Just a spoonful of sugar - Naomi ♥

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     Lun 2 Oct - 14:35

just a spoonful of sugar
Naomi

Les quintes de toux lui glacèrent le sang, bien plus que l’eau gelée qui coulaient désormais sur ses bras. Mikio essaya de ne pas trop penser, mais c’était impossible. D’une main mal assurée, il tapota dans le dos de Naoki. Un geste bien inutile en fait, et qui au fond n’avait sûrement pas voulu l’être… Parce que cela voudrait signifier une chose que le Coréen n’avait pas envie de comprendre ou entendre. Alors il avait juste hurlé sa panique, exprimé l’implacable peur qui le prenait au ventre et lui serrait les boyaux. Son coeur n’avait probablement jamais pulsé aussi fort de cette façon. En fait, il n’avait sûrement jamais eu aussi peur de sa vie… et cette vision de ce corps entièrement plongé dans cette eau le hantait encore alors qu’il l’avait pourtant tiré hors du bain. Elle n’était pas prête de partir. A vrai dire, bien qu’elle n’ait duré peut-être qu’une seconde tout au plus, elle s’était profondément ancrée dans l’esprit du Coréen et l’horreur qu’il ressentirait à chaque fois qu’il se la remémorerait ne s’effacerait sûrement jamais.

Un instant, tandis que sa main tâtonnait fébrilement son visage comme s’il cherchait à en chasser toute l’eau, comme si ce mince voile mouillé pouvait suffire à le noyer ;  tandis que ses yeux paniqués scrutaient sa figure à toute vitesse, il crut bien voir aussi, briller là, au fond de ses prunelles… La peur. Etait-ce qu’il avait eu peur de se noyer ? Ou bien ce regard craintif redoutait-il autre chose… ? Le Coréen ne parvint pas à y répondre, tout comme il n’obtint pas plus de réponse de la part de son protégé, si ce n’était cet air effaré et confus comme si Naoki ne comprenait pas la situation. Comme si c’était le Coréen qui avait une réaction étrange, comme si sa colère et sa peur n’était en aucun cas justifiées… et cette simple idée le fâcha davantage. Elle le fâcha tellement que ses doigts se crispèrent sur la peau du plus jeune et son regard se voila. Cette émotion qu’il n’avait pas l’habitude de ressentir et qui le gagnait au point de mouiller ses yeux… Il ferma ses paupières et détourna la tête, prétextant s’essuyer le coin du visage sur son épaule parce que l’eau glacée du bain l’avait mouillé. Mais il était parfaitement sec à cet endroit.
Ravalant rapidement cet écart pour lequel il n’y avait pas de place, il retrouva assez de sang-froid pour sortir Nao complètement, ou presque de là. Assez de lucidité pour chercher à le couvrir et le sécher.

Ses gestes s’étaient fait plus appuyés sous les tremblements de son corps et naturellement, il avait cherché à le rattraper en le sentant partir. Sa gorge se noua un peu plus face à cette affreuse constatation… Nao n’avait toujours pas de force. C’était à se demander comment il avait réussi à se trainer jusque là, quoique sa volonté, Mikio avait déjà eut plusieurs fois l’occasion de constater, était effrayante. Son séjour dans l’eau glacée et ses exercices d’apnée n’avaient pas dû le reposer non plus… Sa main pressa son bras et il frictionna plus vigoureusement ses épaules puis son dos. Quand ses mains remontèrent frotter sa nuque, il sembla la masser un peu avant de remonter au niveau de son visage qu’il contempla, l’air grave.
Comment était-ce arrivé ? Mikio ne comprenait pas. Il ne comprenait pas ce qu’ils foutaient là tous les deux… Qu’est-ce qu’il lui était passé par la tête ?? Ses pouces soulignèrent ses yeux en passant la serviette sur ses pommettes. Non, il ne comprenait pas. Evidemment, quand il l’avait laissé moins d’une heure plus tôt, Mikio n’avait pas quitté l’appartement entièrement serein. Mais est-ce qu’il avait été naïf de ne s’inquiéter que pour sa santé ? Avait-il eut tort de croire que Nao avait compris la leçon ? Qu’il ne chercherait plus à fuir et qu’il se laisserait faire ?
Mais c’était à ne rien y comprendre. Même si une part de lui craignait secrètement à une nouvelle fugue, jamais il n’aurait pensé retrouver son cadet dans cette baignoire, dans cette eau glacée. Il pouvait concevoir que Nao souhaitait prendre une douche mais même l’enfant le plus demeuré aurait compris qu’il ne s’agissait en rien de tout ça. Ce n’était ni douche, ni un bain. Si Mikio était rentré ne serait-ce qu’une minute plus tard… est-ce que Naoki serait encore debout dans ses bras ?

Un virulent frisson lui remonta l’échine tandis qu’il posa cette question légitime. S’il y avait des choses qu’il ne voulait pas entendre, il voulait comprendre. Malheureusement, l’esprit embrouillé et paniqué du chanteur ne lui permit pas d’associer les tremblements de Naoki à une crise… aussi, lorsque ce dernier lui répondit par un simple mot, un mot qu’il venait tout juste de qualifié d’absurde et impossible, ses mains se figèrent sur son corps et releva un regard courroucé vers celui du garçon. « Un bain ? » C’était bien un grondement qui fit vibrer ses babines. Son ton pourtant ne se haussa pas. Il parut capable de garder un semblant de calme… mais au fond de lui, il hurlait. « Tu te fous de mal gueule ? Un bain ? Dans une eau aussi gelée ? Avec ta fièvre ? » Non, l’angoisse et la peur ne permirent pas à Mikio de se raisonner et d’admettre que Naoki voulait seulement ne pas l’alarmer davantage. Lui, tout ce qu’il voyait c’était que Naoki s’était jeté dans un bain froid pour il ne savait quelle raison et que c’était une pure folie quand il avait autant de fièvre. Il n’était même pas nu. « Tu me prends pour un con Naoki ? » S’il avait contenu sa véhémence, la colère transpirait dans ses paroles. Ce n’était pas un bain que Nao était venu cherché, mais une pneumonie. Et il préférait de loin ne pas songer à autre chose….

Il marqua une pause à sa hauteur et retrouva son visage pour l’encadrer de ses deux, aux niveau de ses oreilles couvertes. Il le considéra un instant avant de fermer les yeux et soupirer. Il ne devait pas s’énerver… même s’il l’avait déjà fait, il devait se reprendre et faire les choses dans l’ordre. « Viens », souffla-t-il en se penchant de nouveau et en faisant glisser un bras derrière ses jambes. Il l’attrapa et le souleva pour le sortir complètement de le baignoire, puis l’assit sur le rebord en faisant attention à ce qu’il ne perde pas l’équilibre. Il ne le lâcha que quelques secondes pour plonger le bras dans l’eau et retirer le bouchon. Il grimaça alors que le froid lui mordit le bras… et Nao était resté là dedans… ? Combien de temps… ? Combien de chances pour que cela n’aggrave pas son état ?
Il déglutit et reposa le genoux à terre. Il sentit une légère douleur qui lui indiqua qu’il aurait sûrement un bleu demain. Ce n’était pas important… Il préféra s’occuper de sécher les jambes de Naoki, qu’il frictionna avec autant d’application que son corps, jusqu’à ses pieds. C’était pas là qu’on attrapait froid… alors il ne négligea rien et s’appliqua, en silence.

Cela dura peut-être une minute ou deux. Un silence qui lui permit de remettre ses idées en place, d’essayer de calmer son coeur qui battaient pourtant toujours aussi vite… mais le vacarme dans sa tête était moins assourdissant. Aussi, lorsqu’il reprit la parole, il lui sembla lui même que sa voix était plus basse, plus douce. « Pourquoi tu as fais ça, Nao ? » Cette demande répétée n’acceptait évidemment aucun mensonge. Mais il ne laissa pas le temps à son protégé de répondre qu’il souffla sur le même ton : « C’est de la folie dans ton état, tu aurais pu…. » mais sa voix s’étrangla et mourut dans sa gorge. Il pinça les lèvres et releva les yeux vers Naoki. Ils terminèrent sa phrase pour lui… Tu aurais pu mourir…
Il déglutit à nouveau. Ses mains frottaient distraitement son tibia puis son mollet à tour de rôle. « Et puis, si tu voulais prendre un bain ou une douche… tu aurais dû m’attendre… c’est dangereux dans ton état… » Sa voix s’était faites encore plus basse, comme s’il n’était pas convaincu lui-même. Il ne l’était pas en tout cas par ce mensonge. Mais c’était un fait qu’il lui sembla quand même important de souligner… Nao tenait à peine debout.. quoiqu’il ait voulu faire dans cette salle de bain, le faire seul était trop risqué. S’il était tombé, s’il avait perdu connaissance… seul, c’était du suicide. Et il se refusait d’admettre que ce que Nao avait voulu faire s’y apparentait…  

Ses mains remontèrent sur ses cuisses qu’il serra, plus nerveusement. L’air qu’il abordait sur sa figure était redevenu grave. Il planta ses deux yeux sombres dans ceux de Naoki : « Ne fais plus une choses aussi folle, Naoki, tu m’entends ? » Jamais. Jamais il ne voulait revoir ce corps immergée dans cette baignoire glacée comme s’il était noyé dans les eaux du Styx…
 
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     Lun 2 Oct - 20:56
Just a spoonful of sugar
EXORDIUM.
Combien de temps exactement était-il resté dans ce bain ?
Il ne savait plus. Il y avait eu d’abord ce cauchemar. Puis il avait ouvert un regard paniqué dans sa chambre. Le souffle lui manquait. Il tremblait. Et son premier réflexe en avait été un de faiblesse. Il avait cherché Mikio… lui qui pourtant s’en était privé tout ce temps et avait fait autant d’efforts pour se débrouiller seul. Et puis, il y avait eu cette voix… et il s’était senti glisser plus certainement vers la crise. Il ne respirait plus, il tentait de ne pas s’étouffer. Ces tremblements qui n’avaient rien à voir avec la fièvre avaient torturé davantage son corps tandis que son coeur battait si douloureusement dans sa poitrine. ça n’avait rien à voir avec l’effet que lui faisait Mikio.
Alors, il s’était débattu pour faire ce qu’il faisait toujours dans ce cas là. Cette technique marchait, elle avait fait ses preuves, et pas une seule seconde il n’avait pensé que ce n’était pas raisonnable dans son état. Il n’y avait qu’un choc pour le ramener à la réalité, que la violence envers lui-même pour chasser cette voix et se reprendre. L’eau glaciale sur sa peau, cette eau qui avait agressé son front de douleur, il l’avait accueilli sans se préoccuper d’aggraver son état.
Et puis, à un certain moment… à un certain moment, il avait senti cette chose monter en lui. Cette idée qu’en restant encore un peu, toujours un peu plus, peut-être que… peut-être que ce serait encore mieux.
Est-ce que c’était une bonne défense ?
Il ne l’avait pas formulé de toute manière. Non. Tout ce qu’il avait dit, c’était ce mot. Un simple “bain” en guise de réponse. Oui, c’est ça, ce n’était rien qu’un bain. Mikio ne devait pas y voir quelque chose de plus.

Mais ce simple mot, il le voyait bien non ? … qu’il avait agacé Mikio….
Qu’est-ce qu’il pouvait dire d’autre ?
Rien. Il pouvait réfléchir dix minutes de plus, dans le fond, la première réponse qui avait franchi ses lèvres était bien la seule possible. Alors, il avait hoché la tête avant que son coréen ne manifeste encore plus clairement son mécontentement.
Il ne pouvait pas lui dire… même s’il en savait un peu plus sur ses cauchemars, trop… il ne pouvait pas lui dire ce qui s’était passé dans cet appartement pendant son absence. Et plutôt que de désamorcer la situation, il avait répondu par automatisme ce stupide « Je… je n’ai pas de… fièvre…. » oui, une connerie qu’il s’était efforcé à dire malgré son état. Ramenant une main sur une hanche opposée, il l’avait pressé en tremblant avant de secouer la tête « N-non. » non, il ne se foutait pas de sa gueule… non « Juste… juste un-un bain. » bien trop froid, oui… mais l’eau chaude ne marchait pas. Est-ce qu’il oserait ajouter en plus de ça qu’avec son sang d’italien, c’était la bonne température pour lui ?
Peut-être pas… Mikio avait l’air vraiment fâché maintenant, et il ne pouvait pas l’embrasser à chaque fois qu’il le mettait en colère c’est ça ?


Et puis, des mains avaient encadré son visage, son regard avait trouvé le sien « …. » et sa tête s’était secouée pour la seconde fois. Il le regrettait déjà… que Mikio l’ai trouvé comme ça. Il s’en voulait de ne pas avoir fermé la porte de cette salle de bain. Plus encore, il s’en voulait d’être lui…. Mais de toute cette culpabilité, il n’avait rien dit. Il n’avait pas protesté et s’était laissé sortir du bain. Sa main tremblante s’était accrochée à une épaule et il s’était retrouvé quelques secondes plus tard assis sur le rebord de la baignoire.
Frissonnant, silencieux, il avait regardé Mikio dans ses gestes tandis qu’il essayait de faire regagner de l’air à ses poumons. S’il avait toussé à plusieurs reprises, il ne s’était pas plaint de cette gorge qu’il torturait par la même occasion.
La voix de son père, le son des coups, il ne les entendait plus. Il n’y avait que Mikio et Umberto. Tout allait bien, il pouvait se détendre. Oui, il avait si froid, mais de ça, il n’avait pas le droit de s’en plaindre.
Détournant la tête pour tousser une fois de plus, sa main était ensuite allée trouver l’autre pour la serrer, les ramenant toutes deux contre son ventre tandis qu’il avait assez de temps libre pour constater les nouveaux dégâts causés.

Pourquoi il avait fait ça ?
« …. » parce qu’il n’avait pas le choix.
Et pourtant, malgré l’évidence que Mikio ne croyait pas une seule seconde à ce bain, il n’avait pas rectifié le tir. Il l’avait laissé parler jusqu’à intervenir d’un faible « ça va…. » oui, après tout, c’était quoi son état ? Il n’était pas malade. Tout allait bien. Mikio exagérait ?
Il s’en faisait pour rien en tout cas. Il n’y avait vraiment pas de quoi s’alarmer et…
… il était juste désolé. Tellement désolé qu’il l’ai retrouvé comme ça. Ce n’était pas supposé se passer.
Tout comme pour Saeko, tout comme pour l’hôtel ou les médicaments, Mikio n’aurait jamais dû rien savoir de tout ça. Ses cauchemars, il n’aurait jamais dû les deviner… ses crises, il n’aurait jamais dû en voir. Il faisait n’importe quoi. Et les yeux qu’ils avaient gardé baissés sur le coréen affichaient une culpabilité justifiée à présent. Alors, quand leurs regards s’étaient finalement croisés, il n’avait plus tenu :

« Pardon…. » Encore des excuses ? « Pardon… Michan.... »

Oui, avec un prénom, c’était beaucoup mieux. Mais ce n’était pas des excuses que Mikio attendait maintenant.
Des promesses. Des promesses qu’il ne pouvait pas lui faire.
S’il ne faisait plus ça… comment est-ce qu’il ferait la prochaine fois ?
Mikio ne pouvait pas lui demander ça. Même s’il ne savait pas… non, il ne pouvait pas attendre de lui qu’il renonce à ça.
Demain… quand tout irait mieux… qu’il pourrait se lever, sortir, et faire semblant que l’italien assuré, il ne l’avait pas brisé complètement aux yeux de Mikio, comment est-ce qu’il ferait s’il peinait pour dormir ? S’il avait d’autres cauchemars ? D’autres crises ? Alors qu’il savait que le si était de trop dans ces questions….
Plus de médicaments.
Plus de solution pour calmer une crise.
Juste lui ? Ce pathétique Naoki qui avait tellement peiné pour arriver jusqu’à cette baignoire…. ce pathétique Naoki qui avait besoin de se faire violence pour obtenir un résultat pas trop mal.
Sans y penser, ses doigts s’étaient resserrés sur d’autres, nerveusement, il les avait trituré tandis que sa tête s’était secouée pour refuser de répondre à la demande de son aîné… avant d’en émettre injustement une :

« Sois pas fâché… s’il te plait.... »

… il était désolé, tellement désolé. Et si sa tête s’était tournée pour tousser une nouvelle fois, si ses poumons semblaient toujours souhaiter le brûler quand ses doigts tremblant se punissaient nerveusement, il s’était forcé à parler pour ajouter, comme un idiot qui ne réfléchissait plus vraiment, ou en tout cas plus assez « Je… je vais dormir un peu… si tu veux…. » oui… laisse-moi mes bains et je me reposerai… « Prendre mes médicaments…. » est-ce qu’il était vraiment en train de passer un marché ? « Mais… mais je devais… je devais.... » prendre un bain glacial pour faire passer les microbes ? Il pouvait toujours tenter de dire qu’il avait cherché à faire baisser la température de son corps. C’était un peu stupide mais dans le fond, ça l’était moins que de répondre un seul mot, un simple “bain” avant de négocier avec un coréen « Sois pas fâché…. » pour répéter ensuite une demande injuste.

Pourtant, lui, il avait vraiment l’impression d’en faire des efforts « s’il te plait Michan… sois pas fâché.... » et inquiet pour lui ?
… non ça, aujourd’hui encore, il savait que Mikio n’aimait pas qu’il le lui demande.
… c’était au moins une leçon d’apprise… en quelque sorte. Elle était au moins retenue, mal assimilée, mais retenue. Fatigant, il ne devait pas l’être qu’un peu pour son coréen.
Alors pourquoi est-ce qu’il était encore là au juste ? A essayer de le réchauffer ? Pourquoi est-ce que Mikio s’obstinait sur quelqu’un comme lui ? Il le voyait bien non … au moins en partie… quel “italien” il avait ramassé en réalité ?

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     Mar 3 Oct - 0:36

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Naomi

Ses sourcils se froncèrent tandis qu’il tenait toujours le corps de Naoki entre ses mains, dans cette serviette. Si son esprit n’était pas aussi embrouillé, il se serait sûrement demander comment ça fonctionnait là dedans… Comment Naoki en arrivait toujours à la conclusion que la meilleure réponse était la pire ?
Pas de fièvre ? Il plaisantait ? Est-ce que Mikio avait l’air avoir envie de plaisanter ? Cette réponse l’irrita tellement qu’il sentit ses narines se dilater, réprimant un soupire plus qu’agacé. Mais il y avait surtout une terrible incompréhension qui régnait chez lui depuis qu’il était rentré dans cette salle de bain et le discours de Nao ne l’aidait pas une seconde. Pas de fièvre… Comment pouvait-il encore dire ça ? Il pensait que ce problème était réglé à vrai dire. Nao avait consenti à prendre ses médicaments et laissé Mikio s’occuper de lui - d’accord, ce dernier ne lui avait pas laissé le choix… Mais à quoi bon continuer à nier cette ridicule évidence ? A quoi cela pouvait-il bien le mener si ce n’était s’épuiser et… prendre le risque d’agacer un peu plus son aîné. Et il osait lui soutenir qu’il ne se foutait pas de sa gueule ? Mikio lui adressa un long regard effaré. Pour peu, il serait resté sans voix, bouche bée face à tant de culot. A ce stade, ça relevait même d’un niveau supérieur au foutage de gueule… Mais sa voix siffla sévèrement : « Arrête de me prendre pour un con Naoki ! Ca a rien d’un bain ça, merde ! » Il n’avait pas crier. Du moins, c’était ce dont il se persuada mais son ton était définitivement grave et le reproche transparaissait vivement. Parce que ça n’avait vraiment rien d’un bain. Personne ne prenait des bains comme ça, personne ne se torturait dans une eau si froide avec 40° de fièvre !

Un bain… ? Scrutant ce visage qu’il tenait, Mikio raya une énième fois cette réponse dans son esprit. Un bain… Naoki se voyait-il trembler à présent ? La morsure du froid, Mikio avait l’impression de la ressentir lui-même et il n’imaginait même pas l’effet décuplé par la fièvre. Mais il s’en doutait, non sans douleur, tandis que ses yeux glissaient vers sa lèvre tremblante qu’il croyait voir bleuir. Naoki était frigorifié. On ne prenait pas un bain pour finir dans cet état…
Alors quoi ? Quel était le but ?
Voilà encore des questions qui s’ajoutaient à la longue listes de celles qui tourmentaient le Coréen. Mais se questionner, il n’avait pas pris le temps pour. Nao était frigorifié. Alors il devait d’abord le sortir de là et le sécher. Et c’était ce qu’il avait fait, précautionneusement, il s’était appliqué et avait cherché à le réchauffer, relevant toujours les yeux dans un sursaut à chaque toux… Il remarqua bien que Nao avait encore l’air de chercher son souffle… et le voir se débattre, impuissant, comprima un peu plus la poitrine du chanteur.

Plus calme, il chercha à comprendre et faire comprendre à Nao qu’il avait mal agi, que c’était de la folie et même pire que ça, qu’il pouvait et surtout devait compter sur lui… Il essaya mais la réponse qu’il récolta fut encore mauvaise. Très mauvaise. Trop mauvaise pour qu’il ne relève pas un regard désespérément excédé avant de s’insurger : « Non, Naoki ! Ca ne va pas, non ! » Quand allait-il comprendre ? Que ça ne pouvait pas aller, que ce n’était pas rien… que c’était grave ! « Mais enfin, Naoki… comment est-ce que tu peux dire ça ? Dans quel état est-ce que je te retrouve encore ? » Sa voix était montée sans qu’il ne s’en rende compte, grondante de désespoir, et son coeur s’était mis à battre furieusement dans sa poitrine tandis qu’il repensait à cette minute supplémentaire qui aurait peut-être pu tout basculer. S’il n’était pas revenu… S’il ne l’avait pas tiré de là… ? Et si maintenant, il n’était pas en train de sécher son corps gelé… ? Qui l’aurait fait ? Qu’en serait-il de Naoki à présent … ? La voix lourde et encombrée, il dut se forcer à déglutir pour articuler la suite… non sans peine : « Pourquoi… ? Pourquoi est-ce que tu t’obstines comme ça à te faire du mal.. ? » Il ne comprenait pas. Il ne comprenait pas et ça le rendait fou. Ca la terrorisait. Comment pouvait-il aider Nao s’il n’avait pas la moindre idée de ce qu’il lui passait par la tête ? Comment aurait-il pu anticiper ce geste absurde ? Naoki ne devait plus faire ça, il le lui intima. Mais était-ce suffisant ? Comment allait-il le retrouver la prochaine fois… ? Comment Nao allait-il lui glacer le sang ensuite ?

Et quand la voix de son cadet lui parvint, son coeur se serra pour mieux s’écraser à la seconde excuse. Sa main pressa plus faiblement sa cuisse et il le regarda sans qu’un son ne franchisse ses lèvres. Il l’entendait bien la sincérité de sa culpabilité, elle cogna fort contre sa poitrine. C’était déjà mieux qu’un nouveau mensonge, oui… mais ça ne le soulageait pas vraiment. Et si Nao avait l’air aussi perdu que lui, Mikio ne put que noter sombrement l’absence d’une promesse ou d’un simple acquiescement…  Ce n’était pas qu’il avait oublié, emporté par le besoin de s’excuser. Il ne voulait pas. C’était ce que signifiait cette tête qui ne savait que se secouer… « Naoki… » Mais ce prénom demeura une amorce qui ne connut pas de suite. La voix du plus jeune l’avait arrêté et cette demandé lui avait fait l’effet d’une lame aiguisée dans le coeur. Elle l’entailla au son de cette vilaine toux qui semblait torturer son protégé au même titre que le froid, la fièvre et la culpabilité. Par réflexe, il avait baissé les yeux pour laisser Nao se reprendre et inévitablement, son regard avait rencontré un manège qu’il avait déjà condamné auparavant. Instamment, l’une de ses mains se posa sur ces doigts cruels pour les arrêter mais il ne le réprimanda pas. Nao n’avait pas vraiment l’air de se rendre compte… Aussi préféra-t-il y mettre fin comme ça, récupérant un pan de la serviette pour couvrir ces mains torturés et entama de les frotter doucement, massant délicatement leur paume comme s’il cherchait aussi à réchauffer cet endroit…

Et puis Nao reprit et son geste s’interrompit, une seconde ou deux tandis qu’il lui lança un regard confus. Qu’essayait-il de faire ? A mesure qu’il parlait, les sourcils du Coréen retrouvèrent leur courbe contrariée. Etait-ce une façon de se faire pardonner … ? Dans ce cas, Naoki était conscient d’avoir fait une bêtise et il cherchait à faire passer la pilule en noyant le poisson. Il ne fut toujours pas question d’arrêter quoique ce soit et la suite le conforta dans sa seconde impression. Naoki semblait négocier… mais négocier quoi ? Le droit de se noyer dans un bain gelé ?? L’expression du visage coréen s’assombrit et ses mains serrèrent nerveusement celles qu’elles tenaient. Il voulut ouvrir la bouche pour protester mais cette nouvelle supplication pinça la blessure dans son coeur et il referma la bouche.
Il ne comprenait pas. Définitivement pas. Pourquoi tenait-il tant à se torturer… ? Pourquoi l’idée qu’il ne puisse plus le faire avait l’air de le paniquer… ? « Naoki… » souffla-t-il faiblement, loin du ton grondant qu’il aurait sûrement dû avoir. Il se mordit la lèvre et son pouce caressa de façon appuyé les phalanges de Naoki à travers le tissus. Pourquoi fallait-il que ce gosse rende tout compliqué… ?

Reprenant appui sur son pied, il se redressa légèrement et délaissa les mains de Naoki pour passer ses bras autour de ses épaules. On aurait sûrement préférait qu’il ne s’agisse là que d’une autre façon de le sécher mais ce fut bel et bien une étreinte que Mikio lui donna. Ses mains ne mettraient cependant pas longtemps à bouger de nouveau dans son dos pour continuer de le réchauffer…

« Comment je suis censé ne pas l’être… ? » Fâché, oui. Et pourtant, sa voix ne s’était plus faite aussi douce depuis qu’il avait franchi la porte de l’appartement. Et ce câlin… est-ce qu’il pouvait au moindre être cohérent avec ses paroles ? « J’ai eu peur, Nao… J’ai eu si peur… » En fait, il était sûrement beaucoup trop honnête à cet instant, aussi ses bras se resserrent autour du garçon avant qu’il ne se détache juste assez pour lui refaire face, penché à sa hauteur. Ses mains avaient agrippé la serviette et la maintenait fermée sous le menton de Naoki. Ses iris luisantes de confusions contemplèrent longuement l’étudiant et il secoua à plusieurs reprise la tête. « C’est normal que je me fâche… Je comprend pas pourquoi t’as fait ça… » Car en vérité, c’était bien l’incompréhension et la peur qui dominaient son esprit. La colère n’était que le fruit de ces deux terribles sentiments « Alors écoute moi, s’il te plait… Tu ne dois plus faire ça, Nao. C’était complètement inconscient… Ne fais plus ça… » Au cas où Naoki en doutait, le chanteur n’était pas disposé à écouter.
 
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     Mar 3 Oct - 14:53
Just a spoonful of sugar
EXORDIUM.
C’était quoi la bonne réponse pour que Mikio ne soit plus fâché ? Est-ce qu’il y en avait une qu’il pouvait dire ?
Au début, il n’en n’avait trop rien su. Ailleurs, encore retenu par l’obscurité dont il avait tenté de se libérer dans cette eau glaciale. Harcelé pour compléter par la fièvre et la fatigue, il n’avait rien trouvé de plus que ce “bain” oui. Et maintenant que Mikio l’accusait de le prendre pour un con, il ne savait plus quoi dire, plus quoi faire. Il était resté là, bêtement, à trembler de tout son corps. A oser par moment et à ne plus oser à un autre en abaissant le regard.
Enfant fragile, il s’était laissé installer sur le rebord de cette baignoire et il n’avait pas protesté plus que ça. Oui, c’est vrai, même s’il pensant sincèrement ne pas avoir le choix, il avait bien conscience d’avoir fait une bêtise. Parce que Mikio semblait réellement contrarié maintenant… et qu’il se fatiguait néanmoins à s’occuper de lui.
Il l’aurait bien arrêté, il lui aurait bien dit “laisse ça Michan, je peux le faire”... une proposition qui cachait en réalité une demande plus forte… un abandon de son coréen pour qu’il arrête enfin d’être celui surchargé… ce coréen qu’il fatiguait peu à peu… ce coréen qui portait aujourd’hui des traces de fatigue sur son visage… causées par un colocataire pénible qui l’avait empêché de dormir toute la nuit.

Mais là encore, c’était quoi les bons mots. Est-ce qu’il y en avait pour ça aussi ?
… Mikio pouvait partir. Sortir prendre l’air un peu, aller se reposer dans sa chambre, il se débrouillerait.
.... il était pourtant clair que sa manière de se débrouiller ne parvenait pas à satisfaire le coréen. Encore moins quand il devait supporter ensuite un gamin idiot qui se débattait pour répondre sans réellement répondre.
Mais qu’est-ce qu’il pouvait dire de plus ? C’est vrai… ce bain, ça ne pouvait être qu’un bain, rien de plus.
Il y avait des mots permis, d’autres non. Des mots pour en remplacer certains, d’autres pour éliminer les plus gênants. ça, il l’avait appris depuis qu’il était enfant….
Et si la noyade de ses cauchemars, éloigner les effets d’une crise, devenait un simple bain, il avait modifié tant de choses depuis enfant.
Personne n’avait jamais rien vu. Non, tout compte fait, il n’avait pas l’air si fatigué que ça. On se faisait des idées, il n’était pas malade. Et oui, c’était vrai qu’il était parti deux semaines à l’étranger pour un stage… qui l’aurait imaginé hospitalisé à domicile, cloué sur un lit qu’il ne parvenait pas à quitter malgré ses efforts ?

… Alors pourquoi “bain” ne marchait pas maintenant ?
… Pourquoi rien ne marchait comme avec les autres avec son coréen ?
Qu’est-ce qu’il était supposé faire si Mikio ne voulait pas l’écouter ? Si Mikio ne voulait pas croire ? Si Mikio cherchait toujours pourquoi….
Est-ce qu’il y avait une réponse magique pour chasser les soucis de ce visage que ses doigts n’avaient pas osé toucher maintenant ?
Clairement, il n’avait pas fourni la bonne.
Son regard avait suivi son aîné et il avait senti son coeur se serrer tandis que sa bouche s’était ouverte bêtement « …. » pour se refermer ensuite en se rendant compte qu’elle n’avait aucun mot pour arranger ça
Mikio était fâché contre lui…
Tant mieux il allait peut-être le laisser seul et enfin s’occuper de la seule personne qui devait compter dans cette pièce. Mikio prendrait enfin soin de lui alors peut-être aurait-il dû l’énerver un peu plus.
… Mikio était fâché, et c’était de sa faute…. En plus de la fatigue, sur les traits de son coréen, il y avait encore plus de contrariété que la veille… et c’était de sa faute… oui… entièrement de sa faute.
Honteux, ses yeux s’étaient baissés à nouveau vers le sol et il n’avait d’abord fait que trembler lamentablement.
… en désespérant malheureusement à haute voix « T’étais pas supposé rentrer…. » c’est vrai, Mikio n’était pas supposé le voir comme ça. Il n’était pas supposé le trouver non plus hier. Mais ce n’était pas de la faute du coréen, ça il le savait. Ce n’était que de la sienne pour s’être montré aussi faible… décevant « Je… je.... » Si tu ne peux pas parler, ferme-là Naoki ! comme les traces de son cauchemar, il avait eu l’impression de l’entendre dans sa tête et son coeur s’était serré plus douloureusement encore. Oui, il était pathétique maintenant… à trembler, bégayer, peiner pour respirer. Même quand il toussait, l’italien était bien loin de cette appartement.

Mais une autre personne qui en était loin, c’était son Michan.
… qu’est-ce qu’il lui avait encore fait à son Michan ?
Dans le fond, c’était ça la véritable question.
On se moquait bien de savoir ce que lui foutait dans un bain. Pourquoi il était sur le sol de cette baignoire la veille. Pourquoi il y avait tant de médicaments dans son sac ou pourquoi, parfois, quand il s’endormait il semblait si triste de le faire.
… non, la question la plus urgente était de savoir à quel point Mikio souffrait d’avoir ramassé quelqu’un comme lui… et pourquoi il ne le laissait pas se débrouiller….
… alors est-ce qu’il comptait seulement lui répondre pour cette question qui avait fait froncer légèrement ses sourcils ?
Sa tête s’était bien secouée. Il avait bien regardé un instant Mikio mais les seuls mots compréhensibles au milieu de cette phrase qu’il avait semblé vouloir former sur ses lèvres n’avaient été qu’au nombre de deux « ...fait…. pas…..…. » … il ne se faisait pas du mal ? Dans cette eau glaciale ? « … juste un… bain.... » arrêter de dire ce mot. Oui, il serait temps pour lui de fermer sa gueule plutôt que de tenter de répondre des choses qui ne calmaient pas Mikio une seule seconde, au contraire.

… mais c’était vrai, il ne se faisait pas de mal….
Il essayait juste… juste de le faire partir et de se reprendre….
Et ce n’était pas douloureux ?
Si mais… mais… ça marchait alors…
Alors il ne pouvait pas y renoncer…. Il ne pouvait pas y renoncer au point qu’il s’était mis en tête de passer ce stupide marché en suppliant son coréen de ne pas être fâché. Oui… la définition du pathétisme à lui tout seul. Mais comment est-ce qu’il ferait autrement ? Comment ? Alors qu’il se sentait plus stressé maintenant parce que ses doigts étaient privés d’un moyen pour se détendre. S’il avait légèrement sursauté, il n’avait pas essayé de lui retirer ses mains. C’était peut-être même des excuses qui s’étaient formées sur ses lèvres sans se faire entendre dans la salle de bain.
Paniqué, angoissé à l’idée de la réaction de son coréen il avait attendu une fois ses derniers mots tombés, il avait attendu sans que son regard ne quitte le visage du coréen. Suppliant, il l’était sans doute un peu. Ses yeux avaient continué de demander pour lui en suivant un coréen qui s’était rapproché, qui l’avait attiré contre lui sans que son cadet ne comprenne vraiment pourquoi, maintenant, il avait le droit à un câlin. Il avait mal fait non ?

Mais il n’avait rien dit.
Complètement frigorifié, il s’était laissé faire, tremblant dans ces bras qui diffusaient de la chaleur mieux que tout le reste. Malgré lui, malgré la sensation de ne pas le mériter, son corps s’était laissé attirer et avait sans doute cherché un peu mieux de ce qui lui manquait. Du réconfort… ou cette chaleur… Oui. Michan était fâché. Et il ne pouvait pas en être autrement. Ce n’était pas vraiment de sa faute à lui, enfin… si… il n’avait pas fermé la porte… oui, c’était aussi de sa faute s’il était comme ça… mais dans le fond, il y avait aussi un peu de malchance, et d’étourderies c’est ça ? C’est vrai, s’il s’était mieux concentré, il serait toujours dans ce bain glacial… ou peut-être ailleurs…. Parce qu’il n’était qu’un imbécile en souffrance, un imbécile qui était en train de trouver au fond de cette eau quelque chose dont il peinait à se priver.
Mais il avait fait peur à Mikio et pour ça il ne pouvait que s’en vouloir. Depuis qu’ils se connaissaient tous les deux, à quel point il avait fait du mal à Mikio ? Beaucoup… trop… ça il le savait.
Pourtant, malgré cette culpabilité, il avait continué de le regarder lorsque son visage était revenu à la portée de ses yeux. Ses lèvres tremblantes avaient semblé vouloir dire quelque chose mais il avait gardé le silence lorsque son aîné avait justifié sa contrariété. Il avait gardé le silence jusqu’à entendre une réponse qui n’était pas celle attendue.

Qu’est-ce qu’il s’imaginait ?
Que Mikio allait lui répondre : “oui bien sûr Nao, tu peux te noyer dans une eau glaciale si tu fais une petite sieste et que tu prends bien ton sirop” ?
… Non mais… mais… « Je ne… peux plus.... » quoi ? Qu’est-ce qu’il ne pouvait plus ?
Tout ça.
Mikio lui en demandait beaucoup depuis hier.
Dormir. Manger. Faire attention à lui.

Enfin, de façons où… il n’avait pas l’habitude.
Il n’aurait plus les médicaments pour tenir… il devait se forcer à dormir devant lui et il n’avait pas le choix, Mikio ne le lâcherait pas… c’était qu’il était tellement beau son italien quand il faisait un cauchemar.
Et maintenant… maintenant ça… ?

Et là, brusquement, c’était comme si tout s’était abattu sur lui.
La fatigue, il l’avait ressenti davantage. Le désespoir avait serré douloureusement son coeur au même titre que la culpabilité qui s’en était pris à son ventre également. Il s’était senti abattu par une simple demande qu’il n’était pas en mesure de satisfaire « ...Tu ne peux pas… me demander ça.... » il ne se rendait pas compte de ce qu’il lui demandait à présent.
… non, parce qu’il lui disait que ce n’était rien qu’un bain. Tu te souviens Naoki n’est-ce pas ? Que tu lui mens tout le temps….
« ...J’ferai le reste mais… pas ça…. » c’était ridicule, supplier pour se faire du mal… plus ridicule encore de se mettre à pleurer… « … ça fait mal… quand.... » … parce qu’il s’achevait en se plaignant pour la première fois de sa vie.

Il ne venait pas vraiment de le dire non ?
Au moins, il ne s’était pas répété. Ses mains s’étaient levées pour venir cacher son visage. Sa question avait été étouffée « Comment je vais faire ? » s’étouffer, laisser ses poumons le brûler, laisser tout le reste abîmer sa tête, torturer son coeur parce que son père n’était pas là pour lui faire garder ses bonnes habitudes. C’était ça ?
Il ne savait pas ce qu’il lui prenait maintenant. Il ne savait pas pourquoi il se sentait si mal tout à coup sans être capable de retenir quoique ce soit. Est-ce qu’on pouvait être à ce point désespéré parce qu’une personne qu’on ne voulait pas peiner nous demandait de ne plus nous faire du mal ?
Dans sa tête, entre l’angoisse de la prochaine crise, ce sentiment d’être complètement perdu dans un monde où il n’avait jamais été habitué, il s’était répété qu’il se détestait. Si fort.
Mais dans cette salle de bain, il n’avait plus rien dit, sauf à un moment. Quand sa main avait libéré son visage un instant pour se poser sur une épaule et la pousser sans force, c’était avec la même faiblesse que ses lèvres avaient supplié « ...Laisse-moi…. » seul… tout seul… il avait le droit non ? D’être seul quand il se faisait trop honte.

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     Mar 3 Oct - 23:01

just a spoonful of sugar
Naomi

Il aurait préféré que ça se passe autrement. Enfin, non. Il aurait préféré que ça ne se passe pas du tout. Et tant qu’à faire, que Nao ne soit pas malade aujourd’hui. Qu’il ne soit jamais tombé dans cette salle de bain la veille. Mais à ce moment-là, il souhaitait aussi que Nao ne fasse jamais de cauchemars. Que son sommeil soit paisible et que son sourire soit réel.
Mais ce n’était pas le cas. Aujourd’hui, le mal être rongé les joues de son cadet. La maladie pâlissait sa peau. Le froid ou la peur, peut-être les deux, faisaient trembler ses membres. Au fond, il ne pouvait pas souhaité n’avoir rien vu de tout ça… S’il n’avait pas ouvert cette porte, aujourd’hui ou la veille, s’il ne l’avait pas ramassé ou sortie de cette eau… Combien de temps tout cela aurait encore duré ? Combien de temps aurait-il encore vu le faux sourire de Naoki sans se douter de ce qu’il cachait ? Combien de temps jusqu’à ce qu’il n’ouvre la porte pour ne plus rien y trouver… ?
Alors oui, c’est vrai, Mikio aurait préféré garder son calme. Il aurait préféré ne pas crier, ne pas gronder… Rester maitre de lui-même et seulement être capable de le rassurer. Garder ce sang-froid qu’on lui attribuait souvent… S’il n’était pas si préoccupé à cet instant, il aurait sûrement éclaté d’un rire sombre intérieurement. Le sang-froid… ? Il avait la très ironique impression de ne plus savoir ce que c’était depuis des mois. Calme… Est-ce qu’il l’était toujours autant ? Il avait la sensation que cet adjectif n’arrivait même plus à le qualifier. Confus, alarmé, nerveux… ceux-là, il les connaissait mieux. Et ce qui pouvait passer pour du calme chez lui ces derniers temps lui semblait surtout être une énorme connerie. Laisse couler… Ca va aller… Ca va s’arranger… Doucement, doucement… Tu parles ! Mais quel abruti il avait été ! Ce n’était rien d’autre qu’une connerie, plus encore qu’une terrible négligence ! Comment avait-il pu croire une seconde que tous ces problèmes allaient se régler par ses petites attentions ridicules sans même comprendre ou savoir ce qui n’allait pas ?? A quel point était-il stupide ? Ce n’était finalement pas si étonnant que Nao le prenne pour un con. Il avait bien réussi à l’aveugler tout ce temps alors, un peu plus un peu moins…
Mais il s’était réveillé. Tard, mais maintenant, le Coréen avait les yeux grand ouverts, trop ouverts. Et ce calme qu’il s’efforçait de retenir près de lui pour ne pas agir plus bêtement encore… Il lui glissait continuellement des mains dès que Nao ouvrait la bouche. Une nouvelle remarque et il tiquait brusquement. Une nouvelle remarque et il se sentait sortir de ses gongs… S’était-il déjà seulement énervé après quelqu’un d’autre que Naoki … ?
Non… Il avait beau chercher encore et encore… Naoki était le seul. Et il avait définitivement un don pour le faire en si peu de mots.

« Non ? C’est une blague ? » Et ce grondement amer pourtant, il aurait préféré l’étouffer. Ce sentiment d’indignation, il aurait réellement voulu le ravaler… Mais les paroles de Nao étaient si révoltantes. Comment pouvait-il dire ça ? « Et j’étais supposé faire quoi ? » continua-t-il malgré une part de lui-même qui lui disait de se taire et de ne pas taper plus fort sur ce gosse… « Attendre sagement derrière la porte que tu clamse de froid ou que tu te noies ?? » Mais la colère qui submergeait sa gorge était plus forte. Parce que cette simple idée évoquée lui donnait des sueurs froides. Parce que sa colère, ce n’était en fait que que l’injustice, la peur et la peine qui faisait rage dans son coeur et qui ne savait plus comment s’exprimer. « Mais enfin Nao, tu t’entends ? » Et il craignait bien que oui et que ça ne lui posait pas de problème.
Et ça, encore une fois, ça ne faisait qu’enrager sa peine. Aussi le désespoir finit par transparaitre dans sa voix tandis qu’il demandait très justement quel était le but de tout ça… ? Pourquoi diable une telle obstination pour se faire du mal ?
Mais encore une fois, il n’obtint rien de désirer. Rien qu’un déni et un mot qu’il n’aurait jamais cru autant détester. Seulement cette fois, il ne su se mettre en colère tandis que ses iris scrutaient le visage en peine de son protégé. Non, ça ne lui convenait toujours pas bien sûr… mais plus que le courroux, c’était le désarroi qui dominait désormais son esprit. Fébrilement, une de ses mains se cramponna à la jambe du garçon et ce ne fut que lorsqu’il chercha à parler qu’il se rendit compte que ses mâchoires étaient atrocement serrées. « Mais bordel, Nao… arrête… à quoi ça sert d’être aussi têtu.. ? » Las, dépité… au moins, il ne criait plus. Mais il n’obtenait toujours pas les explications qu’ils voulaient.

Ni l’assurance qu’une telle chose ne se reproduirait plus. Non, Naoki eut l’air de se montrer encore plus insensé et injuste envers lui-même… et toujours pas de promesse. Seulement des supplications qui avaient un peu plus brisé le coeur du Coréen pour finalement avoir raison de lui tandis qu’il l’entourait désormais de ses bras pour faire taire ce chagrin, étouffer cette douleur dans sa voix. Ce n’était sûrement pas la réaction la plus cohérente quand on voulait réprimander une bêtise… mais c’était la seule qu’il fut capable d’avoir face à ce gosse blessé qui tremblait de froid… Et dans ses yeux qu’il retrouva, il souhaita tellement ne plus y voir cette souffrance. La caresse appuyée qu’il appliqua sur sa joue, il souhaita si fort qu’elle puisse effacer tous ses maux… que cette lèvre cesse de trembler, que ce regard se rallume, que cette bouche sourie…
Mais s’il savait qu’il n’était pas un faiseur de miracle… au moins pouvait-il espérer que Nao comprenne ce qu’il attendait de lui ?
Etait-ce vraiment trop lui demander que de ne plus se faire de mal… ?

Je ne peux plus…
Le coeur de Mikio sembla rater un battement. Un « oui » paraissait définitivement trop ambitieux. Même un hochement de tête… C’était trop. Mais cette réponse là, elle ne l’irrita pas comme les autres. Cette réponse là, elle s’enfonça plus durement dans sa poitrine et le glaça. « … quoi.. ? Nao… » Sa voix était étouffée. Peut-être que lui-même avait cherché à parler tout bas sans trop savoir pourquoi… Comme s’il redoutait d’obtenir la réponse. Comme s’il la connaissait sans oser se l’admettre…. parce que l’envisager le terrifiait. Parce que « Je ne peux plus » avait sonné comme une sentence cruelle et résonnait abominablement contre ses tempes. Comme un abandon. Comme une résolution fataliste.
Le visage de Mikio était livide tandis que ses yeux, rendus comme deux grosses amandes, étaient vissées sur celui de l’étudiant. En déglutissant, il fut pris d’un haut-le-coeur et sa tête s’abaissa, forçant son regard à trouver les jambes nues de Nao à moitié recouvertes par la serviette. Ce n’était que des mots pourtant… probablement inachevée… mais cette idée qu’il rejetait sans cesse depuis qu’il avait trouvé Naoki dans l’eau, s’était imposée impitoyablement à son esprit et avait terminé cette phrase à sa place…
Je ne peux plus… Je ne peux plus continuer… alors je veux me noyer.
Ça lui avait fait peur. Non, ça l’avait terrorisé au point de lui donner le vertige, de se sentir ridiculement désorienté. Quand ses pupilles dilatées retrouvèrent le visage de Nao, l’une de ses mains lâcha la serviette pour retrouver un genoux qu’il serra. Non, en fait, il sembla s’y cramponner à nouveau… comme si, à tout moment, Naoki pouvait s’évaporer.
Et tandis qu’il fouillait de nouveau les traits de son protégé, tout dans sa poitrine s’écrasa et il ne vit plus que la souffrance et l’abattement. L’état de Naoki n’était pas glorieux ces derniers temps et il avait déjà trop vu l’effet de ces crises sur lui… mais il lui sembla n’avoir jamais vu Nao autant à bout. Mal, il l’était et il n’y avait pas du mot pour décrire à quel point.

La suite fut aussi douloureuse qu’incompréhensible. La confusion s’abattit sur le chanteur tandis qu’il dévisageait Naoki lui supplier une chose qu’il n’était pas en mesure de comprendre. Sa bouche s’était ouverte mais aucun son n’en sortit. Il était complètement perdu. Il avait soudain l’impression d’avoir demandé à Nao de commettre des atrocités… quand c’était pourtant bien tout le contraire. C’était si difficile que ça… ? Ne plus se faire de mal…? « Mais Nao, enfin… » souffla-t-il piteusement d’une voix étranglée. « Je veux juste… » que tu ne fasses plus ça… que tu n’aggraves pas ton état… Est-ce que c’était vraiment demander la Lune ? En fait, ça ressemblait plus à une galaxie entière.
« Je ne comprends pas, Nao… » Comment le pourrait-il ? Nao se plaignait d’avoir mal et suppliait pour qu’on le laisse se noyer dans une eau gelée ! La migraine guettait sérieusement le chanteur, mais plus que ça, c’était son coeur qu’il sentait s’effriter un peu plus chaque seconde, à chaque larme de son protégé. Il eut une hésitation… Une part de lui voulait l’interroger encore pour comprendre, l’autre lui intimait plus fort encore de balayer ses joues et de le consoler. Mais ce visage qu’on lui cacha mit fin au dilemme. Est-ce qu’on pouvait avoir plus mal au coeur que ça… ?

« Nao… »

Doucement et à défaut, il frotta sa cuisse dans un geste mal assuré mais qu’il voulait réconfortant. Il se sentit un peu plus confus en entendant la question étouffée de Nao. Sans surprise, il ne la comprit pas… Comment allait-il faire s’il ne se faisait plus de mal… ? Qu’est-ce qu’il lui échappait… ? Qu’est-ce qu’il n’allait pas dans cette tête… ? « Naoki… qu’est-ce que tu racontes ? Je suis là, moi… » Est-ce qu’il l’avait oublié ? Ou bien, cela n’était-il pas suffisant pour lui… ? Après tout, c’est vrai… Nao avait fait ça alors que Mikio l’avait laissé seul. Peut-être avait-il eu besoin de lui… et Mikio n’était pas là… Son ventre se tordit. Il y avait sûrement de ça et il s’en voulut un peu plus d’avoir trainé, oubliant un instant qu’il ne pouvait de toute façon pas être avec Naoki H24… Il lui semblait quand même avoir merdé. Son erreur, seulement, elle ne datait pas d’aujourd’hui…
Au fond, néanmoins, il savait qu’il y avait pas que ça. Naoki était désespéré comme si Mikio venait de lui retirer une chose vitale. C’était absurde et ce silence le tuait : « Nao, je t’en prie, parle moi… » Explique moi, laisse moi comprendre… laisse moi t’aider…
Et alors, il tilta. Mikio réalisa que ce bain n’était sans doute pas le premier. Cette idée avait déjà titillé son esprit, mais elle sembla désormais presque trop évidente. Mais pourquoi… ? Pourquoi faire ça… ? Quelle était le but de cette torture… ?

Mais alors qu’il cherchait à comprendre tout en essayant d’apaiser ses pleures, caressant sa jambe d’une main, son épaule de l’autre, Nao finit par réagir. Du regard, Mikio suivit cette main se poser sur son épaule. Cette pression qu’il sentit, il voulut d’abord croire que Nao cherchait à prendre appuie. Puis ses sourcils se froncèrent. Et cette nouvelle supplication acheva de lui briser le coeur. Oui, on pouvait bien avoir plus mal encore.

Laisse moi…

Cette demande résonna en lui si fort qu’il eut l’impression d’être une cloche que l’on sonnait encore et encore. Ca faisait mal. En fait, c’était même insupportable. Pourtant, il se passa 20, 30 secondes peut-être une minute et Mikio n’avait pas bougé. Il fixait toujours Naoki, douloureusement, désespérément.
J’ai mal… mais c’est lui qui souffre le plus…
C’était ce qu’il s’était dit avant que sa main ne quitte l’épaule du plus jeune pour se saisir doucement de celle qui tentait de le repousser. Son pouce pressa sa paume avec douceur. Il déglutit et sa voix souffla avec la même douceur : « Non. » Il ne pouvait pas faire ça, Nao le savait non ? Et surtout… il ne voulait pas faire ça. « Jamais… » Il en était incapable. A cet instant, plus que jamais. Il avait le sentiment que s’il passait cette porte… il ne le retrouverait plus jamais. C’était idiot parce qu’il n’irait pas bien loin dans cette salle de bain. L’eau froide avait fini de s’écouler, la baignoire était désormais vide. Mais Naoki ne pouvait pas rester seul. Il avait besoin qu’on le réchauffe encore, qu’on réchauffe son coeur glacé, blessé, torturé. Il avait besoin de Mikio… pas vrai… ?

Sa seconde main attrapa celle qui cachait encore le visage du garçon. Il la ramena vers lui avec tellement de précaution qu’on aurait pu croire que Naoki était encore plus fragile que du verre. Avec cette même vigilance, il le tira pour lui faire quitter le rebord de la baignoire et le ramena vers lui. Là, il le réceptionna d’une main protectrice dans son dos. Ses fesses touchèrent le sol et il attendit que Nao y soit lui aussi complètement pour l’emprisonner avec plus de force, prenant bien garde à emporter la serviette avec lui, puis pivoter pour laisser son dos reposer contre la baignoire. Plaçant Nao entre ses jambes comme si le sol de la salle de bain était le lit, il garda son cadet dans ses bras, ramenant jusqu’à sa tête au creux de son cou. Sa main libre replaça la serviette sur lui et frotta tantôt son épaule, tantôt sa hanche, avant de mieux recouvrir sa tête pour ne laisser aucun cheveux dépasser. Un long moment, il prit soin de lui comme on prenait soin d’un enfant. Il refusa catégoriquement de le lâcher, cherchant seulement à apaiser ses pleures et cette souffrance… un peu… juste un peu….
Il ne sut au bout de combien de temps, il reprit la parole :

« Et si tu m’expliquais maintenant… à quoi on joue depuis des semaines ? »

Sa voix n’était pas véhémente, elle était dépourvue de rapproche. Mikio semblait avoir retrouvé ce ton calme et posé avec lequel il s’exprimait en général, mais avec cette pointe plus chaude qui s’ajoutait naturellement et systématiquement quand il s’adressait à Naoki. Ses doigts n’avaient pas cessé leurs caresses, pressant tantôt ses cheveux à travers son capuchon de fortune, câlinant tantôt ses bras, sa hanche ou ses jambes.

« Pourquoi tu ne manges plus, tu ne dors plus ? Pourquoi je te retrouve dans cette baignoire ? »

Vraiment aucun reproche et c’en était déconcertant. Peut-être qu’il se surprenait lui-même. Peut-être qu’il était juste trop fatigué à présent pour crier.

« Qu’est-ce qui ne va pas, Naoki ? Qu’est-ce qui te tracasse à ce point ? »

« Tracasser » n’était sûrement pas le bon verbe. « Torturer » avait l’air plus approprié. Mikio avait longtemps fermé les yeux… il avait consenti à ne plus poser de questions, par lâcheté et par peur, c’est vrai. Mais il se rendait compte aujourd’hui que ce n’était plus possible. Qu’ils ne pouvaient décemment pas continuer comme ça, qu’ils fonçaient droit dans le mur s’il laissait Naoki conduire et lui fermer les yeux. Mikio s’était efforcé de ne pas l’abreuver de questions, d’y aller doucement… mais inévitablement, il y en avait mille de plus pour chaque question posée. Ses cauchemars, son départ, ce soudain éloignement… il y avait tant de choses que le Coréen ignorait. Et il ne libérerait pas Nao de cette prison tant qu’il n’aurait pas eu des explications… Il voulait comprendre pour l’aider. Au moins un peu.
 
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     Mer 4 Oct - 14:13
Just a spoonful of sugar
EXORDIUM.
Sa tête n’avait d’abord fait que se secouer. Inutilement, il avait regardé Mikio et il n’avait pas su apporter de réponse pour le calmer. Est-ce que c’était son cerveau qui était trop lent actuellement pour trouver quelque chose ? Ou est-ce qu’il n’y avait tout simplement rien ?
Mikio attendait la vérité.
… cette vérité qui ne ferait que du mal si elle était dite.
Alors oui, maintenant, il était sans doute préférable de le voir énervé s’il y pensait.
Evidemment, il l’avait déçu… sûrement. Evidemment, il lui avait fait de la peine et, pour ça, il n’avait pas besoin de se questionner, la réponse lui semblait assez claire sur les traits du visage de son coréen.
Mais c’était comme ça. Il l’avait compris non ? Qu’il ne faisait que ça sur Mikio dans le fond. Depuis qu’ils étaient revenus d’Italie, il n’avait pas arrêté…. ça faisait des mois que Mikio souffrait par sa faute non ?
Pourquoi n’était-il pas fatigué ?
Pourquoi était-il toujours là à lui parler… à chercher des réponses qui ne seraient jamais rien de plus que quelque chose de vague et qui l’agacerait comme maintenant ? Rien de plus qu’un “bain”.

« ...je n’allais pas…. » il l’avait entendu cette petite voix dans sa tête qui lui répétait que ça ne servait à rien. Si c’était pour répéter les mêmes choses, il valait mieux ne plus parler. Si c’était pour en dire d’autres encore pire, il valait mieux baisser la tête et attendre que ça passe.
… il n’aurait pas dû s’endormir. Le départ de Mikio, il aurait dû en profiter pour aller à l’hôtel. Il aurait laissé un mot et ne serait revenu qu’une fois les microbes chassés. Oui, il aurait dû faire ça. Maintenant, Mikio ne serait pas autant agacé, autant fâché. Et lui… il aurait pu rester dans son bain une heure de plus. Mikio n’aurait jamais rien vu de tout ça et cette conversation n’aurait jamais eu lieu. Il n’aurait pas hoché la tête parce qu’il s’entendait et qu’en des termes plus clairs, il ne voyait pas où était le problème, où était l’importance.
Non, il serait simplement revenu quelques jours plus tard et tout aurait été comme avant.
Sa bouche ne s’était pas ouverte pour autant. Il n’avait pas demandé à son aîné de le laisser aller à l’hôtel, ou de l’y conduire si ça le rassurait. Ce serait non. Evidemment que ce serait non. Mikio avait manifestement décidé de ne pas le lâcher d’une semelle. Alors, bien sûr, il pouvait souligner le fait qu’il était une grande personne, un adulte de 21 ans mais ce n’était pas... « ...je suis grand Michan… je sais ce que je… fais. »... une bonne idée.
Oui, il savait.
Mais est-ce qu’il avait seulement conscience de faire n’importe quoi.
Ce n’était rien.
Ce n’était que lui.
S’il se coupait, s’il avait mal, s’il était fatigué ou malade, s’il avait de la peine… toutes ces peines, toutes ces douleurs, si elles l’atteignaient comme un autre, il savait que ça avait moins d’importance. Lui, il pouvait endurer, se forcer, et s’il souffrait…
… il n’en savait rien… il était probablement parvenu à se voir comme son père le voyait au fil du temps, il n’était qu’un objet. Quand on ne pourrait plus le recoller pour que les fissures ne se voient pas en public, il irait à la poubelle.
C’est sûr, tout semblait simple vu comme ça. Ce n’était qu’une fatalité qu’il avait accepté. Il ne jalousait même pas des gens comme Mikio. Non… évidemment, puisque les gens comme Mikio, il préférait les admirer….

Mais son Mikio maintenant, il en avait marre de cet imbécile qui ne savait faire rien de plus que répéter un mot.
Il ne se foutait pas de sa gueule. Non. Il pourrait le redire sans avoir l’impression de mentir.
Mais là, tout de suite, il avait préféré fermer sa gueule. C’était sans doute pour le mieux. Il ne pourrait rien dire d’autre que “bain” ou “pardon”... il n’était qu’un idiot au vocabulaire restreint.
Il aurait pu se faire tout petit, attendre que ça passe, mais il était malheureusement avec un coréen qui avait du mal à oublier son existence. Fâché ou non contre lui, il l’avait gardé quelques secondes dans ses bras, injustement sans doute vu sa contrariété, et il avait persisté à lui faire cette demande à laquelle lui ne pouvait pas répondre.
Est-ce qu’il pouvait reprocher à Mikio d’insister quand il ne savait rien ?
Non, il ne pouvait pas. Ce serait injuste mais… ça aurait été tellement plus simple pour lui si Mikio pouvait se satisfaire de ça et simplement le laisser dans son coin pour ces choses-là. Il avait beau ne pas se rendre compte de ce qu’il lui demandait, du sacrifice que ça représentait pour lui et de l’angoisse dans laquelle il était plongé à l’idée de ne plus pouvoir faire comme ça, de ne plus avoir de solutions dans le fond… pourquoi Mikio ne voulait-il pas simplement hocher la tête et le laisser se débrouiller ?
Est-ce qu’il allait insister comme ça longtemps ?
Jusqu’à ce que lui faiblisse et se retrouver sans cette solution pour contrer les crises ?

… Mikio ne se rendait pas compte de toute ce qu’il lui avait sacrifié déjà. Il ne se rendait pas compte des difficultés que ce serait pour lui tous ces nouveaux efforts incompatibles avec son monde.
Il ne le voyait pas maintenant… qu’il était complètement perdu. Il avait l’impression d’être jeté dans un monde auquel il ne connaissait rien. Un monde dans lequel il devait évoluer comme les autres mais duquel il ne devait rien toucher, rien emporter parce qu’il n’en n’était pas digne et que sa place ne serait jamais vraiment ici. Et dans ce monde, en restant le même, il devait être un autre.
Ce n’était pas ce qu’il avait toujours fait ?
Non… là, Mikio lui demandait d’être un autre plus en profondeur. C’était comme lui demander de ne pas être cassé.
Comment est-ce qu’il ferait ? Est-ce qu’il s’arrêterait tout simplement de respirer à la prochaine crise ?
Comment est-ce qu’il ferait ?
Oui, cette question avait tourné en boucle dans sa tête, augmentant l’angoisse avec violence, une violence qui l’avait fatiguée. Il n’était pas ce Naoki là. Il n’était pas ce Naoki qu’il ne parvenait pas à définir dans les yeux de son coréen. Mikio se trompait, Mikio lui demandait des choses impossibles et tout avait été trop d’un coup au point qu’il avait préféré devenir un Naoki plus pitoyable.

Il ne l’avait pas choisi, ça s’était abattu comme ça.
Ses forces restantes s’étaient envolées et tout ce qu’il avait été capable de faire c’était de libérer ses larmes. Il avait senti la fatigue peser plus lourdement sur ses épaules. Son coeur s’était comprimé dans sa poitrine. Et l’air qu’il s’efforçait de respirer avait semblé lourd, comme si ses poumons se remplissaient de pierres.
Le faire peser de plus en plus lourd.
Lui faire regagner le sol. Attendre sans être capable de bouger que tout s’arrête. Il s’était senti faible à ce point là.
Il n’avait plus été que ce Naoki là, allongé sur le sol d’une cave. Ce Naoki qui au bout de plusieurs heures à se réconforter, se laisser finalement aller sur le sol parce qu’il avait compris… il avait épuisé les petites lumières dans sa tête, ça n’éclairait plus ici. Il n’y avait que lui, le noir et ce froid ici. Ces bougies positionnées dans des jolies formes sur le sol, elles s’étaient toutes éteintes, elles n’étaient que dans sa tête… le ciel étoilé n’avait jamais existé sur le sol de cette cave. Oui. Il était ce Naoki là. Ce Naoki qui oubliait les jolies lumières dans sa tête parce qu’il comprenait qu’elle ne lui servirait à rien.
Il se sentait aussi démuni que ça.

Oui, il ne pouvait plus. Comme ça, il ne pourrait plus. Il ne tiendrait pas une semaine. Il ne supportait plus non plus de fatiguer la personne en face de lui. Il s’en voulait de ce qu’il découvrait parfois sur ses traits, et il avait honte de ceux qu’il lui montrait trop souvent ces derniers temps.
Mikio ne pouvait pas être là pour lui. Ce n’était pas sa place. Et il lui aurait probablement dit s’il n’avait pas répondu au tout en secouant la tête. Parce qu’il ne pouvait pas non plus lui parler. Mikio savait déjà trop de choses. Tellement que ça rendrait fou son père. Rien que ce “je suis là” le rendrait fou en réalité. Il ne pouvait pas l’avoir, il ne pouvait avoir personne d’autre que lui et que son “amour paternel” ou tout du moins la manière qu’il avait de lui témoigner de l’intérêt.
Si son père savait que dans sa vie aujourd’hui son fils avait une personne comme Mikio, une personne qui semblait s'obstiner, un têtu manifestement incapable de le lâcher… tous ces cauchemars qu’il faisait, ceux où Mikio était présent… ces craintes qu’il lui arrive du mal….
Il lui en ferait, il n’avait aucun doute là-dessus. Et ce serait de sa faute.
Qu’est-ce qu’il pouvait lui dire aujourd’hui ? Qu’est-ce qu’il pouvait lui dire pour que Mikio baisse les bras. Arrête son affection et le laisse finalement se débrouiller ? Pour qu’il reprenne sa vie librement sans avoir une menace dont il n’avait pas conscience au-dessus de la tête.

Laisse-moi
C’était un début. Un début qu’il réclamait pour se cacher enfin. Se terrer dans le noir, ne plus bouger, se laisser aller sur le sol de cette salle de bain et attendre qu’un peu de forces lui revienne. Assez pour prendre sur lui. Pour se relever une fois de plus, faire semblant de sourire, faire semblant d’aller bien, rassurer par des mensonges et se cacher derrière des façades.
Elles étaient où désormais ?
Mikio… Mikio les avait retirées… ce qu’il en restait en tout cas. Ce qu’il essayait de retenir avec ses forces restantes.
Il ne pouvait pas, rester dans cet état devant lui. Sa main avait demandé encore d’une pression mais il avait compris.
Il avait compris, qu’une fois de plus, Mikio ne partirait pas. Et avant même que son aîné ne réagisse, sa tête s’était secouée dans un nouveau et tout aussi suppliant « Laisse-moi.... » pourquoi est-ce qu’il restait là ? Pourquoi est-ce qu’il s’obstinait ? Et c’était lui le têtu ? Mais il ne le voyait pas ? Que la meilleure chose à faire pour lui… c’était de partir sans jamais se retourner ?
… c’est vrai, il ne lui demandait qu’un peu de solitude maintenant….
Mais, dans le fond, tout aurait été plus simple s’il avait pris son avion la dernière fois.

Un ”non”, un ”jamais” avaient fait couler davantage de larmes. Sa tête s’était secouée encore. Sa main avait poussé cette épaule malgré sa capture et puis, quand il avait compris ce que Mikio faisait, elle avait tenté de se dérober, sans succès.
Mais lorsque le coréen l’avait privé de son ultime cachette ... « ...arrête.... » ça ne servait à rien, il ne l’avait pas encore compris ? « ...laisse-moi… s’il te plait.... » vraiment à rien….
Vers le sol, Mikio allait le tirer dans tous les cas. Secouer la tête ne le ferait pas changer d’idée, essayer de résister était vain. Il était trop faible, Mikio trop borné.
« ...va t’en.... » inutile « ...va t’en. » dix, vingt, ou quarante fois. Cette prison trop exposée à la lumière, il ne pouvait pas s’en échapper.
Il avait bien essayé pourtant, encore une fois sur le sol, emprisonné contre le dos de Mikio.
Retirer ses mains, tenter vainement de sortir, pleurer encore, ce « ...Michan… laisse-moi. » il l’avait probablement redit au moins trois fois, pleurant toujours autant, peut-être plus.
Pourquoi est-ce qu’il faisait ça Mikio ?
Pourquoi est-ce qu’il ne voulait pas le laisser seul ? Il voulait seulement se cacher. Un peu. Rien qu’un peu.
Il détestait le noir.
Il voulait y rester….

Si ses larmes coulaient encore, elles avaient fini par devenir silencieuses.
Et s’il tremblait toujours, si sa main essayait encore parfois de se dégager, elle avait fini par abandonner, comme le reste.
Parce qu’il ne pouvait pas se cacher, l’épuisement avait fini par prendre le relai.
Sans force, il était simplement resté là, frissonnant, le regard dans le vide, à laisser Mikio faire. Il s’était fatigué… ou tout était parti plus tôt.
Il y avait ce Naoki à l’intérieur, ce Naoki qui avait tiré la sonnette d’alarme et qui avait tenté de remettre en place une barrière ou deux pour lui faire gagner le temps nécessaire jusqu’à ce qu’il se cache. Mais les barrières n’étaient que poussière et de cachette ici, il n’y en avait aucune.
Et si son visage s’était tordu un instant, sous le chagrin, sous des questions, ses larmes étaient restées silencieuses. Sa tête s’était bien secouée à la deuxième, ou la troisième question, mais si faiblement que la réponse avait pu passer inaperçu.
Alors, il fallait bien un “rien” de plus à tout ça ?

« ...tu sais pourquoi... » soufflé, murmuré, il lui avait paru évident que Mikio n’avait pas besoin de poser de questions. Ses cauchemars, il en avait bien vu l’effet non ? La cause, il n’avait pas besoin de la connaître « … tu ne me vois pas ? » si… il le voyait. Il n’avait pas le droit de se cacher. Alors ”est-ce que Mikio me trouve vraiment pitoyable ? Est-ce que Mikio me voit… un peu… à l’intérieur ?” Des questions inutiles dont il connaissait déjà les réponses.
Oui Naoki. Tu es pitoyable…
Il le voit….

Pourtant, il avait bien essayé de répondre davantage. Parce qu’il sentait que Mikio ne le laisserait pas ? Ou parce qu’il n’avait plus la force ? Est-ce que c’était l’enfant qui, à bout, avait essayé de répondre, effleurant sa tempe d’une main tremblante avant de descendre vers son coeur pour le désigner également.
Cassé. Tout était cassé là-dedans, oui. ça faisait mal…. Et il avait fini par répondre simplement, gardant son poing faiblement fermé contre lui. « Je n’ai plus faim... » un motif suffisant… oui … « J’ai... » et le suivant avait été plus difficile à reconnaître. Pourtant, tout comme la confession de cette souffrance qu’il n’aurait jamais dû faire, les mots avaient fini par sortir dans une confession honteuse « ...peur de dormir... » … tout le temps… il avait peur tout le temps… il était là son cauchemar maintenant. Quelque part… pas loin…
Et dans son coeur, dans sa tête, le seul constat qu’il pouvait faire, qu’il avait soufflé alors qu’il ne ferait aucun sens pour son aîné, c’était ces quelques mots « ...la musique… elle va bientôt s’arrêter…. » oui… il le sentait….


Mais Mikio ne pouvait pas le savoir que, dans sa tête, il avait entendu l’air de cette boîte à musique qu’il avait trouvé enfant. Celle qu’il avait gardé précieusement même si elle faisait dérailler la musique à 3 reprises. Il l’adorait cette boîte, ça avait été l’une des choses les plus précieuses pour lui dans son enfance. Il l’avait cachée, l’avait protégée et avait espéré pouvoir toujours l’écouter, que son père ne la trouve jamais. Même si elle était cassée… dans le fond, elle était un peu comme lui. Et il avait eu ce besoin, cette nécessité de continuer à l’aimer, de la faire marcher en secret, comme pour essayer de croire que, même les choses abimées, elles avaient le droit d’être aimées, elles pouvaient être utiles. Parce que cette boîte représentait tellement pour lui, il s’était dit que… peut-être… lui aussi il pouvait être un peu quelqu’un pour une autre personne. Il ne demandait pas 10 amis… juste un, ça lui aurait suffit. Une personne qui, à son tour, voudrait bien l’écouter même s’il déraillait par endroit.
Mais un jour, son père l’avait brisé sous ses yeux… et lorsqu’elle avait joué sa dernière note… il l’avait su, qu’un jour, lui aussi il jouerait la sienne.


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     Mer 4 Oct - 19:49

just a spoonful of sugar
Naomi

Je suis trop grand maintenant…
Tu parles, t’es qu’un bébé.


Il avait dit ça si légèrement la veille. Bien sûr, il le pensait au fond de lui même si ce n’était un vraie bonne chose. Il savait que ce n’était pas que Naoki, que c’était lui qui avait tendance à trop le voir comme un gosse, à trop vouloir le protéger de tout. Naoki avait 21 ans oui. Le Coréen devait souvent se le répéter pour ne pas oublier. Avoir le droit de l’appeler « bébé », ça ne l’aidait sûrement pas. Prendre soin de lui comme d’un gamin malade, certains diraient qu’il en faisait définitivement trop. Peut-être qu’ils avaient raison.
Mais Mikio n’était pas prêt à le consentir maintenant, accroupi devant cette baignoire. Ce n’était pas en faire trop à cet instant. Le bon sens, ce n’était pas lui qui l’avait perdu.

« Alors tu sais que tu fais n’importe quoi. »

Implacable, le Coréen lui asséna cette rétorque qu’il trouvait des plus justifiée. Comment Naoki pouvait-il lui soutenir qu’il était un tant soi peu responsable quand il le retrouvait dans cette baignoire, et qu’il osait à peine imaginer ce qu’il se serait passé si le chanteur ne l’en avait pas sorti ? Il ne l’était pas. Pas plus qu’il ne savait ce qu’il faisait, ce n’était pas possible. Ca, Mikio ne pouvait pas le concevoir. C’était absurde, aberrant ! Et s’il savait, alors c’était grave et ça justifiait que le chanteur se mette en colère. Naoki avait une fièvre de cheval et soumettre son corps à une telle torture… Non, bien sûr que non ce n’était pas acceptable. C’était de l’inconscience ! De la folie ! Du suicide !! Ce n’était pas grave parce que c’était son corps à lui ? Non. Non ça non plus, Mikio ne voulait pas l’entendre. Tout comme le fait que Naoki osait penser que le Coréen ne devait ressentir qu’indifférence. Il n’avait pas le droit ! Ce corps… le plus âgé ne pouvait pas accepter qu’on lui fasse du mal. Que ce soit par la main d’un autre ou par sa propre main. L’idée lui était insupportable et il se sentait trembler jusqu’au bout de ses membres. Naoki se montrait si cruel, si injuste avec lui-même… Alors oui, définitivement, ça le mettait hors de lui. Il y avait tous ces sentiments qui bouillaient en lui, l’embrouillaient, le perdaient…

En colère, il l’était. Et pourtant, de ses bras, il n’avait pas libéré Naoki. Il l’avait emprisonné plus sûrement en s’assurant que ce « n’importe quoi », il ne le ferait plus. S’il l’avait attiré contre lui pour mieux l’y garder quand pourtant il s’entendait encore hurler quelques minutes plus tôt, c’est parce qu’il était surtout dévasté. Dévasté par la souffrance de son cadet. Dévasté par ce poids monstrueux qui avait semblé s’abattre si brusquement sur les épaules de son protégé. Et le courroux du Coréen n’avait finalement d’égale que l’amour qu’il lui portait… Cet amour qui lui avait fait lever la voix comme il ne l’avait jamais levé avec un autre. Cet amour qui lui retournait les tripes parce qu’il allait avec cette terreur de le perdre. Cet amour qui lui transperçait le coeur parce qu’il ne demandait qu’un sourire et qu’il n’avait que des larmes…
Alors face à tant de souffrance, son être entier n’avait plus été que motivé par ce besoin viscérale de le protéger. De faire taire cette souffrance qui hurlait de toute part. En dépit d’une supplication qui s’était répétée, il ne s’était pas interrompu. Oh, il l’avait entendu, elle et toutes les autres. Elles n’avaient pas fait que ricocher contre sa poitrine, elles l’avaient atteinte. Touchée. Blessée. Et la plaie s’était étiré douloureusement sous les gestes faiblards d’un gamin qui ne voulait pas, qui voulait fuir, lui échapper, partir loin de lui… se laisser crever, esseulé. Il n’avait rien dit, il avait encaissé et refermé ses bras autour de ce corps qui n’avait même pas la force de se débattre. Ses pleurs qui étaient venus mouiller son cou quand sa tête ne cherchait pas à se dérober, il avait voulu les effacer. Mais combien de fois avait-il souhaitait que plus jamais une larme ne souille ces joues ? Plus fort alors, il l’avait souhaité. Plus fort, il avait resserré son étreinte et ses bras dans les siens. S’il serrait plus fort… est-ce qu’ils s’arrêteraient ? Ses tremblements. Ses pleurs. Cette douleur.
Non, il ne partirait. Non, il ne lâcherait pas. Jamais. Quand Nao allait-il le comprendre ? Qu’il ne le pouvait pas. Qu’il n’en était pas capable. Que le laisser ici, c’était le condamner aussi. Sa souffrance était la sienne. Son coeur meurtri par les pleurs, ses joues marquées par les larmes, cette voix étranglée et suppliante… C’était tout autant à lui. Alors ce poids qui semblait acculer Naoki comme jamais… Mikio avait voulu le porter aussi. Le lui retirer. Le soulager.
Est-ce qu’il pourrait un jour.. réparer chaque blessure ? Elles avaient l’air si nombreuse. Il y passerait sa vie s’il le fallait. Il donnerait tout… tout pour ne plus jamais entendre cette détresse qui lui ravageait la poitrine.

De longues minutes, seul le silence avaient répondu aux supplications du plus jeune. De longues minutes, et c’était toujours le cas, Mikio n’avait fait que le garder contre lui sans jamais lui permettre de se dégager. Mais sa prison se voulait douce. Les sévices qui y étaient pratiqué n’était que des caresses tendres sur des membres tremblants. Il voulait lui offrir sa chaleur et le consoler. Il voulait que la torture prenne fin. Il lui sembla, à un moment, que ce fut le cas. Nao ne se débattait plus, ne protestait et les sanglots avaient cessé. Il eut cet instant d’hésitation et ce fut sans seul écart dans son rôle de geôlier stoïque : il baissa les yeux pour l’observer et comprit. La torture n’avait pas cessé. Son cou était toujours humide. Elle était juste devenue plus silencieuse. Naoki ne se débattait plus parce qu’il n’en avait plus la force… mais à l’intérieur, qui sait quelle violence il s’infligeait. Le coeur de l’ainé serra. Enfin, plus qu’il ne l’était déjà… Il était tellement comprimé à vrai dire qu’il crut difficilement à cette sensation. Il l’avait presque oublié, en fait, cette douleur là.

Et durant tout ce temps où il avait cherché à calmer Naoki, il était parvenu lui-même à se reprendre. Du moins assez pour retrouver un peu de lucidité. Assez pour se sentir capable de chercher à comprendre pourquoi ils en étaient arrivé là. Et il ne le lâcherait pas tant qu’il ne comprendrait pas cette détresse. Tant qu’il ne saurait pas comment la chasser…

Le souffle de Nao lui parvint tout juste. Il ne sut pourquoi, il ressentit le besoin de plonger sa main dans ses cheveux mais la serviette l’en empêcha. Contrarié, il se rabattit sur le tissus qu’il serra entre ses doigts. Ses sourcils s’étaient froncés dans ce même temps… Il avait cherché ce qu’il « savait » et la précision de Naoki assombrit son regard. Plus fort, ses phalanges maltraitèrent la serviette… à l’instar de l’étau qui enserrait sa poitrine. Une vague immense de chagrin l’envahit… avait-il déjà entendu une réponse plus triste que celle-ci ? « Si… Je te vois. » Et que trop bien. Sous ses yeux, il y avait tout cette souffrance. Oui, évidemment qu’il voyait ce gamin mal en point. Il le voyait bien… à quel point il était mal, son protégé. Et ça le tuait de ne rien pouvoir y faire… Parce qu’il ignorait pourquoi. Il ignorait les raisons d’un tel mal. Mais quelqu’elles soient, justifiaient-elles de se torturer autant ? Ses cauchemars, il les entendait mais n’était pas dedans… qu’est-ce qui le terrorisait à ce point ? De ses iris, il l’observa un moment. Qui y avait-il dans cette tête et dans ce coeur qu’il désignait faiblement ?
Comme pour tenter le comprendre, une main vint doucement effleurer la tempe qu’il venait de toucher. Il ne pouvait pas lire l’esprit… et c’était bien dommage. Peut-être aurait-il compris. Peut-être aurait-il su quoi faire.. Et son coeur, désormais, il saurait pourquoi il se déchirait si fort à l’énonciation de ces faits qu’il avait bien observé.
Il ne l’avait pas interrompu. Il l’avait laissé parler sans cesser de le caresser… Pourtant, il avait des choses à lui dire… mais peut-être que s’il laissait le temps à Naoki d’essayer… Oui… peut-être…

La musique… va bientôt s’arrêter… ?

Comprendre la signification de ses mots, le Coréen avait essayé de le faire. Ses doigts s’étaient figé et son coeur tambourinait contre sa tempe comme s’il n’avait l’intention de le laisser réfléchir. De toute ses forces, il avait réprimé ce frisson glacé qui remontait le long de son dos, porteur d’une peur qu’il s’était efforcé de chasser. « De quoi tu parles Naoki ? » Chaude et calme, sa voix s’était évertuée à le rester. Pas pressante mais encourageante. Il s’était voulu rassurant et il avait tout fait pour garder cette attitude sereine. Pourtant, contre lui, Naoki devait sentir les battements furieux de son coeur. Dans ses yeux luisait une lueur inquiète qui le trahissait. Et ce geste qu’il venait d’avoir, cette étreinte qu’il avait resserrée… il ne l’avait pas fait pour le confort de son cadet. C’était un geste protecteur, un réflexe de défense comme si quelque chose ou quelqu’un était sur le point d’attaquer son protégé. Non… de lui arracher, en vérité. Et alors, cette pensée qu’il s’interdisait et qui venait de lui assécher la bouche, s’imposa plus férocement à son esprit sans qu’il pût rien. Il déglutit avec peine et se surprit à prier, prier si fort…

S’il vous plait… faites que cette musique ne soit pas le coeur de Naoki…
 
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     Mer 4 Oct - 23:28
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EXORDIUM.
Au fond de lui, il y avait bien cette petite voix pour lui dire de partir. Cette petite voix qu’il lui répétait qu’il n’était pas en état. Que même s’il n’avait plus aucune force, il devait s’épuiser encore un peu plus, se forcer, et partir. Oui, il devait se cacher. Se cacher loin des yeux de Mikio pour qu’il n’en voit pas plus alors qu’il en avait déjà trop vu. Cette petite voix le suppliait de courir. Se dégager et courir loin, dans un endroit sombre. Qu’importe s’il y faisait froid ou s’il y était mal, c’était sa place… et il n’y avait qu’à sa place qu’il pouvait retrouver ses façades. C’était dans le noir qu’il avait appris à mentir. Alors il était logique que ce soit dans le noir qu’il retrouve la force de le faire.
Même avec Mikio ?
… c’était peut-être pour ça. Parce qu’il était une lumière trop étincelante qu’il avait ce don d’abîmer parfois les masques. Il mettait en lumière ce qui ne devait jamais être éclairé. Et ça le rendait confus.
Maintenant “confus” n’était pas exactement le bon adjectif à employer pour son état. Non, c’était pire pire. Bien pire.

Il était complètement perdu. Il ne savait plus comment faire. Mikio voulait tout lui retirer et le laisser dans la lumière. Dans cette lumière où il n’avait aucune place. Ce monde n’était pas pour lui et il n’avait que le droit de prétendre le contraire en portant des masques. Se faire passer pour un autre, avoir l’air moins pathétique. Oui, mentir c’était sa spécialité. Mais pour ça, il avait parfois besoin de se reprendre. Et même si son père ne le faisait plus pour lui, il avait ses techniques pour continuer. Est-ce qu’il était trop habitué à la souffrance pour s’en passer ?
Ce n’était pas ça. Non. C’était… c’était juste que ça marchait sur lui. C’est vrai. L’eau glaciale dans laquelle il se plongeait, elle savait chasser les effets d’une crise.
Ses doigts qu’il torturait parfois, ça lui permettait de calmer ses angoisses.
Et aujourd’hui, Mikio voulait tout lui retirer. Est-ce qu’il voulait le voir devenir ce Naoki que lui avait parfois trouver dans ses yeux ?
Mikio l’ignorait… mais il n’existerait jamais. Il était impossible un jour qu’un tel Naoki existe. Pas réellement en tout cas.

Alors il devait partir. Partir loin et se reprendre avant de tout abandonner dans ses bras qui refusaient de le lâcher.
Si pas une fois il avait relevé les yeux vers son aîné, s’il avait eu trop honte pour ça, ça ne l’avait pas empêché de se sentir à découvert. Mikio voyait. Il voyait tout. Ne venait-il pas de le dire après tout ?
Il ne se sentait pas bien. Il était trop fatigué maintenant. Dans le fond, même si Mikio ne l’avait pas retenu, est-ce qu’il aurait eu la force de se relever ?
Non. Mais c’était à lui qu’il avait demandé de partir. En retour, il avait eu le droit à un “jamais”. Il était condamné à rester là. Mikio le regardait et il ne parvenait pas à retrouver une figure plus correcte. Dans le fond, il n’avait sans doute même plus la force d’essayer. Autrement, il n’aurait pas abandonné, il n’aurait pas terminé par se laisser faire dans les bras du coréen.
Alors, la voix lui avait dit que s’il voulait rester pitoyable, qu’il reste pitoyable… il était en train de tout sacrifier mais s’il ne voulait pas faire d’efforts, il pouvait tout abandonner comme il avait été peut-être tenté de le faire dans le fond de cette baignoire.

Son discours n’avait plus fait aucun sens mais il y avait bien eu ce plus compréhensible « Ne me regarde pas... » cette faible demande avait franchi ses lèvres, malgré lui. Il le sentait le regard de son coréen. Et ses jambes s’étaient repliées comme pour se recroqueviller tandis que sa main venait tenter de dissimuler un peu son visage. Il n’avait pas de cachette, il n’en n’avait aucune. Mikio ne lui laisserait plus jamais en avoir ?
Il en avait pourtant toujours eu….
Et puis, la voix de Mikio avait demandé. Il ne répondrait sans doute pas. Il ne pouvait pas lui répondre. Mais sa main avait essuyé inutilement sa joue et il avait effleuré sa tempe du bout des doigts, hésitant, un bref instant.
Ce n’était pas son coeur ?
Il marchait grâce à Mikio.
Dans le fond, c’était dans sa tête que c’était le plus vivant non ? Tout ce bruit, c’était là-dedans. Oui, c’était ça qui finirait par s’afflaiblir. Et le silence, il ne l’aurait jamais autant apprécié. Le jour de cette dernière note, dans le fond, ce serait la promesse d’une nuit enfin reposante, une longue nuit.

« De ma boîte à musique.... » un souffle, une confession. Il n’avait pas le droit d’en parler non plus.
Mikio, il ne pouvait rien lui dire « Elle est cassée... » ce n’était rien qu’une boîte à musique et pourtant, c’était un autre secret à défendre. Parce qu’elle était comme lui, oui. Elle était cassée… « Elle est cassée... » brisée. C’était le mot exact « Au début, elle ne marchait pas très bien... » 3 notes. 3 notes mal jouées mais qu’il avait aimées… peut-être plus que les autres. Parce que cette boîte à musique, même si elle était fatiguée, elle s’efforçait toujours de les jouer. Cette mélodie, dans sa tête, il ne l’entendrait jamais autrement qu’avec ses 3 défauts « Comme moi.... » plus que par 3 fois. Il le savait. Lui, il y avait plein de choses qu’il ne savait pas jouer. Il ne savait même pas respirer… « Et après… elle n’a plus jamais marché... »

Il l’avait trouvé. Il l’avait fait fonctionner une fois. Puis deux. Et il n’avait plus compté. Il l’avait caché, il avait décidé de la garder, de l’aimer. Et parce qu’il avait peur qu’on la lui retire, il se privait bien souvent de l’écouter. Mais ces histoires-là, pour lui, elles ne duraient jamais longtemps. Alors pourquoi s’obstiner ?
Il se souvenait encore des morceaux entre ses mains. Il n’avait été qu’un enfant désespéré… parce qu’il ne pourrait plus jamais entendre sa musique. Malgré tous ses efforts, cette boîte à musique ne marcherait plus jamais. Parce qu’il l’avait aimée, son père lui avait volée. ça marchait comme ça. Il aimait… il cassait… alors il ne valait mieux pas aimer et obéir. Il ne fallait pas non plus rêver…. Le plus simple, c’était de laisser son père décider pour lui. ça ne l’empêchait pas d’être son jouet mais, au moins, il ne faisait de mal à personne.
… et cette leçon, il l’avait si bien retenue qu’à présent, il était dans les bras de la personne qui comptait le plus pour lui…. Personne ne compterait jamais autant que Mikio.

« ça finit toujours par s’arrêter.... » Tais-toi
Oui… c’était une bonne idée de se taire. Se réveiller un peu et se reprendre. Il pouvait remercier sa toux pour l’avoir privé de parole, pour l’avoir fatigué un peu plus au cours de cette longue quinte. Et s’il avait fini avec des difficultés à remplir ses poumons, il n’en n’avait pas moins conclu, balayant vainement ses larmes « Les choses cassées… ça ne marche jamais longtemps. » ça ne pouvait pas. Il le savait depuis longtemps. Il ne pensait même pas pouvoir marcher si longtemps de son côté.
Il pensait s’essouffler bien avant. Jamais il n’aurait cru atteindre sa majorité un jour. Mais il l’avait fait… et peu de temps après, il avait rencontré Mikio. Et la chose cassée, elle avait eu en cadeau un coeur qui battait. Alors elle avait tenu… un peu…. Parce qu’elle avait voulu rester près de lui… oui… au moins un peu… même si c’était terriblement idiot et égoïste….
Parce qu’il l’aimait ?
Ce n’était pas une raison. Se pardonner le mal qu’il pourrait arriver à Mikio, il n’en serait jamais capable. Lui… il avait cette mélodie qui devait jouer toujours.

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     Jeu 5 Oct - 20:48

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Naomi

Ne pas le regarder. C’était une demande tristement familière qu’il ne comprenait pas. Qui lui enserrait le coeur un peu trop fort. Ses doigts se promenèrent plus doucement sur sa tempe mais son regard ne parvint pas à se détourner comme son cadet venait de l’en implorer. Il n’était pas spécialement poussé par cet esprit de contradiction trop fort chez lui, pas à cet instant du moins. C’était juste… qu’il ne parvenait pas à porter ses yeux ailleurs que sur cet être si fragile qu’il tenait dans ses bras. C’était à peine s’il osait cligner des yeux…. Pensait-il qu’une seconde d’inattention suffirait pour que son protégé s’évapore ? Bien sûr que non, il savait que c’était absurde… Alors pourquoi ne parvenait-il pas à exaucer le souhait du garçon ? Ses yeux, au contraire, semblèrent fouiller un peu plus ce visage marqué par une souffrance qu’il se savait incapable de saisir entièrement. Et elle était déjà si grande, si violente… à tel point qu’il se fit la réflexion que même aveugle, il l’aurait ressenti. Mais il semblait chercher autre chose sur ces traits à présent… même inconsciemment.
Je ne veux pas que tu me méprises…
Cet écho passé ressurgi pour venir percuter son coeur et résonner douloureusement dans sa tête. Un étau plus sévère enserra sa poitrine et il sentit sa gorge se nouer un peu plus tandis qu’un sentiment de révolte, mêlé à l’injustice et la confusion grondait dans son ventre. Le mépriser … ? Est-ce que Nao le craignait encore ? Mais qui avait-il de méprisable chez ce gamin ? Assurément rien. Sa souffrance n’était pas méprisable. Il n’en éprouvait que de la peine… et un fort besoin de l’apaiser, l’effacer… mais jamais il n’avait trouvé Naoki pitoyable. « Nao… » Sa voix n’était qu’un faible souffle quand la main de ce dernier chassa la sienne pour se cacher. A défaut, c’est sur son poignet que les doigts du chanteur glissèrent avec la même douceur. S’il pouvait concevoir la honte que son cadet éprouvait à ce moment - Mikio n’aurait sûrement pas été plus à l’aise à sa place - il savait que c’était autre chose que Nao cherchait à dissimuler derrière ses phalanges… « Ca va aller, Nao… » S’il avait essayé de le rassurer, au fond ces faibles mots en cachaient d’autre… et ce qu’il voulait dire se rapprochait plus de ceux-là : je ne te mépriserais jamais, Naoki… jamais… s’il te plait, ne sois pas si dur avec toi-même…

Mais Nao avait ensuite eu des mots plus énigmatiques… et aussi inquiétants. Si le Coréen avait fait de son mieux pour ne pas s’affoler, s’il avait fait au mieux pour étouffer peu toutes les angoisses qu’ils avaient soulevé, il n’en resta pas moins intrigué. D’une main tendre, il l’aida à balayer sa joue qui n’avait pourtant de cesse d’être noyée sous ses larmes. C’est ce qu’il fit en attendant une réponse qu’il n’était même sûr d’obtenir. Ca l’occupait et donnait l’illusion qu’il n’était pas si nerveux. Le caresser doucement, non sans resserrer son étreinte protectrice autour de lui comme si un danger les guettait. Pourtant, il n’y avait bien qu’eux dans cette pièce, et même dans l’appartement. La seule autre présence, c’était Umberto qui ne les avait pas quitté depuis et qui s’était même installé sans qu’on ne le remarque, contre ses deux papas. Il pleurait de temps en temps comme s’il partageait aussi la douleur de son humain italien, et sa truffe humide cherchait alors son coude pour le réconforter. Mais à part leur fidèle fils, il n’y avait rien. Pas un bruit, pas une ombre…
Non, au fond, Mikio commençait à le comprendre… le mal n’était pas caché entre ou hors ses murs mais venait bien du coeur rongé de Naoki.

Ou de cette boite à musique. Probablement que la conversation prenait une tournure bien étrange et inattendue. Mikio le pensa, d’ailleurs… mais il ne serait pas celui qui crierait à l’hérésie et dénoncerait une démence chez son protégé. Silencieux, attentif, il laissa Naoki s’exprimer. Essayer. Parler de cette boite à musique qui était cassée… Il ne sut pas très bien pourquoi mais le chanteur s’en sentit profondément peinée comme si l’on parlait de son bien. Mais sa mélodie, il ne l’avait jamais entendu. Pas celle-ci en tout cas.
Et puis il comprit. A mesure que Nao racontait l’histoire de ce jouet, son coeur s’écrasait. Parce qu’il avait lui aussi sa boite à musique. La sienne aussi, elle était un peu abîmée… mais il l’aimait. Il l’adorait si tendrement, si follement. Si elle venait à se briser… il ignorait ce que son coeur deviendrait et il n’avait pas envie de l’imaginer. Il se le refusait. Et il refusait la conclusion que Naoki venait d’apporter, il refusait sa prédiction. Sa boite à musique… la sienne… elle ne s’arrêterait pas.

Il ne s’en rendit compte que lorsqu’il ouvrit la bouche pour essayer de parler mais sa gorge était trop encombrée. L’émotion l’avait réduit au silence et avant qu’il n’ait pu s’éclaircir la voix, une quinte de toux l’interrompit et fit sursauter son coeur. «  » Hagard, il eut une seconde où il ne sut pas vraiment réagir avant de se reprendre. Son réflexe n’était cependant pas des plus pertinent tandis qu’il refermait un peu mieux ses bras autour de son corps secoué et se remettait à frictionner ses bras comme s’il tremblait de froid… « Doucement… Doucement Nao…. » Ne pas se forcer, respirer doucement… Mikio l’encouragea à reprendre son souffle, bien qu’il n’était pas certain l’utilité de son intervention. Mais Naoki ne devait pas se faire plus de mal…

Mais il aurait eut tort de penser que Naoki avait donné son point final. A peine le souffle retrouvé, il assena tous ces mots que le Coréen avait pourtant refusé d’entendre. Des mots lourds, des mots douloureux. Des mots qui avaient mouillés les yeux du chanteur… mais heureusement, il les ferma avant que ce voile brumeux ne s’écoule sur ses joues. « Mais pas toi. » Son visage s’était penché pour se presser contre son crâne. Son front contre sa tempe, il répéta : « Pas toi. » Naoki n’était pas comme cette boite à musique. Enfin, si. Il l’était… mais il ne connaitrait pas le même sort. Naoki avait continué de jouer cette mélodie qui faisait battre le coeur du Coréen. Il le devait. Il l’en suppliait.
Toi… tu n’as le droit de m’abandonner…

« Toi, tu n’es pas tout seul… »

A travers la serviette, ses doigts tentèrent de serrer sa crinière. Parce qu’il n’en tira pas la satisfaction recherché, il prit conscience que c’était un geste qu’il faisait trop souvent avec Naoki. Serrer ses cheveux… « Je suis là, moi. Je te l’ai déjà dit… Je t’abandonnerais jamais… » Et il le lui répéterait encore, autant qu’il le faudrait pour persuader ce coeur qui semblait convaincu de sa fin imminente… « C’est vrai.. je ne sais ce qui te ronge comme ça… et je voudrais t’aider de tout mon coeur… » Chasser ces démons, effacer ces pleures… décrocher ce sourire qui lui était si précieux. Et surtout… lui permettre de respirer encore. « Et je le ferais, Naoki. Je serais toujours là… Quand tu n’en pourras plus, quand tu te sentiras à bout… Je serais là… je te porterais… » Ses bras se resserrèrent un peu plus et son front pressa plus fort son crâne. « Je te le promets… alors laisse moi te soulager Nao… Laisse moi le temps pour réparer tes blessures… Laisse moi tout faire pour que cette musique ne s’arrête jamais… » Ses lèvres se pressèrent contre sa tempe pour sceller cette nouvelle promesse, quand sa main glissa sur son visage pour caresser sa joue avant de s’infiltrer sous cette serviette gênante. Pressant sa nuque, il fit relever la tête à Nao, juste assez pour avoir accès à son front qu’il embrassa, mais ne le força pas plus à le regarder. Sur le même ton, il poursuivit :

« J’ai compris que ce n’était pas simple… » Non, c’était même très compliqué. Il comprenait aussi bien qu’il n’aurait probablement pas tous les éléments pour comprendre aujourd’hui… « J’ai compris que tu étais fatigué, Nao… » Épuisé, à bout… il ne l’avait jamais vu si abattu et simplement l’évoquer encombra sa gorge. Il se l’éclaircit néanmoins rapidement pour continuer : « … mais si tu es si mal… la solution c’est pas de continuer à te torturer… Tu n’as pas à te faire plus de mal Naoki… » Non, il ne pouvait décemment pas comprendre pourquoi Naoki s’acharnait sur lui-même… Il ne savait peut-être faire que ça… Oui. Sûrement, qu’il n’avait jamais appris à faire autrement… Et c’était affreusement désolant. « Quand ça ne va pas… compte sur moi…. Peut-être que tu ne veux pas me parler… mais je peux t’aider autrement… tu le sais pas vrai.. ? » Il voulait comprendre. Il voulait savoir. Bien sûr qu’il avancerait mieux s’il savait quel genre de monstres poursuivaient Nao… mais s’il n’était pas encore prêt à lui parler aujourd’hui, Mikio ne s’interdirait pas de l’aider. Il n’avait pas de solution miracle c’est vrai… mais il avait bien vu que dans ses bras, Naoki parvenait toujours à se calmer. Ses cauchemars, il ne pouvait pas leur barrer la route… mais il pouvait le rassurer, apaiser les crises… C’était si peu mais c’était déjà ça. C’était toujours mieux que d’imaginer un Naoki seul, tremblant et terrorisé dans sa chambre, ou bien frigorifiée dans une eau aussi dangereusement froide.

« Je te laisserais pas… Je te l’ai déjà promis, Nao… et après tout ça, je suis encore là, non ? Alors s’il te plait… Fais moi confiance… Je t’en prie, Naoki… »

Et il n’avait probablement jamais prié aussi fort de sa vie.
 
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     Ven 6 Oct - 0:38
Just a spoonful of sugar
EXORDIUM.
Non ça n’irait pas. Evidemment que ça n’irait pas. ça ne pourrait jamais aller. Parce que lui, il serait toujours ce Naoki là…. Ce Naoki brisé qu’il cachait d’habitude et qui essayait à présent de s’installer trop confortablement. C’était juste lui dans le fond. Lui qui ne savait pas remettre les masques pour se cacher derrière. Il était trop faible à présent. Il le sentait bien, pour une simple chose, bien trop d’autres s’étaient écroulées en lui. Il avait senti ses dernières forces l’abandonner et à présent il était là….
Fatigué…
Faible…
Pitoyable….
Il était devenu ce Naoki qui, sur un sol, angoissait à l’idée de ne pas être capable de se relever. S’il ne se forçait pas, tout irait de plus en plus mal. S’il ne trouvait pas la force en lui, ça ferait plus mal. S’il abandonnait, il ne serait que traîné plus bas encore vers un sol qu’il ne parvenait pas à quitter.
Il n’était peut-être pas là maintenant, il n’était peut-être que dans sa tête, renforcé par la folie d’une fièvre… ce père qui le menaçait de lui faire plus mal encore s’il ne se relevait pas. Mais même sans lui, il se sentait épuisé comme toutes ces fois où il avait eu l’impression qu’il ne pouvait pas lutter. Ce n’était pas grave dans le fond, parfois il le pensait….
Ce n’était pas grave parce que, dans tous les cas, il finissait toujours par retomber. Par terre, c’était sa place. Et un jour, il finirait par se dire qu’y rester, c’était le mieux pour lui.
Dans ce sommeil là, il n’y aurait aucun cauchemar.

Dans ce sommeil là, il n’y aurait pas le regard de Mikio sur lui. Son coeur ne lui ferait pas si mal. Sa main ne désespérerait pas de ne pas pouvoir le cacher mieux aux yeux de cette personne qui comptait tellement, celle qui comptait le plus.
Mikio le touchait toujours. Tout allait bien. Il ne devait pas le voir trop pathétique maintenant.
…. mais ça, il ne parvenait pas à se le dire. Quel miroir aujourd’hui serait capable de lui renvoyer ce reflet ? Ce Naoki qu’il voyait parfois dans les yeux de Mikio. Ce Naoki qui n’existerait jamais que grâce aux mensonges dont il l’avait bercé depuis près d’un an.
Qui est-ce qu’il était dans le fond ?
Il le savait. Pour tous ces gens auxquels il mentait, il le savait aussi.
Mais pour Mikio… il l’ignorait. C’était le seul. Avec lui, il n’était pas capable de mettre une définition sur l’image d’un Naoki qui devait s’effriter à présent.
Quel reflet il verrait dans ces yeux qu’il affectionnait tant s’il osait le regarder maintenant ?
… il n’en n’avait pas la force. Mais le coréen essayait de le troubler en le gardant dans ses bras, en distribuant une affection qu’il n’était pas digne de recevoir.
Et si lui ne pensait qu’à se cacher d’un Mikio qui ne lui en donnait pas le droit, cette question sans réponse serait venue. Au milieu de bon nombre de pourquoi, il se serait demandé qui il était pour son coréen. Qu’est-ce que ses mensonges avaient construit dans ce regard ? Qu’est-ce que ses faux pas avaient abîmé dans cet attachement qu’il semblait avoir pour son Naoki ?

Trop affaibli, il n’avait pas cherché à répéter sa supplication. Il n’y avait eu que ce désespoir supplémentaire sur ses traits pour répondre.
Malheureusement, il n’avait pas gardé aussi bien le silence pour la suite. Il le savait pourtant. Il n’avait pas le droit de parler. Jamais. Est-ce qu’il avait oublié pourquoi ?
Il n’avait qu’à se lever, croiser son reflet dans le miroir de la salle de bain et il aurait un excellent rappel de toutes les raisons qu’il lui exposait depuis qu’il était enfant.
Cette image pathétique qu’il verrait alors, elle pourrait lui faire entendre la voix qu’il entendait parfois dans sa tête quand le miroir le trahissait, quand il affichait celui qu’il était réellement et mettait toutes ses forces à cacher.
Celui que Mikio pensait mort avait si bien travaillé. Des mots, il n’en n’avait gaspillé aucun pour faire en sorte de ne pas être celui que son fils détesterait le plus. Personne ne pourrait jamais battre cette haine qu’il éprouvait envers lui-même. Et c’était peut-être parce qu’il se détestait autant qu’il était incapable d’en détester d’autres.

Se taire et partir pour se cacher. Quitter comme par magie cette prison dans laquelle Mikio le retenait et garder le silence. Au pire, pour ce qu’il avait déjà dit, il pourrait toujours prétendre que c’était cette fièvre qu’il avait nié jusque là. Des excuses, il en avait des tas pour raconter qu’il avait dit n’importe quoi en réalité.
Mais à présent… il n’était plus vraiment là. Les mots étaient tombés jusqu’à cette toux qui avait harcelé sa gorge de douleur et il n’avait même pas pris la peine de secouer la tête comme il le faisait généralement. Un mensonger “je vais bien”, ça aurait pourtant été tellement plus “lui”.
Mais lui, maintenant… il avait mal… pour la première fois de sa vie, il l’avait avoué. Il aurait dû se maudire pour ça. Encore un peu plus que maintenant.
Mais ça n’avait pas l’air si grave maintenant, il ne s’en préoccupait pas encore… est-ce qu’il était encore capable de se préoccuper de quelque chose ? Est-ce qu’il était seulement toujours là ?

Le visage de Mikio s’était rapproché et il n’avait pas bougé. Sa seule réaction avait été une tentative de dissimuler davantage les traits de son visage. Et s’il avait balayé au passage de nouvelles larmes, son geste n’avait servi à rien. Mikio était là, si près. Et dans ce cauchemar qu’il s’imposait, il était capable de sentir son souffle contre sa peau.
Oui. Mikio était bien là. Mais il ne le serait pas toujours. Il ne pouvait pas l’être toujours. Parce qu’il avait une vie, comme tout le monde, mais aussi parce que… ce jour où il ne pourrait plus jamais le voir, où il n’aurait plus que ses souvenirs pour se rappeler son sourire, il finirait par venir. Un jour, il n’entendrait plus cette voix lui faire ces promesses. Il ne sentirait plus ses lèvres essayaient de le ramener à lui. Il ne sentirait plus ses caresses tentaient de chasser les cauchemars et les peines. Il serait à nouveau sur le sol froid de cette cave à chercher un souffle qui refuserait de venir à ses poumons parce qu’il n’y aurait pas de Mikio pour faire battre son coeur

« C’est impossible.... » il avait entendu chaque mot… laissé Mikio l’atteindre de cet attachement qu’il semblait garder pour lui, et la sentence était tombée. De réponse, quand il ne mentait pas, il ne pouvait y en avoir qu’une. Une pour serrer douloureusement son coeur et le condamnait à ne pas avoir d’autre choix que de s’éteindre un jour « C’est à moi de te protéger Michan… pas l’inverse.... » c’était si évident pour lui que souffle l’avait prononcé sans hésitation. Ce n’était pas lui qui avait besoin de protection, ce n’était pas sur lui que l’on devait veiller. C’était Mikio, c’était cette si jolie lumière que l’on devait protéger.
Cette lumière vers laquelle il avait osé relever un regard brisé, alors que sa tête avait bien essayé de fuir le rapprochement plus tôt, lorsque Mikio l’avait attiré pour un baiser.
« Si tu m’aides, c’est toi qui sera cassé.... » une main repliée contre son torse, l’autre avait semblé hésité un instant. Mais le visage de Mikio, ses doigts n’avaient pas osé l’effleurer maintenant. Parce qu’il n’en n’était pas digne, qu’il était trop effrayé… ou parce qu’il risquait déjà de l’abîmer…

« Je t’aime.... » les mots avaient franchi ses lèvres sans aucun contrôle. Ces mots qu’il pensait si fort, trop fort. Mikio, il faisait plus que l’aimer en réalité. Son coeur, il n’appartiendrait jamais à quelqu’un d’autre que lui « C’est pour ça.... » baissant les yeux vers ses jambes, ses sourcils s’étaient froncés un instant. Dans sa tête, il y avait peut-être eu une interdiction, un ordre de se taire. Et pourtant… la sincérité avait continué, aidée par son épuisement… et par le seul qui semblait capable de la faire sortir… « C’est pour ça que tu dois pas t’approcher trop près de moi.... » c’était à lui de partir, de le protéger, pourquoi ne l’avait-il pas encore fait ? « Je le sais.... » il en était certain « Je finirai par te faire du mal… les gens qui s’approchent trop près de moi… ils finissent cassés.... » … et cette culpabilité de plus, il ne la supporterait pas.

« Je le suis vraiment tu sais… une mauvaise personne.... » il n’était pas à sa place, dans les bras de Mikio… son coeur déraillait à penser que c’était la seule qu’il souhaitait


    
 
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