Just a spoonful of sugar - Naomi ♥

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     Sam 11 Fév 2017 - 15:41
Just a spoonful of sugar
EXORDIUM.
Lentement, en prenant garde à ne pas trop bouger, sa main s'était tendue vers le chevet pour se saisir de son téléphone. Un soupir lui avait échappé en constatant que l'heure indiquée sur ce dernier ne dépassait 6 heures que de quelques minutes. C'était trop tôt. Il ne pouvait pas se lever maintenant sans éveiller l'inquiétude de celui sur lequel il était à moitié affalé. Son regard s'était porté à nouveau sur le visage de Mikio éclairé légèrement par la lumière qui commençait à filtrer dans la chambre. Relâchant son téléphone, sa main était retournée un instant sur cette hanche et son oreille avait retrouvé le rythme de son coeur. Juste encore un peu. Il pouvait bien tenir encore un peu pour lui. Il ne s'endormirait pas. Il tiendrait bon. Pour lui. Il veillerait encore un peu malgré les signaux d'alarme plus prononcés que son corps avait commencé à lui envoyer dans la nuit.
Ce n'était rien de plus que de la fatigue. Une accumulation que les vacances n'avaient peut-être pas arrangé quand la nuit blanche de son retour avait été difficile à tenir. Il lui suffisait de tenir quelques minutes de plus, jusqu'à 7 heures au moins et il aurait le droit de se lever pour aller prendre une douche froide. Retrouver ses esprits, de la force pour être en mesure d'aller jusqu'à l'hôtel et se reposer un peu. C'était une routine qu'il avait adopté depuis un moment maintenant, il n'y avait aucune raison pour que les choses ne marchent pas aujourd'hui encore.

Abandonnant sa hanche quelques secondes, il avait tiré le drap un peu plus sur eux et son corps avait cherché à absorber la chaleur de celui de Mikio en s'y collant davantage. Oui, il avait l'impression d'avoir froid mais là encore, ce n'était qu'un léger coup de fatigue qui se solutionnerait avec les "remèdes" habituels. Il ne se louperait pas. Il se l'était promis. Il l'avait même promis à Mikio, il ferait un peu plus attention à lui.
Il le faisait non ?
Oui... il en avait la certitude. Il faisait de son mieux et c'était bien pour Mikio qu'il le faisait aujourd'hui. En d'autres termes, il méritait probablement des félicitations....
Ou une analyse pour voir s'il était réellement humain.
Depuis combien de temps est-ce qu'il repoussait ses limites de cette manière ?
Non. Il avait déjà été en plus mauvais état. Aujourd'hui ce n'était rien, tout allait bien. Après quelques heures à l'hôtel, il pourrait repartir pour une journée de plus à prétendre que tout était parfait dans sa vie....

Même si, c'est vrai... il jouait à ce jeu là depuis un moment. Depuis ce dernier soir en Italie. Il n'avait vu aucune raison de le cesser au retour de l'Australie, quelques jours plus tôt. Au contraire. Il en avait une quantité pour se justifier de continuer sur la même lancée. Les réajustements qu'il avait à faire, il se situait probablement dans un autre domaine.
Mais pour ceux là, il aurait déjà fallu que la chaleur qu'il recherche à présent ne soit pas celle du corps de Mikio. Il aurait fallu que ce ne soit pas sur la hanche du coréen que ses doigts glissent doucement. Il aurait fallu que ses yeux ne se lèvent pas à nouveau vers ce visage pour essayer d'en discerner les traits avant que son autre main ne vienne se mêler doucement au jeu pour prendre garde à ne pas le réveiller. Oui, même sur ses lèvres, ses doigts avaient glissé....
Ils étaient trop proches pour deux amis.
Ils l'étaient encore plus quand il possédait de son côté des secrets qui chasseraient à jamais de ces lèvres si douces un sourire aussi parfait.
Alors pourquoi est-ce qu'il était toujours là ?

Parce que Mikio n'avait personne ?
Il avait des amis. Une petite amie, il en aurait une aussi un jour. Il n'avait pas franchement besoin de son aide, le coréen avait été assez clair à ce sujet.
Parce que Mikio avait besoin de lui pour l'instant ?
... il y en avait de bien meilleures de questions à se poser. Qui pourrait bien avoir besoin de lui ? Qui pourrait bien avoir besoin d'avoir mal ?
Alors parce qu'il le réclamait un peu maintenant non ?
Oui, et lui, son coeur ne s'en plaignait pas vraiment que Mikio se montre collant à ce point depuis son retour. Il avait beau tenir ses lèvres loin de lui, les empêcher de formuler certains mots... il profitait bien trop de ces caresses, ses doigts en dispensaient probablement un nombre trop élevé... et il restait collé à lui à présent. Ses limites étaient belles quand il pensait trois mots trop fort. Elles l'étaient encore plus quand ses lèvres lui brûlaient. Elles étaient fragiles quand il se demandait si ce n'était pas idiot... avec tout le reste... et si Mikio n'était pas encore prêt.... Quand il pensait à de trop nombreuses reprises juste un... je peux non ?
Même s'il avait tout gâché avec Jin Ah... ses lèvres mouraient d'envie d'oublier les "non".
Et si maintenant son cerveau embrumé par la fatigue avait pensé que c'était de la faute de Mikio, qu'il n'était qu'un fourbe tentateur... c'était toujours sa raison qui venait le sauver en lui rappelant les pourquoi de ces "tu ne dois pas".

Pour échapper au sommeil, son attention s'était concentrée uniquement sur les traits du visage de Mikio. Il n'avait regardé que lui. Pendant de longues minutes, ses yeux avaient combattu l'obscurité qui diminuait. Pour le même temps, ses doigts avaient glissé doucement sur la peau d'un visage en se concentrant à ne pas le priver de sommeil. Et ça avait marché un temps. Il avait oublié les signaux. Il avait résisté à rejeter le drap même si subitement il avait trop chaud. Et ses pensées avaient nié l'évidence en préférant se concentrer sur la seule qu'il était capable de voir et de sentir : Mikio était si beau.
Oui, si beau que ses lèvres le regrettaient de ne pas avoir le droit de se perdre sur lui...
Un je t'aime, des mots approchant, c'était sans doute ce qu'il avait pensé avant de fermer les yeux....

Quelques minutes. Pas plus. Il n'avait pas vraiment eu le temps de s'endormir réellement avant que ses yeux ne retrouvent avec angoisse leur chambre, avant qu'il ne se rende compte que sa main était retombée mollement sur l'épaule de son coréen.
Il perdait.
C'était ce constat qui avait fini par lui faire relever le drap le temps de s'en tirer. Il lui semblait bien avoir murmuré quelque chose à propos d'une douche si jamais Mikio se réveillait, il était plus certain d'avoir laissé ses doigts glisser une dernière fois sur la hanche de son aîné comme pour lui souhaiter le bonjour en s'excusant de l'abandonner seul à Morphée et puis son monde s'était fait plus flou.
Comme si Mikio pouvait déjà le voir, il avait retenu une grimace quand ses pieds avaient touché le sol. Avec obstination, il s'était forcé pour quitter la chambre, téléphone en main, en affichant aucune douleur sur ses traits. Et puis, il avait tâché d'ignorer le mal de tête, les douleurs dans son corps... ce corps qui semblait lui dire qu'il était sur le point de lâcher. Il avait prétendu ne pas remarquer le moindre signal en prenant la direction de sa chambre où il s'était saisi de quelques affaires propres.

Sur le chemin de la salle de bain, Umberto qui avait quitté la chambre de son grand frère s'était arrêté au milieu d'une fête. Moins fatigué, il aurait trouvé un air soucieux à son bébé. Là, son esprit avait été juste assez réveillé pour penser que s'il faisait peur au chien au point que celui-ci pigne, il était temps de se reprendre et de se forcer mieux au jeu de l'acteur.
Mais il n'aurait pas besoin. Tout ce qu'il avait à faire c'était prendre cette douche froide sous laquelle il se trouvait. Un café. Combattre la fatigue et quitter cet appartement avant de croiser quelqu'un. Oui, peut-être qu'il n'avait pas assez confiance en ses talents d'acteur pour être certain de n'inquiéter personne.
L'eau s'était faite plus douloureuse que d'autres jours. Des frissons et des vertiges sous la douche l'avaient forcé à poser un instant le front contre le carrelage.
Pas maintenant.
Pas ici.

Des encouragements pour tenir quelques minutes de plus sous l'eau froide en pensant s'aider plus que s'enterrer. Les techniques violentes marchaient mieux sur lui que la douceur et la clémence... oui... c'était probablement ce qu'il pensait après des années à être traité comme il l'avait été...

Mais aujourd'hui, dans sa tête, il s'était imaginé tenir bon.
S'habiller.
Prendre son sac avec ses affaires pour l'hôtel.
Un café si on lui en laissait le temps puis les clés de sa voiture avant de se rendre à l'hôtel où il appellerait Saeko. Il n'était pas en état de la payer, ça, il ne l'ignorait pas. Mais ce ne serait pas la première fois qu'elle "l’avancerait"... ça coûtait juste le double mais ça se faisait entre eux.
Quelques heures de repos. Il pourrait peut-être rentrer ici avant que Mikio ne parte travailler. Il lui faudrait sans doute une excuse pour partir toute la journée au lieu de quelques heures comme il le faisait la plupart du temps... mais il trouverait... et ce serait probablement Ren. Même s'il n'avait même pas besoin de préciser. Mikio ne l'ignorait pas cette vie qu'il menait...

Au bout de plusieurs minutes, sa main tremblante s'était avancée pour couper l'eau. Il avait fallu encore sortir de la baignoire. Non, c'était faux, il n'avait pas manqué de tomber.... Et s'il se cramponnait à présent au rebord du lavabo c'était... il n'avait besoin que d'un instant pour se reprendre et tout irait bien.
Il ne savait pas exactement comment il était parvenu à enfiler son boxer. Comment il avait pu passer son pantalon. Sans se regarder une seule seconde dans le miroir, c'était un bon début de technique... ignorer l'évidence, ne pas constater d'autres signes sur son visage... et se répéter des encouragements qui ressemblaient à des insultes pour certains.
Il n'avait pas le droit de perdre maintenant. Non. Il ne pouvait pas. Se secouer. Il se l'était ordonné... même si le monde tournait, même si ce monde était flou... même si la main qu'il avait tendu vers sa chemise, il ne la discernait plus vraiment...
Le reste. Il ne s'en souviendrait plus totalement. La dernière chose qu'il avait pensé en se rendant compte qu'il manquait de force, qu'il allait tomber maintenant, c'était qu'il devait verrouiller la porte pour s'assurer que Mikio ne le trouve pas ici, par terre, sur le sol de cette salle de bain. Oui, c'était sans doute pour ça que sa voix ne s'était faite entendre que pour un faible « Michan... »... ce n'était pas un appel au secours. C'était un rappel. Un ordre. Il avait promis. Il se l'était promis. Mais sa main n'était jamais arrivée jusqu'au verrou, et si l'autre s'était pressée plus tremblante au rebord du lavabo, elle ne lui avait plus servi à rien quand ses jambes avaient lâché. La porte était devenue plus floue encore pour disparaître complètement au même titre que ses doigts tendus désespérément vers le verrou.
Le choc de son corps abandonnant pour lui qui rencontrait le sol ne l'avait pas tiré de l'inconscience. Tout était resté noir... aussi noir qu'espéré.

   
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     Sam 11 Fév 2017 - 21:38

just a spoonful of sugar
Naomi

Il avait fait de son mieux avant de se laisser sombrer. Ses doigts s’étaient appliqué à dispenser autant de caresses pour attirer son protégé dans les bras de Morphée. Avec douceur, sans perdre patience, il avait fait en sorte de réguler au mieux sa respiration pour le bercer dans l’espoir de l’attirer avec lui dans le sommeil. Il y avait mis plus de soin que la veille… plus de volonté… En fait, il redoublait d’effort chaque nuit où il le retrouvait parce qu’il constatait encore chaque matin que ses traits fatigués ne disparaissaient pas. Il ne comprenait pas… Nao dormait-il seulement ? Cette question, Mikio se la posait depuis trop de temps. Et il avait beau chercher à régler le problème, ce visage qu’il continuait de scruter chaque jour conservait ces marques d’épuisements que le plus jeune s’efforçait de dissimuler. Ca ne servait à rien, à ce stade, même un véritable aveugle l’aurait remarqué. Mais ça ne servait visiblement pas moins que les avertissements multiples du Coréen à l’encontre de son cadet. Il avait beau répéter « Tarde pas », « Nao va te reposer », « S’il te plait ne rentre pas trop tard et repose toi », « Nao est-ce que tu dors au moins ? » … C’était toujours et encore les mêmes réponses. Et plus les jours passaient, plus Mikio se sentait impuissant. Pourtant ce n’était pas faute d’essayer…. Comme il se l’était promis à son retour. Il allait prendre davantage soin du garçon quitte à être un peu trop sur son dos. Il ne voulait plus voir cette figure là… Ni ces cernes, ni ces joues creuses. Le faire manger était aussi devenu un combat dans lequel Mikio s’engageait tous les jours. Il se montrait têtu, un brin chiant sans doute, mais il ne voulait être désolé. Il faisait ça pour Nao. Alors lui intimer de manger et dormir c’était la moindre des choses. Seulement voilà… si le plus vieux était persévérant et entêté… Le plus jeune était plus malin et surtout lève tôt. Aussi, il parvenait encore à échapper aux griffes du Coréen trop souvent….
Cependant, en dehors de cette chasse à la grève de la faim, il lui avait au moins semblé être parvenu à combler les distances. C’était ce qu’il s’était promis au retour de Naoki…. Prendre plus soin de lui et ne plus le laisser s’éloigner. Et ça faisait du bien d’avoir retrouver cette proximité… et pas seulement après dix jours d’absence…. Mikio ne laissait plus rien passer. C’est vrai, il l’avait constaté : Nao se montrait toujours un peu timide sur certains échanges. Evidemment que sa peau l’avait remarqué…. ce manque. Des lèvres qui ne se posaient plus sur elle… et certains mots qui ne caressaient toujours plus ses oreilles. Mais il avait cessé de se poser des questions. Il ne voulait plus laisser l’hésitation creuser un nouveau fossé entre eux. Certes… il avait parfois du mal à comprendre ce que Nao désirait vraiment, mais il avait écarté, ou plutôt rejeté, cette demande d’amitié pour de vrai… quand le garçon ne semblait rejeter aucune de ses étreintes, quand il semblait en réclamer silencieusement, quand ses caresses semblaient dire des mots que sa bouche s’interdisait…. Tant pis si c’était encore un peu étrange… Mikio ne voyait pas vraiment comment aborder ça quand ce sujet n’était définitivement pas un sujet qui aurait dû exister entre eux…. mais au moins… la nuit… le chanteur avait retrouvé la chaleur de son corps. Ce n’était plus qu’une main qu’il tenait pudiquement, mais bien tout son protégé qu’il pouvait serrer contre lui et câliner toute la nuit… ou presque. Avant qu’il ne sombre… Et l’histoire se répétait.
Depuis plusieurs jours alors que Nao était rentré. Mikio pouvait être heureux d’avoir retrouver sa proximité particulière avec Naoki… mais est-ce que c’était réellement suffisant ?

Son sommeil s’était fait plus troublé tandis que contre lui, il avait senti de l’agitation. Légère… mais il en fallait peu pour réveiller le Coréen malheureusement. Ou heureusement… cela dépendait définitivement des situations. Il constaterait plus tard avec son protégé que ce qu’il avait toujours pris pour une malédiction se révélait être finalement une bénédiction pour veiller sur ce gosse trop précieux à ses yeux… Ce qui était plus étrange en revanche demeurait que ces caresses dispensés sur son visage ne le réveillaient pas…. quand une autre avait déjà essayé sans succès. Est-ce que les doigts de Naoki étaient magiques ? Peut-être, mais alors l’adjectif s’employait à sa simple présence puisqu’à ce jour, l’étudiant était le seul avec qui Mikio parvenait à dormir sans se réveiller toutes les cinq minutes pour un tressaillement de petit doigt…. Et il était encore plus singulier de constater que le sommeil avait commencé à quitter Mikio dès l’instant où ces caresses avaient cessé. Cette main sur son épaule, une respiration contrariée…. contre lui, son cadet paraissait lutter. Et si Mikio n’avait aucune idée du véritable combat que menait réellement Naoki, ses membres avaient légèrement tremblé, sa main s’était machinalement resserrée dans le dos du garçon et il avait longuement inspiré dans une sorte de début d’étirement comme s’il allait se réveiller. Ce qui arriva en vérité en sentant qu’on lui retirait le draps… Il ne faisait pas froid, pourtant tout lui avait paru si glacé dès l’instant où il avait senti le poids - plume - de Naoki quitter son torse… Son premier réflexe avait été de se recroqueviller contre le matelas et basculant son corps sur le côté, non sans marmonner quelque chose d’incompréhensible. Il râlait probablement. Parce que Naoki osait l’abandonner… ce gosse lui faisait cet affront tous les matins… C’était un crime qu’il soit en vacance ou qu’il ait cours. Un grognement typique du Mikio mal réveillé s’éleva contre l’oreiller où son visage s’était réfugié et il sembla que quelques sons déchiffrables s’en échappèrent : « a…o… tôt….. » Oui. C’était tôt. Trop tôt. Et comme chaque matin, seul son sens aiguisé de la paresse lui indiquait l’heure avec une précision qui ferait pâlir une petite aiguille. Un nouveau grondement désapprobateur avait suivi tandis que la seule partie fonctionnelle de son cerveau comprenait que Nao l’abandonnait. Et comme tous les matins, sa main s’était tendue pour attraper un haut qui n’existait pas dans l’espoir de le retenir. Ses doigts avaient à peine dû avoir le temps d’effleurer le dos de son protégé cette fois-ci… Il y avait eu des matins où Mikio avait était plus chanceux. Des matins où son bras parvenait à le rattraper avant qu’il ne s’échappe en s’enroulant plus surement autour de son ventre pour le ramener contre lui… mais pas aujourd’hui. Mikio avait été trop lent….

Encore une fois, Naoki se levait bien tôt. Ca n’avait rien d’inhabituel… c’était une routine qu’il avait mis en place depuis quelques mois, en dehors des cours. Oui, ça n’avait rien d’inhabituel quand avant, Nao profitait plus amplement de ses jours de repos pour trainer au lit avec le paresseux qui lui servait de colocataire…. Réfléchir au pourquoi du comment était délicat quand il s’était passé autant de choses depuis leur retour d’Italie… mais si en général Mikio se laissait le droit de retourner avec Morphée pour une heure ou deux supplémentaires, ça n’était plus vraiment le cas depuis quelques jours. Parce qu’il désirait mieux surveiller Naoki ? Entre autre… même si ce dernier parvenait encore à lui échapper, quelque chose l’empêchait clairement de se rendormir une fois que le garçon le tirait de son sommeil. L’image de ces cernes y était clairement pour quelque chose mais… pas seulement. Il y avait autre chose… une impression… un pressentiment en fait, qui s’était logé là. Dans son ventre. C’était quelque chose de plus que de l’inquiétude. Une préoccupation persistance. Une angoisse. Un sentiment qui lui broyait l’estomac dès que le garçon quittait son champ de vision.
Etait-ce son absence qui avait nourri cette sensation ? Ou bien son instinct qui n’avait eu de cesse de le blâmer ces derniers jours pour s’être montrer trop laxiste avec Naoki… ? Il ne savait pas bien, mais il était peut-être temps qu’il arrête de réfléchir pour agir un peu plus, non ?

Un soupire avait quitté ses lèvres tandis qu’il resserrait plus sûrement l’oreiller de Naoki contre lui. Est-ce que ce dernier savait ? À quel point il s’y était accroché à son oreiller durant son absence… c’était même ridicule. Et il avait dû en garder l’habitude pour prendre le temps d’émerger en le serrant contre lui comme un gosse en manque d’amour…. A défaut de pouvoir véritablement se réveiller dans les bras de Naoki, le chanteur avait trouvé d’autres parades… C’était le temps de quelques longues minutes pour laisser le brouillard dans son esprit se dissiper. Ses pensées se remettaient en place et… cette boule dans son ventre ne le quittait pas. Ce matin, elle était plus tenace… Nerveusement, Mikio entama de triturer la taie d’oreiller. Non. Pas moyen qu’il se rendorme.
Et soudain… ses yeux s’ouvrirent en grand tandis que son coeur bondit contre sa poitrine. Qu’est-ce que c’était à l’instant ? Un couinement ? Et autre chose…. Est-ce que c’était Umberto ? Oui, probablement… Il ne souvenait plus s’il l’avait entendu dire bonjour à son papa… Mais ce n’était pas ce genre de son que leur chien émettait en général.
L’agitation le gagna et la question de trainer plus longtemps dans le lit fut aussitôt réglé. Même un peu trop vite visiblement au vu de ce vertige qui lui prit tandis que le chanteur s’était redressé trop rapidement. Secouant la tête, il se fit violence pour quitter le lit et la chambre dans la foulée, ne prenant même pas le temps d’ébouriffer ses cheveux sur le chemin. Dans le couloir, il ne vit pas d’Umberto pour l’accueillir ce qui signifiait qu’il était déjà avec Naoki. Prenant la direction de la cuisine, son ventre se noua plus fort en constatant que son protégé n’y était pas. Est-ce qu’il était déjà sorti ? Si vite ? …. A vrai dire, Mikio ne savait pas vraiment depuis combien de temps son cadet avait quitté la chambre. Impossible de savoir… Grattant nerveusement son bras, il sursauta en se rendant finalement compte de la présence d’Umberto qui l’avait rejoint. Pas de fête, la queue et les oreilles particulèrement basses… l’animal semblait agité. Il comprit que Nao ne l’avait pas encore sorti mais que ce n’était pas le problème dans l’immédiat. Si Nao était toujours là, alors il devait être sous la douche…. Or, le Coréen n’entendit aucune eau couler. Lançant un regard à leur fils puis dans la direction de la salle de bain, la douleur dans son ventre se fit plus forte. Rien n’indiquait que la situation était réellement alarmante, si ce n’était le comportement d’Umberto - que Mikio prenait très au sérieux - mais ce n’était définitivement pas normal… Et en quelques pas trop rapides pour pas trahir l’angoisse du chanteur, ce dernier rejoignit la salle de bain.

Face à la porte fermée, il déglutit. Une nouvelle fois, il ne put que noter l’absence de bruit de douche. Il toqua.

« Nao ? T’es là ? Tout va bien ? »

Pas de réponse. Se pouvait-il que son cadet ne soit pas à l’intérieur ? Alors ça ne coutait rien de rentrer jeter un oeil. C’était même nécessaire… et s’il fut dans un premier temps soulagé de constater que la porte n’était pas verrouillée, tandis que sa main pressait la poignée, son coeur s’emballa…. puis s’arrêta en sentant que quelque chose bloqua l’ouverture de la porte. « … ? » Quelque chose était tombé ? Le panier à linge ?
…. Qu’est-ce qu’il aurait aimé que ce soit seulement le panier à linge…
Mais en forçant un peu plus le passage, une fois que la porte fut suffisamment ouverte pour découvrir ce qui la bloquait, il se figea. Tout sembla s’arrêter. Le monde autour de lui. Comme son coeur qui venait probablement de lâcher.

Naoki était là.
Son corps inerte gisait sur le sol de la salle de bain.

Comment ?
Pourquoi ?
Qu’est-ce qu’il faisait là ?
Qu’est-ce qui s’était passé ?

« Naoki…? »

La terreur s’empara de son corps et la prise de conscience fut tardive. Parce qu’il ne voulait pas y croire. Parce qu’il ne voulait pas donner raison à son instinct. Mais les faits étaient bien là…. Et en moins d’une seconde, en même temps que la panique le gagna, le Coréen s’était précipité à l’intérieur en se jetant près du corps de son protégé. « Nao ? Naoki ! Réponds moi ! Hé…! » Une main tremblante s’était saisie de la sienne pour la serrer tandis que l’autre tapotait sa joue dans l’espoir de le faire réagir. Mais le silence fut sa seule réponse…. et l’affolement redoubla d’intensité en constatant avec horreur la pâleur de son de visage. « Naoki… » gémit-il en serrant plus fort sa main. Il n’était tout de même pas…. ?
Non. Non ça c’était impossible, Nao ne pouvait pas…. non…
Il se fit violence pour rassembler le peu de lucidité qu’il devait lui rester et se pencha sur lui. Plaçant sa joue au niveau de la bouche du garçon, un soupire quitta la sienne en sentant qu’il respirait…. Le soulagement fut cependant de courte durée. Alors qu’il se relevait, Mikio considéra le garçon inconscient une seconde…. Qu’est-ce qu’il était censé faire maintenant ? Il l’observa au mieux…. Est-ce qu’il s’était fait mal ? D’un coup d’oeil, Nao ne semblait pas avoir de bleus… mais peut-être que c’était trop tôt…. il ne savait pas. Il ne savait rien. La panique l’envahit un peu plus alors que son regard se posait sur son crâne. Est-ce qu’il s’était cogné la tête ? Et si Nao s’était assumé ? ou pire ? Est-ce qu’il devait le bouger ?
Il était perdu, dans tous ses états. Son coeur n’avait jamais semblé avoir battu si fort… il le sentait partout. Dans sa gorge. Dans ses tempes. Dans son poignet jusqu’au bout de ses doigts tremblants. Dans sa poitrine où chaque battement était une douleur atroce et semblait entrer en résonance dans tout son corps… Mais ce n’était pas important ça. Non… ce n’était pas important… Naoki était là, par terre et lui…. Son regard se posa un instant sur Umberto, remarquant seulement maintenant sa présence. Le chien pignait, pleurait… Il était au moins aussi inquiet que le Coréen. Sa truffe glissa sur la main de l’inconscient avant qu’il ne s’applique à la lécher avec soin… Mikio ne savait pas très à quoi cela pouvait servir, mais au moins… Umberto agissait. Et ils ne pouvaient définitivement pas laisser Naoki ici, sur le sol froid et humide de la salle de bain. « Merde… Nao… »
Balayant toutes ses hésitations, Mikio passa ses bras sous le corps de Naoki et le souleva avec précaution. Faisant bien attention à sa tête, il la ramena contre son torse tandis qu’il pris l’étudiant dans ses bras. Il ignora les cognements affolés dans sa poitrine et se concentra seulement sur le trajet pour ramener Naoki dans sa chambre, la plus proche, où il le déposa sur son lit avec autant de douceur, comme si le corps du garçon était la chose la plus fragile en ce monde. Doucement, il plaça son corps au mieux, sa tête sur l’oreiller sans trop le relever.

La tâche effectuée, Mikio se laissa tomber à genoux à côté du lit, sans que son regard ne quitte le visage « endormi » de Naoki. Sa main chercha a caresser son visage et il observa qu’elle tremblait encore. Mais lorsqu’elle toucha son front, ses yeux s’écarquillèrent d’effroi. « T’es brûlant… » Est-ce qu’il avait de la fièvre ? Se tournant vers Umberto qui ne les avait évidemment pas lâché d’une semelle, il chercha une réponse dans le regard de son chien mais n’y trouva que de l’inquiétude. Qu’est-ce qu’il pouvait faire ?
Lui rien…. Mais il pouvait appeler un médecin. Il devait appeler un médecin ! Détalant malhabilement vers sa chambre pour récupérer son téléphone, il revint aussitôt auprès du garçon où il entama de pianoter un numéro en urgence….

S’il s’efforçait de composer le numéro en hésitant sur toutes les touches, c’était bien parce que ses pensées étaient saturées d’insultes et de malédictions à son égard. Ce pressentiment… Il n’aurait même pas dû l’avoir. Parce que c’était une évidence que ça finirait ainsi… Et qu’il avait été juste trop con, trop abruti pour réagir plus vite… Redoubler d’effort en insistant un peu plus pour que Nao manger deux bouchées devant lui…. Il appelait vraiment ça prendre soin de lui ? Et ses cernes sous ses yeux ? Quand est-ce qu’il comptait véritablement réagir quand il était évident que Nao ne dormait pas une seconde contre lui ?
Comment avait-il être aussi demeuré ? A cause de lui, Nao était un état qu’il n’osait même pas qualifier … Et il savait ô combien ça aurait pu être pire… ô combien il avait eu de la chance de le trouver dans cette salle de bain… Et ça ne faisait pas moins de lui qu’un crétin. Le pire de tous.  
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     Dim 12 Fév 2017 - 1:15
Just a spoonful of sugar
EXORDIUM.
Plus rien. Juste le vide. Juste le noir. Aucune image n'était venue le tirer de son inconscience. Pendant de longues minutes, il n'y avait eu plus rien. Ce sommeil dont il ne se souvenait jamais, c'était de loin son préféré. C'était mieux. Parce qu'il avait compris depuis bien longtemps qu'il ne serait jamais capable de rêver, le vide était ce qui se rapprochait le plus des rêves dont les gens discutaient entre eux avec avec plaisir. Quand il s'endormait, il souhaitait que rien d'autre que ce vide ne vienne marquer son sommeil. C'était pour lui le plus agréable et ça ne l'avait jamais dérangé dans le fond. Tout n'était qu'une question d'acceptation. Et du jour où il avait cessé d'espérer s'endormir dans un joli monde imaginaire où il tentait de se réfugier quand il était bien éveillé, les choses avaient été moins difficiles pour lui. Tout ce qu'il avait souhaité à compter de ce moment, en fermant les yeux dans le lit de sa chambre tout aussi noir que le reste, c'était que sa nuit ne devienne pas plus sombre encore.
Faites que je ne fasse pas de cauchemars.
Faites qu'il ne vienne pas me voir cette nuit.
C'était les souhaits d'un enfant qui ne savait plus que rêver de désespoir. D'un enfant qui s'endormait toujours entouré par la peur.

Encore aujourd'hui, quand il cherchait à trouver le sommeil, il faisait les mêmes souhaits.  Son père ne pouvait plus franchir la porte de la chambre dans laquelle il se reposait... mais il pouvait venir le voir la nuit. Parce qu'il l'avait marqué. Parce qu'il avait si bien fait les choses qu'aujourd'hui son fils vivrait à jamais avec les mêmes cicatrices. Il serait toujours dans sa vie. Il n'y avait pas un jour sans qu'il ne fasse un souhait de ce genre. Mais là encore, tout n'était qu'une question d'acceptation.
Il n'irait jamais bien.
Il ne serait jamais une personne comme les autres parce qu'il ne méritait pas de l'être, parce qu'il n'en n'était pas non plus capable et qu'il n'était pas né pour ça.
Et si un matin il avait l'illusion de penser que ça allait mieux, il suffisait d'un cauchemar pour lui rappeler que cette acceptation de ce qu'était sa vie et de ce qu'elle serait toujours... c'était dans le fond ce qui le sauvait.
La déception. C'était l'un des pires sentiments qu'il connaissait. Il en avait déjà assez pour ne pas en rajouter en s'aveuglant...
Non. Jamais rien ne changerait. Et ce qu'il pouvait faire de mieux c'était de se contenter des répits qu'on lui accordait à son échelle.
Comme ce noir maintenant. Il avait appris à l'aimer. Il avait appris à s'y sentir bien, mieux en tout cas. Si toutes ses nuits pouvaient être comme ça, il dormirait encore avec Mikio aujourd'hui. Il se laisserait aller, il ne lutterait pas contre ces caresses qui l'entraînaient vers le sommeil. Et il ne serait probablement pas autant à bout aujourd'hui.

« Naoki ? » tout était resté noir et malgré sa tentative pour discerner un visage, il n'avait fait qu'entendre sa voix... cette voix... « Naoki réveille toi ! »  se réveiller... oui... ouvrir les yeux, il y avait pensé mais le noir était toujours là « Tetsuo ? » il savait que c'était lui, il n'avait pas besoin de trouver son visage pour en être certain. Le son de sa voix qu'il lui avait donné un jour, il ne l'oublierait jamais... malgré le temps.... ça faisait un moment maintenant qu'il ne l'avait plus entendu « Oui... » de sa réponse, il n'en n'avait pas vraiment besoin. Non, le plus étrange dans tout ça... « Qu'est-ce que tu fais là ? » ... c'était si étrange que ça ? ... peut-être pas tant que ça... mais aujourd'hui, le visage qu'il voyait souvent, ce n'était pas celui de Tetsuo... « Tu as mal. » oui... Tetsuo était souvent là pour ça... quand il avait mal... quand ça n'allait vraiment pas... mais aujourd'hui, il n'avait plus mal comme ça... il en avait parfois l'impression après un cauchemar mais ce n'était pas réel il le savait « Où ? » le silence, il avait eu l'impression qu'il avait duré plusieurs minutes avant que la voix de Tetsuo ne lui parvienne à nouveau « Tu es tombé... non ? » tombé ? « Mais ce n'est pas important maintenant. Non, le plus important c'est qu'il faut que tu te réveilles maintenant. » pourquoi ? Il était bien maintenant... il ne faisait pas de cauchemars et il devait se reposer, il avait promis à Mikio qu'il ferait des efforts... « Tu ne dois pas dormir. » pas dormir... non... c'est vrai, il ne pouvait pas... comme alerté par les mots de Tetsuo, l'angoisse l'avait regagnée brutalement. « Il va venir si tu restes trop longtemps. » oui... mais... il se réveillait seulement quand il était déjà là... alors comment est-ce qu'il était supposé s'y prendre ? Ouvrir les yeux. Se l'ordonner. A de nombreuses reprises jusqu'à ce que l'angoisse se transforme peu à peu en panique.
Il n'y arrivait pas. Il n'y arriverait pas. Pourtant il comprenait qu'il ne devait surtout pas dormir maintenant. Il y avait une bonne raison à ça et Tetsuo était venu pour ça.
Cette odeur de cigarette qu'il avait pensé sentir. Ou les bruits de pas qui s'arrêtent devant sa porte. Les signes familiers de son passé pour l'alerter. Il avait eu l'impression de les entendre. Le noir allait bientôt l'abandonner. Et alors qu'il devait se réveiller, il avait tenté de s'y cramponner avec désespoir à ce rêve qui était le sien.


✧✧✧✧✧✧✧✧✧✧✧✧✧✧✧


Le son de sa voix. La "lumière" qui avait commencé à apparaître. Ou cet acharnement d'affection paniquée contre sa main. Il ne savait pas trop ce qui lui avait fait ouvrir les yeux avec difficulté. S'ils s'étaient refermés un instant, ils s'étaient néanmoins réouvert avec difficulté et un gémissement avait franchi ses lèvres tandis qu'il peinait à reprendre conscience.
Tout semblait si flou. Son regard n'avait pas été capable de discerner grand chose et même sa main avait semblé peiner à se porter à son visage pour s'y frotter avant de dériver vers une douleur autre qu'une migraine sur le côté de son crâne. Ce tu es tombé il ne raisonnerait pas tout de suite dans ses pensées embrumées. Ses doigts avaient pourtant fini par effleurer une bosse douloureuse et la voix de Tetsuo avait pris alors plus de sens.
Ce n'était que là que sa tête s'était tournée pour identifier la source de cette sensation qu'il sentait sur sa main et qui semblait avoir redoublé depuis quelques secondes en constatant qu'il reprenait conscience. Il avait entendu pigner mais son regard était passé rapidement d'Umberto ... à Mikio...

« .... »

La première chose qu'il s'était demandé c'était ce qu'il faisait là. Parce que ça semblait absurde que Mikio soit là alors qu'il dormait.
...
Non, il était tombé. Et remettre ses idées en ordre semblait plus compliqué qu'habituellement. C'était quoi la dernière chose dont il se souvenait ?
Il s'était levé... il ne se sentait pas très bien... enfin... ça allait, il était juste un peu plus fatigué que d'habitude... et... c'était sa chambre non ?
« Michan ? » Il ne comprenait pas. Pas tout à fait. Mais il ne devait pas se trouver sur ce lit maintenant. Non. Il aurait dû se trouver à l’hôtel maintenant mais... mais...
Il avait pris sa douche. Et même ça, ça lui avait semblé plus difficile qu'habituellement.
Il ne se sentait pas très bien. Juste fatigué, oui. Mais sa tête lui tournait horriblement et il avait le sentiment de ne pas avoir mal qu'à la tête. Ce n'était pourtant pas le plus important maintenant.
La salle de bain.
C'était le dernier endroit dont il se souvenait. Tout s'était brouillé là bas. Il était tombé.
Avec difficulté, il avait tenté de discerner le visage de Mikio tandis qu'il parvenait enfin à remettre une partie des choses en place.

« ... » il avait perdu connaissance... et s'il se trouvait ici maintenant....
Les pattes d'Umberto sur son torse nu avaient interrompu ses pensées. La truffe humide de son bébé contre son visage avait laissé sa main faiblement retomber sur sa tête. Umberto ne voulait pas dire bonjour... il le savait non ? Qu'il cherchait juste à être sûr que son papa était bien là maintenant ?
... oui, mais il avait décidé de ne pas l'interpréter comme ça. Et s'il avait parlé en coréen, c'était bien évidemment pour s'adresser à Mikio plus qu'à leur chien « Non bébé, je ne t'ai pas oublié... on va aller se promener maintenant... » il aurait aimé que sa voix soit moins faible. Il aurait aimé se redresser avec plus de facilité... mais ça lui avait pris toutes les peines du monde à simplement s'asseoir dans son lit tandis que les pattes d'Umberto retrouvaient le sol dans un pignement.... Il ne l'avait pas remarqué que son fils l'avait trahi et que ces pleurs étaient adressés à son père coréen comme pour lui demander de s'occuper de son père idiot.
Les murs de sa chambre s'étaient mis à tourner plus certainement mais il avait mis toute sa concentration à ne rien laisser paraître « J'enfile juste une chemise et on y va... »

C'est sûr, c'était beaucoup mieux de faire comme si de rien n'était. Il n'était pas tombé. Il n'avait pas perdu connaissance dans cette salle de bain. Tout allait bien.
C'était vrai. Tout ce qu'il avait à faire c'était promener Umberto maintenant. Tenir bon un peu pour ne pas tout faire planter. Et puis le ramener avant d'aller à l'hôtel. Il enverrait un message à Saeko avant de dormir un peu. Dans cet ordre, c'était mieux.
Malgré la fatigue, malgré les vertiges et les signaux désagréables que son corps lui renvoyait et que lui tentait de cacher de son côté, il y avait également eu cette angoisse qu'il n'avait pas été capable de dissimuler entièrement derrière ses traits.
Il ne pouvait pas s'endormir ici.
Il ne pouvait pas se montrer comme ça alors que Mikio était là.
Il devait fuir. Maintenant. Le plus tôt serait le mieux.
C'était son obscurité. Elle ne se partageait pas. Et ça aussi il l'avait accepté.


   
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     Dim 12 Fév 2017 - 16:31

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Naomi

Se concentrer. Ne pas céder à la panique. Naoki allait se réveiller. Et s’il ne le faisait pas ? Si c’était plus grave ? Non. Il devait se concentrer. Terminer de composer ce numéro dont les touches semblaient lui échapper. Pourquoi ? Pourquoi il n’avait pas réagi plus tôt ? Pourquoi il l’avait laissé faire alors qu’il l’avait compris… ? Que ça n’allait pas. Et que ça ne datait pas seulement de ces vacances. Ni même de Jin Ah. Depuis combien de temps Mikio se voilait-il la face ? Depuis combien de temps Naoki repoussait-il ses limites ? Depuis combien de temps Mikio était un parfait abruti ? Ca, probablement depuis toujours. S’il l’avait accepté depuis longtemps, il ne se pardonnait pas cette faute là. Ce n’était pas qu’une faute… c’était une erreur qui aurait pu être bien plus grave. Qui l’était peut-être en vérité, il n’en savait rien…. Tout ça parce qu’il avait hésité. Parce qu’il avait eu peur de le froisser… Parce qu’encore une fois il montrait à quel point il était lâche en fuyant ses responsabilités… Une crainte idiote ou une excuse derrière laquelle se cacher ? S’il voulait réellement protéger Nao aussi bien qu’il le disait il ne devait pas se laisser dominer par cette menace de départ qui le hantait depuis ce soir là. C’était un prétexte facile… pour ne plus hurler… pour ne plus craindre de le perdre…. par sa faute. Crétin. Idiot. Abruti. Les mots lui manquaient pour se qualifier… Comment pouvait-il être aussi égocentrique et stupide ? Il ne supportait pas l’idée que Nao puisse partir à cause de lui…. mais sa connerie avait failli lui couter la vie. Non, il n’y avait pas de mot acceptable pour le désigner à cet instant. Il se détestait. Et même si Nao se réveillait, il ne savait pas s’il serait capable de se pardonner… Il était celui qui voulait tant protéger le garçon. Il se targuait de s’être approprié ce rôle. Il avait toujours cru le prendre trop à coeur… Et maintenant, Nao était dans son lit, les yeux clos, le front brûlant… Quel brillant protecteur il faisait. Il était pitoyable. S’il avait mérité un tant soit peu ce rôle alors il n’aurait pas eu peur de voir de nouveau disparaitre ces valises dans le coin de sa chambre. Il n’aurait pas eu peur de se montrer plus ferme avec lui sans risquer de perdre le contrôle. Il n’aurait pas eu peur d’aller jusqu’au bout de ses questions… quitte à pousser Nao dans ses retranchements pour comprendre…. Nao n’allait pas bien. L’épisode Jin Ah passé, aucune amélioration n’était constaté. Mais ce problème de sommeil, ça ne datait pas d’hier… ces cauchemars à répétition… cette crainte qu’il sentait chez Nao….
Peut-être qu’il mélangeait tout sur le moment. Toutes ses pensées étaient trop embrouillées. Il en avait presque eu un vertige tandis que ses doigts appuyaient enfin sur la dernière touche… Oui, il allait déjà appeler un médecin. C’était le mieux à faire avant de se maudire. Ca ne l’empêchait pas de le faire en même temps ceci dit…. Mais il devait se recentrer… Naoki importait plus pour le moment. Il aurait tout le temps de régler ses comptes avec lui-même plus tard après tout.

Le Coréen secoua la tête pour s’obliger à fixer l’écran de son téléphone et relire les chiffres pour vérifier qu’il s’agissait du bon numéro. Son pouce survola la touche verte… mais un gémissement l’empêcha d’aller jusqu’au bout du geste. Les cinq sens en alerte, le chanteur s’était aussitôt figé à ce son et sa tête s’était immédiatement tournée vers le lit en priant pour que ce bruit ne provienne pas d’Umberto. Parce qu’il ne voulait pas commencer à se faire de faux espoirs, mais son coeur était trop faible pour pas s’affoler au moindre signe… Finalement, s’accrocher à l’espoir, c’était tout ce qu’il avait à cet instant. Ca et ce médecin qu’il n’appellerait visiblement pas tout de suite parce qu’il venait d’abandonner son téléphone sur le meuble pour retourner au plus vite auprès de Naoki.
Au vu de l’agitation d’Umberto, l’aîné comprit qu’il n’était pas en train d’halluciner. Ou alors ils étaient deux. Mais non… Les paupières de Nao tressaillirent et se furent bien ses yeux qu’il redécouvrit malgré leur difficulté à rester ouvert. Nao était encore dans les vapes mais…. le soulagement envahit la poitrine de Mikio. Agenouillé près de celui qui lui avait donné la frayeur de sa vie, il ne chercha même à retenir ce long soupire qui ne traduisait que trop bien toute la peur qu’il avait ressenti. Son coeur battait de nouveau un peu trop vite, mais moins douloureusement… Son regard se perdit sur ce visage embrumé et sa main se tendit seule vers ce front qu’il était venu caresser avec précaution comme pour l’encourager à revenir doucement parmi eux. Peut-être qu’un juron lui avait échappé mais il avait dû être parfaitement inaudible dans son soupire avant qu’il ne souffle plus distinctement bien que toujours à voix basse : « Bon retour parmi les vivants… » Oui, c’est ça. Fais de l’humour alors que t’étais au bord de la crise de nerf tout juste cinq secondes auparavant.

Quand son regard croisa le sien, le Coréen comprit que son cadet n’était pas tout à fait redescendu. Il avait perdu connaissance et même s’il ne savait pas trop dans quelles conditions, il entendait bien que Nao pouvait être perdu. Son regard se fit un instant plus concerné… Si Nao reprenait conscience, une mauvaise chute pouvait tout aussi bien se révéler plus grave par d’autre manière…. Néanmoins, il sentit son coeur se libérer d’un poids à l’entente de ce surnom familier….  « Oui, je suis là… » lui répondit-il avec douceur, de nouveau bien incapable de cacher son soulagement. Nao était bien là et il semblait se souvenir de lui…. C’était une crainte qu’il pouvait éloigner. Et pour entamer de la balayer, les caresses sur le front du plus jeune se firent plus présentes mais pas moins tendres. « Comment tu te sens ? » D’accord, la question était un peu idiote. Nao avait perdu connaissance et s’était probablement fait mal en tombant. S’il lui répondait que tout allait bien, Mikio saurait définitivement que l’étudiant le prenait pour le plus attardé des demeurés…. Remarquez, il n’en était pas si loin. Et c’était probablement pour cette raison qu’il ne se fâcherait pas sur le moment. « Tu es tombé », ajouta-t-il sur le même ton doucereux pour aider Nao à s’y retrouver. « T’as mal quelque part ? » Sa main glissa lentement sur sa tête dans le but de l’examiner. Il l’avait vu toucher le côté de son crâne juste avant et, tournant son visage pour vérifier, constata effectivement : « Ouai… t’as une vilaine bosse… » Ses sourcils se froncèrent. Nao s’était cogné la tête…. il espérait réellement que ça ne serait pas plus grave qu’une bosse. Se mordant l’intérieur de la joue, il songea que du froid lui ferait sans doute du bien.

Ses yeux dérivèrent sur leur chien qui s’affairait à examiner tout aussi bien son papa du bout de la truffe. Si l’animal avait l’air aussi soulagé que lui de retrouver Naoki vivant, l’inquiétude ne l’avait visiblement pas quitté. C’était fou de penser qu’il ressentait les choses aussi fortement qu’eux… Mais personne dans cet appartement n’en doutait. Heureusement qu’il était là… Combien de temps Mikio aurait-il mis pour trouver Naoki si Umberto ne s’était pas mis à pleurer ? S’il n’était pas venu le chercher pour lui faire comprendre que l’Italien était toujours ici… et mal en point….. Le plus vieux déglutit. Il ne voulait pas l’imaginer. Umberto était un héros. Et pour cette raison, le chanteur l’avait remercié d’une caresse reconnaissante sur son encolure et un faible sourire avait trouvé ses lèvres… Non, il ne regretterait jamais de l’avoir sauvé de la concierge leur bébé.
Mikio aurait pu continuer à se perdre en compliment pour leur enfant à quatre pattes cependant Nao avait eu le don de regagner toute son attention en une phrase.
Pardon ?
Est-ce qu’il plaisantait ?

« Wowowow, où tu crois aller comme ça ? »

Sa main s’était pressé sur l’épaule de Naoki dans le but de le retenir. Promener le chien ? Dans son état ? Non, c’était sûr maintenant, il prenait Mikio pour un con. Ou alors il n’avait définitivement pas compris que l’aveugle ne l’était pas réellement…. ? Mais même lui. A quoi est-ce qu’il pensait ? Il le voyait bien non ? Qu’il peinait à se redresser…. Comment pouvait-il ne serait-ce que formuler cette proposition ?

« Tu vas nulle part, Naoki. T’as de la fièvre. Allonge toi… »

D’une pression sur l’épaule, Mikio l’encouragea à se recoucher. Son ton, loin d’être suppliant s’était fait ferme. Il n’avait pas terminé de se maudire, mais s’il avait tardé à agir, il pouvait au moins l’empêcher de faire d’autre connerie. Son petit jeu avait assez duré, il était temps que Mikio ne le laisse plus faire n’importe quoi. Et ça commençait pas l’empêcher de sortir de cette chambre…. Sa main glissa sur son pantalon qu’il tira légèrement au niveau de la ceinture. « Change toi, tu seras plus à l’aise. Et mets toi dans les draps. » Si Nao avait de la fièvre, il n’allait pas tarder à avoir froid. Il pouvait rester en boxer dans son lit et s’il avait trop froid, Mikio lui donnerait un t-shirt… Il craignait qu’en le couvrant trop, la fièvre s’aggrave. A cette pensée, ses phalanges avaient de nouveau glissé sur son front pour jauger la température…
Dans un soupire, Mikio se releva.

« Bouge pas, je reviens. Je vais chercher de quoi mettre sur ta tête… »

Pour sa bosse et sa fièvre…. C’était au moins une chose qu’il pouvait faire. Quittant finalement des yeux son cadet, il se dirigea vers la porte de la chambre mais avant de la franchir, se retourna une ultime fois, le regard sévère avant d’avertir : « Et t’as pas intérêt à te lever ! » Nao était têtu, il était capable de profiter de son absence pour s’habiller et faire semblant d’être guéri. Ce qui en soit ne serait pas crédible une seconde. Heureusement, de la cuisine, Mikio avait le temps de le voir venir si son malade souhaiter fuguer. Néanmoins, il préférait qu’il ne se fatigue pas à se lever… Il avait peur qu’il retombe encore une fois…. D’un regard entendu échangé avec leur fils, Mikio lui demanda de le surveiller le temps qu’il revienne…

Il ne traina pas. Une fois dans la cuisine, il se dépêcha de sortir des glaçons qui enroula soigneusement dans un torchon propre pour faire une poche de glace. Il espérait que ça le soulagerait au moins un peu même si ce n’était sans doute pas très agréable.
Il mit moins d’une minute pour revenir jusqu’à la chambre où ses genoux retrouvèrent rapidement le sol près du lit de Naoki. « Tiens, mets ça sur ta bosse… » S’il lui tendit la poche de fortune, il lui appliqua en vérité lui-même et la maintint contre son crâne avec précaution. Son autre main vint balayer doucement les mèches sombres qui couvraient son front. Il était vraiment chaud…

« J’allais appeler le médecin avant que tu te réveilles », se souvint-il en cherchant son téléphone du regard. « J’peux pas te laisser comme ça… »

Plus vite il saurait ce que Nao avait, plus vite il pourrait le soigner et mieux s’occuper de lui.  
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     Dim 12 Fév 2017 - 19:22
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EXORDIUM.
Qu'est-ce qu'il avait foutu pour merder à ce point ?
Il aurait du quitter le lit plus tôt. Mikio se serait inquiété mais il aurait toujours pu inventer une excuse le moment venu. Quelque chose à faire. N'importe quoi ! Il était du matin, dans le fond, ce n'était pas si étonnant que ça. En fait, avant de connaître Mikio, il n'avait jamais traîné une seule fois au lit. Les bras de son coréen avaient tout changé et il est vrai qu'avant, il lui arrivait souvent, le week-end, de traîner au lit dans ses bras même quand il était réveillé depuis un moment. Parce qu'il était faible et qu'il se sentait si bien contre lui, il était capable de rester là pendant des heures à simplement laisser ses doigts glisser sur cette peau qu'ils affectionnaient trop. Il le ferait encore s'il n'y avait pas cette nécessité de se lever pour aller prendre du repos à l'hôtel... pour affronter de nouveau ses cauchemars dans le seul but de tenir bon et de sauver les apparences devant Mikio.
Mais ce matin, il avait conscience qu'il avait trop tardé dans ces bras là. C'était le seul tort qu'il se donnerait parce qu'il était convaincu de faire au mieux avec le rôle que la vie lui avait donné. Le rôle d'une personne abîmée, faible qui passait chacun de ses jours à lutter pour garder sur le visage les traits d'un autre... les traits d'une personne comme les autres qui n'attirait pas les mauvaises questions sur le nom "Serizawa". Et même si aujourd'hui ce n'était plus ce nom qu'il protégeait, même s'il en allait toujours d'un masque pour cacher cette honte qu'il éprouverait sans relâche pour celui qu'il était vraiment, c'était aussi pour Mikio qu'il faisait tous ces efforts, qu'il se forçait autant au lieu de simplement baisser les bras dans une chambre d'hôtel, plongée dans le noir, à attendre qu'on veuille bien l'épargner un peu.

Il avait échoué.
C'était ce qu'il retiendrait de cette chute. C'était ce que le visage de Mikio lui soufflerait et lui soufflait déjà.
Une fois encore, il n'avait pas su être autre chose qu'une source de soucis pour lui. Il aurait aimé pouvoir s'en sortir aussi bien avec lui qu'avec les autres. Mais entre eux et les autres, il ne pouvait y avoir aucune ressemblance visiblement....
Pourquoi est-ce que Mikio tenait autant à lui ? Pourquoi est-ce qu'il se souciait de lui ? Pourquoi est-ce qu'au lieu de s'éloigner, il semblait se borner à s'attacher à lui ?
Il ne le comprendrait jamais. Il n'y avait rien de logique là dedans. ça ne suivait pas les règles.... Ils n'étaient pas compatibles tous les deux. Mikio était supposé être une personne inaccessible pour son coeur. Une belle lumière qu'il ne pouvait que regarder sans la toucher, sans jamais l'approcher... et juste cette logique aurait été un cadeau beaucoup trop parfait pour lui.
S'il était normal qu'il s'attache à lui. S'il ne pouvait pas lutter à l'aimer autant. Non, Mikio ne devait pas.... fronçant les sourcils un moment, sa réponse aux mots du coréen n'avait été qu'un soupir trop prononcé.
S'il avait eu la politesse de ne pas le prendre pour un con en faisant comme si de rien était, il se serait excusé...

Mais à la place, et malgré les caresses qui appelaient un comportement un peu plus correct, sa tête s'était hochée faiblement dans un très crédible « ça va. » et si quelques secondes plus tard sa tête s'était secouée, il pouvait très bien avoir le culot de nier être tombé ou avoir mal quelque part.
Son corps ne lui obéissait définitivement plus pourtant. Il avait mal comme s'il avait trop forcé ces derniers jours et il sentait que chaque mouvement lui coûterait l'énergie qu'il n'avait déjà plus. Quelques heures. Pas plus. Peut-être que s'il se reposait jusqu'au soir à l'hôtel, ce serait suffisant. Il reviendrait en pleine forme ce soir et Mikio et lui ne parleraient plus jamais de ce petit incident.
... oui, comme quoi, même lui pouvait toujours avoir de l'espoir. A son niveau, c'était plutôt de l'obstination.
Gémissant en sentant la main de Mikio sur sa bosse, il pouvait tout aussi bien l'avoir fait parce que ça lui faisait mal ou parce qu'il se plaignait du fait que son aîné fasse ce constat de plus « C'est rien... ça va... » et on optait pour la deuxième solution.

Comment est-ce qu'il avait fait pour tomber ici ?
Que Ren ait constaté sa faiblesse en Australie lui posait moins de problèmes. S'il y avait une personne qu'il ne souhaitait pas inquiéter, c'était Mikio, sans l'ombre d'un doute possible.
Et c'était pour sauver les apparences, protéger ce qu'il pouvait encore protéger, qu'il avait tenté de quitter son lit. Plus vite il se trouverait à l'hôtel, mieux ce serait. Personne ne pouvait le voir là-bas. Il pouvait être faible avec lui pour unique témoin. C'était permis. Il ne pouvait pas se décevoir davantage et il ne s'inquiétait jamais pour lui-même. Son corps avait été formé à bien supporter les chocs. Il s'en tirerait parfaitement à condition de parvenir à s'évader...
Est-ce qu'il avait sincèrement penser que Mikio le laisserait se lever ?
Son cerveau ne marchait plus correctement. Il était embrouillé, harcelé par une migraine et par les vertiges. On l'excuserait.
Mollement, sans force, son corps avait retrouvé le matelas dès cette main pressée sur son épaule. D'un soupir et de quelques mots, il s'était plaint :

« Promener Umberto. Je viens de le dire. » oui... quelle question stupide enfin ! « Michan... » et ça l'était visiblement encore plus de ne pas le laisser se lever vu son nouveau soupir et cette plainte qu'il avait formulé « J'ai pas de fièvre. » quelle idée grotesque. Pour avoir de la fièvre, il fallait être malade et lui ne l'était pas jusqu'à ce qu'il en ait décidé autrement « Je suis italien. » et donc ? « Ma température est plus élevée que la moyenne. » comme quoi, on pouvait se sentir faible et dire autant de conneries à la minute.
Que Mikio n'insiste pas, il n'admettrait jamais être malade. Tout comme il n'avait pas admis sa fatigue. Un miracle ne se produirait pas aujourd'hui et il comptait bien sortir pour suivre son planning habituel.
Quoi ? Maman Michan n'allait tout de même pas le retenir ici contre son gré. C'était un crime. Et surtout très inutile. Ou plus justement angoissant vu que son corps s'était agité pour tenter de protester à nouveau, sans succès.
Il allait bien. Pourquoi Mikio ne voulait pas le voir ? Tout ce qu'il avait à faire pourtant c'était d'accepter la version officielle. Ce n'était pas si compliqué.
Tout comme il était simple pour lui de s'obstiner dans la stupidité en répondant à cette main sur son pantalon :

« Qu'est-ce que tu fais ? Je pensais que tu voulais attendre le mariage. » qu'est-ce qu'il racontait maintenant ? « Mais si tu veux, on peut se faire un câlin avant que je parte. » sans rire Naoki... « Tu choisis la position ! »  .... arquant un sourcil, il avait tenté d'analyser quelques secondes sa réplique avant que sa main ne vienne à nouveau frotter ses yeux. C'était une technique pour convaincre Mikio qu'il allait bien ? « Touch my body... body... touch my body... body. » la prochaine fois, sa voix se ferait moins faible pour le chanter. Il pouvait faire mieux. Oui. Et il s'était maudit d'un nouveau gémissement comme si sa connerie lui coûtait trop d'énergie.
Ou alors, il avait devancé ce "bouge pas" de son aîné. Mais dire qu'il n'avait besoin de rien pour sa tête, il ne l'avait pas fait. Un « Hum. » tout au plus pour accueillir l'avertissement tandis que ses yeux suivaient maman jusqu'à ce qu'il disparaisse de la chambre.
Pas intérêt à se lever...
S'il s'était répété ses mots dans sa tête, il n'en n'avait pas moins tenté l'expérience sitôt le coréen parti. Avec obstination, sa main s'était tendue vers le chevet où elle s'était serrée et il s'était tourné sur le côté avant que ses pieds ne prennent la direction du vide... action accueillie par un aboiement de son chien.
....
S'il avait posé le doigt sur sa bouche pour lui intimer le silence, un nouveau mouvement lui avait valu un second aboiement et un Umberto qui avait sauté à moitié sur le lit pour poser ses deux pattes avant sur sa hanche dans un ultime avertissement. Le traître.
Ils n'étaient pas supposés se soutenir en tant qu'italiens ? Normalement oui.

Mais savoir à qui devait aller la fidélité du chien n'était pas tellement sa priorité. Il voulait partir. Maintenant. Tant pis pour la promenade. Il devait passer une chemise, prendre son sac, ses clés de voiture et filer à l'hôtel. Il ne pouvait pas rester là. S'il sombrait à nouveau dans l'inconscience maintenant.... Mikio ne devait pas le voir comme ça... et à cette crainte, sa respiration s'était accélérée légèrement.
Garder son calme. Il pouvait encore se l'ordonner malgré le désordre dans ses pensées.
Baissant le regard vers son chien, il n'avait pas jugé que cette vision floue était très alarmante. Une nouvelle fois, ce n'était qu'un peu de fatigue tout au plus. Il pouvait gérer tout ça. Mikio n'avait pas l'air tellement d'accord mais il était grand, il savait ce qu'il faisait et... pourquoi il était déjà là ?
Aucune idée. Mais à la vue de son aîné, son dos avait retrouvé le matelas dans la plus parfaite des innocences. Il n'avait pas bougé. C'était faux. Qui osait dire le contraire ?

« ça va... c'est rien... pourquoi t'es comme ça ? » une question posée tandis que la poche de glace rencontrait sa bosse. Il n'avait fallu que quelques secondes pour que la sensation de froid ne l'atteigne et qu'un frisson ne vienne traverser son corps. Aussitôt, sa main s'était saisie sans force du poignet du coréen dans un constat plaintif « C'est froid... » oui... c'était de la glace. La glace c'est froid.
Fermant cependant les yeux aux doigts sur front, il avait soupiré... un instant de faiblesse bien trop court. Quelques secondes plus tard, il se secouait intérieurement et son regard retrouvait celui de Mikio.
Il ne devait pas se laisser aller maintenant. Juste un peu et il sombrait à nouveau. Il devait tenir bon et par...tir....
Pour le coup, les mots du coréen avaient eu le mérite d'ouvrir ses yeux plus grand. Comme pour le retenir, son autre main était venue chercher le deuxième poignet de Mikio et s'y était pressée tandis que sa voix cédait à la panique « Non. Pas le médecin. » tout sauf le médecin. Il n'en n'avait pas besoin. Il n'était pas malade « J'ai ce qu'il faut... » relâchant la main qui s'occupait de sa bosse, il l'avait tendu vers l'étagère du mur d'en face avant d'ajouter « Là... sur l'étagère... la trousse... » il était évident qu'il ne pouvait pas pointer le sac qu'il prenait toujours pour aller à l'hôtel. Mais il avait tout ce dont il avait besoin là-dedans. De quoi le faire tenir un peu jusqu'à aller se reposer ailleurs... il aurait dû commencer par ça ce matin... « C'est que... un petit rhume... un truc comme ça... ça va passer... c'est pas grand chose... je vais prendre un cachet ou deux et après je pourrai me lever et y aller...  »

Oui... voilà... c'était ce qui marchait le mieux sur lui. Pour aller mieux, il avait besoin de se secouer, de n'offrir aucun répit à son corps pour que ce dernier finisse par lui obéir.
Mikio devait le laisser faire. Il savait mieux que lui...


   
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     Lun 13 Fév 2017 - 17:56

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Naomi

Donc, Nao le prenait bien pour un abruti. Définitivement. Au moins, il était fixé. Il ne se poserait plus la question à l’avenir parce que son cadet ne pouvait pas lui avoir donné de meilleure réponse. Cependant, si en temps normal il se serait fâché dès cette première réponse, il n’avait rien dit. Ni à la première, ni à la suivante. Parce qu’en dépit du maigre espoir qu’il avait nourri, Mikio s’y attendait à ses fausses réponses rassurantes. Alors, il s’était contenté de les accepter sans un mot et sans y croire et avait cherché à s’assurer lui-même des dégâts. Bien sûr, Nao n’allait pas bien… mais à quel point ? Il tenta d’ignorer la plainte du plus jeune tandis que ses doigts passaient sur sa bosse, comprenant que cet examen ne lui convenait pas. Mais il avait culpabilisé aussitôt…. il ne voulait pas non plus lui faire mal. Il s’était donc excusé furtivement en laissant sa tête tranquille une fois son pseudo contrôle terminé.
S’il n’était pas fâché après Naoki… il aurait quand même aimé que le garçon se montre un peu plus honnête. Déjà pour savoir réellement où il avait mal et s’il pouvait faire quelque chose, mais aussi…. parce que ça lui faisait de la peine de constater une fois de plus que Nao refusait de s’appuyer sur lui. Son coeur se comprima… Etait-ce tout ce qu’il aurait toujours ? Des ça va qui sonnaient tous faux ? Des mensonges toujours qu'il ne se targuait plus à force de connaitre par coeur… ? Comment devait-il s’y prendre pour que Nao cesse de faire semblant avec lui ?

Ceci dit, au delà d’encaisser des mensonges, il y avait une épreuve plus coriace qui l’attendait : convaincre Naoki de rester tranquille. Oh ça, il l’avait vu venir d’ici que ça ne serait pas une tâche facile. Son Italien était du genre déterminé quand il se mettait une chose en tête et il savait malheureusement que trop bien s’y prendre pour piéger son aîné. Or maintenant, il n’était pas question de le laisser faire. Même si Nao s’obstinait…
Oui, ça, il avait bien compris qu’il allait promener le chien. Bien sûr, dans cet état, oui. Et il ne voyait pas le problème. Mais s’il voulait notre avis - n.d.a : avis largement partagé par Mikio ici présent, ce qui était assez rare pour le souligner ! - le problème était bien que la promenade d’Umberto ne s’étendrait pas plus loin que le pallier pour les plus optimistes….. et que ce dernier risquait fortement de ramener Naoki dans le salon en le trainant par la laisse. Nao n’irait nulle part avec cette fièvre. Et la vérité c’était que Mikio n’aurait pas dû attendre cette dernière pour empêcher le plus jeune de vadrouiller… Il se sentait largement coupable de l’avoir laissé faire alors qu’il abordait depuis trop longtemps des traits si creusés….
Mais bien sûr, Naoki n’avait pas de fièvre. Oui, tout à fait. Le regard du Coréen était rempli d’approbation en le fixant de cette façon. Si ce gosse n’avait pas de fièvre, lui il était champion au 110 mètres haie. C’était ce qu’il s’apprêtait à lui répondre avant que sa bouche ne se referme sous la justification de Naoki.
Sérieusement ?
C’était ce que traduisait parfaitement ses yeux qui avaient redoublé d’insistance à sa réponse. Ca et le désespoir en anticipant que cette connerie là n’était certainement pas isolée…. Sans sourciller, il ordonna : « Au lit. »
Non, il n’avait rien ajouté à ça. Parce qu’il savait que répondre sur ses origines, ou même répondre quoique ce soit d’autre, c’était rentrer dans un jeu risqué où Nao, même malade, risquait de sortir gagnant. Parce que lorsqu’il fallait jouer au plus con, l’étudiant était définitivement meilleur que lui et le Coréen finissait toujours par se faire avoir. Et ce n’était pas le moment. Non, maintenant, Mikio devait se montrer sérieux pour s’assurer que Naoki reste bien au lit même si…
…. même si l’aîné avait le chic pour creuser sa propre tombe. Oui, si cet idiot avait un peu réfléchi, il aurait anticipé la suite et laissé ce pantalon tranquille…. Quoique… Est-ce qu’on pouvait vraiment être préparé pour ça ?

Sa main s’était arrêté à la suite de sa question et ses yeux avaient retrouvé les siens. «  » Ce genre de remarque, ça faisait longtemps qu'il n’en avait plus entendu. Mais il avait froncé les sourcils pour ne pas se laissé déstabiliser. Outre le scandale de la bêtise, c’était une certaine nostalgie qui avait rendu son geste hésitant avant qu’il ne se force à se recentrer. Nao voulait mieux l’endormir pour s’évader…. même s’il n’irait probablement pas bien loin. Alors pour la position, c’était vite vu … « Allongé et sous le draps. » Oh oui, il savait, c’était beaucoup moins drôle que la bêtise d’un rital mais il ne pouvait pas se permettre de rentrer dans son jeu et ….
…. Sistar. Il avait fallu que Nao chante. Evidemment. Son oeuvre n’aurait pas été complète sinon. Il avait peut-être plus de fièvre qu’il ne croyait ? Il fallait refroidir cet Italien et vite ! Mais en vérité, Nao avait beau eu essayé de l’allumer, Mikio n’en retenait que la faiblesse de sa voix. C’est vrai qu’une fraction de seconde, ses lèvres s’étaient légèrement étirées. Parce qu’au fond, la bêtise de l’italien lui avait manqué. Il se rendait compte que ça faisait un moment qu’ils n’avaient plus joué à être idiots. Que leur jeu de couple de parfait crétin avait cessé, qu’ils soient amants ou fiancés…. la nouvelle mode avait été d’être « ami pour de vrai ». Seulement, il était bien connu que Mikio ne suivait pas ces conneries là… Et d’un côté, il s’était senti un peu heureux de retrouver ses vielles habitudes. Même si c’était avant tout pour l’enfumer, il y avait ce manque qui adoucissait son ressentiment. Cependant, en dehors de la nostalgie, son coeur s’était serré. Nao était surtout malade…. Et sa main abandonna son pantalon pour se reposer sur son front. Il valait mieux pour tous les deux que Mikio aille lui chercher quelque chose de frais.

Alors, ignorant les protestations suivantes et après un dernier avertissement, le plus vieux s’était éclipsé de la chambre. S’il n’avait déjà pas eu l’intention de trainer, il avait accéléré la cadence dès le premier aboiement d’Umberto. Est-ce que son chien le prévenait ou engueulait Naoki ? Les deux étaient possibles et il en aurait presque pleurer de joie tant le geste était beau et rare. Leur fils avait une nette tendance italienne qu’il n’ignorait pas et une aversion pour le léopard… mais ce qu’ils avaient d’en commun tous les deux, c’était leur amour pour Naoki. De ce fait, Mikio ne doutait pas qu’une alliance était possible. « Naoki, j’ai dit au lit ! » Sa voix s’était élevée depuis la cuisine où il avait terminé de nouer son torchon plein de glaçon. Il avait ensuite pressé le pas pour retrouver la chambre où il s’attendait à trouver un Nao en pleine tentative de fuite. Et il ne s’était pas trompé… sa tentative ratée ne lui avait pas échappé, qu’il s’agisse de sa fugue ou de faire l’innocent. Secouant la tête d’un air désapprobateur, il était passé outre pour retrouver son chevet et lui appliquer la poche de glace sur la tête.

« De rien… » grommela-t-il à la remarque de Nao. Ce gosse… Il ne pouvait pas se laisser faire au lieu de lui râler dessus ? Mikio s’occuperait de lui, qu’il le veuille ou non. Seulement, il sentait bien que le garçon n’avait aucune intention de lui rendre la tâche facile. Un soupire quitta ses lèvres. « Et toi pourquoi tu poses des questions aussi idiotes ? » Il n’avait pas voulu être méchant. A vrai dire, son ton n’était même pas agressif. En fait, il y avait même comme une ponte de lassitude. Devait-il vraiment répondre à cette question ? C’était révoltant que Nao demande… Pourquoi il était comme ça ? Pourquoi il s’occupait de lui ? Parce qu’il était malade bien sûr. Parce que c’était normal, surtout quand il avait failli une première fois à sa tâche. Parce qu’il devait veiller sur lui, toujours. Il ne voulait plus prendre de risque, jamais. Parce qu’il tenait à lui. Comme il n’avait jamais tenu à personne… Parce qu’il l’aimait…
Tout ça, ce n’était pas évident ?
Ses gestes sur son front s’étaient naturellement adoucis mais il avait marqué une pause à cette main qui avait saisi son poignet. Surpris, il avait regardé Nao et par réflexe, comme s’il craignait de lui avoir fait mal, avait retiré un instant la poche de glace de son crâne. « Excuse-moi, » souffla-t-il avant de reprendre ses caresses sur son front. Oui, il se doutait que c’était froid… « Ca va te faire du bien… » Son ton s’était fait plus doux en la ramenant contre sa tête en faisant au mieux pour se montrer plus délicat. Pour le froid… Non il ne pouvait réchauffer la poche, ce n’était pas le but mais au moins : « Couvre toi si tu as froid. » Il lui avait déjà dit mais il se doutait que ce ne serait pas la dernière fois qu’il le répéterait. Néanmoins, sa voix n’avait trahi aucune impatience.

Continuant d’appliquer le froid sur sa bosse, Mikio avoua finalement qu’il comptait appeler le médecin avant que Nao ne se réveille. Cependant, sa réaction le surpris au point qu’il sursauta légèrement dans un petit « Ah ! » à cette seconde main sur son autre poignet. D’accord, il s’attendait à ce que son cadet ne se montre pas très coopératif mais…. pourquoi avait-il l’air si paniqué ? Il fronça les sourcils, confus. « Mais Nao… » Il avait néanmoins suivi ce doigt du regard vers l’étagère indiquée. Il ne lui confierait pas qu’il n’avait pas vraiment besoin qu’il lui montre cette trousse… Mikio savait pour les cachets. Et son ventre se noua. Mais il n’eut pas le temps d’être plus mal à l’aise car sa tête se secoua sous la conclusion inacceptable de Naoki. Prendre un cachet et y aller… Dans ses rêves oui ! « Non non, c’est pas un rhume ça, Nao. » Il n’était pas médecin, et alors ? Fallait-il vraiment l’être pour se rendre compte que le plus jeune n’avait pas qu’une petite faiblesse ? « Hors de question que je te laisse vadrouiller dehors dans ton état. Tu dois te reposer. » Sa main avait glissé pour venir se saisir de celle qui la tenait pour la serrer doucement. C’était évident que quoique Nao avait, il lui fallait avant tout du repos… Il en avait déjà besoin avant cette fièvre. S’il forçait trop, il allait seulement aggraver son état.
Néanmoins, son regard se tourna de nouveau vers l’étagère. Il n’était pas question de suivre les instructions de Naoki à la lettre, mais il y avait peut-être dans cette trousse de quoi faire baisser un peu la fièvre et le soulager… si seulement il savait ce qu’il avait exactement. Et puisque Naoki se refusait à se livrer plus, il n’allait pas aller bien loin sans médecin. Un soupir lui échappa. « Tiens ça, » lui intima-t-il en désignant la poche de glace avant qu’il ne se lève pour récupérer la trousse. Une fois devant l’étagère, il déglutit. La scène lui était un peu trop familière pour qu’il ne soit pas un tant soit peu mal à l’aise…. Et comme le piètre menteur qu’il faisait, il ne put s’empêcher de jeter un oeil à l’unique témoin de son presque-crime comme s’il craignait qu’Umberto ne le dénonce. Crétin… Attrapant la trousse, il revint à son chevet et s’asseyant cette fois au bord du lit. Il ne la confia cependant pas à Nao.

« Qu’est-ce que tu veux ? »

Il préférait les lui donner lui-même après avoir vérifié de quoi il s’agissait. S’il ne doutait pas que depuis le temps, Nao devait savoir y faire avec les médicaments, il ne voulait pas qu’il prenne n’importe quoi. Et plus précisément, quelque chose qui pourrait cacher des symptômes ou lui permettre de lui faire croire que tout allait mieux le temps d’une fugue. Bien sûr, il souhaitait soulager Nao, le but n’était pas de le torturer… mais ça ne devait pas lui servir d’excuse. « Tu devrais quand même te faire examiner… ça sert à rien de se bourrer de médocs si on sait pas ce que t’as. » Les médicaments ne pouvaient être que provisoire. Soigner des symptôme sans traiter la maladie, c’était comme vider l’eau d’un bateau en train de couler sans colmater la brèche. Ca ne tenait pas la route. Et même s’il ne voulait pas y penser, il ne pouvait pas non plus ignorer la possibilité qu’il s’agisse de quelque chose de plus grave… Il le craignait d’autant plus que Nao se trainait cet état déplorable depuis trop longtemps.  
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     Lun 13 Fév 2017 - 21:55
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EXORDIUM.
Il irait mieux. Dans quelques minutes il irait mieux. Enfin, il pourrait faire semblant d'aller vraiment mieux. C'était tout ce qu'il demandait. Il ne demandait pas à être réellement en bonne santé, juste à l'être suffisamment pour être en mesure de convaincre Mikio qui consentirait enfin à le laisser sortir de l'appartement. S'il était toujours dans son lit, c'était bien qu'il n'était pas assez convaincant maintenant.
Est-ce qu'il avait autant mauvaise mine que ça ?
....
Il fallait le comprendre, il était un Serizawa... et pas n'importe lequel. Il était celui qui avait été formé à mentir depuis presque toujours. Son père lui avait tout enseigné dès son plus jeune âge pour s'assurer la sécurité de leurs petits secrets. Mentir, c'était quelque chose qu'il faisait définitivement mieux que respirer. Alors pourquoi ça ne prenait pas maintenant ?
Oui, se demander si sa mine était si mauvaise que ça n'était pas une question aussi stupide qu'on pouvait le penser.
Il devait être dans l'un de ces jours-là... ceux où il se faisait autrefois réprimander par son père qui lui interdisait de quitter sa propre chambre jusqu'à ce qu'il retrouve une contenance, une attitude, sa fierté quelque part sur le sol peut-être. Ceux où son géniteur lui accordait un peu de répit... un répit au goût amer qui signifiait pour lui que la prochaine fois serait plus difficile... parce qu'il se ferait punir pour n'avoir pas su mentir.
Alors non, il n'était pas seulement un bon menteur, il était le meilleur d'entre eux. Il avait été formé à la dure. Mikio ne le comprendrait jamais... pourquoi les façades étaient quelque chose dont il ne se passerait jamais. Il ne le saurait jamais que ce n'était pas une question de mensonge pour lui mais une question de survie, le moyen de s'épargner un peu et d'affronter une journée en limitant les dégâts qu'il aurait à subir.

Ne pas mentir. Dire la vérité. C'était quelque chose d'inconcevable pour lui.
En fait, il savait qu'il la trouvait effrayante cette réalité. Parce qu'au fond de lui, il avait appris à détester cette faiblesse dont il faisait preuve mais qu'il masquait sous les apparences.
ça le terrifiait qu'on puisse le regarder et l'identifier à une personne faible... qu'on voit des points communs avec celui qu'il était vraiment dans le fond. Oui, parfois il se le disait bien... son père l'avait si bien dressé. Il avait tellement bien fait son travail que, même loin de lui, son fils s'accrochait aux règles, il protégeait son secret... plus que sa propre santé.
Il lui avait si bien appris que maintenant, il préférait encore se planter en voiture plutôt que de montrer un signe de faiblesse devant Mikio. S'endormir. Sombrer dans un cauchemar. Se réveiller dans la peau d'un autre Naoki qui ne savait même pas respirer....
Et sentir que le coréen qu'il considérait comme bien plus qu'un ami ne voulait pas le laisser partir... intérieurement, la panique commençait à se faire sentir.
Tout irait bien. Il allait partir de cet appartement. Se réfugier dans la solitude. Et il se ferait pardonner auprès du coréen plus tard.
Il ne changerait jamais. C'était comme ça. Parce qu'un jour, devant un miroir, son père avait posé les cadres d'un secret bien gardé.

Dans les talents dont il ne manquait pas non plus, il y avait vraisemblablement le culot. Oh oui, il en fallait pour prononcer un plaintif « Mais je suis au lit ! » à l'attention d'un Mikio pas assez éloigné visiblement.
Quoi ? Techniquement, il était au lit ! Ce n'était pas vraiment un mensonge. La preuve, Mikio l'avait bien retrouvé dans son lit à son retour. Dans le fond, il méritait clairement un bon point.
...
Non mais, c'était la faute d'Umberto aussi ! Même Kô ne l'aurait pas balancé !
... quoique...
Non, Kô était son meilleur ami. Il l'aurait aidé à s'évader d'Alcatraz !
... c'était beau d'y croire. Tout comme l'obstination traduite par un « Parce que je suis idiot ! » était belle. D'un autre côté, ne l'avait-il pas déjà souligné à Mikio qu'il était con ?
Si. C'était marrant, il avait l'impression que cette donnée avait du mal à rentrer.
Un comble, parce que la tête qui avait le plus de mal à faire rentrer les choses, c'était clairement la sienne.
Pourtant, c'était vrai, il ne comprenait pas pourquoi Mikio était comme ça avec lui ?
Est-ce que c'était vraiment idiot de poser cette question ?
Non, ce n'était pas comme ça normalement. Les choses se passaient différemment quand il allait mal. Il ne comprenait pas bien... c'était pourtant moins compliqué de le laisser agoniser dans son coin plutôt que de se fatiguer à s'en occuper ?
Ces humains... ils étaient si étranges parfois... oui...

« J'ai pas froid... j'ai... jamais froid. Je suis italien... » il mourait de froid. Et si on poussait la franchise un peu plus loin, il se retenait pour ne pas prendre le drap et le rabattre sur lui. Il se retenait même de frissonner. Il gaspillait des forces à garder un semblant de masque pour prétendre que tout allait bien.
Mais s'il se mettait à grelotter maintenant, Mikio ne le laisserait jamais sortir. Alors ce n'était pas permis, il devait se forcer jusqu'à ce que le coréen comprenne que tout ce qu'il avait à faire, c'était de le laisser sortir de l'appartement et d'attendre qu'il revienne avec un meilleur masque.
Alors il avait pris sur lui pour endurer cette glace sur sa tête.
En revanche, il était hors de question d'endurer le mot "médecin" et comme si on le menaçait d'atroces souffrances, sa main n'avait pas été capable de se retenir. Il ne voulait pas. Mikio n'allait pas l'appeler n'est-ce pas ? Mikio n'allait pas lui faire ça ? ... Non, Mikio ne pouvait pas lui faire ça.... Même s'il ne savait pas, il n'avait pas le droit d'amener un médecin ici... pas lui....
Sous l'angoisse, ses pensées s'étaient faites un peu plus confuses et le rhume lui était apparu comme un bon compromis sur le moment... avant que Docteur Park ne rejette ce diagnostic pour lui interdire à nouveau de sortir. Ce soupir, il n'avait pas pris la peine de le retenir. Pas plus qu'il ne s'était interdit de penser qu'il était... « Sois pas borné comme ça... ça va je te dis... » ... non, il l'avait dit en réalité.

Peut-être qu'il s'excuserait un peu plus tard. En attendant, sa main avait préféré continuer à réclamer la seule chose acceptable pour lui.
C'est vrai, à quoi ça lui servirait de coucher avec Saeko si aujourd'hui il devait consulter un médecin ? Toute cette pein... non, tout ce travail pour rien... c'était grotesque. Il avait ce qu'il lui fallait et même s'il aurait préféré ne pas demander à Mikio de lui amener, même s'il se doutait qu'il n'aimerait pas voir cette trousse, sa main s'était obstinée à la demander. Un instant, il s'était senti un peu soulagé à la demande de son aîné et il s'était même fait même docile en prenant la poche qu'il avait maintenu contre sa tête.
Mais quand le chanteur était revenu et que lui avait tendu sa main libre dans l'attente de sa trousse... un nouveau soupir lui avait échappé « Michan... donne... je sais ce qu'il me faut. » persistante, sa main était restée tendue quelques secondes de plus avant de se fatiguer et de retomber mollement sur le matelas dans un soupir. Vraiment... pourquoi est-ce qu'il était comme ça Mikio ? Il était encore plus bizarre que d'habitude aujourd'hui... il était... il était...
...
Comme pour définir sa pensée, il l'avait vu. Là. Juste derrière Mikio, sa main posée sur l'épaule du coréen « Je... je.... » il... il ne pouvait pas être là. Frottant ses yeux de sa main libre, il avait tenté d'effacer une image qui n'avait pas voulu disparaître quand il avait reposé les yeux dessus.

Oui... Mikio était celui qu'il s'était imaginé à ses côtés enfant quand il était malade...
Sauf qu'aujourd'hui, ce n'était pas son Tetsuo qui lui racontait des histoires pour lui remonter le moral tandis qu'il attendait avec patience de pouvoir sortir de son lit pour faire mieux semblant... vite, avant de trop fâcher son père.
Un instant, son regard embrumé s'était reposé sur Mikio et sa bouche avait lutté à prononcer des mots qui n'étaient pas venus « Tu.... » non Naoki, Mikio ne le voit pas Tetsuo, il ne la sent pas cette main sur son épaule. Il hallucinait. C'est tout.
Tetsuo pouvait rester près de lui parce qu'il n'existait pas. Mais aujourd'hui, même si Mikio semblait postuler pour ce rôle d'une manière plus investie, il ne pouvait pas l'obtenir....
Pourtant, alors qu'il s'apprêtait à lui dire qu'il n'en voulait plus de ces médicaments. Sa bouche s'était ouverte pour lâcher les noms de certains d'entre eux tout en indiquant la couleur des boites. Et tandis qu'il énumérait trois noms différents pour diminuer les migraines, la fièvre, les vertiges et le tenir éveillé, réduisant au passage les quantités habituelles parce qu'il savait probablement d'avance qu'il n'en obtiendrait pas tant, son regard n'avait pas pu s'empêcher de passer de son hallucination à la réalité.
Nerveusement, il s'était mordu la lèvre et il avait usé d'autres forces à se concentrer uniquement sur le monde qui l'entourait.
Sa main tendue pour les médicaments avait dérivé pour se saisir un instant de celle de son aîné. S'il avait bien constaté sa moiteur, c'était un autre signal qu'il tairait.

« S'il te plait Michan... appelle pas de médecin. » oui, sa voix avait probablement supplier un peu... et de honte, il s'était mordu davantage la lèvre avant de se reprendre pour rajouter « Je sais ce que je dois prendre... ça va... »

Oui, ça allait si bien qu'il hallucinait maintenant.
Ou alors il dormait.
Est-ce qu'il était certain d'être bien réveillé ? A cette pensée, sa main avait pressée plus fortement celle du chanteur et son regard s'était borné à ne fixer que ce geste. Quand il relèverait les yeux, Tetsuo ne serait plus là. Quand il relèverait les yeux, il serait certain de ne pas rêver et la peur partirait.


   
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     Jeu 16 Fév 2017 - 21:38

just a spoonful of sugar
Naomi

Un souffle contrarié lui échappa des naseaux. Nao, un idiot. Ce n’était pas le première fois qu’il entendait cette excuse, et si la fièvre aurait pu le justifier cette fois, l’étudiant avait déjà usé de ce prétexte en parfaite santé. C’était si facile. Si arrangeant. Et tellement agaçant. « C’est ça, dans tes rêves », grogna le chanteur dans sa barbe sans cesser d’appliquer la poche de glace sur sa tête. Si c’était l’excuse favorite de l’Italien, elle était loin de convenir au Coréen. Nao n’avait pas le droit de se cacher derrière ce prétexte pour agir comme bon lui semblait sans se soucier de ce que pouvait penser les autres. Parce qu’il était idiot, alors il pouvait faire n’importe quoi ? Disparaitre dans le nuit, revenir totalement déchiré, ne plus s’inquiéter pour lui, et le laisser crever dehors avec  de la fièvre… C’était ok ? Mikio devait le laisser faire ? Naoki n’était pas idiot mais il excellait dans l’art de prendre les gens pour des cons et très particulièrement son aîné… Oui, c’était vrai : c’était lui le crétin. Non, il n’avait pas déjà oublié.
Néanmoins, si Nao n’était pas aussi idiot qu’il voulait le faire croire, Mikio voyait bien qu’il y avait définitivement des choses qui lui échappaient. Pourquoi ne comprenait-il pas qu’on puisse - qu’on doive ! - s’occuper de lui ? C’était si évident et aberrant qu’il ne le comprenne pas… Après tout ce temps passé ensemble, comment pouvait-il penser une seconde que le plus vieux le laisserait comme ça dans son état ? Nao n’était pas idiot. Il était aveugle.

Malheureusement pour Naoki, ce n’était ça qui allait décourager sa nouvelle nurse attitrée. Après de nouvelles recommandations pour l’aider à mieux endurer le froid, la réplique du plus jeune lui valu un nouveau regard blasé et désespéré de la part du Coréen. Il allait réellement continué à s’obstiner ? « Tu seras mieux dans les draps, Nao… » insista-t-il. Et bien au delà de l’agacement qui ne s’était pas ressenti dans sa voix, c’était surtout la préoccupation qui dominait. La faiblesse dans la voix du garçon, Mikio l’entendait et la ressentait. Ce regard qui s’était radoucit pour se faire plus inquiet ne l’avait pas lâché… Est-ce qu’il se retenait ? Pourquoi se forçait-il autant ? A quoi ça lui servait ? Le coeur de Mikio se serra. Il tenait tant que ça à ce qu’il le laisser sortir pour aller s’évanouir sur le pas de la porte ? Décidément, c’était lui qui ne comprenait rien à l’attitude du plus jeune. C’était si compliqué pour lui d’accepter qu’on s’occupe de lui ? C’était quoi ? De la fierté ? Elle était vraiment mal placée alors. Il était malade et même si Mikio avait souvent douté de sa nature humaine, en dehors de cette figure anormalement parfaite, Naoki n’était pas un surhomme. De la fièvre, il en avait comme tout le monde. La fatigue, la faim… il l’éprouvait aussi bien que lui. Et Mikio ne pouvait que s’en vouloir pour n’avoir réagi que trop tard. Et ça ne faisait que renforcer la conviction du plus âgé de ne pas le laisser sortir. Même si Nao semblait réellement y tenir. Est-ce qu’il avait un rendez-vous ? Important ? Si c’était le cas, il en aurait parlé au Coréen, non ? A moins qu’il ne voulait justement pas qu’il le sache.
…. Peu importe. Quoiqu’il en soit et si c’était le cas il n’aurait qu’à prévenir, mais Mikio ne le laisserait pas s’échapper. Il n’était pas en état, quoiqu’il dise.

Cette panique qui avait alors traversé Naoki au mot « medecin » pouvait peut-être expliquer ce déni vis-à-vis de sa fièvre. La venue d’un docteur semblait totalement proscrite…. Mais pourtant nécessaire ! Ce n’était pas un petit rhume que Nao se trimballait… Merde, il était quand même tombé au beau milieu de la salle de bain ! Comment est-ce qu’il pouvait prendre ça aussi légèrement ? Et lui affirmer une énième fois que ça allait ? Et en plus avoir le culot de dire qu’IL était borné ! Un grondement désapprobateur sembla se perdre au fond de sa gorge. « Je rêve, qui est le plus borné de nous deux ? Naoki, tu As. De. La. Fièvre. » Et ce n’était pas parce qu’il s’obstinait à dire le contraire qu’elle allait disparaitre. Mikio avait bien insisté sur chaque mot de cette dernière phrase, espérant sans doute tout aussi vainement le lui faire intégrer.

Si Mikio acceptait de faire quelques compromis pour soulager Nao dans un premier temps, il n’avait pas voulu lui donner la trousse, même lorsque le malade l’avait réclamée. A sa demande, il avait seulement répété : « Qu’est-ce que tu veux ? » Parce qu’il préférait vérifier lui-même ce que Nao prendrait. Il n’était pas docteur, mais il ne voulait pas que ce fourbe le gruge en prenant des cachets qui tromperaient son faible diagnostic.
Au renoncement de sa main, il y vit d’abord une bonne chose, au moins Nao capitulait et lui persistait… seulement, en relevant le regard vers lui alors que son cadet tentait de s’exprimer, un pressentiment lui enserra le ventre. Nao semblait troublé. Ses yeux regardaient dans sa direction sans vraiment le fixer lui… L’inquiétude passa sur le visage du plus vieux : « Nao ? » Il déglutit avec difficulté en sentant son propre rythme cardiaque s’accélérer. Une mesure cependant sauta quand le regard de Nao croisa finalement réellement le sien. Un regard confus et fatigué qui noua un peu plus le ventre de Mikio mais qui le fit surtout se pencher plus vers lui. Par réflexe, sa main se posa sur sa joue terriblement chaude dans un geste qui se voulait doux mais qui n’en restait pas moins anxieux et concerné. « Hé… Ca va ? » Non, bien sûr que ça n’allait pas, mais si Nao se sentait encore plus mal, il fallait qu’il le sache… même s’il le voyait.
Alors quand Nao lui confia de quoi il avait besoin, dans l’angoisse, Mikio reporta son attention sur la trousse et fouilla malhabilement dedans à la recherche de ces fameux médicaments. Il en reconnu un pour traiter la fièvre et le sortit pour le placer à côté de lui, tirant rapidement, le second, il ne s’attarda que sur le troisième en comprenant de quoi il s’agissait. Des comprimés qui tiendraient Nao éveillé… Non, il n’était pas médecin, encore une fois, mais il était certain que ce n’était pas ce dont il avait besoin. Il devait se reposer alors il ne pouvait pas lui donner ça. Nerveusement, il en tira la plaquette et constata qu’elle était déjà bien entamée. Déglutir lui fut impossible tandis qu’il bloqua quelques secondes sur les médicaments. Depuis combien de temps Naoki prenait-il ce genre de cachets ? Depuis combien de temps se forçait-il à ne plus dormir quand il manquait déjà cruellement de sommeil ? Ses doigts se serrèrent nerveusement sur la plaquette…. Ca ne pouvait plus durer. Naoki ne pouvait pas continuer comme ça… il…
La main de Nao le sortit de ses pensées. Son coeur bondit. Elle était glacée et moite à la fois. Son regard se tourna instantanément vers lui, plein d’effroi. Naoki était blême et semblait désormais peiner à se tenir droit. « Oh, Naoki … ! » La main de Mikio attrapa la sienne tandis que son coeur s’affola, paniqué par l’état aggravé de son protégé. L’angoisse l’avait saisi à la gorge et un horrible frisson parcouru son échine mais il s’efforça de ne pas céder à la panique. Même sous la sensation de cette main faiblarde dans la sienne, même à la vision de ces perles qui se formaient sur le front de son cadet, même à cette terrible impression qu’il allait s’effondrer à tout instant….

La plainte de Naoki lui fit l’effet d’un coup porté à la poitrine. Il était au plus mal, c’était évident… pourtant il parvenait encore à rejeter en bloc l’aide d’un médecin. Pourquoi ?? Comment pouvait-il croire une seconde qu’il pouvait continuer comme ça ?
Ravalant sa détresse, il avait secoué la tête. « Ca ne va pas . » Nao ne pouvait pas se borner à lui affirmer le contraire, pas quand toute la souffrance qu’il ressentait pesait aussi visiblement sur ses épaules. Laissant la trousse de côté, la main qui ne tenait pas celle de Naoki vint s’appuyer doucement sur la clavicule du garçon pour faire regagner le matelas à son dos. « Nao, allonge toi, je t’en prie. » Elle dériva doucement sur son front et la crainte gagna en intensité en le sentant si chaud. Bouillant… plus que tout à l’heure… Son autre main serra doucement la sienne en caressant le dos de son pouce. « Tu peux pas continuer comme ça… je peux pas te laisse comme ça…. Ca va pas du tout… Depuis combien de temps ça dure tout ça, hein ? » En fait, il ne voulait pas savoir. Parce qu’il l’avait plus ou moins compris…. Tous ces médicaments, Nao les avait depuis bien trop longtemps.. quant à ce qu’il prenait… Il s’en doutait assez pour que son coeur le harcèle de battement nerveux insoutenables. De plus, vu comment Nao en parlait… ce genre d’expérience n’était pas une première pour lui et cette idée, en plus de lui comprimer la poitrine, le révolta. Qu’est-ce qui n’allait pas chez ce gosse ?? Pourquoi ne savait-il pas prendre soin de lui ?

Ses sourcils ne quittaient plus leur position oblique et l’inquiétude dessinait les traits du Coréen. Ils semblaient se marquer de plus en plus à mesure que Mikio détaillait ceux de son protégé…. Non, il ne pouvait pas le laisser comme ça. Se redressant, il déclara :

« Je vais te chercher un gant frais et de l’eau. Tu vas prendre de quoi faire baisser ta fièvre et puis après… » Après il appellerait le médecin. Mais ne voulant pas susciter plus de protestation, il se tut sur l’instant et reporta son attention sur le corps à moitié nu du garçon. « Avant, mets toi dans les draps. » Cette fois-ci, Mikio ne le laissa pas répliquer et sa main l’abandonna pour se concentrer sur la ceinture de son pantalon qu’il entama de défaire. Il serait mieux sans, et il transpirerait moins. Nao pourrait bien lui rétorquer encore des bêtises, il ne l’aurait pas écouté. Tirant sur son bas, il se débrouilla pour le lui enlever et le laisser en boxer avant d’ouvrir les draps pour faire passer ses jambes dessous, le tout non sans une précaution presque maladive. Avec cette même douceur, Mikio cala la tête de son protégé sur l’oreiller avant de remonter le draps sur lui. « Tu seras mieux comme ça… Je reviens tout de suite, » souffla-t-il finalement en caressant une dernière fois son front excessivement chaud.
S’il quitta le lit, il prit soin de replacer la trousse sur l’étagère avant de sortir. D’accord, les précautions de Mikio étaient peut-être un peu excessives et la mention « placé hors de porté des enfants » ne s’appliquait techniquement pas à ce jeune homme de 21 ans mais…. Non. Nao était un gosse et Mikio devait le protéger. De lui-même avant tout.

Une nouvelle fois, il fit en sorte de ne pas trainer et prit la direction de la cuisine où il remplit un verre d’eau. Le verre d’eau en main, c’est vers la salle de bain qu’il dirigea ensuite ses pas. Attrapant un gant, il le plongea sous l’eau froide dont il régla la température. Il fit de son mieux pour se concentrer sur ses gestes et chasser l’angoisse qui lui tordait l’estomac et brouillait ses pensées… Nao n’allait pas bien et c’était à lui d’assurer. C’était lui qui était responsable désormais… Il devait se rattraper… Essorant le gant plusieurs fois, il se promit de ne plus jamais laisser ce genre de chose arriver. Il veillerait sur Naoki. Il veillerait vraiment sur lui…. Et pour cela, il devait ignorer la pointe dans son coeur qui se ravivait à chaque fois que la supplication du garçon lui revenait en tête… Il ne devait pas céder. Il allait regagner la chambre, lui donner ses cachets, poser ce gants sur ce front brûlant… et appeler un médecin.  
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     Ven 17 Fév 2017 - 0:15
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EXORDIUM.
Lui. Mikio. C'était lui le plus borné des deux et si un instant son doigt s'était pointé vers lui pour désigner le coréen, celui d'après, il était trop préoccupé par la nécessité de prendre ces médicaments pour argumenter. Et là encore, il n'avait pas su insister comme il aurait dû le faire. Il aurait dû se montrer plus persuasif, obtenir cette trousse pour prendre de quoi tromper son aîné le temps de sortir d'ici.
C'était quoi son problème ?
Il manquait de forces pour se battre. Oui. Mais il aurait dû se secouer un peu plus. Sortir de cet appartement était une nécessité. Il ne pouvait pas rester là. Il devait tout faire pour parvenir à s'enfuir vers le monde qu'il ne pouvait rejoindre que seul... sans Mikio.
Il y avait des choses que Mikio ne devait jamais voir. Oui, dans les apparences, il était bien le plus borné des deux. Mais si on prenait tout en considération, c'était le coréen qui avait ce défaut le plus développé. Parce que s'il avait eu d'autres cartes en mains, il aurait compris que le mieux pour tout le monde était de laisser faire son cadet, de le laisser se débrouiller comme il l'avait toujours fait.
Pourquoi il était comme ça avec lui Mikio ?

Cette question qu'il se posait probablement trop souvent, il n'avait pas eu le temps de réfléchir à une réponse.
Tetsuo n'était pas là. Il ne pouvait pas être là. Il ne l'avait jamais été. Tout ça, ce n'était que dans sa tête. C'était la faute de cette fièvre qu'il n'avait pas. Oui... et dans le fond il préférait que ce soit ça plutôt que de se savoir endormi. Parce que s'il dormait maintenant, il ne le faisait pas au bon endroit. Il ne le faisait pas à l'abri des regards et il le faisait probablement devant cette personne à qui il ne souhaitait pas montrer ses cauchemars. Celle à laquelle il aurait aimé n'en montrer aucun. Celle pour qui il aurait dû toujours rester cet italien un peu idiot, sans soucis, qui racontait des conneries à la minute mieux que personne d'autre.
S'il dormait maintenant. Il devait se réveiller avant que le pire n'arrive. Parce qu'il ne se souvenait pas d'une fois où lui n'était pas venu.
Intérieurement, il s'était répété avec le peu d'énergie qu'il avait que Tetsuo ne pouvait pas être là. Extérieurement, il tentait de tromper les apparences qu'il ne contrôlait plus. Et quand il avait senti cette main sur sa joue, il n'avait pu s'empêcher de sursauter légèrement. Perdus entre la réalité et une illusion qu'ils cherchaient à éviter à tout prix, ses yeux avaient retrouvé un instant ceux de son aîné et il avait secoué la tête plus faiblement qu'il n'aurait dû le faire... « Si... ça va.... » mais sa voix n'avait pas été à la hauteur de ses souhaits non plus. Et dans sa tête, parce que cette voix n'existait nul par ailleurs, il avait entendu ce « Non, ça ne va pas. » comme si Tetsuo était vraiment là aujourd'hui... il ne pouvait pas.... Il n'avait jamais été là... ce n'était que l'invention d'un enfant pour se sentir moins seul. L'invention de quelqu'un qui avait besoin d'un soutien mais n'avait ni le droit, ni le mérite pour ça. Tetsuo n'avait existé que dans l'obstination d'un rêveur qui avait fini par comprendre que rêver... ce n'était pas pour lui non plus.

Maintenant, il avait besoin de ses médicaments. ça le ferait partir. ça le ramènerait à la réalité et ça aurait la magie de le faire tenir jusqu'à l'hôtel.
Cette trousse, il aurait préféré la prendre seul. Il aurait préféré que Mikio ne l'ouvre jamais. Mais il aurait également souhaité que le coréen ne le trouve jamais dans cet état là. C'est vrai, il avait du mal à la cacher entièrement cette honte. Ses yeux n'auraient pas dû se baisser en entendant la fermeture, ils n'auraient pas dû s'éviter de voir les expressions qui passeraient alors sur le visage de son aîné....
Qu'est-ce que Mikio allait en penser ?
S'il s'était répété un instant que ça n'avait pas d'importance maintenant, que la seule chose qui devait en avoir c'était de trouver les moyens de prendre la fuite, ses pensées tournaient en boucle dans sa tête de manière éphémère. Tout semblait confus... jusqu'à sa vision trouble... à cette tête qui lui tournait... ou à cette main qu'il peinait vraiment à serrer dans la sienne maintenant.
Entre l'inconscience et une conscience trop faible, son regard s'était relevé à nouveau vers Mikio à cette interpellation et dans ses yeux étaient passés une sorte d'incompréhension là où il n'y avait rien à comprendre.
Tiens bon Naoki
Il le devait. Pour Mikio. Pour lui aussi. Pour protéger tout ce qu'il cachait...
Alors, une fois de plus, il s'était obstiné sans obtenir l'effet désiré...

« Je vais bien.... » combien de fois encore est-ce qu'il allait devoir le répéter ? Parce qu'il n'était pas certain d'en avoir la force encore très longtemps.
Tu le dois
Oui, il n'avait pas le choix. Qu'il s'en sente capable ou non n'était pas le problème. Il devait puiser dans ses dernières forces. Se montrer plus convaincant. Mais cette main sur sa clavicule lui avait fait retrouver le matelas sans mal « Non, on ne peut pas dormir maintenant.... » relevant les yeux vers Tetsuo malgré lui, il avait pensé dans sa tête que la suite venait de lui et pourtant, c'était bien sa propre voix qui avait ajouté « On doit faire un cerf-volant.... » ils ne pouvaient pas en faire un si ? Enfin un vrai... un qui volait autrement que dans son imagination. Non, il était trop grand pour faire un cerf-volant aujourd'hui. C'était trop tard pour ça... c'était trop tard pour se comporter comme un enfant et exiger le droit de connaître ces expériences là.... Pourtant, dans sa tête, il s'était imaginé quelques secondes comment ils le feraient avant que la main sur son front ne le ramène à la raison. A nouveau, il s'était souvenu de ce qu'il était supposé raconter et la réponse était sortie vaguement sans qu'il ne mette vraiment en ordre les mots « Rien qui dure.... J'ai des trucs à faire... je vais bien mais j'ai des trucs à faire... où t'as mis mon téléphone ? » lequel ? Est-ce que Mikio l'avait ? Fronçant les sourcils il avait cherché dans ses souvenirs un moment avant que son regard ne suive le mouvement de son imagination. Où est-ce que Tetsuo allait ?
Quelle importance qu'il quitte la chambre après avoir placé son index sur sa bouche pour lui intimer le silence ?
Au moins il n'était plus là... et son regard avait pu se concentrer uniquement sur Mikio pour lequel il avait forcé un sourire... du moins, il avait pensé le faire.

« Après je pourrai sortir... oui... c'est bien ça... ça me va.... » mais Tetsuo ou non, ça ne l'empêchait pas de rêver.
Médicaments. Et puis sortir. Oui... sa tête s'était faiblement hochée pour se secouer l'instant d'après à la demande de son aîné. Non, pas les draps. Il préférait avoir froid, au moins ça le retenait un peu à la conscience « Michan... j'ai pas envie.... » râleur, il avait froncé les sourcils un instant avant que le scandale ne franchisse à nouveau ses lèvres « Pas maintenant... on va réveiller Kô... on le fera après. Pourquoi t'es si hâtif ce matin ? Je sais que je suis un homme facile... mais tu dois me séduire... un peu...» mais malgré ses protestations, il avait terminé en boxer et couvert. Alors, faiblement, il n'avait pas pu s'empêcher de soupirer avant que son attention ne soit prise par ce départ auquel il avait répondu d'une manière incohérente pour le chanteur « Il te répondra pas à toi...» oui... peu importe où était Tetsuo maintenant, il ne lui répondrait pas à lui... il ne pouvait pas lui parler, Mikio avait toute sa tête... et il n'avait probablement jamais eu besoin de se créer un monde imaginaire parce que quand vos blessures étaient morales... c'était une meilleure cachette qu'un placard.

Mais sitôt Mikio sorti, la "raison" lui était revenue. Il avait abandonné cette poche de glace improvisée sur son lit, et sa main avait repoussé le drap tandis que l'autre s'était tendue vers son chien pour le caresser dans un "chuuut" qui n'avait pas empêché à l'animal de pleurer doucement. Pleurs que l'italien avait accueilli dans leur langue dans une tentative rassurante qui s'approchait d'un "ça va bébé".
Oui ça allait. Tout ce qu'il avait à faire c'était se lever. S'habiller. Quitter l'appartement. Trois choses simples qui le sauveraient... du moins, de son point de vue, ça le sauverait....
Il ne pensait pas que le simple fait de se lever lui demanderait autant d'efforts. Il n'avait pas le temps d'en prendre et il s'était maudit intérieurement. Plus exactement, il avait maudit ce corps qui ne semblait plus vouloir obéir à son obstination.
Ses jambes tremblantes mal assurées.
Sa tête qui lui avait tourné davantage dès qu'il s'était enfin levé.
Cette vision qui s'était troublée.
Et cette sensation d'être attiré aussitôt par le sol.
Il serait probablement tombé si sa main ne s'était pas tenue de justesse au mur.

Il ne devait pas perdre maintenant.
Il n'en n'avait pas le droit. Et il était effrayé de ne pas y parvenir. Parce qu'à tout le reste venait de s'ajouter la raison qui faisait que maintenant, ses mots durs pour s'encourager avaient redoublé intérieurement.
S'il avait vu Tetsuo...
... il le verrait lui... non... ?
Pas ici. Il devait partir avant de laisser une chance à la réalité de se transformer en un cauchemar....
Alors sa main avait glissé sur le mur pour s'aider à faire un pas, puis deux... et au troisième sa vision s'était obscurcie entièrement pour plusieurs secondes avant de retrouver ce sol qui tanguait dangereusement.
Il avait perçu cette goutte sur le sol avant de le sentir....
Tremblante, sa main s'était relevée jusqu'à son nez avant de se placer dans son champ de vision pour constater la présence de ce sang.
Pas ici. Pas maintenant. Mais l'ordonner ne changerait rien aux choses. Il devait se dépêcher avant que Mikio ne revienne. Et même les pleurs d'Umberto qui avaient repris ne l'avaient pas raisonné vers une direction plus sage.
Si sa main avait pris la peine de se porter à nouveau jusqu'à son nez, il avait regretté que ses pas ne l'aient pas mené plutôt vers le lit. Parce que quand ses jambes avaient lâché et qu'il était tombé à genoux sur le sol, emportant avec lui la lampe de chevet tandis qu'il essayait de se retenir à quelque chose... il avait pensé que sa priorité à cet instant aurait dû être de camoufler ce sang pour ne pas s'enfoncer davantage aux yeux de Mikio.

Mais tout était si noir maintenant... il n'y avait que le sol qu'il peinait à distinguer... et puis cette paire de chaussures qui était venue accélérer le rythme de son coeur en se plaçant dans son champ de vision.
Relève-toi Naoki.


   
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     Ven 17 Fév 2017 - 20:25

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Naomi

Non ça n’allait pas. Rien n’allait, et ça c’était parce que le Coréen avait bien trop tarder à agir. Naoki était un gosse qui ne savait pas s’occuper de lui-même. Il avait l’air très indépendant et il l’était sans doute pour beaucoup… Seulement, tous ces mois passés avec lui avaient largement démontré à son aîné de l’affligeante négligence dont il faisait preuve à son égard. Naoki avait beau prendre soin de lui en apparence, Mikio avait compris depuis longtemps le peu de considération qu’il avait pour lui-même… Que ce soit parce qu’on avait pas le droit d’être triste ou inquiet pour lui, ou à ses déboires de la nuit où il avait échappé, il ne savait combien de fois - et il ne voulait pas le savoir - à un accident. Naoki semblait se moquer pertinemment de ce qu’il pouvait lui arriver. Ca n’avait pas d’importance. Non, ce n’était pas grand chose s’il disparaissait du jour au lendemain… S’il s’évanouissait dans la nature sans un mot ou s’il perdait bêtement la vie au volant de sa voiture. Ca ne serait pas une grande perte de plus si aujourd’hui, Mikio le laissait sortir de son lit dans son état qui selon lui n’était pas si grave, pour aller balader dehors. Heureusement qu’il s’évanouirait probablement avant d’avoir passer la porte de l’appartement…
C’était révoltant. Mikio ne comprenait pas ce que Nao avait contre lui-même, pourquoi il tenait tant à s’obstinait dans une connerie qui finirait par le tuer… Oui, le chanteur en était persuadé. Si l’étudiant ne s’était pas évanoui dans la salle de bain ce matin… Où l’aurait-il retrouvé ? Dans quel état ? La douleur qui lacérait son coeur et son ventre à chaque fois que cette question lui venait en tête était insoutenable. Pourtant elle était réelle… Et le pire aurait véritablement pu arriver. Tout ça parce que l’aîné n’avait pas su se montrer plus ferme avec lui. Et qu’est-ce qu’il se maudissait pour ça… Oui, le crétin, l’abruti, c’était lui, pas Naoki. Son protégé… La personne la plus cher à son coeur… Celle qu’il voulait chérir plus que tout au monde…. Tu parles. Comment Mikio pouvait oser le prétendre en le laissant si longtemps avec de tels traits sur la figure ? Comment pouvait-il oser une seule seconde prétendre à ce rôle de protecteur s’il n’était pas capable tout simplement de le protéger ? Il s’en voulait tellement… Et poser les yeux sur le visage blafard de Naoki lui rappelait qu’il en était puni aujourd’hui.

L’obstination de Naoki était impressionnante. C’était incroyable qu’il puisse encore affirmer qu’il allait bien alors que la moindre parcelle de lui-même trahissait toute sa faiblesse et menaçait de le plonger à nouveau dans l’inconscient. Ce que Mikio ne pourrait jamais lui enlever, c’était cette force de volonté dont faisait preuve son cadet… Pour se forcer autant, tenir dans cet état déplorable qu’il ne devinait que trop pas si récent que ça… Clairement, l’entêtement de Naoki dépassait l’entendement. C’était cent niveau au dessus. Mais c’était désormais à Mikio de se montrer plus têtu que lui… et heureusement, le recoucher n’avait pas été bien difficile. C’était bien la seule chose positive qu’il pouvait trouver à la faiblesse de son corps… au moins, Nao ne pouvait pas vraiment s’opposer à lui et tant mieux… Il aurait eu trop mal au coeur si le garçon s’était débattu.
Doucement, il pria Naoki de rester allonger en dépit de sa faible protestation. Dormir, c’était pourtant ce qui lui ferait le plus de bien, Mikio en était convaincu. C’était ce qu’il s’apprêtait à lui répondre avant que la suite ne lui fasse marquer une courte pause. Ses yeux scrutèrent un instant le visage de Naoki, incertain. Un cerf-volant ? Est-ce qu’il avait bien entendu ?
Oui. Le problème ne venait pas de lui, c’était bien Nao qui semblait délirer…. Sa poitrine se comprima et il déglutit, embêté par cette étrange requête qui n’était pas sans lui rappeler le rêve d’un enfant évoquer sous un faux ciel étoilé… Sa main avait naturellement jaugé son front atrocement brûlant et si l’inquiétude ne le rongeait pas autant, il aurait pris le temps de se demander pourquoi un cerf-volant maintenant… et pourquoi ça avait lu l’air si important. Important au point que Mikio s’était senti obligé de soufflé doucement un « Plus tard, Naoki… » comme s’il n’avait le coeur de le lui refuser entièrement.

La lucidité sembla briller faiblement chez le plus jeune… pour seulement quelques secondes. La réponse de Naoki était assez décousue mais toujours non sans cette obstination maladive. Nao avait des choses à faire. D’accord… Il n’aurait qu’à annuler. Il n’avait de toute façon pas le choix, il n’était pas en état de faire quoique ce soit. Refus donc qui se traduisit par un nouveau mouvement de tête négatif de la part de Mikio tandis que sa main persistait à caresser son front avec douceur. Sans doute pour mieux faire passer la pilule… « Je ne l’ai pas pris, Nao. Il doit être dans la chambre, je vais aller te le chercher. » Qu’on ne se méprenne pas, Mikio n’avait pas l’intention d’aller dans le sens du malade en lui rapportant son téléphone. Ce n’était non plus pour faciliter son évasion mais bien pour qu’il puisse décommander toutes les choses qu’il devait faire aujourd’hui. Mikio était un chaperon sévère mais son but n’était pas non plus de créer des ennuis à Nao si ce dernier avait vraiment quelque chose d’important à faire… S’il s’excusait, il serait au moins un peu pardonné.
Nouveau refus à la nouvelle tentative de Nao. Non jeune homme, tu ne sortirais pas. C’était bien tenté, malheureusement pour toi, rien ne jouait en ta faveur. Même ce sourire que tu avais tenté… Ca n’avait fait que renforcer Mikio dans son idée. « Après tu te reposeras, » avait-il déclaré calmement. Oui, c’était une façon gentille et détournée pour dire que sa requête était rejetée.

Ce qui importait désormais, c’était faire le maximum pour ne pas aggraver son état. Le soulager de toutes les façons possibles et ça commençait par le mettre plus à l’aise et dans ce lit. Bien sûr, il le connaissait suffisamment pour s’attendre à ce genre de protestation particulière et propre à l’italien. Il ne s’était pas arrêté pour autant, faisant au mieux pour ne pas y prêter attention et sans répondre, avait fait glisser le vêtement le long des jambes de Naoki pour ne plus le laisser que dans sa tenue favorite. Ce ne fut que lorsque le corps du garçon fut sous le draps qu’il prit la peine de lui rétorquer : « Je ferais l’effort de te séduire quand tu feras celui de guérir. » Parce que clairement, si Naoki voulait reprendre leur petit jeu, il fallait qu’il sache que le Coréen ne faisait pas dans la nécrophilie.
Au moins, maintenant que son Italien était enfin au chaud dans ce lit, Mikio pouvait s’éclipser le temps de récupérer ce dont ils avaient besoin. Seulement, avant de quitter Naoki, la réponse de ce dernier lui fit froncer les sourcils d’incompréhension. « Hum ? » Encore une fois, il crut mal comprendre. Et même en repassant sa réponse dans sa tête, il ne comprenait pas. Naoki délirait encore ? De qui parlait-il ? Kô dormait mais il n’avait pas de raison d’aller le réveiller, quant à Umberto, le chien était toujours sagement au pied du lit pour veiller sur son papa. Mikio n’avait peut-être pas vraiment besoin de trop s’attarder là dessus… même si ça l’intriguait plus que ça ne le devait. Néanmoins, il constatait surtout que cette fièvre n’en était pas une petite… Si l’étudiant se mettait à tenir autant de propos incohérents, c’est qu’elle était véritablement redoutable. Les prochaines heures n’allaient pas être faciles pour Naoki… et encore fallait-il le convaincre de rester tranquille. Et encore plus de se laisser examiner. Au médecin, il n’échapperait pas… même s’il se sentait désolé pour son protégé. Il ne comprenait pas pourquoi il rejetait à ce point les docteurs, mais il avait bien compris à ses supplications que Nao les redoutait… Seulement, il n’avait pas le choix. Et s’il pouvait essayer de le soulager un peu par lui-même à son échelle, ça ne pouvait pas durer éternellement…. Naoki devait consulter. Mais n’ayant pas le coeur d’insister là dessus sur le moment, il se contenta d’une dernière recommandation soufflé avec douceur, non sans cette pointe de préoccupation qui ne le quittait pas : « Repose toi… » avant de finalement sortir.

Il n’avait pas trainé. Même en faisant un détour par la chambre où il avait cherché vainement le téléphone de Naoki. Il n’était pas sur le chevet ou perdu dans le lit… Il était peut-être dans la chambre, finalement. Il verrait plus tard… Mikio n’aimait pas l’idée de laisser son cadet trop longtemps seul. Et encore une fois, son instinct ne le trompait pas…. seulement s’il avait su, il serait retourné immédiatement dans la chambre sans passer par la case salle de bain.
Ce fut néanmoins dans cette dernière qu’il trouva le téléphone de Naoki… Il avait dû le prendre avec lui pour se doucher, mais peu importe. Au moins, il l’avait. Le rangeant dans sa poche, il s’occupa du gant qu’il s’appliqua à mouiller pour faire baisser la fièvre du garçon. La poche de glace était trop froide pour lui et un gant serait plus confortable…
Ca irait. Mikio pouvait le gérer. C’était ce dont le chanteur tentait de se convaincre…
Avant qu’un grand fracas provenant de la chambre ne le fasse sursauter et lâcher le gant dans le lavabo. Il ne sut même pas s’il avait coupé l’eau avant de se précipiter hors de la pièce, abandonnant tout là bas, pour se ruer vers la chambre, le coeur plus affolé que jamais et de nouveau cette impression atroce qui l’oppressait.
Même s’il se doutait de ce qu’il allait trouver à son retour de la chambre, il y avait quand même eu cette part de lui qui avait espéré s’être trompé. Quelque chose était tombé mais ce n’était peut-être pas Naoki… Pour une fois, oh oui, juste pour cette fois, il aurait aimé accuser le chien….
Mais ca n’avait rien empêchait. Ni l’horreur de le frapper, ni la panique de la gagner à cette vision d’un Naoki au sol.

« Ah merde, Naoki !! »

Si son souffle s’était coupé, le désespoir avait su franchir sa bouche. Mais plus rapide encore, ses jambes l’avaient jeté à terre au niveau du tueur présumé de cette pauvre lampe de chevet… dont Mikio se fichait royalement. Ses bras tentèrent de le relever, sa tête en priorité en priant de toutes ses forces pour qu’elle n’ait pas heurté le sol violemment. Mais en redressant le visage de Naoki, ses yeux notèrent la présence de… de sang ? Mikio se glaça. Son coeur s’était arrêté trop de seconde en constatant que le liquide pourpre tâchait le bas de cette figure inconsciente. Il coulait de son nez…. et la terreur l’envahit un peu plus. Est-ce qu’il s’était cogné ? Cassé quelque chose ? Pourquoi Nao saignait du nez ?? La panique empêcha Mikio de respirer correctement, et il haleta, à la recherche d’air tandis que tout se mélangeait dans sa tête. Un vertige le prit mais il se fit violence pour se reprendre.
Agir. Oui. agir. Bien sûr.
En vérité, Mikio mit beaucoup moins de temps à réagir qu’il ne le crut. Et dans un juron qu’il ne se souviendra pas d’avoir lâché, ses bras étaient de nouveau passé sous le corps du garçon pour le soulever. Hissant Nao dans ses bras, le Coréen fit preuve d’une nouvelle démonstration de force pour une personne aussi paresseuse que lui en se redressant avec son protégé dans les bras. Il fallait dire que Nao ne pesait pas bien lourd…. et c’était assez tragique de le constatait. Mais le coeur de Mikio souffrait déjà de ce nouveau malaise qu’il n’avait pas su empêcher et il ne réalisa pas entièrement ce constat, s’affairant à le faire regagner le lit. Il se débrouilla pour le caler dans une position plus assise à cause de son nez et ne le lâcha que lorsqu’il fut certain que son corps n’allait pas s’effondrer. Il ne prit néanmoins pas son temps pour chercher de quoi s’occuper de ce saignement. Un mouchoir… il devait bien y avoir ça ici, n’importe quoi… Dans la précipitation, Mikio tâtonna les meubles et les étagères sans prêter attention au manque d’assurance dont faisait preuve sa main. La mettant sur un paquet de mouchoir, il revint rapidement vers lui en encadrant sa joue de sa paume pour l’encourager à tourner sa tête vers lui. Le chanteur fit de son mieux pour ignorer le vacarme qui se jouait dans sa tête et sa poitrine, jusqu’au fond de sa gorge, le rendant incapable de déglutir correctement. Et il mit encore plus de soin en passant le mouchoir sur sa bouche pour essuyer rapidement le sang qui l’avait gagné, avant de le presser sur son nez dans l’espoir d’arrêter l’écoulement. « Mais enfin… pourquoi tu m’écoutes jamais ? » Sa plainte avait semblé faible mais elle était empreint de toute la peur que battait actuellement dans les tempes du Coréen. Il avait tenté de mettre toute sa concentration à arrêté le saignement sans avoir l’air trop nerveux mais c’était peine perdu. Surtout quand ses yeux quittaient trop souvent ceux du plus jeune pour se poser sur la trace de rougeâtre laissé sur sa peau. Un frisson désagréable lui parcouru le dos avant qu’il ne constate que ses propres doigts étaient aussi tachés, probablement lorsqu’il avait relever la tête de Naoki. Il réprima un haut-le-coeur et maintint la pression sur son nez en dépit de sa main qui s’était faite plus hésitante et nerveuse. Il n’était pas dégouté par le sang de l’étudiant. C’était plus une angoisse viscérale qui lui attrapait les tripes à cette simple vue. Mikio ne s’était pourtant jamais trouvé de phobie particulière à la vue d’hémoglobine. Il n’y était pas insensible mais pas réellement terrorisé à cette vision. Mais cette peur panique qu’il avait ressenti en voyant le sang de Naoki… Il ne l’expliquait pas mais elle était réelle. La relier à cette obsession maladive de le protéger n’était sans aucun doute pas idiot…

Il concentra néanmoins son esprit sur autre chose et une nouvelle plainte ne tarda pas à se faire entendre. « Qu’est-ce que t’as dans la tête… » Maintenant que Nao n’était plus au sol, Mikio pouvait désormais s’interroger sur les raisons du pourquoi il s’y était retrouvé. Qu’est-ce qu’il n’avait pas compris dans « repose toi » ? Qu’est-ce qui était si difficile à comprendre dans le fait qu’il n’était pas en état pour se lever ? Il ne pouvait quand même pas l’ignorer que son corps était à bout ? Alors pourquoi forçait-il encore ?
A l’angoisse qu’il tentait de toute ses forces de calmer se rajouta une nervosité palpable dans ses gestes et bien trop visible sur son visage. Comment Mikio pouvait-il espérait le soigner s’il ne l’écoutait pas ? Tomber une fois ne lui avait pas servi de leçon. Les vertiges et les délires n’avaient pas été un avertissement suffisant…. Il avait fallu qu’il s’effondre une seconde fois…. Combien de fois faudrait-il qu’il tombe pour rester enfin tranquille ? « Pourquoi t’es aussi têtu… je t’avais dis de pas bouger… Tu vois bien que t’as pas le force de faire quoique ce soit… » Il avait beau lui parler de cette voix inquiète, il n’était même pas sûr que Nao l’écoute ou l’entende. Attrapant sa main, il l’emmena jusqu’à son nez pour lui intimer de tenir encore le mouchoir. Dans un soupire, l’aîné se décala et avertit d’un ton qu’il voulait sévère : « Cette fois tu ne bouges pas… » mais qui se révéla être plus désespéré qu’il ne l’avait souhaité… Comme précaution, il vint tapoter les jambes de Naoki en regardant Umberto. Comprenant rapidement la demande, l’animal sauta sur le lit pour se coucher sur les jambes de son papa convalescent. Naoki était faible, il lui faudrait plus de temps pour passer sur le corps de leur fils tout aussi déterminé à veiller sur lui.

Cependant, Mikio ne prit pas de risque et c’est en courant qu’il sortit pour gagner la salle de bain où il avait laissé le gant encore humide, et le verre d’eau. Sans perdre de temps il regagna la chambre et le lit de Naoki. Il déposa le verre sur la table de chevet, non sans ramasser au passage le cadavre de la lampe qu’il tenta de replacer plus ou moins correctement… quant à savoir si elle fonctionnait encore, c’était une question sur laquelle il s’attarderait plus tard.
De nouveau, le chanteur se saisit du visage de Naoki d’une main, l’autre attrapa le gant qu’il passa dans un premier temps sur la bouche et le menton de l’étudiant. Doucement, en faisant attention à ne pas le brusquer, il s’était appliqué à retirer les traces de sang qu’il détestait voir sur ce visage qui ne devait jamais être abîmé ou souillé… Puis avec cette même douceur, prenant le revers du gant, il effectua les mêmes gestes sur l’ensemble de sa figure. Lentement, il dessina ses joues et ses tempes avec la même précaution que s’il s’occupait d’un bien extrêmement fragile… Si le but était avant tout de rafraîchir son visage en épongeant sa sueur, Mikio s’était doute un peu perdu dans l’exercice et le gant humide s’attarda trois fois trop de temps sur les traits d’un visage que ses yeux n’avaient pas manqué de détailler…. Fatigue, souffrance, crainte… autant de choses qu’il n’aimait pas lire dessus au delà de la pâleur de sa peau.
Pourquoi ? Pourquoi Naoki en était-il arrivé là ? Pourquoi n’avait-il pas plus de considération pour lui-même ? Pourquoi refusait-il encore de se montrer raisonnable ? Qu’est-ce qu’il avait en tête ? Qu’est-ce qu’il ne comprenait pas ?
Il était malade. Sa faiblesse, il la trainait depuis trop longtemps. Mikio le voyait. C’était évident. Alors comment cela se faisait-il que Naoki résistait encore ?
C’était une énigme. Un mystère douloureux… que Mikio avait peut-être tenté de résoudre avant de se rendre compte que sa séance d’épongeage s’était transformée en des caresses trop tendres dans lesquelles transparaissait la préoccupation. La même qui brillait au fond de ses iris sombres et qui n’avait pas cessé de le couvrir.
Se raclant la gorge, le chanteur s’efforça de reprendre contenance pour finalement se concentrer sur le front de son cadet, endroit où aurait dû reposer ce gant depuis un moment déjà.

Cependant, cet égarement avait eu le mérite de calmer un peu le plus vieux. Il constata en effet que son coeur ne résonnait plus aussi fort dans son crâne et qu’il pouvait désormais mieux réfléchir. Alors une question lui traversa l’esprit… Une autre question à laquelle il était effrayé d’entendre la réponse pourtant : « Ca t’arrive souvent ? De saigner du nez… » Parce qu’à présent il se souvenait d’une fois, il y avait quelques semaines où il avait retrouvé une tâche dans le lit. Sur le moment, il n’avait pas fait le rapprochement… il n’était pas sûr de ce que c’était à vrai dire et ça ne signifiait rien de particulier… Seulement… Et si c’était la preuve que ça n’était pas arrivé qu’une fois ? Et si Nao lui cachait ce problème depuis bien plus longtemps ? Il était déjà si mal en point à cette époque…. et à cette idée, le souffle de Mikio se coupa. Pourquoi avait-il été aussi aveugle ?
Un soupire nerveux quitta ses lèvres et son regard dériva vers le verre qu’il avait posé. Il donnerait les cachets à Nao quand il arrêterait de saigner… En revanche, ce qu’il pouvait faire, c’était attraper son téléphone et terminer ce qu’il avait commencé tout à l’heure. Fébrilement, il déverrouilla son portable et entama de composer le numéro. Cependant, il se sentit mal ne pas lui dire, il avait cette impression de le trahir en lui cachant, et même s’il ne voulait pas de protestation… il avait préféré se montrer honnête.

« J’appelle un docteur Nao, c’est ce qu’il y a de mieux à faire. »   
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