Just a spoonful of sugar - Naomi ♥

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1 ... 5 ... 7, 8, 9 ... 14  Suivant
— I'M MADE IN KOREA —
— I'M MADE IN KOREA —
Voir le profil de l'utilisateur
avatar

     Jeu 18 Mai - 19:54

just a spoonful of sugar
Naomi

Est-ce qu’il était trop bête ? Il ne doutait pas qu’il était déjà très con… sinon Nao ne serait pas dans ce lit aujourd’hui. Ca arrivait à tout le monde de tomber malade, même à lui… mais c’était plus rare de le faire après des mois d’insomnie alors que votre pseudo gardien veillait sois disant sur vous. Alors oui, Mikio était un idiot qui avait bien trop tardé à agir et il n’était pas prêt de se le pardonner. Mais il devait être aussi un crétin pour espérer que les choses se déroulent plus simplement désormais… Ce n’était pas parce qu’il avait appelé le médecin et qu’il se disait qu’il pouvait agir contre la volonté de Nao pour son bien en admettant que ce n’était pas grave si son protégé lui en voulait, que le chemin qu’il emprunterait serait plus facile. Ca ne l’était pas… Rien n’était facile et la route était à peine entamée. Et son coeur faisait déjà mal…
Il se serra un peu plus à cette nouvelle seule réponse que Naoki lui accorda. Encore une fois, ce ne fut pas la bonne. Et il ne lui serait visiblement pas permis d’en obtenir de meilleures jusqu’à nouvel ordre.

Dans le dos du plus jeune, Mikio mâchouilla sa lèvre inférieure. Qu’est-ce qu’il allait faire si Nao ne l’écoutait pas ? Qu’est-ce qu’il était censé faire si Nao se montrait aussi borné ? C’était bien beau de se répéter que ce n’était pas grave que le garçon lui fasse la tête, mais ça le devenait si ça empêcher le Coréen de prendre soin de lui… il aurait beau insister, il craignait que ses mots ne glissent tous sur lui sans qu’aucun ne l’atteigne jamais… Alors l’angoisse se fit plus intense au sein de son estomac. Il ne devait pas paniquer. Il devait rester calme. C’était à lui de se montrer plus têtu que Nao… Même si ça lui faisait mal au coeur.
Il se rendait un peu trop compte de l’ironie de la situation. Voilà qu’il était face à un gosse qui boudait… Et il se sentait dépassé ? Il ne savait pas s’y prendre avec les enfants. Il ne savait pas comment agir… Quel abruti ! Il passait son temps à voir Naoki comme un gosse, à désirer plus que tout le protéger, à le materner un peu trop pour de simples coloc’ … et maintenant que Naoki boudait, il osait se plaindre ne pas savoir comment s’y prendre avec un gamin ? Mikio était une blague… !
C’est à dire que… jusqu’à maintenant, le Coréen n’en avait jamais gouter que les bons côtés. Les sourires et les attitudes enfantines… mais jamais les caprices. Même les gros chagrins, il avait toujours plus ou moins su les gérer… Parce que Nao répondait bien à sa tendresse. C’était toujours ce qu’il savait le mieux lui donner et ça avait semblé suffire jusque là…
Sauf qu’aujourd’hui, de ses attentions doucereuses, Nao ne semblait pas en vouloir. Mikio n’avait visiblement pas le droit de lui dispenser des caresses et souffler de quelconques mots doux… Ils n’étaient pas les bienvenus. Et sans ça… le chanteur ne savait pas quoi faire….

Pourtant, il devait agir. Il ne pouvait pas se morfondre dans son coin en laissant un Naoki malade faire de même, la fièvre en bonus. Puisqu’il avait tant désirer ce rôle, c’était maintenant plus que jamais qu’il devait faire ses preuves. Il pouvait murmurer tous les jolis mots et chanter toutes les plus belles berceuses du monde à l’oreille du garçon, s’il l’abandonnait maintenant il ne méritait pas une seconde de rester à ses côtés. Alors il devait continuer à s’obstiner lui aussi… Et tant pis s’il devait en souffrir… Il le faisait pour Nao… Tout ce qu’il faisait… C’était pour lui.
N’était-il pas la personne la plus importante à ses yeux ? N’était-il pas celui qu’il aimait comme il n’avait jamais aimé personne ? Et pour avoir le droit d’éprouver ses sentiments, aussi fou soient-ils, il fallait le mériter… Chacune de ses promesses, il comptait bien les respecter. Même si pour cela, les décisions qu’il devrait prendre ne serait pas toujours roses ou blanches.

Son regard n’avait pas quitté le corps de son protégé, si bien que lorsque celui-ci fut secoué par la toux, Mikio eut un léger sursaut. Par réflexe, sa main se pressa un peu plus sur son bras… Avant d’être un gamin qui lui faisait la tête, Nao était surtout malade… Alors il valait mieux pour lui que l’aîné se pose les bonnes questions… S’il voulait ménager son coeur, c’était sa santé qui était prioritaire aujourd’hui. Pour ces raisons, le chanteur osa ajouter sur le même ton bienveillant que plus tôt : « Je vais aller te chercher ce qu’il faut pour ta toux et le reste… mais bois, Nao… Ca te fera du bien… » S’il pouvait au passage prendre ses médicaments…

Mais ce n’était apparement pas dans le programme de ce gosse entêté et Mikio, impuissant, n’avait pu que le regarder remonter le draps sur lui pour le cacher entièrement. Il n’avait voulu ni des médicaments, ni du gant… « Nao… » Une interpellation probablement vaine mais qui lui avait échappée, tandis que son poing s’était refermé sur son bras sans plus le retenir. Désespéré, il était resté silencieux quelques secondes en le considérant… C’était à ça qu’ils allaient jouer maintenant ?
… Combien de temps ?
… Non… Ca n’avait pas d’importance. Mikio n’avait pas le droit d’exiger de Nao qu’il lui pardonne rapidement. Il avait appelé le médecin quand l’étudiant lui avait supplié de ne pas le faire… Il comprenait. En partie du moins… Parce qu’en vérité, il ne pouvait s’empêcher de se demander ce qu’il se passait dans la tête de Nao à ce moment là… Il se demandait : à quel point c’était horrible pour lui d’avoir subit une consultation ? Au point de demander « l’aide » d’une femme comme Koteda….
Mikio avait fait ça pour son bien, il n’avait pensé qu’à ça mais… à quel point l’avait-il blessé pour le soigner ? Il n’y arrivait pas… C’était plus fort que lui… Même s’il essayait de pas trop y réfléchir, ces questions là se bousculaient dans sa tête… et parmi elle, il ne parvenait pas à contenir des pensées plus égoïstes et des voeux tout aussi inacceptables dans ce contexte… Non, il n’arrivait pas à ne pas vouloir que Nao lui adresse de nouveau la parole… à ne pas souhaiter qu’il lui ait fait trop de mal… à ne pas se demander à quel point il lui en voulait… Parce qu’il ne pouvait pas le nier une seconde : ça lui faisait bien trop mal… bien plus que c’était permis.

Cependant, provenant tout droit des profondeurs du lit, la voix de Nao le tira de ses ruminations. Fronçant les sourcils, Mikio observa la forme qui se dessinait sous le draps, seule preuve de la présence de l’Italien sur le matelas. A son intonation, le Coréen l’entendait bien qu’il l’emmerdait.. et qu’il lui en voulait… Mais malgré l’étau qui resserra son coeur, Mikio s’efforça de lui répondre sur un ton qu’il souhaita ni trop tendu et suppliant, et ni trop ferme :

« Alors si tu sais, prends tes cachets Nao… »

Est-ce que c’était si difficile ? Il n’avait pas l’impression de lui demander la lune… seulement de se soigner… Mais il ne pouvait pas rester éternellement à son chevet pour y veiller. Pas encore du moins… Il savait qu’il devait aller à la pharmacie, tout comme il savait que Nao n’attendait que ça. Peut-être qu’une fois qu’il aurait quitter la chambre, le garçon se montrerait moins têtu… Peut-être qu’il avait simplement besoin que Mikio cesse de le surveiller pour qu’il se montre raisonnable.. ? Ou peut-être que dès l’instant où il sortirait de l’appartement, Naoki en profiterait pour essayer de s’en échapper une fois de plus. C’était sûrement en parti pour ça qu’il avait du mal à décoller…
Son regard dériva sur Umberto… Il voulait qu’il l’emmène…

« Tu es sûr, Nao ? Pour Umberto… »

La vérité, c’est qu’il se doutait de sa réponse. Celle qui sortirait de sa bouche mais aussi celle qu’il pensait tout bas dans sa tête… Mikio finit par lâcher un soupire avant de passer une main sur son visage qui retrouva ensuite le crâne de leur fils. Ca l’angoissait un peu - beaucoup - de laisser Nao sans Umberto… et donc, sans surveillance. D’accord, Umberto ne pouvait pas vraiment le raisonner ou l’aider à prendre ses cachets… mais la présence du chien avait quelque chose de rassurant aussi bien pour Mikio que pour Naoki… Si ce dernier devait se reposer pendant que Mikio était absent - il avait quand même un espoir qu’il le fasse… cet idiot - il comptait sur leur fils pour veiller à ce que Nao ne se fasse pas dévorer par les mauvais rêves…
Il y comptait mais… il avait conscience qu’il ne pouvait pas enfermer Umberto toute la journée et même plusieurs jours dans la chambre. Il avait des besoins qu’il ne pouvait satisfaire ici… Un nouveau soupire, long et profond, et Mikio se résigna : « Bon… Viens bébé, tu vas faire un tour avec moi pour aller acheter les médicaments à Papa. » Il se fit violence pour se mettre sur ses deux jambes et fit signe à Umberto de le suivre. Ce dernier, s’il lui arrivait souvent de n’en faire qu’à sa tête avec son papa coréen, était relativement obéissant pour certaines choses. Lorsqu’il l’appelait, Umberto arrivait. Mais à cet instant, Mikio eut beau taper sur sa cuisse, le chien le regarda mais ne bougea pas… « Hey… bah alors… Umberto, viens ! » Umberto pigna avant de reposer sa tête sur les jambes de son papa italien. Déconcerté, le regard du Coréen passa du chien à la silhouette sous le draps… Il ne voulait pas quitter Nao ? C’était évident… le coeur de Mikio se serra… Umberto devait sentir à quel point Naoki allait mal… Il se rassit sur le lit et caressa la tête de son fils. « Ca va aller bébé… On va vite revenir… et tu veilleras sur papa, d’accord ? » Déposant un baiser sur le crâne du chien, il passa ses bras autour de son corps et le souleva légèrement dans un effort pour le déposer à terre. Les protestations d’Umberto lui brisèrent le coeur et il dû le caresser encore un moment pour que celui-ci accepte de se redresser tandis qu’il s’était recoucher au pied du lit. Il n’y avait pas plus fidèle animal qu’Umberto, c’était indéniable…

Quand il sembla enfin disposé à le suivre, ce fut au tour de Mikio de marquer une pause. Avant de se diriger hors de la chambre, le chanteur ne put s’empêcher de tourner une dernière fois son regard vers le lit. « On revient vite… » Il l’avait assez répété à Umberto, mais cette fois ces mots étaient à l’attention de Naoki… Il savait bien que le garçon n’attendait sûrement que ça… mais il ne pouvait pas s’empêcher d’avoir peur… Il ne voulait pas abandonner Nao…
Je ne l’abandonne pas… je reviens vite auprès de lui… Je t’abandonnerais jamais Nao….
Oui, c’était ce qu’il s’était répété encore tandis que sans s’en rendre compte, ses pas l’avait dirigé vers le lit pour remonter doucement la couverture sur lui, songeant que le draps, même s’il le recouvrait entièrement, n’était pas suffisant. Se faisant, et bien qu’il tenta de se raisonner à ne pas le faire, sa main ne résista pas à dispenser une brève caresse sur le haut de son crâne… « A tout à l’heure… » bébé…
Dans un effort monstre, il s’obligea à s’éloigner et finit par quitter la chambre avec Umberto, le pas aussi trainant l’un que l’autre.  
made by black arrow
— I'M MADE IN ITALIA —
— I'M MADE IN ITALIA —
Voir le profil de l'utilisateur
avatar

     Ven 19 Mai - 1:06
Just a spoonful of sugar
EXORDIUM.
Boire. Oui. C'était une bonne idée. Et pourtant, cette suggestion au milieu d'autres mots venant d'une personne qui ne se trouvait pas réellement là, qui n'avait en réalité jamais été là, n'avait pas été considérée par l'italien qui avait gardé sa tête bien cachée de la vue de tous. Il voulait juste être seul. Il aimait ça être seul... en théorie... oui... la solitude avait quelque chose de rassurant. La solitude c'était le meilleur moyen de ne jamais être réellement vu. ça aussi il l'avait appris très tôt qu'il valait mieux être tout seul. Ou jamais trop proche de quelqu'un. C'était plus sage, pour lui comme pour les autres. Et puis surtout maintenant, en plus de ne pas avoir mal, de ne pas faire de mal, il serait encore mieux caché s'il n'y avait personne avec lui dans cette chambre.
Mais il y avait une voix ici pour lui prouver qu'il avait cherché autre chose, au moins un temps.
Et une autre pour lui dire que, dans le fond, l'enfant qu'il cachait n'avait jamais arrêté entièrement de chercher.
Il aurait pu mieux faire des mois en arrière.
Ce matin encore il aurait pu mieux se débrouiller.

« Une bonne résolution et puis une erreur après l'autre. » oui, c'était comme ça qu'il fonctionnait toujours avec Mikio. Il avait beau se dire qu'il ferait mieux, qu'il se forcerait davantage et qu'il limiterait les faux pas, il finissait toujours par trébucher. La solitude dont il avait besoin maintenant, il n'était même plus capable de l'obtenir. Il y avait toujours cette voix qui semblait vouloir se faire moralisatrice. Et Mikio avec ses bons conseils « Il sait vraiment mais il n'est pas très doué avec les autres. » il n'allait pas lui répondre Mikio... ce n'était que dans la tête d'un fou qui avait froncé les sourcils, le visage toujours caché par le drap « Enfin... c'est quand on sort des leçons qu'il a du mal. Il y a des chapitres qu'il a sautés. Mais si on fait un cocktail avec des gens ennuyeux, il s'en sort mieux. Hein Nao ? » il n'avait râlé que d'un gémissement, tentant de rabattre un drap sur lui qui ne pouvait pourtant pas le protéger davantage.

Il délirait. Tetsuo n'était pas là. Il devait continuer à se le répéter s'il ne voulait pas divaguer sur un terrain plus sombre.
Ce n'était que la fièvre. Son ami imaginaire aux cheveux qui changeaient trop régulièrement de couleur ne faisait plus partie de sa vie. Il y avait bien longtemps qu'il avait passé l'âge de s'inventer des jeux avec Tetsuo pour fuir son quotidien. Il n'était plus cet enfant là qui allait sortir prendre de l'air inventé dans sa tête. Il n'allait pas ouvrir les yeux, ou plutôt les fermer, pour continuer la construction de son Monde qui n'existait nul part. Leur cabane avec Tetsuo, il n'y avait plus mis les pieds depuis des années. La dernière fois... c'était après Reina... dans son sommeil... alors qu'il était à l'hôpital. S'il n'avait pas écouté son ami à ce moment-là, il n'aurait plus à se fatiguer aujourd'hui.
Et au final, il aurait peut-être pu y rester dans cette jolie cabane. Elle n'était pas si mal que ça. Il y avait des couleurs... des endroits un peu irréalistes... la mer n'était pas loin... et puis surtout il savait nager.
ça ne vaut pas Mikio
... évidemment que ça ne valait pas Mikio. Il le savait. Même si son coréen lui avait fait de la peine aujourd'hui, ses couleurs restaient plus jolies que celles de Tetsuo. Oui, même s'il avait déjà eu les cheveux bleus...

« Hum... » pourquoi il ne serait pas sûr pour Umberto ? Il pouvait se débrouiller. Il pouvait rester seul. Son chien avait besoin de sortir... il avait besoin de sortir... « Il a toujours aimé le bleu. C'est sa couleur préférée. » ... même si ça n'allait pas du tout ? Même si sa tête déraillait de plus en plus et qu'il sentait sa conscience l'abandonner quand il se savait pourtant éveillé ?
Est-ce qu'il l'était vraiment ?
... dans tous les cas, il n'y aurait pas de jolis rêves aujourd'hui. Il le savait. Il le redoutait. Tetsuo n'était qu'une introduction à l'obscurité... est-ce qu'il voulait vraiment être seul pour combattre ce que ses pensées abritaient de pire ?
Il n'avait pas le choix... c'était comme ça qu'il fonctionnait. Rien n'était réel maintenant. Tout était dans sa tête.
La porte de sa chambre n'avait jamais été réellement bleu... celle dans sa cabane l'était. Il l'avait peinte tout seul... avec son imagination. Mais se concentrer sur cette jolie couleur qu'il s'était faussement mis sur les doigts à l'époque ne changerait rien, les plus sombres parvenaient toujours à effacer le reste. Penser à ce souvenir qu'il s'était lui-même fabriqué aurait pu être une bonne technique pour se protéger des cauchemars qui existaient eux... et savaient mieux le hanter... oui, ça aurait pu marcher s'il n'avait pas déjà essayé cette technique trop faible dans le passé.
Il l'avait pourtant lu, quelque part, que s'efforcer de s'endormir avec de belles images dans la tête était supposé nous aider à passer une meilleure nuit... mais lui,  il ne rêvait jamais. C'était toujours les mêmes choses dans sa tête. Et pourtant, malgré cette certitude de ce combat perdu d'avance, il savait qu'il était supposé s'en débrouiller seul.

Oui, même si entendre son chien pigner lui avait serré le coeur plus certainement. Son poing avait serré davantage la couverture et sa bouche s'était ouverte pour ne formuler aucun son. Tenté de se découvrir pour voir Umberto et essayer de le rassurer, il n'avait pourtant pas bougé. Il avait entendu Mikio le réconforter et tout ce qu'il avait soufflé c'était un inutile et italien « Pardon... » son chien avait pourtant besoin de sortir... oui mais c'était bien à cause de lui qu'il pleurait maintenant non ? Et s'il avait voulu en dire plus, les mots avaient été remplacés par une nouvelle toux qu'il avait tenté d'étouffer de son autre main.
ça irait mieux... s'il partait à l'hôtel. Ou s'il restait un peu seul. Oui, c'était toujours mieux quand il faisait exactement comme prévu. Il savait s'occuper de lui. Il savait comment. La fatigue rendait tout flou dans sa tête mais il n'oubliait pas pour autant.
Est-ce qu'il serait capable de mieux dans la journée ?
Seul. Le noir. Sa place.
Il n'avait pas besoin de questions quand il avait déjà appris par coeur à se débrouiller avec ce qu'on lui avait donné.

Umberto avait pleuré un peu plus. Il avait continué à tousser et s'était arrêté au milieu des plaintes, de longues secondes après que Mikio ait quitté le lit à nouveau.
Sa gorge brûlait mais il ne s'en était pas plaint. Le silence semblait être sa forme de communication favorite maintenant. Et même à la promesse de son coréen, il n'avait pas fait entendre sa voix davantage. Celle de Tetsuo n'avait pas non plus résonné dans la chambre. Mais même avec, le délire ne l'aurait pas gagné au point de ne pas comprendre que Mikio s'était montré borné et avait remonté la couverture sur lui pour le couvrir. Il avait identifié sa tendresse sur sa tête et s'était mordu la lèvre pour se punir pour des raisons que ses pensées n'étaient même pas capables de démêler. Il ne se comprenait jamais très bien quand ça concernait Mikio. Oui, parce que c'était lui et que tout était toujours différent.
Il n'était pas vraiment triste de l'entendre quitter sa chambre. Hum... oui, il s'en voulait simplement.... Ce n'était que ça, ce manque de forces à blâmer et qui avait placé Mikio devant des scènes qu'il n'aurait pourtant jamais dû voir... une fois avait suffi... sa promesse de faire mieux ne l'avait pas protégée...
Une bonne résolution et puis une erreur après l'autre....


✧✧✧✧✧✧✧✧✧✧✧✧✧✧✧


Combien de temps est-ce que ça lui avait pris pour se montrer aussi pathétique ?
Trop longtemps. Il le savait.
Il avait repoussé drap et couverture dès qu'il avait entendu la porte d'entrée se refermer. Son regard avait croisé celui de Tetsuo et dans sa tête il avait entendu sa voix parler de cette cabane et du travail qu'ils leur restaient à faire dedans. Mais il ne s'était pas perdu à se transformer en ce Naoki d'avant qui se serait fait toute une conversation avec son ami imaginaire. Il n'avait pas proposé de peindre des constellations au plafond et à la place il s'était concentré à rassembler des forces pour parvenir à s'asseoir sur son lit.
Combien de temps juste pour ça ?
Il ne savait pas. Il s'était senti tanguer mais sa main avait tenté de le nier en se reposant sur son front. Elle s'y était serrée comme pour essayer vainement de chasser les vertiges et il était resté assis sur son lit à se concentrer sur une respiration après l'autre, à se répéter des "encouragements" avec lesquels il se forçait depuis qu'il était enfant.
Son regard avait cherché ensuite le pantalon qu'il portait plus tôt et ses yeux s'étaient fermés en le trouvant, comme s'il était déjà découragé par une tâche pourtant si simple.

Il allait y arriver.
Il se l'était dit avant que ses pieds ne tentent de prendre appui sur le sol.
Mais la première tentative avait été un échec et il s'était retrouvé encore assis sur le lit, la main à nouveau sur son front à se serrer sur ce qu'il ne parvenait pas à contenir.
Il avait été tellement pris par cette détermination à se forcer pour accomplir ce qui pouvait sembler impossible, que ses yeux n'avaient même pas envisagé le verre d'eau et les cachets en s'y posant.
Il s'était levé. Enfin. Et d'un pas chancelant il avait atteint son pantalon qu'il était parvenu à enfiler en frissonnant, une main appuyée sur son bureau.

Et maintenant ?
Une chose à la fois.
Pourtant, stressé par le temps, par la crainte de voir Mikio revenir trop vite, il s'était pressé jusqu'au sac qu'il emmenait toujours à l'hôtel. Il n'avait pas vraiment le temps d'en vérifier le contenu. C'était inutile, il y avait toujours le minimum. ça irait. Pour la suite, il se débrouillerait.
Sa chemise. Ses téléphones.
Sans force, il s'était traîné jusqu'au lit où il s'était rassis, son sac dans une main, sa chemise dans l'autre. Posant le premier sur le matelas, il avait laissé tomber ses téléphones à l'intérieur avant de le refermer d'une main tremblante. Elle l'était tout autant quand il s'était saisi à nouveau de sa chemise pour l'enfiler. Ses doigts n'étaient pas plus assurés quand ils étaient passés sur son front pour ordonner à une migraine de se taire en balayant quelques gouttes de sueur au passage.

Et puis, il s'était concentré, regrettant déjà de s'être rassis sur son lit quand se lever semblait demander autant de forces aujourd'hui.
ça irait. Il l'avait fait tellement de fois.
Secoue toi. Tu peux le faire. C'est comme avant.
Ou presque. Il ne se forçait pas pour une représentation, pour faire "plaisir" à son père. Mais le but était le même dans le fond : cacher ou se cacher.
Il n'était pas fatigué.
Il n'était pas malade.
Il ne tomberait pas.
Mais, pour la deuxième fois, la lampe sur son chevet, ou plutôt ses restes, avait retrouvé le sol. Sa main s'était serrée sur le meuble, l'autre sur la anse de son sac, et il avait considéré un instant des yeux l'objet au sol.

Encore quelques efforts.
Sa place. Il devait aller à sa place.
Un pas après l'autre jusqu'à parvenir enfin à sa porte. Il y arrivait. Malgré sa tête qui lui tournait de plus en plus, il y arrivait. Il savait qu'il pouvait le faire. Tant qu'il se refusait de baisser les bras, ça irait.
Et comment est-ce qu'il comptait s'y rendre à l'hôtel ?
Il se débrouillerait.
Laissant retomber son sac près de la porte, ses mains s'étaient levées jusqu'aux boutons de sa chemise et avaient tenté d'en fermer un premier. Pourquoi est-ce que c'était aussi dur ?
Une inspiration. Une expiration. Et il tentait de se persuader que ses mains ne tremblaient pas tant. Il devait partir d'ici. Il n'avait pas le choix.

« ... » mais la porte d'entrée qui s'était renfermée avait chamboulé tous ses plans. Sans réfléchir, sa main avait repoussé la porte de sa chambre et s'était portée vers la serrure qu'elle était parvenue à caresser. La clé n'était pas dessus. La clé était sur son trousseau qui était... qui était....
Réfléchis.
Les pensées troublées, l'angoisse de ne pas y arriver malgré l'évidence que c'était déjà trop tard, il s'était obstiné et son dos s'était reposé contre la porte pour la bloquer.
Il devait gagner du temps.
Et puis ?
Terminer de s'habiller. C'était en tout cas ce que ses doigts avaient tenté de faire en revenant à ce premier bouton tandis que son regard cherchait désespérément le moyen de s'offrir les secondes... ou les minutes nécessaires pour terminer de se préparer.
Parce qu'il pensait toujours pouvoir sortir ?
Il était grand. Il ferait comme il en avait envie.

« Tu n'es vraiment bon à rien... »

... oui... il l'avait assez entendu pour le savoir. Et si à présent il aurait souhaité plus que tout que cette voix ne vienne pas troubler sa concentration, il ne pouvait pas fermer autant ses yeux que ses oreilles.
Rapidement, sa main était passée sur ses joues pour les essuyer par habitude sans être capable de savoir si des larmes s'y trouvaient ou non, et puis elle était revenue rejoindre l'autre sur ce même bouton.
Parce qu'il n'avait pas le force de retenir cette porte dans cette position. Ou parce qu'il était trop pathétique pour se sentir capable de rester debout plus longtemps, son dos avait glissé contre le bois jusqu'à ce qu'il se retrouve assis sur le sol. Par fierté, s'il était permis d'en avoir encore à défendre là-dedans, il pourrait toujours dire qu'il pensait fouiller dans son sac pour mettre la main sur son trousseau. Après tout, il avait bien fini par en défaire maladroitement la fermeture.
Mais est-ce qu'il voulait vraiment faire ça ? S'enfermer dans sa chambre avec cette voix ? Avec Mikio de retour dans l'appartement ?

Peut-être que ce n'était pas lui. C'était peut-être Kô... ou cette porte ne s'était pas faite entendre autrement que dans son imagination.
Il ne devait pas oublier qu'il était seul dans cette chambre. Il ne devait pas perdre de vue qu'il était préférable pour lui de le rester.
Oui, même si ses cauchemars finissaient par venir lui tenir compagnie plus certainement, il valait mieux pour lui persister sur cette voie. Gagner les minutes qui lui manquaient. Trouver ses clés, terminer de s'habiller. Et puis... sortir en annonçant à Mikio s'il était de l'autre côté de cette porte qu'il avait rempli sa part imposé du marché et qu'il avait gagné le droit d'aller là où il le voulait ?
Probablement quelque chose comme ça, oui... il n'avait pas plus le droit de se laisser aller que celui de baisser les bras...




 
— I'M MADE IN KOREA —
— I'M MADE IN KOREA —
Voir le profil de l'utilisateur
avatar

     Sam 20 Mai - 3:12

just a spoonful of sugar
Naomi

« Merci beaucoup, au revoir. »

Récupérant le sachet que lui tendait la pharmacienne, Mikio pressa le pas pour retrouver son chien à l’extérieur. Umberto, une fois qu’il avait fait son tour, qu’il s’était dégourdi les pattes et fait ses besoins, montrait rarement des signes d’impatience ; en général, quand le Coréen le sortait, il était plutôt sage et obéissant. Mais cette fois, lorsque le chanteur récupéra sa laisse, l’animal s’agita et pigna. Mikio n’avait pas vraiment pas besoin d’user de la langue de Dante pour comprendre que leurs fils était tout aussi impatient que lui de rentrer… Une vingtaine de minutes plus tôt, ils avaient laissés Naoki, seul dans sa chambre. L’expression à contre coeur n’avait jamais été plus vrai que pour ces deux-là. Même si le malade ne lui avait pas permis de toucher trop longtemps son front, les doigts du chanteur avaient eu le temps de s’y brûler… Comment se portait-il maintenant ? Pas mieux, très certainement. Pourtant il ne pouvait s’empêcher de se poser la question. En partant, il avait laissé les cachets sur la table de chevet… Est-ce qu’il les avait pris au moins ? La fièvre risquait de ne pas de tomber tout de suite mais il fallait continuer à la combattre… Quant à sa toux, Mikio tenait dans sa main de quoi le soulager. C’était pour ça, et, s’il se souvenait bien de ce que Haruto lui avait dit, une boite d’anti-biotiques, qu’il était sorti malgré ce besoin maladif de rester auprès de Nao. Il avait surmonté son angoisse mais n’avait pas trainé pour autant… Naoki avait besoin de lui…
… oui même s’il avait sûrement décidé que ce n’était pas le cas. Même s’il lui en voulait… même s’il continuait à ne plus adresser la parole à l’aîné à son retour….
Ce n’est pas grave… Ce n’est pas grave…
Que Nao lui fasse la tête ne l’empêchait pas de continuer à s’inquiéter pour lui….
Est-ce que ça irait ? Nao serait-il au moins toujours dans son lit ? Il n’y avait pas de raisons qu’il n’y soit pas, n’est-ce pas ? Il n’avait aucun intérêt à en sortir. Il était déjà tombé deux fois et la fièvre le terrassait. Il n’aurait pas la force d’aller bien loin alors envisager de fuguer était idiot, pas vrai ? Mikio s’était bien rassuré ainsi en partant mais, parce qu’on était jamais trop prudent, il avait pris les clés de voiture de son protégé. Il doutait qu’il arrive à son véhicule mais au cas où… Naoki n’avait aucun moyen de partir de l’appartement. Aucun…
Mais il accéléra quand même le pas.

Et il ne faiblit pas, même une fois arrivé à l’entrée de leur immeuble. Se pressant jusqu’à l’escalier, il esquiva une Sharky qui vint pointer le bout de son aileron. L’affreuse fut sûrement contrariée de voir qu’il ne s’agissait que du Coréen et que le seul Italien à sa suite n’était que le chien qu’on lui avait volé des mois plus tôt. Ce dernier, d’ailleurs, n’attendit pas que la porte de la concierge soit ouverte pour tirer sur sa laisse qui échappa à Mikio, avant de se précipiter à l’étage. On n’aurait su dire si l’animal souhaitait avant tout échapper à son ancienne maitresse ou se dépêcher de rejoindre l’actuel. Mikio avait sa petite idée… mais loin d’avoir envie de perdre du temps à l’exposer à cette vielle folle, il grogna avant qu’elle n’ouvre la bouche : « Pas le temps, j’ai un gosse malade à l’étage. » Et il ne s’attarda pas plus pour entendre la réponse, se ruant à la suite de son chien pour grimper les étages jusqu’à leur appartement.

Son coeur battant si fort, il ne le dû pas seulement à cette course dans les escaliers. La nervosité ajouta aux palpitations une pointe dans son estomac et il eut du mal à reprendre son souffle. Nao l’attendait… pas vrai ? Il jeta un rapide coup d’oeil derrière lui… Au moins, il n’avait pas croisé le plus jeune en bas de la rue, ni dans les escaliers et la porte était toujours fermée. Lorsqu’il l’ouvrirait, tout serrait normal… oui…
Une plainte d’Umberto l’incita à ne pas plus tarder. Il ouvrit la porte…

Peut-être qu’il avait retenu son souffle jusqu’à découvrir le salon. Il était tel qu’il l’avait laissé. Rien n’avait semblé bougé. Pas de trace de passage d’un Naoki souffrant… Tout était à sa place. Pas de bruit suspect… il tendit l’oreille et…
*clac*
… ? C’était le bruit d’une porte qu’on fermait non ?
Il n’eut pas vraiment le temps de mûrir sa réflexion qu’Umberto, à peine libéré de sa laisse, filait droit vers la chambre de Naoki. C’était de là que provenait le cliquetis significatif.. « Nao ? » Est-ce que c’était lui ? Ou un courant d’air ? Ou juste dans sa tête ?
En tout cas, observant l’attitude du chien qui couinait à l’entrée de la chambre, l’étudiant semblait s’y trouver. Une semi-vague de soulagement, quoiqu’incertaine, le gagna. Nao était resté dans son lit ? Etait-il possible qu’il ait vraiment compris que c’était tout dans son intérêt d’y rester ? Que se soigner n’était pas une option si horrible que ça ? Il l’espéra… jusqu’à entendre Umberto gratter contre la porte et se souvenir du bruit qu’il avait entendu précédemment… Son estomac se tordit et le soulagement s’effaça pour être totalement remplacé par une vive inquiétude tandis qu’il rejoignit le chien devant la porte.

« Nao ça v-… » Sa main avait actionné la poignée mais en poussant doucement il la trouva bloqué. Quoi ? Non, pas tout à fait. En poussant un peu plus, la panique qui le menaçait ne le fit pas céder, comprenant que c’était quelque chose qui bloquait la porte. Heureusement elle n’était pas fermée à clé… mais… cette horrible sensation familière fut loin de le rassurer. Nao ne s’était quand même pas barricadé dans la chambre ? « Hey… Nao, qu’est-ce que t’as foutu ? » Mikio déglutit, partagé entre bien trop de sentiments comme l’angoisse et la colère… Nao avait vraiment employé ses maigres forces pour faire ce genre de connerie ? Mais qu’est-ce qu’il lui passait par la tête à ce gosse ?? Qu’est-ce qu’il avait contre le fait de se reposer sagement en l’attendant ?!
Heureusement, ce qui bloquait la porte n’avait pas l’air bien lourd alors Mikio poussa un peu plus… jusqu’à entendre quelque chose percuter mollement le sol.

«  »

Son temps d’arrêt ne dura qu’une seconde, ce même temps où son coeur s’arrêta. Profitant que l’ouverture soit juste assez large pour lui, Umberto s’engouffra le premier dans la chambre.. et Mikio comprit rapidement que quelque chose n’allait pas. D’abord, la queue d’Umberto était toujours visible ce qui signifiait qu’il ne s’était pas avancé plus loin dans la pièce et… son couinement déchira le coeur du Coréen. En avançant son visage pour mieux observer, Mikio vit une paire de jambes allongées sur le sol… et pour la seconde fois aujourd’hui, l’horreur s’abattit sur lui et il sentit le sol se dérober sous ses pieds. Non, ce n’était pas avec des meubles que Naoki s’était barricadé.
Ne s’attardant pas plus, le chanteur força le passage à son tour en se glissant dans l’étroite ouverture pour pénétrer dans la chambre et se jeter par terre où il trouva le reste du corps du garçon, étendu derrière la porte. « Merde Nao…! mais qu’est-ce que tu fous là… ?! » Sa plainte relevait plus du gémissement que du grondement tandis que ses mains s’étaient de nouveau mises à trembler sous la panique alors qu’il semblait hésiter à les poser sur son cadet… De nouveaux jurons lui échappèrent avant qu’il ne parvienne enfin à saisir maladroitement un pan de la chemise à moitié enfilée du garçon… Il s’était habillé ? Pourquoi ? Et ce sac près de lui… ? Où est-ce qu’il comptait aller ? « Mais… mais merde Nao… ! Mais qu’est-ce que t’as dans la tête, bon sang ! » Cela resterait probablement toujours le grand mystère de Mikio… Mais ce n’était sûrement pas aujourd’hui qu’il aurait la réponse. Fébrile, une de ses mains s’était nerveusement resserrée dans ses cheveux avant qu’il ne se force à se reprendre pour retrouver un semblant de calme… un énorme faux semblant ! Il devait déjà s’assurer que Nao allait bien… enfin…
Avec précaution, du moins toute celle qu’il pouvait fournir dans l’affolement qu’il se faisait violence de contenir, il releva doucement Naoki et l’attira un peu contre lui, soutenant sa tête au creux de ses bras… Cette figure blafarde le tuait… Mais qu’est-ce qu’il lui avait pris à la fin ? « Tu t’es fait mal ? » Je t’ai fait mal…? Sa poitrine se comprima davantage en réalisant qu’il était celui qui avait provoqué sa chute… « Pourquoi t’es par terre … ? » Clairement, il s’y trouvait déjà avant que Mikio ne le fasse tomber… Poursuivant son inspection, rythmée par les battements furieux dans sa gorge et sa tempe, il toucha son front de sa main libre et fronça les sourcils… A moins qu’une expression plus douloureuse prit le pas sur la sévérité… Ce fut d’autant plus flagrant qu’inconsciemment sa main chercha à chasser les gouttelettes de sueur qui perlait de son front dans un geste probablement trop doux.  « T’es encore brûlant… Pourquoi t’es pas dans ton lit ? » Pourquoi est-ce qu’il n’écoutait pas… ? C’était quoi son but ? Pousser son corps au delà de ses limites ? Voir jusqu’où il pourrait aller avant de crever sur le parquer, le palier ou peut-être établir un record et clamser sur le trottoir ??
Sa gorge se serra trop fort au point qu’il en ferma les yeux une seconde… à moins que ce soit pour chasser le brouillard qui était passé dans son regard. Il ne comprenait pas Naoki… Il ne comprenait pas et ça le rendait fou… parce qu’il se sentait si impuissant… Comment protéger Nao s’il n’en faisait qu’à sa tête ?

Les pleurs d’Umberto le sortir de ses tourments et il reporta son attention sur le corps qu’il tenait toujours à moitié. Il n’allait pas le laisser par terre… Alors, sans plus attendre, il passa son autre bras sous les jambes de Naoki et le souleva en inspirant très fort pour trouver la force de se relever, son cadet dans les bras. C’est qu’il allait finir par avoir des muscles avec cette histoire… Mais ce n’était franchement pas ce à quoi il pensait tandis qu’il se tourna vers le lit pour ramener son protégé, évitant le chien qui pleurait dans ses pattes. Il marqua néanmoins une pause quand, visant son objectif, son regard trouva les débris d’une lampe déjà salement amochée… Il imagina alors sans mal - quoique l’image fut vraiment pénible - Naoki se débattre et luter pour atteindre la porte avant de s’y écrouler. Il avait eut l’intention de sortir… Une détermination infaillible que le plus vieux avait clairement sous estimé… C’est vrai, il avait mis tout ce temps pour finalement ne pas y parvenir mais… Combien d’efforts cela lui avait-il pris ? Quelles douleurs son corps avait-il encore surmonté ? S’il n’était pas réellement à bout, Mikio n’avait plus aucun doute là dessus : il serait parvenir à sortir…
Avait-il seulement conscience d’être malade ? Et pas qu’un peu… !

Doucement, toujours avec cette même précaution, Mikio déposa Naoki dans le lit, non sans un soupire. Se laissant tomber près de lui, il posa sur son protégé un regard grave… Ne plus le voir par terre le rassurait un peu mais il ne pouvait pas seulement se contenter de ça… Il avait eu encore si peur… Un nouveau soupir lui échappa et il passa une main tout aussi lasse sur son visage. « Ca suffit les conneries maintenant… » souffla-t-il avant de reposer ses yeux sur son cadet. « Où tu croyais aller dans cet état hein ? … Arrête de jouer les cons Naoki… Tu vois bien que tu peux pas sortir… Me rends pas plus malade s’il te plait… » Il allait finir chauve avant la fin de la semaine si Nao continuait…. L’inquiétude le rongeait. Il savait bien qu’il avait déjà tendance à trop s’en faire pour ce gosse… alors si Nao s’amusait à lui faire peur dès qu’il tournait les yeux….

Ces derniers, justement, trouvèrent la chemise qui n’était toujours pas complètement fermé sur le torse de Naoki. Soit l’étudiant s’était précipité avec plus ou moins d’adresse, soit il tenait à être scandaleux même en étant malade… quoiqu’il en soit, il était préférable pour lui qu’il ne froisse pas plus sa précieuse chemise dans ses draps. Sans gêne, le Coréen entama de la lui déboutonner dans le but de la retirer. « Enlève ça… » Au vue de son état, il ne s’attendait pas vraiment à réentendre une remix de girl’s band… D’un geste de la tête, Mikio désigna le t-shirt qu’il lui avait rapporté plus tôt et qui était toujours au bord du lit : « Si t’as froid, mets mon t-shirt. » Là on était plutôt certain que Nao préférait rester sur le carreau… « Tu seras plus à l’aise qu’avec ta chemise. De toute façon t’en as pas besoin dans ton lit… » Au moins, c’était clair, il ne quitterait pas cette pièce. Et Nao était peut-être Italien mais à 40 de fièvre, il pouvait bien se passer de faire un défiler de mode dans sa chambre. Ni lui, ni Umberto ne l’en blâmerait….

Quand le chanteur amorça son geste pour défaire un troisième bouton, il remarqua sur le chevet que les cachets qu’il avait laissé plus tôt n’avaient pas bougé. Il marqua une pause… puis abandonna la chemise pour soupirer une énième fois tandis que deux doigts vinrent pincer l’arête de son nez… « Merde… » Evidemment. Mikio était trop optimiste, il portait trop d’espoir en lui…. et dieu qu’il était con ! Nao n’avait rien pris du tout. Parmi tous les efforts qu’il avait fait pour gagner cette porte qu’il n’avait pas su franchir, aucun n’avait été pour tendre le bras et avaler deux misérables cachets. Mikio était vraiment si naïf que ça ?
Sa tête se secoua et il mordit sa lèvre dans une pulsion contrariée. Alors ça allait être ça ? Leurs jeux pour les prochains jours… Il devrait sans cesse rattraper Nao qui tenterait de fuguer dès qu’il aurait le dos tourné ? Il ne se fatiguerait jamais ? … Et se monter raisonnable, c’était trop demander ?

« Tu vois, si tu voulais te tirer t’aurais au moins pu prendre tes médicaments… Tu serais p’tet aller au moins jusqu’au palier. »

Abruti. Il n’était pas obligé de jouer au con lui aussi… tout ce qu’il allait faire, c’était braquer Naoki… Mais c’était sorti seul. Un peu amer et las…. La peur, plus que la colère qu’il ressentait en vérité plus contre lui-même, l’avait fait lâcher des mots qu’il avait regretté peu après. Il voulait soigner Naoki… pas le blesser…

Un nouveau soupire fila d’entre ses lèvres, la tête baissée… Il ne la releva que pour suivre Umberto des yeux qui grimpa sur le lit pour regagner sa place près de son papa italien. Comme si observer quelques secondes son chien qui souhaiter veiller sur Naoki avait remis en place les idées de Mikio, ce dernier finit par quitter le lit. Malheureusement pour la plus jeune, il ne quitta pas la chambre dans la foulé. Il s’y avança pour récupérer le sachet de médicament qu’il avait laissé sur le sol dans la précipitation. Vérifiant qu’il n’avait rien perdu en route, il retourna près de Nao d’un pas faussement tranquille et retrouva sa place sur le lit, posant le petit sac près de lui. Et comme s’il n’avait jamais grondé sur Naoki précédemment, il entama de le redresser doucement en faisant attention à ne pas le brusquer. Il replaça tout aussi silencieusement les coussins derrière lui pour qu’il soit au mieux installé. Une fois fait, il déballa l’objet de sa quête sans ajouter plus de mot. Nao pourrait observer qu’il avait repris de ceux qu’il avait déjà en plus des médicaments prescrits par Haruto qu’il n’avait pas. Les posant un à un sur les jambes de Nao, l’ordonnance à porté de main, il ne les ouvrit pas tout de suite, attrapant d’abord les cachets abandonné plus tôt. Se saisissant à la fois doucement et fermement de la main du malade, il y déposa les comprimés et lui tendit le verre d’eau : « Prends les. » Cette fois, il n’était plus question d’attendre qu’il les prenne quand il aurait envie… Nao devait se soigner et il y veillerait. Tout comme il veillerait à le rattraper à chaque fois qu’il tenterait de fuir… Parce que c’était son rôle… prendre soin de lui et le protéger… Et même si ça faisait mal, même si c’était fatiguant, il n’abandonnerait pas son poste… Parce que malgré toute cette peur, malgré toute cette angoisse qu’il lui causait… cela ne s’expliquait bien que par une chose : il l’aimait. Et il ne voulait pas le perdre. Et s’il fallait se montrer ferme pour ça… il était prêt à le faire….

« Tu as ça aussi à prendre. » Mikio désigna les cachets un par un et la fréquence à laquelle Nao devrait les prendre. Etait-ce bien utile quand il serait celui qui y veillerait comme si ce gosse n’avait pas 21 ans ? « Ca et… » Il jeta un oeil à l’ordonnance. « Ca. C’est pour ta gorge. Deux cuillères par jour. Ah et… » Du sachet, il tira un paquet qui n’avait rien d’une boite de médicament. Il les déposa sur le ventre de Naoki : « Je t’ai pris des bonbons au miel. Mamie dit que c’est bon quand on a mal à la gorge alors… » Si Mamie lui avait dit, c’est que c’était vraie. Mikio pressa sa nuque quand il eut finit. Une grippe, ça se soignait surtout en suçant. C’est ce qu’elle disait.
 
made by black arrow
— I'M MADE IN ITALIA —
— I'M MADE IN ITALIA —
Voir le profil de l'utilisateur
avatar

     Sam 20 Mai - 18:14
Just a spoonful of sugar
EXORDIUM.
Sa tête ne s'était même pas relevée vers la poignée qu'il avait pourtant entendue s'abaisser dans son dos. La voix de Mikio ne l'avait pas non plus fait répondre et il s'était efforcé de mettre tout son poids contre la porte. Davantage encore en sentant qu'on essayait d'ouvrir celle-ci. Fouillant avec plus de hâte dans son sac, il avait désespéré de trouver son trousseau de clés, priant pour ne pas l'avoir laissé dans l'entrée en rentrant la veille. Il devait être là non ? En général, il préparait ses affaires pour le lendemain quand il rentrait. ça lui permettait de partir plus vite quand il avait décidé de s'éclipser dès le matin pour se reposer un peu à l'hôtel et profiter néanmoins d'un peu de temps avec Mikio dans la journée. Il faisait toujours les choses bien. Pour ça, il était organisé et ses clés ne pouvaient se trouver que dans ce sac avec le reste de ses affaires. Il ne pouvait pas en être autrement. Mais sous ses doigts, il avait senti sa tablette, une chemise, une bouteille d'eau, la trousse qu'il emportait là-bas et qui contenait d'autres médicaments, ses téléphones bien sûr, un objet pour faire rougir certaines personnes dont il était préférable de taire le nom... mais pas de clés.
Cherchant mieux, il s'était appuyé davantage contre la porte malgré sa faiblesse. Il n'allait pas tenir longtemps, il le savait. Les vertiges, son état, s'il était capable de mieux, il serait déjà loin dans cet appartement dans la chambre d'hôtel où il essayait désespérément de se rendre depuis ce matin.

Sa bouche s'était ouverte pour articuler un "laisse-moi" mais à la place il avait cru entendre la voix de son père « Sans moi, tu n'es pas capable de t'en sortir. » oui... il s'en tirait probablement mieux à l'époque. Il était étrange d'avoir besoin de ce genre de motivations... il ne fonctionnait peut-être plus que comme ça. S'il voulait être un minimum efficace, fort... il devait peut-être avoir l'impression de s'affaiblir d'une autre manière.
Mais il n'avait pas le temps ce matin de penser plus à ça. Ce n'était pas le moment.
Ce n'était pas non plus le moment de se demander s'il voulait réellement s'enfermer dans sa chambre avec un cauchemar qui le mettrait dans un état encore plus proche du pathétisme dont il faisait déjà trop preuve depuis ce matin.
Le bout de ses doigts avait glissé à nouveau sur l'un de ses téléphones, il avait désespéré, et puis Mikio avait fait preuve d'une meilleure obstination que lui. Il avait mis plus de force dans sa nouvelle tentative et son corps n'avait pas été capable de se maintenir contre la porte. Il s'était senti tomber vers l'avant, son corps trop faible attiré par le sol qu'il avait rencontré à nouveau. Son poing s'était serré contre le parquet dans un soupir rempli de déception et de désespoir et il n'avait pas pris plus de temps pour grimacer. Son corps entier le faisait souffrir depuis ce matin, c'était comme s'il essayait d'épeler le mot fatigue en passant par les souffrances. Non, ce n'était pas des signaux d'alarme. Il devait persister. Il se reposerait à l'hôtel.

S'il parvenait à s'y rendre. Il avait bien pensé à tenter de bloquer la porte de ses pieds et il avait tenté de se retourner sur le dos pour ça mais Umberto était entré dans la chambre avant qu'il ne réussisse sa manoeuvre. Son chien avait pleuré et son regard avait cherché à trouver le sien peu avant que sa langue ne rencontre son visage dans de nouveaux pleurs. Sa bouche s'était ouverte mais il n'était pas parvenu à articuler de nouvelles excuses italiennes, tout ce qui était sorti était une nouvelle toux qu'il avait laissé aller quelques secondes contre le parquet avant de se souvenir.
Oui, il pouvait toujours s'enfermer avec le chien le temps de... le temps de...
Le temps de quoi ?
S'habiller... se reprendre... avoir l'air d'un Naoki qui quitterait l'appartement quoiqu'on pourrait lui dire en face... quelque chose comme ça.
Alors il s'était tourné sur le dos en toussant, il avait pensé retenir un frisson, il se sentait bien un peu tremblant... peut-être un peu plus... mais il lui suffisait de pousser cette porte avec ses pieds et...
Désespéré son regard s'était posé sur son sac. Comment est-ce qu'il était supposé l'atteindre maintenant. Poussant son visage de sa truffe, Umberto avait tenté de lui dire qu'il était supposé rester là en ajoutant une patte sur son torse.

Il n'avait pas eu le temps de faire un mouvement supplémentaire, Mikio était rentré dans la chambre sans que ses jambes ne soient capables de retenir cette porte. Sous ce nouvel échec, ses yeux s'étaient fermés un instant et il avait tourné  la tête vers le sol pour tousser en direction de celui-ci avant que sa main ne vienne couvrir sa bouche. Il ne grimaçait pas trop. Il l'espérait en tout cas.
Une première fois, il avait froncé les sourcils à la question de son aîné. Plus certainement, il les avait froncé à la deuxième sans prendre pour autant la peine de répondre. Il aurait d'abord fallu pour ça qu'il s'arrête de tousser... et sa tête s'était simplement secouée tandis qu'il cherchait à nouveau des yeux son sac.
D'accord, ça ne s'était pas encore exactement passé comme prévu mais... s'il se montrait peu plus ferme et assuré. Il avait 21 ans. Il était grand. S'il voulait se lever et quitter l'appartement, il le ferait. Il décidait ces derniers temps non ? Du moins, officiellement, il était supposé être libre de ses choix... pendant un temps.

Il s'était senti bouger, attiré un peu contre Mikio et sa main avait quitté enfin sa bouche sous une toux qui lui accordait de l'épargner un temps. Quelques secondes, il avait trouvé des yeux le visage de son aîné et sa tête s'était secouée une deuxième fois à cette nouvelle question. Il n'avait pas spécialement mal pour cette nouvelle chute. Il avait mal partout. ça passerait. S'il restait toute la journée à l'hôtel... peut-être aussi demain, mais il n'avait pas besoin de beaucoup de temps. Il se connaissait bien. S'il faisait mieux que dernièrement, il pourrait se relever. Le tout c'était de forcer un peu et le corps finissait par suivre. Il avait bien appris.
Par terre. Pourquoi il était par terre. C'était une bonne question et sa main n'avait fait que se relever pour désigner la porte en guise de réponse. En des termes plus coréens, il était là soit parce que Mikio l'avait poussé, soit parce qu'il voulait sortir. Ou alors, il pouvait toujours inventer une histoire comme quoi il avait fait tomber quelque chose  et qu'il était actuellement à sa recherche. Mais il n'en n'avait pas dit plus et sa main s'était posée un instant sur le torse de son aîné pour le pousser sans force. Elle s'était tout au plus appuyée dessus pour faire comprendre à l'infirmier collant qu'il devait le laisser maintenant. Mais ça ne marchait pas. Non ça ne marchait pas parce que Mikio était trop têtu.

Il n'était pas brûlant.
D'accord il n'était pas dans son lit... pour de vrai. Mais en réalité, il n'était surtout pas à l'hôtel. C'était là sa place. Pas ici, dans cette chambre, à montrer sa faiblesse devant celui qui en avait déjà trop vu « ça va... laisse-moi.... » se relever ? Clairement, Mikio était plus efficace que lui à la manoeuvre. Il avait soupiré en se sentant quitter le sol, il avait probablement également grimacé, il pensait ne pas avoir gémi et tout ce qu'il avait entendu c'était ce soupir, cette façon que son père avait de rire. Alors, peut-être qu'une seconde... pas plus... sa main s'était serrée sur l'épaule du coréen.
Il voulait aller à l'hôtel.
Il se l'était répété. Il avait soupiré au même moment que Mikio quand son corps avait retrouvé le lit. Tout ça pour ça....
S'il devait faire face au passé... il voulait le faire seul...
Alors, au lieu de répondre, ses yeux s'étaient d'abord baissés vers cette main responsable d'un instant d'égarement. Elle s'était refermée sous cet ordre qu'il s'était donné intérieurement d'arrêter... puis ses yeux s'étaient relevés vers cette épaule avant de rencontrer ceux de Mikio.
Rester ferme. Assuré. Quelque chose comme ça...

« Dehors. » et ce n'était pas des conneries. C'était ce qu'il allait faire et ce qu'il allait faire maintenant. Ce serait mieux pour lui. Mieux pour Mikio. C'était la meilleure chose à faire maintenant. Promis, il reviendrait en meilleure forme... dans pas trop longtemps.
Et puis quoi ?
Il s'imaginait qu'il pouvait encore tirer sur la corde en gardant les mêmes habitudes. Profiter de Mikio la nuit. Dormir  à l'hôtel quand il était trop fatigué.
... appeler Saeko quand ça n'allait pas ? Ou quand il n'avait plus de médicaments...
... sans doute... il essaierait peut-être de dormir juste un peu plus... « Arrête... je sors toujours. » l'une de ses mains avait attrapé le poignet de Mikio, l'autre avait tenté de garder fermé un bouton que son aîné était parvenu néanmoins à défaire et il avait soupiré sous l'échec. Est-ce qu'il avait la moindre idée du temps que ça lui avait pris pour s'habiller et aller à cette porte ? Du temps qu'il avait mis également à mettre ces quelques boutons ? « Je ne reste pas dans mon lit. » et pour l'affirmer davantage, ses mains s'étaient concentrées sur le bouton que Mikio venait juste de défaire.

Un juron. Et puis des mots.
Ses mains s'étaient arrêtées d'elles-mêmes dans les gestes mal assurés qu'elles tentaient d'accomplir. Un instant, ses yeux s'étaient relevés vers Mikio et il l'avait regardé, peiné. Il s'était mordu la lèvre... et puis il avait baissé à nouveau les yeux dans un sourire qu'il avait forcé « Hum. » ... il le savait déjà qu'il devait avoir l'air trop pathétique maintenant. Il se l'était entendu dire de trop nombreuses fois dans le passé. Parfois, c'était une bonne motivation pour le secouer mais parce qu'il savait que la suite ne lui plairait pas s'il ne se faisait pas violence pour avoir l'air d'aller mieux. Mais oui, il le savait qu'il ne devait pas avoir l'air très italien sur le sol....
Qu'est-ce qu'il était supposé répondre à ça ?
Laisser tomber. Ce n'était pas le genre de remarques qui attendait une réponse de toute manière. Sourire ce n'était déjà pas si mal quand pour la deuxième fois aujourd'hui votre coeur se mettait à vous faire mal sans que cette douleur ne soit compréhensible. Curieusement.... C'était sans doute parce que ça venait de Mikio.

Le nouveau poids sur le lit lui avait fait relever les yeux un instant avant de les détourner de son chien pour les poser sur la fenêtre. Sa main s'était cependant tendue vers la tête de son bébé qu'elle avait caressé un instant. Il n'avait pas semblé prêter attention à Mikio quand il avait quitté le lit mais la peine avait au moins permis plus de docilité et il n'avait pas protesté quand son aîné l'avait aidé à mieux se réinstaller. Une grimace ou deux, un soupir mais rien de plus. Même pas un mot.
L'avantage maintenant, c'est que les yeux embrumés qu'il n'avait plus portés sur le chanteur, pouvaient être expliqués par la fièvre....
La main sur Umberto avait arrêté ses caresses quand l'autre avait été volé pour recevoir les cachets qu'il n'avait pas pris plus tôt. L'autre s'était retrouvée avec le verre d'eau en main et il avait regardé le déballage des cachets sans relever une seule fois la tête, les yeux perdus sur les cachets que son pouce avait fait rouler maladroitement dans sa main.

Mais cette dernière s'était enfin levée jusqu'à sa bouche pour y porter les médicaments, puis le verre qu'il avait bu entièrement malgré le goût étrange de l'eau. Ce n'était pas parce que Mikio, le grand cuisinier, l'avait servie. C'était son coeur qui mettrait à tout un goût désagréable maintenant... douloureux... un goût de peine.
Le verre vidé, il l'avait reposé contre sa cuisse sans le tendre à Mikio et puis ses yeux avaient considéré le reste un instant... pour l'ignorer. Il avait été sage, ces cachets, il aurait pu les prendre à l'hôtel, c'était déjà un effort... presque un faux pas sur la fermeté dont il voulait faire preuve. Il n'était sans doute pas si doué que ça mais ça ne changeait rien. Non... autrement ses mains n'auraient pas repoussé ce qui les gênait pour fermer cette chemise. A nouveau, elles s'étaient concentrées sur les boutons, fébriles. Il s'était saisi d'un premier qu'il avait tenté de faire passer dans le bon trou. Juste comme ça ? Il pensait se lever et partir comme si Mikio ne l'avait pas pris, encore, en flagrant délit de faiblesse.

« Je termine de me préparer et j'y vais. »

Où ?
Ailleurs. Un ailleurs qui ne regardait que lui. Là-dessus, il ne céderait pas. Il irait plus loin que le palier. Mikio n'avait qu'à ne pas regarder, au moins il n'aurait pas à voir le temps que ça lui prendrait juste pour aller, de nouveau, jusqu'à la porte.
En fait, il préférait qu'il ne regarde pas.... Même si c'était un peu tard pour épargner aux yeux du chanteur le pathétisme... son coeur à lui n'avait besoin d'en avoir davantage conscience.




 
— I'M MADE IN KOREA —
— I'M MADE IN KOREA —
Voir le profil de l'utilisateur
avatar

     Dim 21 Mai - 21:13

just a spoonful of sugar
Naomi

Naoki pouvait bien essayer de le pousser et lui demander encore et encore de le laisser, Mikio ne comptait pas le lâcher. Il était désolé pour l’étudiant, mais il allait l’avoir sur le dos un moment… Est-ce qu’il en faisait trop ? Si Naoki était dans cet état aujourd’hui, c’était clairement parce qu’il n’en avait pas fait assez avant… Oui, il avait déjà trop foutu la paix à Nao. Sûrement que son cadet le trouvait déjà un peu lourd… et pourtant, il le laissait déjà trop faire. Ces fois-là, Mikio aurait dû plus insister… « Tu viens manger un bout avec moi ce midi ? » L’emmener au restaurant s’il ne tenait pas à manger à la maison… et ne pas se contenter d’un « oui » évasif quand il osait lui demander s’il avait bien dormi… Oui, s’il avait vraiment fait attention à Naoki, il ne l’aurait sûrement pas retrouver sur le sol de cette salle de bain et encore moins sur celui de sa chambre… Il ne voulait plus le voir par terre… Il ne voulait plus le voir si mal… Cette fièvre, ces traits affreusement tirés, ses joues trop creuses et ses yeux criants de fatigue… Il ne pouvait pas empêcher Nao de toujours tomber malade… mais il devait l’empêchait de faire des conneries… C’était terminé. Mikio ne le laisserait plus. Il ne se donnerait plus une occasion de se maudire parce qu’il avait choisi de foutre la paix à Naoki. Désormais, il se monterait aussi obstiné que lui. Il n’y avait pas d’autre moyen.

Et ça commençait par devoir lui tenir tête coute que coute. Non, il ne comptait pas le laisser foutre un pied dehors. Ce fut pour cette raison qu’à la réponse - encore mauvaise - de Naoki, Mikio réprima un soupir fatigué… En quelle langue devait-il lui dire ? Qu’est-ce qu’il y avait de si dur à comprendre dans son « Non. Tu ne peux pas sortir » ?
Sa réflexion, il la poursuivit en cherchant à retirer cette chemise qui n’aurait jamais dû se trouver sur un Naoki malade. Il n’avait même pas réussi à l’enfiler correctement, il avait dû faire beaucoup d’effort pour la mettre… Mikio était désolé pour lui de les réduire à néant mais il ne pouvait pas la garder, parce qu’il n’irait nul part. Aussi, lorsque la main du garçon se saisit faiblement de son poignet, le chanteur releva un regard contrarié vers lui. Ses sourcils se froncèrent un peu plus à sa déclaration mais à aucun moment il ne retira sa main. Il sortait toujours ? Vraiment ? « Même pas en rêve Naoki. » Si son geste s’était arrêté une courte seconde, il le reprit de plus belle et entama de défaire un nouveau bouton avant de soupirer. Nao était têtu et Mikio se demandait sincèrement où il trouvait la force de s’obstiner encore… Il ne tenait pas debout. La fièvre et sa toux l’épuisaient… et il voulait quand même sortir … ? « Arrête tes conneries.. t’es pas en état. » Il n’avait pas grondé, il l’avait dit doucement mais fermement, tentant d’ignorer les pointes dans sa poitrine quand des battements plus égoïste venaient s’y faire entendre. Sûrement parce que le pourquoi de cette volonté de fuguer, s’il n’en était pas certain, lui faisait du mal…
Nao souhaitait tant que ça se trouver loin de lui ?

Il fallait croire. Et on en était encore plus sûr à la suite… Parce que celui qui se prétendait protecteur venait de se montrer plus con que jamais. Il aurait mieux fait continuer à s’occuper de sa chemise. Tout au plus, lui faire remarquer autrement qu’il n’avait pas pris ses cachets. Pas comme ça. Pas en étant un sale con… Mais ses mots blessants qu’il avait eu, il ne se les était pas entendu prononcer sur le moment. C’était sorti seul, sans réfléchir mais il n’avait pas eu l’intention de le blesser… L’amertume et le désespoir avait parlé à sa place et il s’était rendu compte trop tard d’à quel point il venait de se montrer dur envers Naoki. Percuter, il l’avait fait en croisant ce regard… celui qui lui renvoya ses paroles droit dans la gueule. Celui qui venait d’écraser son coeur en comprenant qu’il avait blessé celui qu’il désirait seulement protégé…
Quel con. Quel abruti.
Figé aussitôt par le regret et sa propre connerie, le chanteur avait pourtant soutenu son regard. Il ne savait pas très bien comment… Parce que cette lueur que Nao avait dans les yeux… elle faisait bien trop mal. Peut-être qu’il avait choisi de se punir et de faire face à la blessure qu’il venait d’infliger à Naoki… Ses yeux ne se dérobèrent pas jusqu’à ce que le plus jeune baisse les siens et que sur son visage apparaisse le sourire le plus douloureux qu’il ne lui ai jamais offert… Mikio sentit son coeur se briser, déchainant intérieurement une colère noire contre lui-même. Il avait fait mal à Naoki. Il avait fait mal à Naoki… ! Connard… mais quel connard ! S’il avait eu bien des occasions pour se maudire ces derniers temps, le Coréen ne s’était sûrement jamais autant détesté. S’il s’était eu en face, il se serait probablement frappé. A défaut, ses dents s’acharnèrent à l’intérieur de sa lèvre inférieure. Oui, avec un geôlier pareil, il comprenait que Naoki veuille se tirer…
Au moins, ses mains avaient définitivement arrêté de le déshabiller… mais il n’était pas certain que ça consolerait Nao. D’autant qu’il serait bien obligé de reprendre l’effeuillage plus tard… mais pour l’instant, l’aîné parvint à déglutir non sans difficulté tandis qu’il ramena ses mains vers lui, un peu trop à la manière d’un enfant qu’on grondait. Ridicule. Il était l’adulte ici, pas le gosse… Et il avait un peu regretté cette hésitation et s’était fait violence pour se reprendre. Ses poings se fermèrent et il se racla nerveusement la gorge. «  » S’excuser n’était pas une option… il aurait dû le faire pourtant tout ce dont il avait été capable de finir par se lever en continuant de se maudire…
Il avait au moins pris la résolution d’être moins con pour la suite…

Oui, allez. Il pouvait bien s’occuper de Nao sans merder… enfin, plus. Même si c’était peut-être une connerie de faire comme si de rien n’était. Et qu’il était bien incapable d’empêcher cet atroce silence de s’installer. S’il avait pris soin de ne se montrer le plus doux possible dans chacun de ses gestes, il ne pouvait nier que ses yeux craignaient de rencontrer ceux de Naoki. Assumer sa connerie d’accord mais… mais il ne voulait plus voir ce sombre éclat au fond de ses iris. Celui qui l’accusait trop violemment bien qu’autant qu’il le méritait. Celui qui lacérait son coeur en lui rappelant qu’il avait été un con avec ce garçon qu’il disait aimer… Il pouvait bien être doux avec lui, ça n’effaçait en rien ses mots. Et ça ne lui donnait pas le droit d’ignorer le regard embrumé qu’il avait fini par remarquer malgré lui. Tandis qu’il replaçait correctement les oreillers, ses doigts s’étaient peut-être un peu trop fermés sur l’un d’eux. Ses yeux brillants… c’était la fièvre… pas vrai ?
Il l’aurait souhaité si fort mais il n’arrivait pas une seconde à s’en persuader. Et un nouveau poids écrasa son coeur, rendant ses gestes aussi lourds que ce dernier.

Mais sa culpabilité ne devait en aucun cas lui faire perdre de vue son objectif. Oui, il avait blessé Nao mais ce n’était pas une raison pour partir en pleurant et le laisser faire n’importe quoi. Il était peut-être con mais il n’en restait pas moins le seul à pouvoir s’occuper de lui. Le seul des deux à le vouloir suffisamment du moins. Il prendrait le temps de se maudire et de se remettre en question plus tard parce que maintenant, ça ne changeait rien : il devait quand même lui faire prendre ses cachets et veiller à ce qu’il se repose. Quitte à se montrer ferme. Et il l’avait fait… il avait même réussi la prouesse de ne pas être un connard !
Enfin… pensait-il.
Mais il priait surtout pour s’être montré assez convaincant pour que Naoki ingère ces satanés comprimés quand il aurait dû déjà le faire une heure plus tôt. Il l’avait espéré fort cependant, il se rendit compte qu’il n’y croyait pas vraiment lui-même puisqu’il marqua un temps d’arrêt à l’instant où Nao les porta à sa bouche.
….
Il venait vraiment de les prendre ?
Pour de vrai ?
Abruti. Il n’allait pas poussé la connerie jusqu’à se montrer sceptique quand même ! A vrai dire, et il s’en voulait un peu, mais il n’en revenait pas. Il s’efforça néanmoins de ne pas avoir l’air trop étonné même si sa mâchoire tarda à se refermer tandis qu’il hésitait à le féliciter… C’est qu’il en en avait bien d’autre à prendre. Il ne pouvait pas se sentir soulagé pour uniquement deux comprimés. Et puis… après ce qu’il venait de lui dire, la complaisance du chanteur ne serait sûrement pas la bienvenue… Alors, un peu maladroitement, il lui sourit simplement. Ce n’était pas le plus brillant sourire que Mikio avait adressé à Naoki mais il était assez sincère pour démontrer un certain encouragement. Dans la foulée, il récupéra le verre de son cadet pour le reposer sur le chevet où il le remplit à nouveau. Parce qu’ils allaient continuer sur ce bon chemin non ?

… Non. Nao mit rapidement fin à ce regain d’espoir chez le chanteur tandis qu’il balaya sans vergogne les médicaments que son aîné avait étalé sur lui. « Hé ! » Rattrapant avec plus ou moins d’adresse les boites qui avaient glissé sur le lit, le Coréen reposa un regard fâché sur l’étudiant. « Qu’est-ce qui te prends ? » Et lui ? Qu’est-ce qu’il croyait ? Qu’après un pauvre médicament, ça allait être gagné ? Que Nao allait se montrer tout docile d’un seul coup ?
… un peu… Mais encore une fois, Mikio s’était sûrement montré trop naïf.

Il récupéra les boites et les bonbons et les reposa près de Naoki. Il aurait sûrement râlé pour en avoir perdu l’ordre et les consignes qu’il avait pris le temps d’exposer plus tôt, si la déclaration du malade ne l’avait pas fait lever les yeux au ciel dans un soupire excédé. « C’est pas vrai… » Il n’arrêtait jamais ? Combien de fois faudrait-il lui dire ? « Et tu vas aller où ? » Sa voix s’était faite plus grondante qu’il ne l’aurait cru mais il avait retenu de nouveaux mots trop crus pour lui faire comprendre qu’il n’irait pas loin. A vrai dire, et vu la peine qu’il avait à simplement remettre un bouton de chemise, Mikio ne visait même pas jusqu’au salon. Il le voyait très bien et lui, il n’avait ni la fièvre, ni la fatigue… Alors pourquoi Nao s’obstinait ? Pourquoi continuait-il de croire qu’il était capable de sortir et se débrouiller seul dans son état ? Mikio aurait pu céder. Le laisser faire et le regarder se trainer dehors. Il aurait pu juste attendre qu’il s’écroule et s’il ne l’avait pas fait, alors il l’aurait certainement ramasser en bas des escaliers dans lesquels il aurait fini par chuter. Oui, peut-être que frôler la mort - s’il s’en sortait vivant - lui servirait de leçon et Mikio serait tranquille. Et encore… il n’était pas plus sûr que ça suffise à l’arrêter… parce qu’il n’avait jamais vu quelqu’un d’aussi borné que lui. Mais ne serait-ce que le regarder lutter pour se relever, Mikio en était incapable. Chacun de ses gestes lui anéantirait le coeur et il ne pouvait se résoudre à regarder Naoki souffrir même si ça devait lui servir de leçon… Mikio ne donnait pas de leçon. Il protégeait.

Sans plus réfléchir, le Coréen posa sa main sur celles qui tentaient de reboutonner cette chemise que le chanteur allait finir par détester pour s’entêter à rester sur Nao. Son geste avait surtout pour but d’arrêter ce dernier dans son énième tentative qui, si elle mettait tout à l’honneur sa persévérance - ou sa connerie -, se révèlerait de toute façon vaine. Ils le savaient tous les deux, n’est-ce pas ?

« Nao… Arrête. S’il te plait, arrête… » Il l’avait soufflé dans un soupire fatigué, presque supplicateur. Sa main, elle, n’avait pas bougé. « Prends tes cachets et recouche toi. » C’était tout ce qu’il demandait… Pourquoi c’était si compliqué ? Soutenant son regard un instant, il finit par fermer les yeux dans un nouveau soupire, baissant légèrement la tête tandis que ses doigts s’étaient resserré sur les siens. « Je t’en prie Nao… Sois raisonnable… Pourquoi tu t’obstine ? A quoi ça sert à part nous fatiguer tous les deux ? » Il ne voulait pas se battre avec lui. Il ne voulait plus risquer de lui faire du mal… Mais ferme, il devait le rester. Entêté, il devait l’être plus que lui… « Je te laisserais pas sortir de toute façon. » Et il n’aurait jamais la force de passer sur le chanteur dans son état. Même Umberto veillait à ce qu’il se tienne tranquille… « Et j’ai pas l’intention de te foutre la paix tant que tu feras n’importe quoi. » S’il le laisser maintenant, il allait réessayer de se lever et finirait par se faire vraiment mal… « Tu te fatigues pour rien… » L’estomac de Mikio se serra à l’instar de sa main qui le tenait toujours. « Tout ce que tu vas gagner c’est aggraver ton état… » Et faire crever son coloc’ d’angoisse… Sa gorge s’était faite plus nouée mais il l’avait raclé pour se donner plus de contenance et ajouter avec plus d’insistance : « Alors je te le redemande : prends ces cachets Naoki. » Qu’est-ce qu’il avait contre le fait de se soigner ? Quoiqu’il en soit, Mikio ne lâcherait rien… L’étudiant n’était pas prêt de se débarrasser de lui.
 
made by black arrow[/quote]
— I'M MADE IN ITALIA —
— I'M MADE IN ITALIA —
Voir le profil de l'utilisateur
avatar

     Lun 22 Mai - 2:13
Just a spoonful of sugar
EXORDIUM.
Il y avait bien eu un temps où il parvenait à faire mieux que le palier. Il se forçait, il ordonnait à son corps de supporter... pour avoir moins à endurer. Il pouvait souffrir, il pouvait être fatigué, se tenir debout était la meilleure chose à faire. Une journée de travail, une représentation au cours d'une quelconque sortie où il devait jouer le rôle du parfait Serizawa, c'était une épreuve face à laquelle il devait se montrer à la hauteur. Être poli, cultivé, parler quand on s'attendait à ce qu'il le fasse et de la bonne manière sans laisser soupçonner que son corps suppliait à un peu de repos ou à panser des blessures qui l'élançaient au moindre mouvement trop brusque... faire taire tout ça en gardant une expression imperturbable. Il ne s'en tirait pas trop mal à ce jeu là. Bien au-delà du palier... c'était jusque là qu'il allait.
C'est vrai parfois, comme aujourd'hui, il n'y arrivait pas et il "gagnait" le droit de rester seul dans sa chambre pour se reprendre et retrouver un masque plus convaincant.
Mais, il ne le percevait pas comme un soulagement. Au contraire, il implorait intérieurement qu'on lui laisse une autre chance quand il ne disait pas plus clairement à son père qu'il allait y arriver.... Non tu n'y arriveras pas. Regarde-toi Naoki... tu es toujours si doué pour me décevoir.
Oui, même s'il n'avait pas de deuxième chance... il essayait toujours.
Parce qu'il le savait, l'échec n'était pas envisageable. Quand il échouait c'était pire et il valait mieux pour lui dépasser ses limites. C'était comme ça qu'il fonctionnait, il poussait toujours. Il n'écoutait jamais les supplications de son corps. Parce que s'il le faisait, il y en aurait bien plus... des qui le feraient se maudire de ne pas avoir forcé au moment où il en avait eu l'occasion.

Aujourd'hui, malgré l'évidence que Mikio avait déjà trop vu de pathétisme, malgré ses mots qui le prouvaient, il devait essayer encore. Il ne pouvait pas baisser les bras maintenant. Rien n'avait changé... non ?
C'était mieux seul.
C'était mieux dans le noir.
C'était mieux sans personne pour voir.
Il n'avait pas envie d'avoir plus honte encore, plus mal....
Il n'avait pas non plus envie d'être davantage un soucis pour Mikio....
Alors, même si se reposer un peu sur quelqu'un pouvait sembler plus agréable, il le savait... pour lui, c'était une erreur.
Qu'est-ce qu'on y gagnait à laisser nos faiblesses à découvert ? Rien... ça ne pouvait être que douloureux. Est-ce que son coeur ne lui faisait pas mal maintenant justement parce qu'il en avait laissé trop voir ?

Si. Et il avait résisté au besoin stupide d'y porter une main pour faire taire cette souffrance qui ne se calmerait pas d'une simple pression.
Relever les yeux en revanche.... Croiser le regard de Mikio... ou dire quelque chose... sans mal, il n'avait rien fait de tout ça. Le regard baissé, les doigts d'une main éloignés de l'autre pour résister à l'appel d'un jeu qui ne ferait que le dévoiler un peu plus pathétique, un peu plus peiné, il avait été de toute manière éloigné de cette tentation par un coréen qui s'était emparé de sa main pour y glisser des cachets.
Cachets qui avaient enfin terminé dans sa bouche comme si être blessé le transformait soudainement en gentil kitty docile. Un animal sans doute un peu trop fragile pour opérer toute forme de rapprochement, préférant à la proximité de jolies barrières qu'il avait tentées de garder bien levées en s'enfermant dans une bulle où tendre simplement un verre ne semblait pas être possible.
C'était dommage... que sa propre chambre ne puisse pas lui offrir une bonne cachette le temps de calmer un peu son coeur.
Enfant, c'était justement le bon moment pour aller dans leur cabane avec Tetsuo... ou se faire une partie de cache cache où il n'était même pas le meilleur. Dans son imagination, il faisait bien trop souvent gagner son ami... tout le temps en réalité. Parce que Tetsuo était le meilleur... pour jouer, c'était le champion. Et à cause de lui, il était trop difficile de rester concentré sur la réalité en se cachant un peu dans les rêves qu'il tentait de s'inventer pour ne pas être entièrement privé de ce don de rêver....

Se cacher pour se soigner... oui, avant aussi, c'était mieux quand on était seul.
Avec les autres, la seule chose à faire c'était de se concentrer sur le masque qu'on devait porter.
Est-ce qu'il était si impeccable que ça maintenant son masque ?
Il serait difficile de répondre oui à cette question avec les yeux baissés sur des mains qui peinaient à boutonner une chemise. A quel point est-ce que c'était ridicule ?
N'y pense pas.
Non, il ne pouvait vraiment pas maintenant. Mikio le regardait. Oui, ça le perturbait de se montrer comme ça. Mais il n'avait pas le choix, il devait s'habiller et sortir d'ici. Ce n'était pas agréable d'avoir conscience du spectacle qu'il offrait maintenant, la honte avait toujours un goût aussi détestable mais s'il tenait à tout prix à rester caché, il fallait partir avant que Mikio ne rentre de la pharmacie. Mieux encore, il fallait y parvenir ce matin quand le chanteur n'avait encore rien vu. Il ne pouvait s'en prendre qu'à lui... la représentation, il s'était condamné tout seul à la jouer en étant si faible depuis que ses pieds avaient touché le sol en quittant le lit qu'il partageait avec le chanteur.

Il n'avait pas pris la peine de répondre.
Il ne lui prenait rien... il essayait simplement de faire les choses bien. Comme il devait le faire. C'était comme ça. Il ne devait pas baisser les bras en acceptant. Si Mikio semblait ne pas lui laisser le choix, le seul qu'il avait en réalité n'était pas celui qu'on lui "proposait" maintenant « Quelque part. » et c'était tout ?
...
Mikio n'avait pas besoin de savoir ce qu'il faisait souvent quand il partait ces derniers temps.... Même s'il aurait pu faire comme si ce n'était que pour aujourd'hui, le temps de se reposer au calme...
ça ne le regardait pas après tout.
Peut-être qu'il aurait dû parler d'une voix plus ferme. Peut-être qu'il aurait dû le rajouter que ce n'était que son problème. Mais est-ce qu'il voulait vraiment se disputer avec Mikio en plus du reste ?
...
L'hôtel. Il devait y aller.... Là bas, tout serait plus clair. D'une certaine manière... ce serait en tout cas plus simple non ? Il reviendrait plus tard en meilleure forme... pour retrouver quoi ?
... une chose à la fois.
Il n'y avait qu'une seule solution au présent problème.

Encore fallait-il qu'on lui laisse l'appliquer.
Sous cette main posée sur les siennes, ses doigts avaient arrêté leurs pathétiques tentatives alors qu'ils avaient presque triomphé d'un deuxième bouton.
Un instant, ses yeux s'étaient relevés vers ceux de Mikio « .... » et il n'avait rien répondu... évidemment. Non, parce qu'il avait été trop occupé à baisser rapidement le regard. Il aurait pu prétendre que c'était cette pression sur ses mains qui l'avait poussé à retrouver sa précédente attitude. Mais pour être plus honnête, il aurait fallu ne pas oublier de mentionner la honte... cette blessure que son coeur ne parvenait pas encore à faire taire.
Il s'était ordonné intérieurement de ne pas être idiot. Ce n'était pas le moment pour ça.
Être borné. Ne pas faiblir... s'habiller et sortir.
Il pourrait toujours jouer à l'enfant blessé une fois dans la seule chambre où il acceptait de dormir ces derniers temps....

Et s'il se retrouvait avec ses cauchemars les plus horribles à affronter à l'hôtel ? Si tout devenait de plus en plus réel ?
Ce n'était pas grave... Mikio ne les verrait pas au moins....
Ce n'était pas Mikio qui les chassait en partie ? Il ne s'était pas déjà dit que ça semblait moins pénible avec le coréen près de lui ?
Le regard perdu sur cette main qui retenait les siennes bien après que son aîné lui ait demandé, une fois de plus, de prendre les médicaments, il avait senti son coeur se serrer un peu plus.
Non
C'était le seul mot qu'il avait trouvé à répondre à ces nouveaux battements remplis de supplications.
Il ne devait pas se laisser aller. Il ne devait pas faiblir parce qu'une simple main essayait de le tenter.

Pourtant, des forces pour relever ses mains et les extraire de ce contact probablement trop doux pour ses résolutions, il avait eu l'impression qu'il lui en avait fallu autant que pour se lever de son lit et aller jusqu'à cette porte.
Un peu plus, son coeur l'avait fait souffrir. Avec plus d'obstination, il avait tenté de le faire taire tandis qu'une voix qu'il aurait souhaité plus forte avait enfin franchi ses lèvres « Est-ce que tu peux.... » il devait partir... il voulait être seul non ? ... « ... me laisser tranquille ? » ... mais il ne devait pas non plus demander... « Si tu es fatigué, va te reposer.... » ... oui... c'est vrai... il n'avait pas envie de fatiguer Mikio plus qu'il ne l'avait déjà fait. Est-ce qu'il n'était pas toujours trop usant pour le coréen ? Il pouvait se débrouiller tout seul, Mikio pouvait bien mener sa vie de son côté... il s'en sortirait. Être une charge pour son aîné, il le refusait... « ... moi je ne t'ai rien demandé.... » il ne l'avait pas fait n'est-ce pas ? Est-ce qu'il s'était laissé trop aller plus tôt ? ... ne s'était-il pas trop fortement raccroché à lui ? ... pourquoi est-ce qu'il n'était pas capable de mieux se contrôler avec Mikio ? « T'as pas à décider pour moi.... » appeler un médecin, l'obliger à se reposer ici quand il pouvait le faire ailleurs à l'abri d'un regard qui en avait déjà trop vu... « ... encore.... » il était assez grand. Après tout, il avait accompli le miracle de fêter ses 21 ans un mois plus tôt... « Je vais m'habiller. Et puis je sortirai. »

Pour appuyer ses dires, ses doigts s'étaient concentrés sur un autre bouton.
Mais dans ce regard toujours baissé, il était passé une hésitation qu'il avait tenté de faire taire. Peut-être pas assez, autrement il n'aurait pas fini par ajouter après s'être mordu la lèvre « Je vais me reposer.... » son aîné n'avait pas de soucis à se faire le concernant... « Ailleurs. » Pas ici. Ici, il ne devait pas.
Clignant des yeux malgré lui sous une faiblesse qui le harcelait toujours plus, il avait résisté au besoin de porter ses doigts à son front et s'était appliqué à rentrer ce bouton dans le trou prévu à cet effet.
ça ne prendrait pas trop de temps non ? Combien de temps est-ce qu'il devrait se forcer à prendre un repos qu'il avait probablement un peu trop fui dernièrement ? Combien de cauchemars est-ce qu'il devrait calmer sous de l'eau froide ? Combien d'origami devrait-il plier pour s'aider à retrouver son calme ?
« Tu n'as qu'à mettre les médicaments dans mon sac. Je les prendrai.... »

Il n'en n'avait pas déjà ?
Si... mais Mikio avait l'air d'y tenir tellement....
Ce repos. Ces médicaments glissés dans un sac... ce n'était pas plutôt une méthode pour tenter de le rassurer un peu ?
Il ne s'en ferait pas trop non ? ça irait mieux pour Mikio ici s'il le pensait en train de se reposer et de se soigner quelque part... et tourner la tête vers le sac qui reposait près de sa porte était une belle promesse.
Il ferait de son mieux... c'était pour lui... pour son coréen qu'il avait fait tellement d'efforts jusque là.



 
— I'M MADE IN KOREA —
— I'M MADE IN KOREA —
Voir le profil de l'utilisateur
avatar

     Lun 22 Mai - 22:34

just a spoonful of sugar
Naomi

Combien de fois devrait-il lui répéter ? En quelle langue ? Parce qu’il le ferait autant de fois qu’il faudrait… et dans toutes les langues s’il le fallait. Non, cette nouvelle réponse, similaire aux autres, n’était pas acceptable. Non, Naoki n’irait nul part. Il aurait pu encore le gronder. Il était prêt à le faire.. mais il n’arrivait pas à ignorer la pointe dans son coeur qui le tiraillait parce qu’il devait encore une fois refuser fermement une bêtise à l’étudiant… Il le savait pourtant, il n’en doutait pas une seconde : c’était ce qu’il fallait faire. Lui tenir tête, ne rien céder parce qu’évidemment c’était pour son bien. C’était uniquement pour lui qu’il tenait et certainement pas pour l’embêter mais… Il n’avait pas l’habitude de se montrer si ferme. Personne ne lui avait jamais tenu tête aussi fort que Naoki. Personne n’avait jamais non plus compté autant que Naoki… alors non, ce n’était pas une exercice facile pour le chanteur. Mais il tiendrait… Même s’il était con. Même s’il était trop naïf. Ses questions, il ferait mieux d’y réfléchir avant de gaspiller sa salive pour des réponses qui n’étonnaient personne…
Sérieusement, à quoi s’attendait-il ? A avoir une adresse ? Au cas où Naoki parvenait vraiment à fuguer, il saurait où le chercher ? Peut-être qu’il irait seulement chez les Kotani et qu’il pourrait téléphoner à l’aîné pour prendre des nouvelles ?
A quel point était-il con ?
Il l’était tout autant pour avoir cru que, parce que son malade avait bien voulu avaler deux misérable cachets, la suite serait plus simple…
Décidément, Mikio était un abruti sur toute la ligne.
Mais qu’il gagne au moins le mérite d’être un abruti borné…..

Il avait essayé. Sur un autre ton, d’une autre façon. Il avait souhaité se montrer convaincant parce qu’ils n’avaient pas le choix, l’un comme l’autre. Naoki devait arrêter ses bêtises et rester ici, au chaud, près de quelqu’un qui pouvait s’occuper de lui en cas de besoin. Et ce quelqu’un… oui, ça ne pouvait d’être que Mikio. Cette main retenant celles du garçon trahissait son inquiétude maladive et sûrement le fait qu’il priait un peu trop intérieurement pour que Nao se montre enfin raisonnable… Ce jeu-là, l’aîné était certain que l’un comme l’autre n’avait aucune envie qu’il dure longtemps et il espérait aussi que son cadet avait conscience que, peu importe le temps qu’il durerait… Nao n’en sortirait pas triomphant. Et cette idée angoissait profondément le Coréen.. Jusqu’où Naoki pousserait-il son corps ? Combien de fois faudrait-il qu’il tombe par terre ? Combien de poumons devraient-ils cracher ? Pourquoi il se fichait autant de sa santé ?
… Mikio était-il vraiment le seul à se rendre malade pour lui ? Ce n’était sûrement pas plus normal qu’un Naoki qui se fichait de lui-même….
Mais contre ses sentiments démesurés, il n’y pouvait rien. Cela faisait des mois qu’il avait arrêté de lutter avec un semblant de raison. Ils étaient là, c’est tout… et même s’il en souffrait parfois, il n’avait pas envie de s’en guérir… parce que Naoki était trop précieux pour lui. Trop précieux pour se permettre de le laisser continuer ses conneries… Trop précieux pour risquer de le perdre aussi bêtement….
Il ne s’attendait pas à ce que le garçon comprenne la teneur de ses sentiments, lui-même avait du mal à les saisir pleinement mais… il espérait tout de même, peut-être un peu stupidement, que son protégé finirait par se montrait clément envers lui-même et donc envers le coeur de Mikio.

Ce qui était loin d’être gagné quand désormais votre dit protégé refusait de croiser votre regard. La poitrine du Coréen se compressa. Oui… Oui, les bons sentiments c’était bien beau… Il pouvait bien vouloir s’occuper de lui, le soigner, rembourrer ses coussins, caresser ses mains… Il avait oublié qu’il avait été un sale con juste avant ? Qu’il n’avait pas arranger son cas quand Nao lui en voulait déjà sûrement un peu pour le médecin… ?
Non, bien sûr il ne l’avait pas oublié. Il avait beau faire comme s’il n’avait rien dit de blessant, le regard que Nao lui avait lancé plus tôt était toujours ancré dans sa tête. Et au cas où, les mains du garçon ne lui laissèrent aucun doute tandis qu’elles lui échappèrent, arrachant au passage le coeur du Coréen. Par réflexe, il essaya de les retenir avant de renoncer et de les laisser filer, laissant un Mikio interdit, ses yeux fixant cet espace désormais vide au niveau de son torse.
Il avait été terriblement con… à ce point ?
… Nao…. Nao ne voulait même plus qu’il le touche ? … vraiment … ?
Cette idée glaça son coeur et noua si fort sa gorge qu’il dû retenir de toute ses forces une plainte minable tandis que sa main se referma vainement dans le vide. Et qu’il accusait le coup d’une demande à laquelle pourtant il aurait dû s’attendre mais qui n’avait fait qu’écraser son coeur un peu plus…

Le laisser tranquille… Oui. Oui, c’était normal qu’il voulait que son aîné lui foute la paix. Il comprenait mais… Pourquoi ça faisait si mal ? Parce que Nao le voulait vraiment ? Parce qu’il avait pour la première fois cette horrible impression de ne pas être le bienvenu derrière ses barrières qu’il s’était toujours efforcé de contourner… Parce que cette fois, après l’avoir blessé, il n’avait pas le droit d’y réclamer sa place… et qu’il ne la méritait sûrement pas….
Pourtant, la tête de Mikio se secoua doucement pour répondre négativement à sa demande. Même s’il avait sûrement mis une trop longue seconde à réagir ; même si, c’est vrai, le doute et l’hésitation était passé un instant dans son regard… Il ne pouvait pas faire ça. « Je ne peux pas… » avait-il soufflé, probablement trop doucement pour que la peine ne s’entende pas et ne trahisse sa gorge trop nouée. Il ne pouvait pas laisser Nao tranquille.
Une seconde, une canine se planta dans sa joue ajouta la douleur à tous ces sentiments contradictoires. Il se sentait désolé pour Naoki de lui infliger sa présence. Il s’en voulait pour lui refuser cette demande. Il s’en voulait de s’en vouloir. Il se maudissait d’être si con. Il s’encourageait pour s’y tenir…
Il allait devenir fou. A moins qu’il ne l’était déjà… mais autant qu’il s’habitue… Le bordel dans sa tête, il n’était sûrement pas prêt de cesser.

Un drôle de rictus déforma sa bouche à la suggestion du plus jeune. Est-ce que c’était une blague ? Naoki ne devait pas connaitre l’expression qui impliquait l’hôpital et la charité… Mais allez, c’était de sa faute au fond. Il aurait dû mieux choisir ses mots, bien qu’ils n’étaient pas faux…  Parce que son coeur était bien fatigué par les refus… Et il se fatiguait d’avance en comprenant qu’il allait devoir continuer à se battre contre la déraison de son cadet. Cependant, en dépit d’un soupire que le chanteur lâcha en abaissant le visage, il n’était pas prêt de lâcher… Parce qu’il savait aussi se montrer patient. Il le devait. Il le fallait.

« C’est toi qui as besoin de repos, Nao, pas m-… »

Pas lui… Mais sa voix s’était tue à la phrase suivante de l’étudiant. Malgré lui, il avait déglutit et son regard avait scruté un instant le visage blême de Naoki… avant de le baisser de nouveau. C’est vrai… Personne ne lui avait jamais demandé de s’occuper de lui. Personne ne lui avait demander de s’attacher autant à ce gosse et de se rendre malade pour lui. Il était le seul qui un jour avait décidé d’en faire une obsession. Le seul qui avait proclamé Naoki comme son protégé. C’est vrai, ça… Qu’est-ce qui s’était passé dans sa tête ? A quel moment son crédo avait changé ? Lui qui courrait après la tranquillité… Jamais il ne lui serait venu à l’esprit de s’occuper d’un gosse et pourtant aujourd’hui, il ne s’était jamais senti aussi impliqué. Il y avait cette conviction étrange au fond de lui qui lui soufflait que c’était à lui de le faire. Parce que… il y avait cette chose entre eux, indéfinissable et dont pourtant Mikio était certain… Cette chose qu’il était terrorisé à l’idée de l’avoir abîmée dans sa connerie, mais qui était plus solide que tout n’est-ce pas ? Cette chose qui le rendait incapable de tourner le dos à Nao… Cette chose qui le persuadait que Nao avait besoin de lui…
Il avait besoin de lui… non ?
C’était pour ça qu’il était là, près de lui… C’était pour ça aussi qu’il devait veiller sur ses nuits… C’était également pour ça qu’ils ne pouvaient pas vivre l’un sans l’autre… que Naoki n’avait pas pu le quitter des semaines en arrière…
Naoki avait besoin de lui.

Et il avait avant tout besoin de Mikio pour se protéger de lui-même. Parce qu’il faisait n’importe quoi… Sa santé, sa vie… Si le chanteur le laissait faire, il ne savait pas où il le retrouverait. Enfin si… il se doutait et il le refusait. Tout comme il s’était fâché ce soir-là quand ce sale gosse était rentré un peu trop déchiré… s’il s’en doutait à son grand malheur, Mikio n’avait même pas voulu savoir comment. Parce que ça le tuait de voir la misérable considération que Nao accordait à sa vie. Tout comme il se moquait d’avoir un accident à cette époque, il fichait totalement de santé aujourd’hui… Alors Naoki n’avait pas le droit de lui reprocher de prendre les décisions à sa place. S’il ne le faisait pas lui, Nao aurait continué son petit manège jusqu’à… jusqu’à….
L’accusé fronça les sourcils. Il entendait bien que Nao lui en voulait pour le médecin… Il lui en voulait aussi sûrement pour le forcer à rester dans cette chambre. S’il ne voyait pas très bien en quoi ces deux choses pouvait être une torture, il l’avait compris… Et ça lui faisait vraiment mal au coeur de devoir imposer tout ça à Nao seulement…. « Non… Mais je le fais. Je le fais parce que je tiens à toi, Naoki… » Et parce qu’il tenait à lui plus qu’à n’importe qui, il n’avait pas le choix… Tant pis si Nao ne voulait pas l’entendre.

En revanche lui, il n’en pouvait plus de l’entendre s’obstiner. Un énième soupire quitta ses lèvres et il secoua encore sa tête en frottant ses yeux d’une main. « Nao… » Comme si ça serait suffisant pour le dissuader… C’était comme s’il n’entendait rien. A quoi ça lui servait de s’entêtait ? Il y tenait tant que ça à crever dehors ?
Les mots suivants eurent tout juste le mérite de faire faire ouvrir un oeil au chanteur pour considérer Naoki. Ah oui ? Il allait se reposer ? A vrai dire, si l’aîné ne se sentait pas aussi consterné, il aurait presque ri. Et même l’homme plein d’espoir qu’il était n’avait pas même cru une seconde à une forme de renoncement quelconque. S’il disait ça pour rassurer Mikio, il était désolé de lui annoncer que ça ne marchait pas. Combien de fois Naoki le lui avait déjà assuré ? Combien de fois l’avait-il vraiment fait ? Il ne pouvait pas lui faire confiance… Ca le tuait de l’admettre mais ça aurait été une erreur de le faire. Et même si cette fois Nao n’avait pas le choix, qu’il était bel et bien forcé de se reposer, pourquoi ne pas le faire ici alors ? Comment Nao pouvait espérait une seconde que Mikio le croie sur parole ? Qu’il puisse être un seul petit instant soulagé par des mots si creux tandis qu’il n’aurait aucune idée d’où il se trouve et ce qu’il y faisait… Alors son « ailleurs », en plus de serrer un peu plus l’étau dans sa poitrine, il l’avait fait tiquer nerveusement.
Parce qu’il ne comprenait pas pourquoi tant d’obstination. Ou qu’il ne voulait pas comprendre…

En revanche, Nao de son côté, lui ne voulait pas comprendre que malgré sa détermination, sortir lui était impossible. Ce n’était pas seulement une lubie de Mikio a vocation de le garder pour lui… Son coeur ne s’écrasait pas juste par caprice à chaque geste que le garçon effectuait. Sa faiblesse était réelle… Alors pourquoi poussait-il son corps au delà de ses limites ? Qu’avait-il à y gagner ? « S’il te plait Nao, arrête… » demanda-t-il à nouveau doucement, amorçant une nouvelle fois le même geste pour arrêter Nao dans son reboutonnage de chemise. Cependant, il l’arrêta en cours de route à la demande de l’étudiant.
Il ne se fatiguait donc jamais ??

« Non. »

Plantant son regard sur lui, il avait voulu son refus ferme… avant qu’un juron ne suive dans un souffle. Il passa nerveusement une main dans ses cheveux qu’il serra avant de secouer encore la tête. « Ca suffit, Naoki… Arrête de dire n’importe quoi : tu n’iras nul part avec cette fièvre. » L’autre main vint serrer sa propre cuisse dans un geste tout aussi nerveux. « C’est quoi que tu comprends pas dans « tu es malade » ? » Et pas qu’un peu… « Tu ne peux pas sortir… enfin… » Il déglutit et s’agita. Son ton n’était plus aussi calme qu’il n’aurait voulu le faire paraitre. Sans pour autant être agressif, il laissait transparaitre toute le confusion du Coréen face à une situation qui le dépassait : « Tu le vois bien non ? Tu le sens quand même, que t’y arrives pas ? » Franchement, il se demandait sincèrement quel effet la fièvre avait sur lui… « A quoi ça te sert de te forcer.. ? Tu vas juste… » Sa voix s’était brisée et il fut incapable de finir sa phrase. Son poing, lui, s’était serré trop fort sur sa jambe. Il ne voyait plus comment convaincre Naoki si la fièvre elle-même n’était pas assez persuasive… Il n’allait quand même pas l’attacher !

« Pourquoi tu tiens tant que ça a partir… ? »

Cette question là, elle lui avait échappé. Il avait son idée… Il n’était pas sûre de vouloir l’entendre dire qu’il n’avait plus aucune envie de rester avec lui…
Inspirant profondément, Mikio se fit violence pour se reprendre. Il se redressa et prit une dizaine de seconde pour simplement respirer et ravaler une émotion qui menaçait de se faire trop voyante. Ses doigts se desserrèrent mais il s’obligea à les garder loin de Naoki… Il n’en voulait pas. Et lui… lui il n’était pas sûr de survivre à un nouveau rejet.

« Ecoute je… Je suis désole pour tout à l’heure… » Ses mots durs qu’il avait eu, il s’en voulait encore… Et s’il n’avait pas l’intention de s’excuser pour avoir appelé un médecin, ses excuses valaient peut-être aussi un peu pour ça… Faire du mal à Nao, c’était plus insupportable que prévu, n’est-ce pas ? « Je .. T’as le droit de m’en vouloir… mais tu dois comprendre que je peux pas te laisser comme ça, Nao… Je peux pas juste fermer les yeux et te laisser te débrouiller parce que… Parce que je peux pas prendre le risque que ça recommence… Ça peut plus durer Naoki… Ca me tue de te voir comme ça… » Naoki allait mal.. et ça ne datait pas d’aujourd’hui… Et lui, il n’avait rien fait pour l’aider… « et surtout.. Je veux pas qu’il t’arrive malheur… » Il en crèverait mais Naoki n’en avait pas conscience… Comment pouvait-il encore croire qu’il arriverait sain et sauf à destination, tout seul ? « Nao tout ce que je veux, c’est que tu te rétablisse… et pour ça il faut que t’arrêtes de faire n’importe quoi… et que tu prennes ces cachets… »

C’était dingue quand même… d’avoir l’impression de demander la Lune pour 3 medocs…
Et s’il refusait encore..? Qu’est-ce qu’il allait faire ?
Il n’en savait rien… Etre têtu d’accord, mais il n’allait pas non plus lui faire ingérer ses médicaments de force… Lui, il préférait plutôt le moment où il pourrait caresser doucement son front pour le féliciter…
 
made by black arrow
— I'M MADE IN ITALIA —
— I'M MADE IN ITALIA —
Voir le profil de l'utilisateur
avatar

     Mar 23 Mai - 3:00
Just a spoonful of sugar
EXORDIUM.
« Naoki, pourquoi tu t'obstines encore ? »
Il le comprenait bien, il le voyait bien à la tête de son aîné qui se secouait en réponse à une question où lui n'aurait voulu recevoir qu'une acceptation. Il ne le laisserait pas sortir de cette chambre et clairement il n'avait pas la force de prendre ce droit tant que Mikio serait là.
Mais alors quoi ? Il était vraiment obligé de se montrer encore plus misérable en attendant d'avoir une autre chance de partir qu'il bousillerait peut-être à nouveau ?
Il ne pouvait pas simplement baisser les bras parce que son aîné avait de son côté la force de se montrer borné aujourd'hui.
Insister. Encore insister. Tenter de le persuader de le laisser quitter cette chambre alors que le combat semblait perdu d'avance.
... ou attendre. Attendre un moment où il serait seul suffisament de temps pour parvenir enfin à quitter l'appartement et se rendre à l'hôtel.

Et si ce n'était plus aujourd'hui ? Et s'il avait bousillé sa seule chance de retrouver la solitude à laquelle il devrait toujours aspirer ?
« ça ne sert  à rien. Il ne te laissera pas sortir. On ne le fera pas aujourd'hui ce cerf-volant. »
Relevant les yeux quelques secondes vers sa fenêtre, il avait regardé son ami imaginaire qui s'était adossé près d'elle. Lui aussi, il secouait la tête. Même si ses hallucinations s'opposaient à ses choix aujourd'hui, qu'est-ce qu'il allait bien pouvoir faire ?
Tenir bon. Refuser encore.
Faire du chantage ? Proposer de prendre ces médicaments que si, et uniquement si, le coréen lui donnait le droit de se lever pour se rendre dans un "ailleurs" sur lequel il ne donnerait jamais plus de précisions ?
... ce n'était pas très beau et ça ne marcherait peut-être pas mieux.... Parce que depuis ce matin, le chanteur semblait un peu trop décidé à faire ses choix à sa place.
Un nouveau soupir. ça avait été sa première réponse à ce nouveau refus.

« Si tu peux. » oui... il ne voulait pas, c'était tout. Mais dans sa tête, tout ce qu'avait à faire Mikio c'était probablement accepter qu'en réalité c'était lui qui n'avait pas le choix. Ils ne l'avaient pas tous les deux dans le fond. Il devait affronter tout ça, seul, et tout ce que pouvait faire son aîné maintenant c'était attendre le retour d'un Naoki plus italien. Un Naoki qui serait mieux capable de tenir un rôle où il n'avait aucune faiblesse... malgré celles qu'il avait déjà laissées voir.... parce qu'il n'était toujours qu'un abruti avec lui. Il fallait que ça cesse. Il avait déjà trop déraillé depuis qu'ils se connaissaient. Il avait commencé à faire n'importe quoi depuis le soir du bal. Depuis ce premier trop gros mensonge... et puis, sa connerie avait pris un autre niveau, bien plus haut, quand il était rentré de chez son oncle la veille du départ pour l'Italie.
Comment est-ce qu'il avait pu être aussi con ?
... il faudrait probablement répondre à cette question par une autre...
... pourquoi est-ce qu'il était encore là quand il avait eu plusieurs fois la chance de partir ?
... c'était à cause de cette chose... dans sa poitrine... cette chose qui n'était pas supposée marcher mais qui se mettait à battre de manières si étranges sous certaines actions du coréen. Mikio avait des pouvoirs... c'était probablement ça... et parfois, une baguette magique pouvait prendre l'aspect d'un simple sourire. Oui, juste celui qui se posait parfois sur les lèvres de son aîné avait le don de démentir le fait que son coeur ne fonctionnerait jamais.

« Moi je sais, que tu l'aimes vraiment beaucoup. »

Oui... il se souvenait encore avoir pensé que Mikio devrait le savoir un peu ce qu'il représentait pour lui. Il se souvenait s'être promis de profiter du temps qu'ils leur restaient à partager ensemble.... Mais il ne pouvait pas le faire comme ça. Pas en étant un enfant trop faible avec des cicatrices qui commençaient à se dessiner sur sa peau malgré toutes ses précautions pour les dissimuler.
Alors secouer la tête pour prétendre qu'il n'était pas si fatigué que ça, ce n'était pas une réponse si ridicule. Souligner à Mikio qu'il n'avait rien demandé, c'était ce qu'il devait dire maintenant. C'était le seul texte qu'il pouvait avoir. Mais il aurait été bon aussi de penser à se boucher les oreilles pour ne rien entendre. Il ne pouvait pas prendre le risque de voir sa détermination s'effriter quand la voix de son coréen formulait des mots qu'il ne méritait pas d'entendre de toute manière.

Pourtant, c'était en partie pour eux qu'il avait fait tout ça dernièrement. Sans Mikio, il n'aurait pas fait autant d'efforts pour essayer de garder le bon masque. Il serait parti en espérant que tout ça se calme un peu. Et si ses cauchemars n'avaient pas eu la clémence de l'épargner dans un autre pays... il n'en savait trop rien... il se serait peut-être contenté d'attendre que le sommeil veuille bien se faire un peu moins douloureux pour lui. Au final, il aurait probablement passé plus de temps dans une chambre d'hôtel... il se serait forcé encore, c'est vrai, il le faisait toujours... mais sans Mikio, il savait bien qu'il n'aurait pas fait tant d'efforts.
Oui, si ses mains étaient revenues aux boutons de cette chemise, c'était pour se cacher... comme il le faisait si souvent... mais c'était aussi pour le coréen qui s'obstinait à ne pas lui accorder ce qu'il ne cessait pourtant de réclamer. C'était vrai aussi... il ne voulait pas lui faire honte... mais c'était un peu tard pour ça maintenant ?
Après Saeko...
... de nouvelles crises...
... il y avait ce palier qu'il n'atteindrait jamais.

Il y arriverait. Pourquoi n'en n'aurait-il pas le droit après tout ?
Parce qu'il n'y avait pas de quoi se féliciter pour le miracle ridicule d'avoir passé un bouton de plus....
Pas maintenant. Pas avec Mikio pour voir.
...
Pas sans son accord ?
... il ne l'obtiendrait pas... il ne se sentait pas la force d'attendre plus longtemps de pouvoir s'enfermer dans cette bulle si noire où il pourrait se détester sans personne pour voir à quel point il était misérable.
... et son corps lui donnerait miraculeusement celle de se lever ?
... Mikio ne dirait pas oui. Mikio ne partirait pas de cette chambre pour lui permettre de lutter ridiculement jusqu'à finalement sortir de cet appartement sans s'être rendu plus misérable aux yeux de celui qu'il aimait....


« Arrête.... » ce n'était pas la réplique de Mikio ça ? Si, et pourtant il lui avait volé dans un nouveau soupir tandis que ses doigts s'acharnaient sans être capables de venir au résultat espéré. S'il en avait eu la force, il aurait probablement montré des signes d'agacement. Mais la fatigue préférait à ce sentiment le désespoir.
Et pourtant, malgré le pathétisme que ses yeux voyaient au lieu de se relever vers Mikio, il s'était acharné sur un nouveau bouton qu'il avait relâché pour le reprendre ensuite en espérant parvenir à un meilleur résultat. De honte, il s'était mordu la lèvre. Et malgré la force avec laquelle il s'était insulté intérieurement, il avait été capable d'entendre une véritable obstination. Oui, c'était plus facile d'être borné quand on n'était pas malade.... Heureusement, quand on était un italien qui n'entendait jamais raison, on pouvait toujours secouer la tête. Visiblement, ce qu'il ne comprenait pas dans la phrase "tu es malade", c'était chacun de ses mots....
Mais s'il pensait pouvoir encore mentir au coréen, est-ce qu'il pouvait se mentir autant à lui-même ?
Evidemment qu'il le voyait qu'il était ridicule... mais il y arriverait... parce qu'il y arrivait toujours. Ou presque toujours.... ça n'empêchait pas qu'il n'avait pas le droit de baisser les bras... pas lui... il n'avait pas été "éduqué" comme ça.

« .... » mais la bouche qui s'était ouverte n'avait d'abord laissé passer aucun son.
Il se sentait tellement fatigué. Ce n'était pas que les vertiges... sa tête semblait planer toujours plus vers une inconscience qui le terrifiait. Et c'était justement bien pour ça qu'il ne pouvait pas se permettre de baisser les bras. Et s'il se mettait à halluciner ... d'autres choses... aussi clairement que Tetsuo ? A cette pensée persistante, ses mains avaient davantage tremblé sur ce bouton, sa lèvre avait été mordue un peu plus et sa voix n'avait été capable que de souffler de l'auto persuasion « J'y arrive.... » il le devait... il le devait absolument....
Se mettre la pression davantage n'avait pas été sa meilleure idée et sous elle, ses doigts avaient laissé échapper le bouton qu'ils s'étaient obstinés à reprendre ensuite.
« ... parce que... » parce que ? Il voulait être seul parce que ? Ce n'était pas vraiment une réponse mais ça n'avait été au final qu'une introduction  à ce que ses lèvres avaient enfin lâché...  « ... j'ai besoin... d'être seul.... » et puis sa voix avait murmuré une promesse quasi inaudible ou une autre tentative... une supplication prononcée sous le désespoir de prendre conscience qu'il n'obtiendrait pas la réponse souhaitée  « ... je ferai attention... je les prendrai... tous... comme c'est marqué sur l'ordonnance.... »  ... un enfant si sage qui suppliait pour qu'on lui achète ce jouet dont il avait bien plus besoin que tous les autres.

Lui il suppliait. Mikio s'excusait. Par automatisme, sa tête s'était secouée. Même s'il était blessé, ça ne changeait rien. Pour lui, Mikio n'avait pas à s'excuser. Jamais. De rien. C'était Mikio... c'était tout... alors ce n'était pas si grave... oui... même si ça faisait mal.
A la suite, il avait baissé davantage les yeux. Il avait pensé que c'était injuste. Parce qu'il avait vraiment fait de son mieux. Des efforts, il n'avait jamais cessé d'en faire. Il s'était fait tellement violence ces derniers temps. Mikio n'avait pas idée des cauchemars qu'il avait dû affronter simplement parce qu'il avait promis... il ne savait pas à quel point il s'était forcé jusqu'à aujourd'hui.
C'est toujours la même chose avec toi Naoki. ça reste insuffisant.
Les mots de son père, il pouvait les entendre comme s'il se trouvait réellement dans cette pièce.
Il avait raison... il avait toujours beau se forcer, et se forcer encore, ce n'était jamais assez. Alors même s'il s'était usé à rester cet italien que Mikio devait connaître, même s'il avait tenté au mieux de ne pas être une charge pour cette personne qui comptait tellement pour lui... pour ne pas l'user... ne pas... l'inquiéter... malgré l'étrangeté de ce verbe dans sa vie... ça demeurait toujours insuffisant parce que c'était visiblement le seul niveau qu'il était capable d'atteindre.

Il ne faisait pas n'importe quoi.
... mais il faisait du mal à Mikio... ses doigts s'étaient rencontrés, abandonnant enfin cette chemise, ils s'étaient serrés entre eux et plus bas encore son regard s'était porté comme s'il était capable de s'enterrer.
ça allait... ça allait vraiment...
... ou pas tout à fait... mais il... il...
... il ne gagnerait pas maintenant. Parce que les efforts qu'il mettait pour ça, eux aussi ils étaient insuffisants.
Son regard s'était porté sur le côté, hésitant, et ses doigts s'étaient relâchés pour que ceux de sa main droite tâtonnent sur le lit jusqu'à toucher une boite de médicaments qu'il avait ouvert sans s'en saisir ou la rapprocher. Sans rien dire, il avait tiré une plaquette pour l'amener vers lui et craquer un compartiment. Mikio avait dit que c'était combien pour ça ? Il ne savait pas vraiment.... Mais il n'avait pas pris la peine de l'interroger du regard, il avait porté le cachet jusqu'à ses lèvres avant que ses yeux ne dévient vers son chevet à la recherche du verre d'eau vers lequel sa main s'était tendue, pas trop tremblante, il l'espérait en tout cas. Oui, même s'il lui semblait qu'il avait serré le récipient sans force, il s'était concentré pour l'amener jusqu'à ses lèvres, en boire quelques gorgées et le poser à nouveau sur le chevet. Et puis, sa main avait attrapé une autre boite, celle du sirop, pour l'amener jusqu'à lui et l'ouvrir. Dans son petit coin, derrière ses barrières, il essayait de se débrouiller seul malgré la conscience qu'on ne lui accorderait pas le droit maintenant de se protéger comme il aurait souhaité le faire.
La bouteille sortie et posée sur ses jambes, la cuillère en plastique dans une main, il avait tendu l'autre pour dévisser le bouchon, se maudissant d'avance d'une maladresse dont il espérait ne pas faire preuve. Il n'avait qu'à remplir cette cuillère sans trop trembler et la porter à ses lèvres, ça n'avait rien de sorcier.
Mikio te regarde. Fais de ton mieux. Ne fais rien tomber Essaie de ne pas avoir l'air plus pathétique.




 
— I'M MADE IN KOREA —
— I'M MADE IN KOREA —
Voir le profil de l'utilisateur
avatar

     Mar 23 Mai - 19:50

just a spoonful of sugar
Naomi

C’était atroce. Une torture. Pourquoi Naoki s’infligeait ça ? A moins que ce n’était que les blessures de son coeur que Mikio sentait.. Parce que ça le tuait de voir son cadet dans cet état et s’obstiner… Il ne comprenait toujours pas pourquoi Nao tenait tant à s’enfuir avec sa fièvre mais chaque effort supplémentaire qu’il essayait de fournir pour se débattre dans ce combat perdu d’avance écrasait un peu plus la poitrine du chanteur. Il voulait l’arrêter. Ses poings fermés sur sa jambes tressaillaient sous ce besoin d’attraper ses mains entêtées pour l’empêcher de continuer leur lutte. Ce n’était cependant plus tant pour entraver une fuite irréalisable désormais…. mais bien parce que le spectacle de doigts tremblants et incertains lui était insupportables…
Non, il n’y arriverait pas. Pourquoi il continuait ? Est-ce qu’il y croyait sincèrement lui-même ? Qu’est-ce qu’il y avait de mal à accepter qu’on était malade ? Pourquoi tenait-il tant que ça à se forcer jusqu’au bout ? Et jusqu’à quel bout ?
L’inquiétude rongeait le Coréen. Ce n’était qu’une bonne grippe. Haruto l’avait rassuré au mieux. Ca se soignait très bien… Dans la mesure où le malade acceptait de se soigner… Mais le sien ne semblait même pas être au stade de l’acceptation de sa maladie. Qu’est-ce qu’il faudrait pour qu’il renonce ? La fièvre, les chutes, les tremblements… rien ne semblait avoir d’effets sur sa détermination… Et Mikio n’avait aucune envie d’attendre d’y ajouter l’inconscience… Il n’était pas certain de ne pas céder à la panique quand ça arriverait. Il ne voulait pas que ça arrive. Pas encore.
Nao… Je t’en prie… arrête…
Si sa bouche s’était empêché de lui demander à nouveau, ses yeux ne lui avaient supplié que plus fort tandis que ses mains peinaient toujours à se tenir sur ses jambes. Son coeur, lui, tambourinait toujours plus douloureusement contre sa cage thoracique, affecté par le moindre geste de Naoki quand il ne s’agissait pas de tremblements déchirant. Rien ne lui échappait en dépit des efforts que son cadet mettait pour le cacher… Et loin d’être animé par une quelconque colère envers ce gosse des plus têtu, il y avait ce besoin qui hurlait en lui. Celui qui démangeait ses mains et qui écrasait son coeur parce que ce dernier en craignait les possibles conséquences quand sa raison était partagé sur la question… Mais il ne pouvait pas ignorer ce seul besoin d’ouvrir ses bras pour y emprisonner Naoki et l’y serrer à la fois avec force et douceur. De plonger ses doigts dans sa crinière quand les autres tenteraient de chasser sa fièvre en chatouillant son front brûlant. Doucement, il bercerait son corps et tenterait de le convaincre de cette façon… Dans des mots soufflé tout bas à son oreille, accompagnés des seules caresses tendres que le chanteur était capable de donner…
C’était tout ce que son coeur réclamait malgré les craintes, parce que c’était bien tout ce que Mikio savait faire… et tout ce dont la bouche de Naoki semblait ne pas vouloir.

Il avait besoin d’être seul. Vraiment ? Non, Mikio n’en doutait pas juste parce que cette réponse avait pincé un peu plus son coeur. Non, elle ne l’éclairait pas non plus davantage sur le pourquoi il voulait tant être seul et par conséquent pas plus si c’était de sa faute. Probablement. Il ne pousserait cependant pas le masochisme plus loin en demandant une précision… Il le regrettait déjà assez comme ça. Peut-être que ça ne serait jamais assez… quoiqu’il en soit, ce n’était pas pour ça que ses sourcils s’étaient froncés un peu plus, soucieux.
A vrai dire, le Coréen était plutôt sûr que ce n’était pas ce dont Naoki avait besoin. Au contraire, c’était tout l’inverse qu’il lui fallait. Dans son état, il ne pouvait pas rester seul. Il avait besoin de quelqu’un pour veiller sur lui. A ce que la fièvre n’augmente pas plus, à ce qu’il ait toujours à boire, à ce qu’il n’ait pas trop chaud ou pas trop froid. Et parce qu’il n’était pas capable de prendre soin de lui-même, il avait aussi besoin qu’on veille à ce qu’il se soigne correctement, à ce qu’il ne se force pas plus qu’il ne l’avait déjà trop fait. Il devait se reposer. Et pour veiller sur son sommeil cruellement agité… il avait besoin de Mikio…
Il n’avait pas besoin d’être seul. C’était ce qu’il voulait… Mais parce qu’il ne pouvait pas le vouloir, le chanteur avait doucement secoué la tête à mesure que le garçon s’exprimait et ce même lorsqu’il tenta de convaincre son aîné qu’il se monterait raisonnable. « Non, Nao… je peux pas te laisser faire… » Il était sincèrement désolé, mais il n’y croyait pas plus à ses paroles. Peut-être que Naoki le ferait vraiment mais dans ce cas : « Tu peux les prendre ici aussi… C’est mieux… » Parce qu’il n’atteindrait de toute façon jamais sa destination seul, que Mikio ne l’y permettrait pas mais également… parce qu’il refusait de lui faire confiance pour le moment et ce même si son coeur l’en faisait souffrir. C’était pour le bien de Naoki… uniquement pour son bien.

Il n’était pas certain que Nao arrivait à le comprendre… Sûrement que, même pour son bien, il s’était montré trop con pas bien des moyens. Parce qu’il réagissait trop tard, contre sa volonté et parfois comme un con… Alors oui, Naoki avait de quoi se sentir perdu.
Le Coréen devait se reprendre et faire les choses bien… Il devait commencer par calmer la panique dans son coeur, sa confusion et… même s’il était impossible de l’étouffer entièrement, mettre un voile un instant sur le désespoir qu’il éprouvait.
Alors il avait essayé de se montrer plus clair et transparent. Le poids sur son coeur l’avait poussé à livrer des excuses. Il avait réussi à donner des explications moins confuses avant qu’elle ne se mêlent à ce qui ressemblait plus à des supplications et malgré lui, des aveux de désemparement certain. Et tandis que sa bouche avouait, à ses yeux n’échappèrent rien du mal être qu’éprouvait celui à qui il destinait ses mots. Ils avaient l’air d’être dans une impasse tous les deux… si Naoki continuait de s’entêter, Mikio n’avait plus de solution… Non, il ne le laisserait pas sortir, mais le garder prisonnier ici dans le silence tandis qu’il torturait ses doigts lui était insoutenable… Pourquoi c’était si difficile ? Qu’avait-il raté ? Qu’est-ce qu’il devait faire ??
Prendre ses mains. Il voulait prendre ses mains et les serrer doucement dans les siennes pour qu’il cesse de se faire du mal. Il voulait qu’il arrête… ne plus le laisser souffrir, l’empêcher de s’y obstiner… les sauver tous les deux…
Mais tout ce dont il avait été capable, figé par la peur d’un nouveau rejet, c’était de souffler un minable « Nao… » inutile qui ne ferait que briser le silence uniquement de son côté sans tendre à plus le convaincre que les mots qu’il venait de dire.

Et l’étudiant lâcha ses doigts.
Quoi ?
Surpris, Mikio le considéra une seconde en haussant les sourcils bien qu’il chercha rapidement à se reprendre pour ne pas trahir son étonnement. C’est que… ses pensées silencieuses s’étaient montrées si persuasives ?
Sans un mot, ses yeux suivirent la direction que prenait lentement la main de Naoki. Quand une boite de médicament rentra dans son champ de vision avant de rencontrer les doigts du plus jeune, le coeur du chanteur sursauta et il lui fut impossible de cacher son regard interloqué.
Est-ce que Nao allait… vraiment… ?
Sa bouche s’était ouverte dans sa surprise et comprenant enfin que son air ahuri risquait surtout de freiner l’élan du garçon, il se fit violence pour se reprendre. Nao était en train de lui céder pas vrai ? Avait-il enfin compris qu’il n’y avait pas d’autre solution ? Que c’était effectivement mieux de se soigner ? Peut-être qu’il pensait que c’était la seule solution pour se retrouvait au plus loin du Coréen au plus vite… mais il balaya cette pensée affreuse et préféra se convaincre que c’était un grand pas vers la raison…
Raclant discrètement sa gorge il se redressa et chercha à se montrer encourageant…. sans un mot. Parce qu’il n’était pas sûr que Nao en voulait… Pouvait-il l’aider autrement ? Nao avait déjà tiré la plaquette de comprimé de la boite. Il sembla se souvenir de la dose indiquée plus tôt alors Mikio ne rajouta rien et et le laissa faire en s’efforçant de ne pas trop le fixer. C’était plus difficile pour ce verre d’eau… Par réflexe, sa main s’était immédiatement avancée dans le but de l’emmener à Naoki mais elle s’était rapidement arrêté. L’étudiant avait sûrement envie de se débrouiller seul… Et même si la faiblesse de sa prise ne lui échappa pas, il se força à ne pas lui venir en aide. Tant qu’il y arrivait, Mikio ne voulait pas tuer dans l’oeuf les efforts de son protégé…
Alors, il tenta de trouver un autre moyen de l’assister. Il poussa ainsi vers lui la boite de sirop que  l’étudiant tira. Silencieux, il l’observa puis remarqua qu’il sembla hésiter…
Oh… oui… Un comprimé, d’accord. Un sirop, c’était plus délicat. Mordillant l’intérieure de sa joue, le chanteur envoya rapidement péter ses bonnes résolutions. Tant pis. Ca ne plairait pas à Naoki et le Coréen allait peut-être se faire disputer… mais s’il voulait bien faire des efforts lui aussi, ils devaient rester lucides tous les deux.

Avec douceur, Mikio prit la cuillère de la main de Nao et le sirop de l’autre. « Hé… Laisse moi t’aider, » souffla-t-il d’un ton tout aussi doux. Il sourit un peu. Il ne savait pas trop à quoi ressemblait ce sourire mais il l’avait voulu avenant. Retirant le bouchon déjà dévissé, il versa le contenu dans la cuillère avec précaution. « Deux cuillères… » rappela-t-il dans un murmure, sûrement plus pour lui-même que pour Naoki. Il porta la première à sa bouche priant pour qu’il se montre coopératif… Et parce qu’il n’avait toujours pas reçu de sirop à la gueule, il se permit même de lui donner la seconde cuillère, retenant un soupire soulagé. A moins que ce ne soit son souffle entier.
Refermant la bouteille qu’il posa sur le chevet, Mikio déglutit. Nao avait pris plus de la moitié des médicaments… pour de vrai. Un peu bêtement, l’aîné ne savait pas trop comment réagir… s’il devait être soulagé, content ou garder une attitude ferme… Il se sentit un peu - beaucoup - perdu dans cette situation délicate où il craignait de faire preuve de maladresse envers Naoki… Il s’éclaircit la gorge une nouvelle fois pour se donner de la contenance. Il restait encore un cachet à prendre. Après ça, il pourrait prendre le temps de se poser des questions….
Attrapant la dernière boite, il en récupéra un comprimé et la déposa dans la main de Naoki dans un « Tiens, » toujours bienveillant avant de remplir le verre d’eau de nouveau. « C’est le dernier, » souffla-t-il en lui tendant le verre, probablement dans le but de le rassurer.
Le dernier… Avant ce soir.. Est-ce que ça serait encore le même cirque ? Mikio ne voulait pas y penser. Ils verraient. Pour l’instant, Naoki était toujours dans la chambre et avait enfin pris ses médicaments. Il pouvait au moins s’en réjouir un peu.

Qu’un peu. Il ne devait pas s’emporter. Il devait se contenir. Faire preuve de retenu. Un sourire de félicitations, c’était suffisant. Pas plus. Naoki ne voudrait sûrement pas plus. Il le savait pas vrai ?
… Alors pourquoi il n’avait pas réussi à empêcher ses doigts de venir courir doucement sur le front du malade. Un instant, juste un instant… Il voulait… le féliciter ? Ou céder un peu aux pleurs de son coeur. « C’est bien, Naoki. » Non, il n’avait sûrement pas non plus envie de recevoir ses mots de la part de Mikio, même dans un murmure mais il ne pouvait pas non plus rester silencieux… si ? Et cette autre main qui était venu prendre doucement l’une de son protégé, quelle excuse avait-elle ? … l’empêcher de se faire du mal encore.. ?
Qu’il cesse de fatiguer dans sa tête, il en assumerait les conséquences même si son coeur n’était probablement pas prêt. Mais s’il n’avait le droit qu’à quelques secondes, alors il avait tenu à les rendre précieuses en caressant doucement sa peau, chaude et humide pour son front et trop froide pour sa main. Il n’y pouvait rien… privé de cette tendresse, Mikio se sentait bien trop désarmé. Il en avait besoin… il en avait peut-être même plus besoin que Naoki.

« Merci… »

Ca aussi, c’était peut-être un peu malvenu. Il n’en savait rien. Il l’avait pensé alors il l’avait dit… même s’il était plutôt souhaitable qu’il réfléchisse avant de parler. Surtout en ce moment. Mais il se sentait vraiment soulagé que Nao ait fini par l’écouter… Il n’était pas certain que son coeur et sa raison auraient pu supporter un refus de plus…
 
made by black arrow
— I'M MADE IN ITALIA —
— I'M MADE IN ITALIA —
Voir le profil de l'utilisateur
avatar

     Mar 23 Mai - 22:38
Just a spoonful of sugar
EXORDIUM.
Mikio ne pouvait pas le laisser faire. Pourquoi ? C'était une question à laquelle il ne trouverait pas de réponse. Elle était pourtant si simple si on prenait la peine d'y réfléchir. Mais lui, tout ce qu'il voyait maintenant c'était qu'il était condamné à rester ici dans cet état. Il était condamné à montrer un visage pathétique aux yeux de celui qui comptait le plus pour lui... aux yeux de celui pour lequel il aurait souhaité rester un autre Naoki. Un Naoki qui n'existait pas réellement. Un Naoki qu'il s'était inventé et n'existerait jamais. Parce qu'au final, et qu'importe le nombre de mensonges qu'il dirait ou qu'il jouerait sur son visage, il resterait toujours au fond de lui cet enfant pathétique qui luttait pour atteindre un palier. Cet enfant qui, même en ayant conscience de ne jamais pouvoir donner satisfaction à son père, se battait pour lui donner ce qu'il attendait de lui et ce qu'il ne serait jamais entièrement capable de lui donner. Est-ce qu'un objet sans âme pouvait être un fier italien ? Non. Est-ce qu'une chose aussi pathétique que lui pouvait briller autrement que sous les façades derrière lesquelles il se protégeait ? Non... il ne serait jamais qu'obscurité... quand Mikio serait toujours cette lumière si brillante.

Et aujourd'hui, il pouvait s'acharner à demander pendant des heures, il pouvait s'obstiner à boutonner une chemise sans jamais y parvenir, Mikio ne le laisserait pas franchir la porte de leur appartement pour cacher ce qu'il avait trop honte de montrer.
Oui, il en avait déjà vu un peu trop... du moins à son goût. Mais ce n'était pas une raison pour en laisser plus paraître. Il ne voulait pas le montrer ce trou dans lequel il s'était toujours terré depuis qu'il était enfant. Il préférait rester à ce palier qu'il n'atteindrait jamais... espérer le faire oublier, dans quelques jours, quand il se sentirait en meilleure forme.
C'est vrai, il ne voulait pas courir non plus le risque d'être plus blessé. Il voulait égoïstement protéger ce coeur qui ne battrait pourtant pas sans son coréen. Tout ce dont il avait besoin c'était d'une solitude où il pourrait souffrir à découvert. Ce serait plus simple. Tout ce qu'il aurait à faire une fois à l'hôtel c'était d'éviter de croiser trop son reflet. Ne pas rencontrer un seul miroir et souhaiter en vain que les cauchemars ne deviennent pas de plus en plus réels. Finalement, ce n'était pas si mal de les affronter dans son sommeil. Les crises étaient bien là à son réveil mais aujourd'hui... il aurait souhaité n'avoir que ça. Il aurait supplié pour ça. A condition de se trouver à l'hôtel et de pouvoir cacher ses hontes... les calmer dans de l'eau glaciale sans être capable de les faire disparaître.

Mais maintenant, ce n'était pas possible. Parce que Mikio avait décidé pour lui. Mikio l'obligeait à rester là où il finirait par se rendre compte que son italien débile valait encore moins que ce qu'il avait pu soupçonner au cours de faiblesses qu'il n'aurait jamais dû voir.
Un nouveau soupir lui avait échappé. Son coeur s'était serré un peu plus. Ses mains avaient cherché à le punir... mais elles avaient fini par s'épargner pour que l'une d'entre elles puisse se tendre vers une boîte de médicaments.
Il n'avait rien dit. Il n'avait pas non plus relevé les yeux. Il avait avalé ce médicament sans avoir la force de croiser un seul regard. Et puis, il s'était retrouvé avec ce sirop, cette cuillère, et il s'était maudit d'avoir porté son choix sur lui. Il aurait dû prendre l'autre boite de médicaments. Oui, le sirop serait toujours à prendre mais... peut-être qu'avec deux, il aurait pu y échapper et ne pas avoir tant conscience du pathétisme dont il faisait preuve.

Il s'était maudit. Un peu plus en constatant que sa main ne voulait pas rester stable malgré ses ordres. Malgré sa vision floue, il la voyait bien cette cuillère qui tremblait. Il le devinait bien que ce serait compliqué d'y verser le liquide sans en mettre à côté. Mais il s'était ordonné d'y arriver. Il n'avait pas le choix. Il ne devait pas trop y penser que Mikio le regardait à présent. En fait, c'était mieux de ne pas du tout y penser. Oui, même s'il sentait son regard sur lui, il devait l'oublier.
Il n'en n'était pas capable. Et ça faisait mal d'avoir conscience de ce que Mikio voyait à présent. Même quand on essayait de se persuader que ça ne pouvait pas être si dramatique que ça.
Lorsque la voix du coréen s'était faite entendre, ses doigts s'étaient serrées sur le manche de la cuillère, ses dents s'étaient plantées dans sa lèvre, et son coeur avait éprouvé un peu plus de honte. Il n'avait pas été capable de balayer cette boule dans son ventre. Il n'avait pas non plus été capable de relever les yeux vers son aîné. Non, à la place, ils avaient tenté de se baisser plus certainement, affichant un peu trop clairement la honte qu'il ressentait.

S'obstiner. Y arriver seul. Il se l'était ordonné mais il avait laissé néanmoins cuillère et bouteille de sirop changer de propriétaire.
Timidement, ses yeux s'étaient à peine relevés, juste assez pour se poser une seconde sur un sourire avant de les abaisser à nouveau vers le sirop qu'il n'avait plus l'occasion de prendre seul pour prouver un mensonge... qu'il n'était pas si pathétique que ça.
Misérable. Pas de grande valeur. Il en avait pensé des mots tandis que cette cuillère avait fait son chemin jusqu'à sa bouche. C'est vrai, son regard s'était à nouveau embrumé pour une autre chose que de la fièvre une fois le liquide dans sa gorge. Il ne pourrait pas se faire passer pour un douillet qui n'en supportait pas le goût, il en avait conscience. Alors il s'était mordu la lèvre à nouveau dès le sirop avalé.
La deuxième, il l'avait prise sans discuter. Son poing s'était serré sur le drap et malgré l'obligation d'avoir la tête un minimum redressé le temps de prendre ce médicament, ses yeux semblaient chercher à se dérober à tout prix. Alors, dès la deuxième dose avalée, il les avait baissé et il s'était ordonné de ne pas en faire toute une histoire.
Si tu n'es pas content, tu n'avais qu'à faire mieux pour le prendre seul.
Se forcer à être moins faible que ça. Pourquoi est-ce qu'il n'y arrivait pas ? Son corps ne voulait pas le laisser en paix et s'arrêter de témoigner trop de signes de faiblesse ?

... pourquoi est-ce qu'il était tombé malade ?
... il avait fait de son mieux. Il avait vraiment fait de son mieux. C'était injuste. Endurer autant pour au final se montrer à ce point pathétique... souffrir de tant de cauchemars pour ne pas avoir l'air aussi minable devant Mikio... et au final être condamné à l'être ... autant et peut-être même plus....
« .... » aucun son n'était sorti de sa bouche, son regard s'était tourné un instant vers la main qui venait de recevoir un médicament avant qu'elle ne fasse le chemin jusqu'à ses lèvres. Ce verre, il l'avait pris, il l'avait amené jusqu'à sa bouche, et il en avait bu de longues gorgées avant de le tendre au hasard dans la direction de Mikio.
C'était si dur que ça de le regarder ? Il avait cédé alors ça ne servait à rien de bouder dans son coin à ce point....
Ce n'était pas ça. Il avait trop honte. De quoi est-ce qu'il avait l'air maintenant... ?

Tu touches le fond. ça doit être ça ton talent, repousser les limites du pathétisme à chaque nouvelle tentative.
Ce n'était que dans sa tête. Oui. Mais au moins son père avait les réponses à sa question.
Incapable de prévenir ce geste, il avait légèrement sursauté en sentant les doigts de Mikio se poser sur son front. Sa tête s'était secouée sous des félicitations qu'il ne méritait pas et sa voix ne s'était pas faite plus entendre pour y répondre.
"Bien" ? ça c'était bien ? ça n'avait rien de bien.... il ne méritait pas vraiment de bons points pour tout ça. Et parce qu'il en avait un peu trop conscience, ses yeux l'avaient menacé davantage de le rendre encore plus minable aux yeux de son coréen en s'embrumant plus certainement.
Mais lui... son si précieux "Michan"... celui qui n'avait probablement jamais eu aucun problème avec un mauvais reflet dans un miroir, un reflet qu'on avait envie de briser tant il vous faisait honte, il le remerciait, il lui prenait la main. Elle ne s'était plus autant serrée à ce drap, l'autre l'avait fait à sa place, sur une jambe qui n'avait rien demandé... autant qu'une lèvre qui s'était vue torturer à nouveau pendant plusieurs secondes.

Sa tête s'était secouée une fois encore. Puis son regard s'était perdu sur la main qui retenait la sienne. Un instant furtif de faiblesse. C'était ce que ça avait été. Son pouce avait glissé sur une peau qui n'était pas la sienne et sa bouche s'était ouverte « .... » pour ne rien formuler du tout.
Qu'est-ce qu'il faisait au juste ? A nouveau...
Il n'y pouvait rien ? Ce serait la justification qu'il allait apporter non ?
Ou alors il dirait que ce n'était rien. Encore moins qu'un "un peu. Rien qu'un peu" ? Il était spécialiste à ce petit jeu des excuses quand Mikio rentrait en compte.
« Je... » et la suite n'avait été qu'une pâle tentative « ... ne peux toujours pas y aller ? » cette formulation laissait deviner qu'il connaissait déjà la réponse.
... oui, il n'était pas si faible... il était toujours déterminé pour demander... mais est-ce qu'il pouvait vraiment prétendre se battre encore pour avoir l'air moins misérable quand sa question ne prenait pas la force d'une annonce... ? "Je vais y aller maintenant"... ça aurait probablement été mieux.

Il n'avait pas reformulé sa question. Peut-être qu'il n'en n'avait pas eu la force ou peut-être que c'était le temps qu'il lui avait manqué. La toux avait décidé de le priver une nouvelle fois de parole et la main qui se serrait sur sa cuisse s'était portée à sa bouche. Il n'avait pas été capable de retenir une grimace... ou deux... et il s'était laissé harceler par des signes de maladie qu'il était incapable de contenir même en se forçant au mieux.
Il ne savait pas exactement combien de temps ça avait duré avant que sa gorge douloureuse ne lui laisse le répit de ne pas souffrir davantage. Sans avoir conscience que sa main s'était serrée sur celle de son aînée au cours de cette quinte de toux, son visage s'était tourné, au même titre que son corps, pour récupérer son souffle contre son oreiller. Il avait cherché à se glisser un peu mieux dans le lit, maladroitement, et il s'était au final rapproché du bord pour pouvoir s'allonger dans une position incertaine. Est-ce qu'il l'avait vraiment cherché ? Ou est-ce que c'était son corps qui le lâchait et refusait de le porter dans une position assise un brin plus digne ?

Quand sa voix avait finalement retrouvé son chemin jusqu'à ses lèvres, elle avait accompagné son regard « Est-ce que je peux l'avoir ? » va le chercher... pour rendre sa demande un peu plus clair, sa main s'était tendue pour désigner son sac avant de se laisser aller dans le vide, contre son matelas « ... s'il te plait... » ... se lever... le prendre tout seul... si Mikio l'avait laissé faire...
... son corps aurait refusé le trajet... probablement.... Son regard avait réclamé un peu plus en fixant ce sac, ne le quittant des yeux que le temps de les fermer pour chasser un regard trop troublé qui ne semblait pas vouloir s'effacer autant que le reste.
Avec difficulté, il avait avalé sa salive pour entamer une phrase qu'il n'avait pas terminée « Je... » ... il voulait juste ses affaires....
Ce n'était pas pour lui faire gagner du temps quand il aurait une autre occasion de partir ?
... non... pas vraiment... c'est vrai que ce serait plus pratique... comme garder cette chemise tout compte fait... mais c'était simplement son sac... celui avec lequel il avait fait semblant d'être quelqu'un qui savait combattre ses cauchemars.



 
 
Just a spoonful of sugar - Naomi ♥
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 8 sur 14Aller à la page : Précédent  1 ... 5 ... 7, 8, 9 ... 14  Suivant
 Sujets similaires
+
 Sujets similaires
-
» Maho Doc Sugar Bar découvre la vie....
» naomi chatte noir (fa cher plume)
» Explicit Black Sugar 18/05/2010
» Naomi-Chayenne
» Sugar, Flame et Iko

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
E. Entertainment :: Wonderful Tokyo :: Minato-