sa vie. Il ne savait pas s’il parviendrait à ne plus se sentir sale un jour.

Heureusement, ces sombres événements appartenaient à un passé qu’il n’était plus contraint d’évoquer. Il n’était plus question, désormais, de parler de fast-food et d’huile de friture, de clients désagréables et d’idiots incompétents. Désormais, d’autres priorités préoccupaient Jie, comme les affaires, son avenir, et un mariage futur qu’il redoutait chaque jour un peu plus, comme si y penser allait suffire à l’attirer. Il aurait, à choisir, préféré prendre la décision de lui-même. Il aurait préféré avoir un mot à dire, mais il savait parfaitement que ses parents n’accordaient pas plus d’importance à son avis qu’un dictateur n’en accordait à l’opinion publique. « J’ose espérer que ce sacrifice en vaudra la peine. » dit-il en riant, sachant que ça ne serait jamais, jamais le cas.

Quand ils furent à l’abri des regards, après qu’ils avaient abandonné la voiture et les domestiques collants qui essayaient de faire leur travail en ignorant les regards froids que leur lançait le fils des maîtres de maison, Jie reprit la conversation où ils l’avaient abandonnée, s’amusant avec calme de l’explication que lui donnait son amie. « Tu fais une véritable obsession. » dit-il en riant. C’était presque de l’acharnement, et voir Yurina changer sa frustration en venin était l’un des procédés les plus amusants qui lui avaient été donné d’observer au cours de sa vie.

« Non. » répondit-il en parcourant la salle de danse des yeux, quand Yurina lui posa une question. « Mes parents aiment simplement faire les choses en grand. » Et rien n’était trop beau, trop luxueux pour leur fils. C’était excessif, il en convenait. Il avait pu observer des salles de danse bien moins prestigieuses dans les couloirs de l’agence, et de l’académie avant elle, mais il mentirait en affirmant que la salle que ses parents lui avaient fait aménager n’était pas la plus belle de toutes celles qu’il avait pu visiter. Ici, ses pieds suivaient autrefois le cours que leur proposait la musique ; autrefois, quand il n’était pas question d’aller clopin-clopant jusqu’à la radio pour choisir un disque. « Tu connais tes classiques. » souffla-t-il en saisissant du disque qu’elle venait de trouver. Mais il redoutait la question suivante, qui arriva malgré tout. « Je ne m’en sens pas capable, Yurina. » La main de son amie autour de la sienne, il se laissa malgré tout tirer alors que retentissaient les premières notes de l’œuvre classique. Il connaissait par cœur chaque mouvement de la composition, chaque pas à poser, tous ceux que lui avait enseignés Akane. Des souvenirs abondaient dans sa mémoire, lui donnaient envie de libérer l’artiste qui sommeillait en lui et qui lui criait de danser, d’y aller ; mais sa jambe refusait. Cela, Jie le remarqua quand il tenta de prendre appui sur sa jambe. « Si je danse maintenant, elle va se casser à nouveau. » Un soupir lui échappa, à contrecoeur. Danser était une seconde nature pour lui, et il en était privé aujourd’hui. « Essaie de la faire, toi. Je suis persuadé que tu es bien meilleure que ce que tu penses. »
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     Mar 26 Sep - 17:55
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Début août 2017 → Elle avait pouffé, devant le reproche moqueur de son complice quant au venin qu’elle avait, encore et toujours pour Haruto. « Et toi, tu t’amuses un peu trop de mes excès de fureur… » s’il avait été là aussi, à cette première rencontre. S’il l’avait vu supplier, couiner ses demandes comme le lâche minable qu’il était. Mentionner cette autre personne chère à son cœur… elle ne doutait pas qu’il l’aurait méprisé autant qu’elle. Sauf qu’elle avait mieux à faire que s’acharner sur quelque chose qu’elle ne pouvait changer, comme regarder cette pièce magnifique, et extirper un disque classique, forme de torture favorite de leur ancien professeur de danse. « Tu me connais, j’ai toujours adoré le ballet, il y a quelque chose d’enchanteur dans ces pas… le reste pas contre, toutes ces danses plus modernes que tu maîtrises si bien… elles n’ont jamais su me charmer. » elle avait du mal, à bouger si vite, à suivre un rythme dépourvu de sens, à se concentrer sur autre chose que les pas et leur élégance… Raison pour laquelle elle était allée dans un choix prudent, demandant à son ami de lui faire l’honneur de danser avec elle… honneur qui semblait au-dessus de ses forces. « … Ce sont des mots que je ne t’ai encore jamais entendu prononcer… »

Elle avait eu cet air réellement peiné, en l’attirer au milieu de la salle, sa main libérant la sienne pour se poser sur sa joue. « … Jie » son cœur se tordait à le voir si vulnérable, si brisé, que diable lui avait fait Erena, en plus des blessures physiques, pour lui avoir volé cet éclat… Ses doigts avaient délicatement caressé sa joue, l’inquiétude brillant dans ses prunelles. Elle l’aimait, comme un frère, et le voir ainsi lui était insupportable. « Je te mentirais en te disant que la convalescence sera facile. Ou même agréable, mais je sais que tu es assez entêté pour en sortir totalement remis. » De cela, elle ne doutait que peu. Elle lui avait tendrement sourit, libérant son visage sans pour autant briser le contact visuel. Elle était sincère, une chose rare pour une créature comme elle. « Et je serai là… s’il le faut je viendrai avec toi, je t’accompagnerai à chaque étape. Tu ne seras jamais livré à toi-même. Ce combat… on le fera ensemble… d’accord? Je compte bien avoir droit à ta première danse après coup! » Encourageante, elle avait jeté un coup d’œil à sa jambe précaire, n’osant pas trop le pousser. Mais elle était têtue, au moins autant que lui. « … Et ça commence maintenant. Pas à pas. Si tu ne peux pas appuyer sur ta jambe, ne le fais pas. En fait, ne bouge pas les pieds. Ça sera un nouveau défi. Ne fais que les bras et le haut du corps. »

Elle c’était approchée de la console, remettant la musique au début alors qu’elle se plantait à ses côtés dans un : « C’est parti. ». Elle lui avait souri avant de prendre la position qu’elle connaissait par coeur, soudainement légère à l’idée de réaliser cet enchainement. D’abord une pointe, puis une autre, et son corps répondait à une chorégraphie pratiquée trop souvent. Elle avait une bonne posture, enchainait des mouvements fluides, mais son visage trahissait l’effort, car à peine quelques dizaine de seconde dans l’enchainement, son sourire avait fait place à une expression concentrée. Elle était douée, du moins assez dans cet enchainement là … mais elle n’avait pas cette symbiose avec la danse, cette union avec la mélodie, elle dansait comme on pratique un sport, pour gagner… pas par amour. Pourtant, elle exécutait très bien l’enchainement, papillonnant autour de lui, comme pour l’inciter à participer, prenant un instant son bras pour compléter un mouvement, ça faisait étrange, alors qu’il ne bougeait pas les pieds. Lorsque la musique cessa, elle avait le visage rougis sous l’effort, le cœur battant, mais aucune étincelle de plaisir dans les yeux. « … Alors? » elle savait bien, qu’elle n’avait pas son talent. Haussant les épaules, elle conclus toutefois.

« … Je célèbre ton effort, tu mérites ta récompense… Je vais tout te dire. » Ses doigts s’étaient à nouveau noués avec ceux du danseur alors qu’elle le guidait vers la sortie de la salle danse, vers les divans confortables qu’elle avait vu dans son salon privé. Il était probablement préférable qu’il repose sa jambe, de toute façon. Le contraignant à s’assoir, elle avait pris place juste à côté, sans oser libérer sa main, quelque part, elle redoutait son jugement, mais plus encore, elle avait besoin de puiser chez son ami, la force nécessaire à ses confessions. Ses iris sombres avaient croisés les siens, avant de s’assurer qu’ils étaient bien seuls, elle avait pris une grande inspiration, avouant, dans un murmure ce qui la hantait. « Tu sais, je pensais vraiment être résignée à suivre les ordres de mon père, à accepter des fiançailles arrangées, à me plier à ses exigences et ses plans… et je l’ai fait … pendant si longtemps … obéir, courber l’échine, et ce, sans jamais rien ressentir d’autre qu’une froide indifférence, sans jamais chercher plus qu’à tirer mon épingle de ce jeu de manipulation… » … elle n’était qu’une breloque, une coquille vide, et ne rien désirer rendait la soumission tellement plus facile…

Sa voix s’était fait encore plus basse, son cœur prenant un rythme plus infernal alors que la simple confession de son crime suffisait à faire valser en elle une vague d’angoisse. Pas tant pour les conséquences de ses actes… pour cette petite voix, qui lui hurlait de recommencer, pour cette seconde de trop, où son esprit l’avait ramené à ce connard et à la façon qu’il avait de la regarder … comme si elle était plus qu’une carcasse sans opinion. « … Ne m’octroi aucun passe-droit pour la confidence que je vais te faire… crois-moi, personne ne me blâmera plus que moi-même… Mais jures-moi de ne point la répéter. Jamais. » Ses iris s’étaient fait insistants, il devait comprendre qu’elle risquait gros, tellement gros. Et le pire dans tout ça, c’est qu’elle espérait presque qu’on la découvre… pour être rejetée, plutôt que de devoir faire les pas critiques hors du joug parental. Sa voix s’était cassée, alors qu’elle cherchait les mots pour lui faire comprendre, l’étendue de son désarroi. Pour un homme tel que Jie, désireux de richesse, de titre, les sentiments qui l’habitaient devaient ne faire aucun sens. « Le problème… ce n’est pas ce que j’ai fait…. C’est cette colère, cette hargne qui gronde en moi depuis, sans que je ne sache comment la faire taire… » ses doigts s’étaient libérés, elle les avait posé sur ses propres cuisses, serrant les poings jusqu’à ce qu’ils soient blancs. « Normalement, je devrais me sentir coupable, effrayée, je devrais tout faire en mon pouvoir pour ne pas décevoir mes parents, pour conserver cette vie luxueuse qu’ils m’offrent… » elle avait reporté son attention sur ses pied, honteuse, sa voix n’était qu’un murmure brisé. « … mais je… » elle s’était mordue la lèvre, chassant une fois de plus ce maudit visage. Elle lui en voulait, à Naoto, d’avoir allumé une étincelle en elle, de lui avoir donné ce goût de liberté…. Soupirant, elle chuchota, si bas… « … je ne sais pas comment faire… pour arrêter de les haïr … et pas que pour les fiançailles, pour tout… je n’ai plus envie d’être leur pantin. Et je redoute le jour où ils le remarqueront. » … le jour où ils remarqueraient, que ce gueux misérable auquel elle s’était abandonné…… l’avait animée pour la toute première fois… lui avait donné ce droit tant proscrit… d’exister.  

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     Lun 23 Oct - 14:58
S’amuser de ses excès de fureur ? Il n’aurait jamais osé. C’est ce que Jie aurait pu prétendre, s’il n’avait pas eu conscience du fait que Yurina le connaissait trop bien. Depuis combien de temps étaient-ils amis, après tout ? Suffisamment de temps pour savoir qu’il était moqueur et s’amusait de la colère des autres, en particulier lorsqu’il parvenait à les pousser à s’exprimer plus ouvertement sur un sujet qu’ils estimaient dérangeant. Mais ce n’était pas ce qui lui plaisait le plus. De loin, il préférait la danse, même si celle-ci semblait pour l’instant hors de question.

« Je le sais, mais je les pense, pour une fois. » rétorqua-t-il avec dans la voix un peu trop de confiance. La danse se montrait traîtresse aujourd’hui, les pas le fuyaient, tout comme l’énergie. La tentative de meurtre d’Erena avait joué sur sa santé, et il était incapable de se mouvoir comme il le faisait autrefois. Une vérité douloureuse, difficile à accepter, qu’il aurait préféré ignorer, si ce mal n’avait pas été là pour le rappeler à l’ordre. L’idée qu’il ne pût jamais danser comme avant l’emplissait de désespoir. Dans cette pièce, incapable de danser, il était un oiseau sans ailes, un poisson sans nageoire. Piégé dans son propre élément et condamné à errer.

Quand il sentit se poser sur sa joue la main de Yurina, il baissa les yeux vers elle en silence. Il n’avait pas besoin qu’elle lui dise toutes ces choses, mais elle avait raison. Il avait surmonté bien des épreuves, depuis qu’il était né. Certaines étaient moins horribles que les démons d’autres personnes, c’était un fait, mais ce n’était pas une raison pour minimiser sa peine. La douleur psychologique n’était en rien plus supportable que la souffrance physique. Mais ce n’était que son avis. « Tu es la meilleure amie que je puisse avoir, Yurina. » Sa voix, chaleureuse de sincérité, restait toutefois blessée. Il savait qu’il n’était pas près d’être remis et que la douleur resterait là. Son poids reposerait malgré tout sur sa jambe, s’il dansait. Yurina était optimiste. Pour une fois, bien plus que lui. Elle était la béquille sur laquelle il s’appuyait aujourd’hui.

Malheureusement, il ne dansa pas beaucoup. Quelques mouvements vagues, qu’il finit par interrompre en une grimace, désireux de continuer, mais incapable. Il laissa son regard suivre les mouvements de Yurina, qu’il trouva plus grâcieuse qu’elle ne pouvait le penser. Cependant, toute appliquée qu’elle était, il ne voyait pas chez elle la même flamme que celle qui allumait le regard d’Akane ou de Xialei. Elle était soumise à un art dont elle ne voulait pas. Elle agissait par devoir, pas parce volonté. Cela tuait la danse. Elle ne pouvait exister sans qu’on lui prête une part de son âme. « Tu as une très bonne technique. » commenta-t-il, sachant qu’elle comprendrait ce qu’il entendait par là. Sans doute s’en doutait-elle. Le propos pouvait sembler rude, mais Jie, lui, le trouvait juste.

Plus tard arriva la confession qu’il avait tant attendue. Une récompense que Yurina lui donnait pour avoir joué au légume durant toute sa chorégraphie. Jie se sentait si pitoyable. La main dans celle de son amie, il s’installa à ses côtés dans le divan et se tut jusqu’à ce qu’elle parle la première. « Je le jure. » Il attendit encore en silence, jugeant le suspens trop lourd, trop difficile à supporter. À mesure que la jeune femme parlait, Jie sentit son cœur se serrer. Il n’avait que rarement vu son amie dans une situation aussi déplorable, et encore plus dans un tel état de nerfs. Ses mots, cependant, ne le surprirent pas beaucoup. « Personne ne t’oblige à aimer tes parents. » dit-il finalement. « Mais qu’as-tu fait exactement, qui t’a fait les détester à ce point ? »
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     Jeu 26 Oct - 19:37
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YURINA & JIE 


Début août 2017 → « … Mais aucune passion. » Elle lui avait souri en lui emboitant le pas vers les sièges, pas du tout surprise ou vexée. Elle n’aimait pas la danse, elle n’avait jamais aimé ça. Le cœur en pleine panique, elle avait pris soin de s’assoir près de son ami, cherchant la bonne façon de lui annoncer sa nouvelle connerie. Elle devait en parler… et à qui d’autre que Jie? Elle n’avait que lui, précieux, loyal, digne de confiance. Déglutissant péniblement, elle avait débuté un : « … C’était stupide… vraiment. » ses doigts s’étaient crispés alors qu’elle cherchait les bons mots pour avouer sa faute, pour confesser cet échec, cet instant de faiblesse. Elle avait honte, honte du regard que poserait son ami sur elle, après tout, il lui avait juré discrétion, mais elle doutait qu’il soit en mesure de ne pas la trouver idiote pour cet affront. « Je voudrais bien te dire que des sentiments purs m’ont possédé, inventer une idylle sincère… mais ça serait un mensonge odieux. » il devait bien comprendre où elle allait en venir…

Yurina n’était pas sans connaître la relation que l’héritier chinois avait entretenu avec l’ainée des sœurs Kamiya, ni ce qu’avaient dû en penser ses géniteurs … sauf que Jie lui, s’était réellement épris de son ex-petite amie, s’il avait commis des bêtises, elles étaient non seulement justifiables mais également sans impact… personne ne se souciait de la vertu d’un homme dans leur univers. Elle s’était mordue la lèvre inférieure, étouffant un soupire. « … J’ai donné ma vertu à un gueux. » et elle n’avait aucun remords, étrangement. C’était une telle défiance, que de savoir cet aspect si important du marché, de sa personne, arraché à tout jamais par la personne que son père haïrait assurément. Un véritable doigt d’honneur à son égard… Mais voilà, après les faits, venaient les conséquences. « Toi qui connait sans doute clairement le genre de clauses négociées lors d’un mariage arrangé… tu n’es pas sans savoir que c’est un problème. »

Elle ne voyait pas trop comment son fiancé allait découvrir le pot aux roses avant leur nuit de noce et, rendu là, il serait probablement trop honteux pour utiliser cet argument, elle n’en doutait pas. Parce que de la chimie entre elle et dumbo, il n’y en avait que peu, au point où elle était certaine que leur union ne serait consommée que bien plus tard, trop tard pour qu’il ait un véritable poids de l’accuser d’adultère…. Son impuissance serait d’avantage humiliant. C’est probablement pour cela que ça ne la stressait pas outre mesure. Ce qui l’angoissait à l’heure actuelle, c’était d’avantage les sentiments contradictoires que ce geste impliquait. Elle avait soupiré, relevant ses iris sombres sur son ami, totalement dépassée. « Je ne sais même pas pourquoi j’ai fait ça Jie… » À bien y penser, elle ne savait même plus pour quelle raison elle avait cédé, ce qui l’avait poussé à faire un truc aussi idiot que de s’abandonner à un moins que rien comme Naoto. Elle ne l’aimait pas, pas du tout même, elle n’avait que pour lui qu’une hargne et un mépris des plus sincères. Alors pourquoi… cette question ne la quittait pas, et même aujourd’hui, elle aurait été incapable de trouver une réponse. Son déni était trop grand.

Tout ce qu’elle savait, c’est qu’il avait été la première personne à la faire sentir comme assez bien, à verbaliser la vouloir elle, quel que soit les mots employés… Et l’exaltation de la rébellion avait gagné le meilleur d’elle. Yurina avait passé une main dans ses cheveux sombres, ajoutant d’une petite voix, comme si ça ne faisait qu’empirer le problème. « Pour mes parents … Tu as raison…mais je… au-delà de ne pas les aimer… je veux leur échapper. » … même sans son étrange attirance pour le rustre qui l’avait dépucelé, ce fait demeurait. La vie toute tracé, elle n’en voulait pas. Leur argent, leur richesse, elle s’en fichait. Elle n’était pas bête au point de tout foutre en l’air sans se demander ce qu’elle deviendrait, elle refusait de devenir une employée de Fast food… mais … elle refusait également de vivre uniquement selon leurs désirs. « Aussi noble soit ta détermination à rendre les tiens fiers, à assurer une prospérité à leur héritage… Je… » ce n’était pas un secret, que la relation entre la fille Daimon et ses géniteurs était tendues, si Jie avait été témoins de leur interactions, il n’était pas sans savoir que Daimon Saito avait comme hobby l’humiliation de sa propre fille.

Elle avait serré les poings, ne sachant comment confier cela à son ami sans qu’il la pense folle. « Je voudrais voir tout ce qu’ils ont leur être arraché… qu’il ne leur reste rien, rien de tout ce qu’ils chérissent tant… c’est puéril, probablement dérangé… mais je pense que c’est pour ça… pour les priver de ce ‘’bien’’ si précieux qu’ils considèrent posséder, monnayer avec moi …. » elle ne serait jamais un morceau de viande…. Mais il était aussi hors de question d’admettre, que les mains que ce crétin avait posées sur elle, le regard scandaleux, obsessif et menaçant qu’il avait eu………. Elle ne pouvait pas le chasser de sa tête. Quoi qu’elle fasse, elle n’avait en ce moment et depuis des semaines, qu’une pensée cohérente : l’envie irréfutable de recommencer, et ça, ça rendait Naoto diablement dangereux.

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     Mer 8 Nov - 23:32
Aucune passion. Il est vrai que Yurina dansait sans y mettre son âme. Une coquille vide, un conteneur creux mis en mouvement. Mais Jie, pourtant, savait trouver quelque beauté dans ce procédé peu naturel que s’imposait Yurina. Il éprouvait à l’égard de cette poupée brisée une affection profonde et sincère, mais il n’aurait pu nier que son ancien professeur, Akane, n’aurait jamais accepté une performance de ce type. Elle accordait bien trop d’importance à l’amour de danser, à cette fusion entre corps et mouvement qu’on mettait en musique et démontrait au monde. Alors, plutôt que juger le spectacle, il s’était intéressé à la récompense, tendant l’oreille à ce que l’héritière allait pouvoir lui dire. Des aveux qu’il attendait avec une grande impatience, même s’il n’était pas du genre à le montrer.

« Ce n’est un problème qu’à partir du moment où tu le considères comme tel. » Un sourire amusé fendit les lèvres de l’héritier, qui posa sur Yurina un regard amusé et compréhensif. Plus compréhensif que jamais, en vérité. Par-delà le mur du paraître, il était capable de comprendre la difficulté que son amie devait surmonter. Un jeu difficile, fait de ruse et de fourberie. « Tant que personne ne l’apprend, personne ne te reprochera quelque chose. » Et si son fiancé avait la mauvaise idée de se plaindre, une idée qui l’amusait énormément, en réalité, il ne possédait pas beaucoup de jugeote. « Le désir est une chose que l’on contrôle difficilement, ma douce amie. » Il en savait une quelque chose. « Il va de pair avec la colère et l’envie. » Deux choses qu’il connaissait également, hélas.

Le fait était que Yurina restait sous le contrôle de ses parents et qu’il ne pouvait l’en libérer. Il ne possédait hélas pas assez d’influence que pour réussir à peser un quelconque poids dans une décision la concernant. Tout ce qu’il avait à lui offrir, c’était un peu de soutien psychologique. Dans sa condition, même cela semblait difficile. Quand elle eut terminé, il ferma les yeux et poussa un bref soupir. Il aurait aimé être capable de plus pour elle. Ne pas être coincé ici, en Chine, convalescent et incapable. « Un jour viendra où tu y arriveras. » Puis il se redressa un peu, saisissant les joues de son amie entre ses mains afin de déposer un baiser au milieu de son front. Un baiser de protection, dans certains pays qu’il avait visités. « Jusque-là, Yurina, tu pourras toujours compter sur moi si tu as besoin d’une épaule sur laquelle t’appuyer. »

Il comprenait l’envie de voir cette richesse détruite, de voir cet empire écroulé. Les femmes, dans leur monde, n’avaient pas un sort aussi glorieux que celui des hommes, généralement promis à de grandes affaires et à une prospérité hors norme. Yurina, il le savait, ne connaîtrait pas cette chance. Elle devait créer la sienne. « Que dirais-tu d’oublier tout cela le temps de ta visite ici et de descendre prendre notre repas ? » Un sourire lui vint aux lèvres malgré lui, un sourire complice. « À moins que tu ne souhaites m’en raconter davantage au sujet de ce gueux auquel tu t’es abandonnée ? »
 
All women are crazy, pick yours ft. Jie
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